L'oiseau noir (1958)
vécues, de tout ce qui dans l'ordinaire de notre quête
nous rassure en autant de relais de notre parcours, au profit de l'insistance
créatrice et possédante d'un Elément, semble rendre
indispensable l'éclatement d'un signe-foyer, l'étreinte sur
ce dernier de toutes les composantes en attente de sa venue. C'est
par l'être ou l'objet appelé à paraître et à
exprimer et ainsi devenus révélateurs et témoins à
la fois que, ici nocturne, la totalité de l’œuvre est vue, non pas
par nous, que l’œuvre invite, mais par l'être-foyer même de
l'espace pictural, qui se verrait lui-même aussi, au cœur de sa vision
et du visible que son regard ou sa seule présence a créé,
et dans l'acte même dont l'espace qu'il est venu hanter l'a créé
lui-même en l'appelant du fond de la frontière-transparence
des deux mondes : le monde de ce qui est vu et à la fois celui de
l'être qui voit, qui voit et se propose à nous, sachant, paraissant
dire : "ainsi suis-je pour vous, parce qu'ainsi je me vois et qu'ainsi
je me sais". Ou dirions-nous enfin, prenant sa parole muette, telle
qu'elle semble sourdre, ici, dans l'éclairement sous les ténèbres
: "ainsi me voit mon univers, je suis davantage vu que je ne regarde, et
cependant ce que je laisse voir est mon regard même". Plus
que tout autre être de René Smet, ce Grand nocturne noir me
parle ainsi.
Nous avons écrit l'être, ici et précédemment,
quand ils furent parfois plusieurs dans les mêmes espaces auxquels
nous pensions et si notre regard ou notre parole n'a paru désigner
que le vivant, nous n'écartons nullement des objets d'apparences,
animés, on l'aura saisi, tous d'une Présence. Précisément
plusieurs présences se livrent ainsi à l'espace en s'animant
d'une pensée fantasmatique unique, rassemblée, ressemblante
dans le même message, autour de la même énigme.
De ces objets l'évidence nous est donnée même qu'ils
sont aussi au-delà de leur matérialité dominante de
leur passage devant nous, des masques ou des imminences de vie.