La voile
L'art n'est nullement objet de connaissance, on en a assez et vainement
déjà débattu sans persuader les protestataires de
l'art conceptuel, de son appréhension intellectuelle, auxquels,
il est vrai, les tenants du simple frisson d'assouvissement apportent,
à l'autre extrême, argument, les uns et les autres oublieux
de l'essence poétique, instauratrice pure, dionysienne de l'acte
créateur, seul critère, auquel le témoin se doit seulement
de participer, de s'immerger dans l'univers indémontrable de l'auteur
; la circonstance nous invitant à ouvrir quelques tentatives sur
la technique même du peintre.
Car ce théâtre d'imprévisible ne serait pas prégnant,
s'il n'était parfaitement joué. La technique de René
Smet est juste, elle joue en profonde résonance, d'un retentissement
pénétrant ; elle improvise par cœur un texte pictural qui,
remis à la toile, révèle sa nécessité,
la nécessité d'une visibilité qui, pour d'autres aurait
été celle de l'image poétique, du son musical.
Entendons ici qu'entre l'intention fascinée de ses pouvoirs et l'affirmation
du texte pictural s'épanouit plus qu'une interprétation gestuelle,
pourtant admirablement maîtrisée, domine l'évidence
d'un accomplissement absolu.
Insistons peut-être : que vivent une sourde incertitude des formes,
imprécises, ou des visages sans nom qui se dérobent à
notre regard ou à notre interrogation ; que stagnent sur des hauteurs
de ciel sombre des nuées entières et sans prises au contour
le plus simple, sur des rivages d'indécision qui masquent leur partage
de sables et d'eaux ; que les identités des êtres, livrées
à notre choix le plus vaste et libre nous désemparent.. ces
impressions viennent contradictoirement de l'infaillibilité même
de la touche à se composer précisément la mesure de
l'énigme, de la rigueur assurée du parcours déployé
d'une couleur et du trait sans errance du pinceau, entre le, possibles.
Que ce soit dans le contact ponctuel ou sur le plus large balisage de l'espace
est-ce peut-être une part de cette magie de retentissement, que ce