A BEAUTIFUL MIND
Cast: Russell Crowe, Jennifer Connelly, Ed Harris, Paul Bettany, Christopher Plummer
Année: 2001
Studio: Universal
Longueur: 135 minutes
Classé 13 ans+

Russell Crowe livre dans A Beautiful Mind (Un Homme d'Exception en v.f.) le genre de performance spectaculaire et mémorable que l'on voit si peu au cinéma, même (comme c'est le cas ici) lorsqu'un acteur tente d'interpréter un personnage malade. Spécialement malade d'esprit. Crowe incarne, dans la biographie de Ron Howard, le mathématicien John Nash, un esprit incroyablement brillant mais également atteint de schizophrénie. Si Nash a passé à l'histoire, Crowe devrait également à nouveau le faire grâce à son travail remarquable. Après L.A. Confidential, The Insider, Gladiator et Proof of Life, le comédien australien controversé offre une cinquième prestation profondément inspirée. Il s'enligne d'ailleurs vers une troisième nomination aux Oscars d'affilée, une première depuis Marlon Brando au milieu des années '50. Il faut le faire.

Mais Crowe n'est pas seul à exceller dans A Beautiful Mind, loin de là. Je devais seulement le vanter immédiatement car ça aurait pratiquement constituer un crime de ne pas le faire, considérant à quel point il crève l'écran une fois de plus. Il est épaulé par Jennifer Connelly, elle aussi remarquable, dans le rôle d'Alicia, la femme déchirée de Nash qui n'a cessé de croire en lui malgré toutes les difficultés que sa grave maladie représentait. Connelly s'est fait carrément voler d'une nomination l'an dernier pour sa performance étincellante dans Requiem For A Dream, mais l'Académie, ainsi que le reste de la population, ne pourra l'ignorer encore, même si elle se voit récompensée pour la performance la moins impressionnante des deux. Ce n'est toutefois pas à dire que ce ne sera pas mérité pour autant; elle prouve avec A Beautiful Mind qu'elle constitue l'une des meilleures jeunes actrices travaillant aujourd'hui, et probablement la plus sous-évaluée. Ed Harris et Christopher Plummer, complètent la distribution connue, aussi dans des rôles de soutien, se font égaux à eux-mêmes, et après tout ce temps, on peut avec raison se demander s'ils sont capables d'être mauvais.

Crowe et Connelly ne flanchent pas une seule fois malgré le fait que leurs rôles soient des plus difficiles à jouer. Et cela a comme résultat de nous faire croire à eux et de nous y attacher, nous touchant doublement. Crowe doit passer par toute la gamme des émotions, passant du malaise à la joie à la terreur et à la souffrance. La schizophrénie étant la maladie qu'elle est, les gens en étant atteints comme Nash hallucinent des gens et/ou des événements fictifs prenant contrôle de leur tête et parfois même de leurs gestes. A Beautiful Mind ne se contente pas de montrer à quel point la maladie détruit; le film fait une puissante démonstration du pouvoir de l'esprit humain et de la possibilité ultime de vaincre ses démons personnels, quels qu'il soient. Une scène entre le couple illustre cela parfaitement, alors qu'Alicia, venant d'accepter la demande de son mari de ne pas le renvoyer à l'hôpital, lui montre ce qui est "réel", pour ensuite lui dire doucement: "J'ai besoin de savoir que quelque chose d'extraordinaire peut arriver". Puis elle l'étreind. Pour un moment émouvant, ça en est tout un. Et, imaginez, A Beautiful Mind regorge de scènes de cette puissance émotive.

Pour tout ce que les acteurs font de bon dans le film, il ne faut pas oublier de vanter également les artisans derrière la caméra accentuant et donnant une forme plus précise aux actions et aux émotions. Le scénario d'Akiva Goldsman, basé sur le roman de Sylvia Nasar, se distingue par la qualité de ses dialogues, spécialement entre John et Alicia, et par sa structure narrative plus complexe qu'elle en a l'air au début. Le grand compositeur James Horner, notamment auteur de la célèbre musique de Titanic, fait de la trame sonore un véritable bijou pour les oreilles ne faisant que ponctuer davantage les moments plus touchants du récit. La photographie de Roger Deakins nous offre constamment de superbes images, comme par exemple un plan de caméra renversant par sa beauté alors que John arrive pour la première fois au bureau du gouvernement que l'on tourne autour de son visage entouré par des murs remplis de chiffres illuminés. Puis, le réalisateur Howard dirige le tout avec contrôle et assurance. Lorsque des artistes talentueux donnent tous leur meilleur, on se retrouve inévitablement avec une production de la trempe de celle-ci.

A Beautiful Mind se termine - ce n'est pas vraiment un "punch", rassurez-vous - avec le discours prononcé par Nash lorsqu'il a remporté le Prix Nobel en 1994. Un auditorium rempli à craquer applaudit avec chaleur et émotion l'homme sur le podium qui vient d'accomplir quelque chose d'extraordinaire. Que Russell Crowe se prépare à nouveau à vivre la même scène en mars prochain - aux Oscars. --RJ

 

Cote: A

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