Leon Febres Cordero
Rodrigo Borja
Les soul�vements indiens
Le conflit avec le P�rou
La politique �quatorienne
depuis 1987



1984-88 Le�n Febres Cordero Rivadeneira

En 87, l'Equateur tire 70 % de ses devises du p�trole. La destruction de l'ol�oduc transandin est une catastrophe. L'Equateur, comme le Br�sil, d�cide de cesser de payer sa dette ext�rieure. Le pr�sident Leon Febres Cordero, populiste de droite, impose � la population une politique ultralib�rale. En janvier 87, les militaires de la base de Tauro, dirig�s par le g�n�ral Franck Vargas, le prennent en otage et attirent l'attention sur ses m�thodes de gouvernement. Peu apr�s, Vargas sera incarc�r� (il avait lanc� l'affaire de l'avion Fokker, achet� plus cher par le gouvernement pour financer des pots-de-vin). Cordero, sous ses discours populistes, cache une tr�s bonne entente avec Washington et les milieux d'affaire am�ricains. Sa politique est impopulaire. L'opposition (de gauche) devient majoritaire au Congr�s en remportant les �lections l�gislatives. Les cr�dits allou�s � la consommation nationale sont trop faibles, et l'importation d'aliments devient �norme. La baisse des prix du p�trole fait augmenter les exportations. Cordero est bien vu des investisseurs am�ricains. En 85, il avait pu ren�gocier la dette nationale au club de Paris (alors de 7.3 milliards de $). Le pr�sident gouverne le pays en �troite collaboration avec ses 2 fr�res. Tous 3 sont li�s aux milieux patronaux les plus puissants. Ils ont des int�r�ts dans de nombreux secteurs de l'�conomie : agriculture, banque, industrie, p�trole, et ils sont associ�s � des entreprises multinationales telles que Quaker Oates et Shell. Les cons�quences sociales sont dramatiques : 2 millions d'Indiens sont en marge et de plus en plus d'enfants doivent travailler plut�t que d'aller � l'�cole. Ces frustrations de la population se traduisent r�guli�rement par l'adh�sion aux sectes chr�tiennes manipul�es par les USA, ou par les �meutes devant la hausse des prix. En �t� 87, le Congr�s vote l'amnistie de Vargas, mais Cordero refuse. Vargas jouit d'une bonne r�putation aupr�s de la population, quand Cordero n'est le symbole que de la corruption et de l'incomp�tence.

1988-92 Rodrigo Borja Cevallos

La sociale d�mocratie de l'avocat Rodrigo Borja remplace le n�olib�ralisme de Febres Cordero. Il renoue avec le Nicaragua et invite Fidel Castro. Sous 4 ans de gouvernement Cordero, les d�valuations, la lib�ration des prix (sous l'injonction du FMI), les privatisations et les privil�ges consentis aux multinationales ont fait passer la dette de 8 � 10 milliards de $. Cette dette ext�rieure qui absorbe plus de la moiti� des revenus annuels du p�trole (40 % du budget national). Cordero a profit� de ses derniers moments aux gouvernement pour octroyer plus de 20 % du territoire national (6 millions d'hectare) aux compagnies p�troli�res Esso, Shell, Texaco, British Petroleum. Borja a fort � faire ; les probl�mes majeurs rencontr�s sont :
  • Le chomage et le sous-emploi, touchant plus de 50 % de la population active
  • La r�forme agraire est totalement arr�t�e.
  • La p�nurie de cr�dit et d'assistance technique, et l'interminable cha�ne d'interm�diaire qui contr�lent la commercialisation des produits agricoles.

