L'astre rouge
Ici donc une blancheur de Jour stagne encore ou déjà, on ne sait, autour de la présence de l'oiseau ; celui-ci n'a laissé à l'espace que la seule liberté utile d'une éloquence brève, forte, dense, de l'instant saisi et de son jeu de regard. Derrière lui, les traînées d'un couchant imaginaire, peut-être sans soleil. Les soleils sont ailleurs, et tout proches, mais d'un autre règne, dans l'espace mesuré, et comme souvent chez René Smet, métamorphoses de l'inachèvement démenti ; ils sont fleurs isolées de nuit. Cette immobile féérie nocturne et cet Oiseau non seulement ne sont pas une rencontre de hasard, d'une aube de mensongère attirance ou d'un mensonge attirant de la nuit et d'une affirmation animale obstinément tranquille, inquiétude persuasive d'une vive Ténèbre. Ils sont l'un pour l'autre créations réciproques et démoniques : L’oiseau nocturne a créé comme un phénix compose son bûcher pour y précipiter sa renaissance espérée et en faire jaillir de lui-même un vol vivant de cendres ; il semble avoir appelé, prémédité cette nappe de basse clarté et la lourde chape d'ombre, pour lui donner son contrepoint de ténèbres. Il n'est pas dans la nuit, il est la Nuit prenant matière et corps, devenant vie, contre-naissance jouant comme une aube, mais celle-ci toute intérieure à son animalité, et d'une presque conscience en éveil, telle qu'en pourrait connaître, telle que se connaîtrait l'être transmigrant d'un bestiaire de nuit en l'humaine sensibilité solaire. Issu de la toile et du tableau-seuil, nous avons dit qu'il pourrait aussi devenir autre, nous revenir de ce qu'un de ses grands témoins visionnaires nomme les rivages de la nuit plutonienne, pour accéder à la parole, du moins à l'incessante, lancinante redite du "never more" d'Edgar Poe. Mais, précisément, exception peut-être dans I'Oeuvre entier de notre peintre, nous ne pensons pas que ce messager nocturne soit revenu dans un autre tableau, et qu'il reviendrait. Nous ne lui reconnaissons pas de retour en quelques