Régates
leurs contraintes réciproques, c'est tout de même encore
un dialogue du geste et du regard que nous pensons surprendre : Nous voyons
dans le temps d'un geste qui guette et parcourt la palette, l'attente du
regard qu'il y porte, l'espérance que ce qui se cherche dans la
rêverie et qu'il a, un moment fugitif, enfui, aperçu en lui,
se trouve ici, comme volonté même de la matière, couleur
pure ou de la plus riche mêlée et la plus profonde, à
apparaître et revivre. La gestuelle créatrice accordée
à la toile et les gestes encore rivés aux seuls matériaux
se répondent ainsi entre les regards sur les deux espaces... Ce
qu'attend le peintre est de se voir appelé dans la toile encore
vierge, contre le rideau encore fermé de son univers, dont il sait
qu'il doit commencer à hanter lui-même la trame, pour le voir
se lever et pour lui seul ; s'y animent alors des personnages qui viennent
déjà précéder l'acte et amener cette frontière
à laisser transparaître la hantise qu'ils apportent de leur
côté, l'écho même de celle du peintre.
En marge des séries qui se constituent en Thèmes et Variations,
ou parfois au sein de celles-ci, certaines oeuvres-thèmes et leurs
variantes premières viennent à s'isoler dans leur unicité
limite et leur particularisme foncier, qui, exceptionnelles, ne se proclament
pas comme exceptions, mais nous frappent plutôt comme apparitions-clefs,
fondatrices, symptôme, créateurs de forces et de sources,
ou se donnent comme signes, relais, carrefours d'itinéraires d'une
vie ; des œuvres qui laissent entrevoir enfin, au-delà des grands
traits structuraux et d'une construction de l'espace, non plus même
seulement les rameaux et faisceaux déjà évoqués
d'une inspiration en arborescence, ou ses racines et fascinations originelles,
mais peut-être la nature de la Sève qui s'y puise, y circule.