    Les barrios miseria (bidonvilles) grossissent autour de Guayaquil (500 000 personnes sur 2 millions d'habitants) et de Quito. Les conditions difficiles pour les paysans augmentent l'exode rurale (particuli�rement pour les paysans Indiens de la Sierra). Borja doit aussi se prononcer sur la lib�ration du g�n�ral Vargas (accord�e par le Congr�s), mais il lui sera difficile de l'accorder, car de hauts commandements militaires s'y opposent. Par ailleurs, l'Equateur est devenu un grand producteur et un acteur de premier plan dan sle domaine des stup�fiants. Borja est soutenu par le Congr�s, par le peuple, et dispose d'amiti�s internationales. Le principal parti d'opposition est dirig� par Abdala Bucaram, leader populiste, et maire de Guayaquil, la plus grande ville du pays. Tax� de n�ofascisme, il jouit cependant d'une audience consid�rable parmis les plus pauvres de la c�te pacifique (particuli�rement dans la province de Guayas, � Guayaquil). Accus� de corruption administrative, il vit � Panama, pour se mettre � l'abris d'une �ventuelle d�tention. Borja jouit d'une certaine popularit� pour le moment, mais les forces arm�es pourraient profiter de ses erreurs pour prendre le pouvoir. Cordero les y encourage d'ailleurs.

    La population indienne

    1990 : Premiers soul�vements

    Les �lections l�gislatives de juin 90 ont �t� d�favorables � Rodrigo Borja. Les soul�vements indiens, juste � cette p�riode, en ont �t� la cause principale. Ceux-ci ont pris un caract�re national sans pr�c�dent, et avaient une r�elle signification politique.
    La CONAIE (Conf�d�ration des nationalit�s indig�nes d'Equateur) r�clame la restitution des terres spoli�es, la reconnaissance de la langue Quechua, et des indemnit�s pour les d�g�ts �cologiques provoqu�s par l'exploitation p�troli�re.
    La communaut� indienne repr�sente 40 % de la population et 80 % de la population rurale. Elle repr�sente aussi la cat�gorie sociale la plus d�laiss�e des pouvoirs publics. Les pr�c�dentes r�voltes indiennes n'avaient gu�re de port�e.
    Comment ce soul�vement a-t-il pu �tre si populaire ?
    La CONAIE est n�e du rapprochement des Indiens aux partis de gauche, aux syndicats ouvriers et � l'Eglise. La cause indienne b�n�ficie d'une bonne image aupr�s de la population (comme rarement auparavant). Si les partis politiques ont essay� de se l'attribuer, les indiens n'ont pas vot� massivement pour un m�me parti lors des �lections l�gislatives.
    Diff�rents �l�ments ont contribu� � la r�ussite de ce soul�vement :
    • L'Eglise a beaucoup particip� � donner aux Indiens une conscience politique.
    • Les collectivit�s catholiques ont permis de l�gitimer le mouvement. Des pr�lats ont jou� le r�le de m�diateur entre les indiens, les forces de l'ordre et le gouvernement. Le chef de file de ce soutien catholique a �t� Monseigneur Leonidas Proa�o (surnomm� l'"�v�que des Indiens").
      Ce mouvement, cependant critiqu� par le vatican, reste minoritaire.
      La majorit� des Indiens ont �t� �loign� du droit de vote jusqu'en 1979 (vote interdit aux analphab�tes).
      Si ce soul�vement a �t� largement d�crit par les m�dias, on voit mal comment le gouvernement accepterait de remettre aux Indiens les terres pour lesquels ils sont en conflit avec les grands propri�taires, ou de geler le prix des denr�es de premi�re n�cessit�...
      La CONAIE se montre comme le repr�sentant de 4 millions de personnes victimes de discrimination depuis 5 si�cles.

      1994 : Apparition d'un nouveau protagoniste?

