Projet Japon 2008 est un stage  que les étudiants du profil LETTRES du Cégep Marie-Victorin préparent pour le mois de janvier 2008. Merci d'encourager les étudiants à amasser des fonds pour financer ce stage au Japon.

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Éloge de l'ombre de Tanizaki (petite étude)

 

 

TANIZAKI JUN’ICHIRŌ : ÉLOGE DE L’OMBRE

 

Tanizaki Jun’ichirō (1886-1965) est un célèbre romancier japonais dont l’œuvre est influencée par ses rapports fantasmés avec l’Occident. À ses tout débuts, il se réclame de Charles Baudelaire, Edgar Allan Poe et Oscar Wilde dans ses premières nouvelles Le Tatouage (1910) et Le Secret (1911), qui explorent un thème comme la beauté dans le mal, paraphrase même du projet poétique des Fleurs du mal de Baudelaire. Son principe d’invention réside dans le fait que « la littérature, pour Tanizaki, se replie dans le non-vrai ».[1] C’est pourquoi, dans le monde japonais, Tanizaki est reconnu comme un conteur hors pair, il arrive à créer de manière extraordinaire des univers fictifs.

On distingue deux grandes périodes littéraires dans la production de Tanizaki : la première est celle où l’écrivain dresse le portrait d’une société urbaine qui s’occidentalise; la seconde s’écrit sous le signe d’un Japon plus traditionnel. Le grand tremblement de terre de 1923 qui détruit Tōkyō est l’événement qui marque le passage littéraire pour Tanizaki : comme sa maison a brûlé et qu’il n’aime pas la reconstruction de la ville, il s’établit à Kōbe, Osaka et un peu plus tard à Kyōto : c’est dans le Japon plus rural et plus traditionnel que va naître une œuvre singulière : le roman Le Goût des orties (1929) commence la critique du Japon par Tanizaki. Son insatisfaction est grande et double, car les Japonais n’ont pas su se moderniser en conservant les charmes du passé. Ainsi le changement de perspective dans l’œuvre de Tanizaki est associé au changement de lieu de résidence de l’écrivain. On se rend compte que l’occidentalisation de Tanizaki n’est pas profonde. Il aime les quartiers modernes occidentaux, la cuisine française pour son raffinement, mais jamais il ne décide d’aller à la rencontre de l’Occident, jamais il ne fait le voyage, ne se rend en Amérique ou en Europe, comme le fait Sōseki par exemple. Il renoue avec les racines japonaises et il écrit un essai, une dizaine d’années après son installation dans la région de Kyōto qui démontre bien le changement de perspective de Tanizaki, le désormais livre culte Éloge de l’ombre. On dit souvent que Tanizaki oppose Occident et Orient dans son essai, mais c’est davantage une opposition entre la modernisation de Tōkyō et le traditionnel Kyōto. Il ne critique pas toujours l’Occident, mais plutôt la façon japonaise de s’occidentaliser, car il ne connaît pas véritablement l’Occident, il en a une image, comme nous pouvons avoir une image plus ou moins figée du Japon. Il montre aussi comment il est difficile voire impossible d’occidentaliser l’esthétique japonaise car leurs principes s’opposent.

Dans son essai, il montre les subtilités de l’esthétique japonaise : elle tient, selon lui, non pas tant à l’objet lui-même qu’à la combinaison de la lumière et de l’ombre dans lesquels est plongé l’objet. Ainsi la réussite de l’oeuvre d’art tient dans la lumière et l’ombre qui savent la mettre en valeur. C’est pourquoi il n’est pas rare de lire dans les guides touristiques que tel jardin d’un sanctuaire shintō est à visiter lors d’une journée pluvieuse, car la lumière qui baigne le jardin lui donne des nuances invisibles lorsqu’il fait plein soleil. Ou encore si le bol laqué n’est plus utilisé aujourd’hui, ce n’est pas parce que la céramique est plus appréciée, mais parce que l’éclairage électrique à l’occidental rend le laque « dépourvu d’élégance », parce que « l’obscurité est la condition indispensable pour apprécier la beauté d’un laque. »[2]

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