      De nombreuses organisations indiennes voient le jour, et ont leur mot � dire sur la politique du pays. Il ont constitu� un tribunal populaire pour juger la loi agraire de l'IDEA (Instituto de Estrategias Agropecuarias). Oppos�s � une loi � caract�re n�olib�ral sur le d�veloppement agraire, les Indiens ont oblig� le gouvernement � revoir la l�gislation.
      Dans les provinces paysannes de la Cordill�re des Andes, les organisations indiennes sont mal per�ues par les citadins. Ceux-ci �tant plus habitu�s � les utiliser qu'� les �couter. Les soul�vements nationaux indiens de juin 94 leur donneront l'occasion d'agir contre les Indiens. Dans la r�gion de Ca�ar, en brulant un centre indien, les citadins ont fait 35 bless�s. La derni�re r�forme agraire a amen� une redistribution des terres aux paysans, mais les Indiens ont b�n�fici� des terres les plus mauvaises. Dans les quelques 6000 conflits de terre en Equateur, l'Etat veut garantir la propri�t� et assujettir l'agriculture � la logique de march�. La chambre d'agriculture affirme que les m�thodes indiennes sont archa�ques et manquent de productivit�.
      Les meilleures terres sont presque exclusivement utilis�es pour l'exportation. Autosuffisant dans les ann�es 60, l'Equateur importe aujourd'hui pour nourrir sa population. Le march� national est � 80 % aliment� par des terres de moins de 10 hectares.
      En juin 94, en l'absence de 75 % des d�put�s, la loi est vot�e, et ratifi�e par le pr�sident Sixto Duran Ballen. Les leaders Indiens appellent � la d�sob�issance nationale.
      Lors du soul�vement, Sixto Duran a sur les �paules la pression des terratenientes et de la Banque Mondiale -qui a promis son aide sous r�serve qu'une loi de privatisation et de modernisation soit mise en place. La loi agraire ne d�fendait que les int�r�ts des propri�taires terriens, qui voulaient utiliser les terres �quatorienne pour la seule et unique exportation.
      Finalement, l'�tat se voit contraint � n�gocier avec les indig�nes, et 40 articles sur 46 seront modifi�s (notamment la privatisation de l'eau par les propri�taires...).
      La CONAIE veut proposer une alternative au n�olib�ralisme. Celle-ci reste cependant toujours mal accept�e par la majorit� des Equatoriens.

      Le conflit avec le P�rou


      L'accord de Rio du 29 janvier 1942 n'a jamais �t� accept� par les gouvernements �quatoriens successifs. Celui-ci devait mettre un terme au conflit entre l'Equateur et le P�rou, et faisait perdre � l'Equateur une partie d'Amazonie, qui repr�sente la moiti� de son territoire. L'accord sera m�me d�clar� nul par le pr�sident Velasco Ibarra en 1960. Depuis janvier 1995, les deux pays s'affrontent au niveau de la Cordill�re du Condor, la fronti�re d�cid�e � Rio en 42. En pleine for�t amazonienne, cette fronti�re est venue s�parer des populations indiennes auparavant proches. Les indiens sont contraints d'effectuer leur service militaire, et de combattre des hommes souvent de la m�me tribu qu'eux.
      Les deux gouvernements insistent sur la richesse de la r�gion en p�trole, or et uranium (les sp�cialistes disent cependant le contraire), et accusent l'adversaire de vouloir s'en emparer. Les pr�sidents Fujimori et Duran Ballen exaltent le nationalisme en redoublant de fermet� (bien sentie dans les discours). L'Equateur semble avoir gagn� la bataille m�diatique, Le P�rou passe pour l'agresseur, et on retient que Fujimori agit pour sa campagne �lectorale.
      D'un c�t�, une victoire du P�rou ferait oublier les all�as du "Sentier lumineux" et des diff�rents scandales qui touchent Fujimori ; de l'autre les militaires �quatoriens menacent Duran Ballen de le d�mettre si l'Equateur ne gagne pas du terrain.
      Le ministre de la d�fense en Equateur est � la t�te de 35 entreprises, dont il attribue la direction depuis plus de 20 ans � un groupe de g�n�raux de la DINE (Direction des Industries de l'Arm�e). Le pr�sident Ballen souhaiterait en finir avec un tel contr�le. Ce conflit avec le P�rou ne semble �tre qu'un chantage pour lier les mains du pr�sident.

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