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Jacques Brault Depuis
bientôt quarante ans, Jacques Brault est considéré comme une des voix
majeures de la poésie d’ici et même, disent bon nombre de critiques, du
monde francophone. Étant donné l’envergure de l’homme, il est fort étonnant qu’aucun
documentaire ne lui ait été consacré. Nous croyons évidemment, avec les
intervenants du domaine littéraire qui ont déjà accepté de collaborer à
notre projet, qu’il s’agit là d’une anomalie qui doit être rectifiée à
tout prix. Jacques Brault a 71 ans en 2004. Il n’enseigne plus, mais ses récentes
interventions publiques ont montré avec évidence qu’il demeure vivement animé
et stimulant; habité, peut-être plus que lorsqu’il enseignait, par le désir
de parler de son activité littéraire et de ses observations devant le monde
qui l’entoure.
Dès le début de sa carrière d’écrivain,
et tout au long des années 70, il se fait connaître comme un poète original
qui pose un regard singulier sur les questions alors importantes (quête
d’identité, patrie, absurdité de la guerre). En effet, malgré qu’il ait
connu et fréquenté de très près les grands écrivains et les grands penseurs
de
Durant les décennies 80 et 90, en
plus d’un étonnant récit acclamé par la critique, il publie toujours poèmes
et essais en se jouant des limites habituelles réservées à ces genres;
notamment dans Au Petit matin, écrit
en collaboration avec le poète Robert Mélançon, et dans Transfiguration,
écrit avec le poète albertain E.D. Blodgett où sont présentés, dans la
langue de chacun, des « poèmes dialogants » également traduits
librement par l’un et l’autre. Du côté de l’essai, Brault pratique un
style qui se veut résolument héritier de Montaigne et des humanistes,
critiquant d’ailleurs souvent avec dérision les travaux des universitaires
modernes, lesquels sont, jusqu’en 1996, ses collègues. Le travail sur le
genre est également remarquable dans Ô
saisons, ô châteaux, où les textes se trouvent à la frontière de l’épistolaire
et de l’essai, et dans Au fond du jardin,
sorte de recueils de poèmes en prose qui sont autant d’évocations énigmatiques
d’auteurs admirés par Jacques Brault le lecteur.
Ces années sont également celles
qui voient l’écrivain récompensé. Citons en exemples, le Prix Duvernay,
Prix Alain-Grandbois, Prix Athanase-David, Prix du Gouverneur-Général du
Canada et surtout le prestigieux Prix Gilles-Corbeil dont il fut le troisième
lauréat après Anne Hébert et Réjean Ducharme. De plus, Jacques Brault a vu
ses œuvres traduites en plusieurs langues durant ces années.
Il a également œuvré dans d’autres domaines (roman, édition
critique, enseignement, animation radiophonique, critique littéraire, aquarelle
et encre), mais, outre ses oeuvres et ses interventions, c’est surtout sa
grande culture et sa sensibilité de lecteur et de témoin de son époque qui
retiennent l’attention chez lui. Rares sont les hommes de lettres, de tout
acabit, qui possèdent la culture — entre autres poétique, romanesque,
philosophique, médiévale — de cet homme, et un regard à ce point
lucide et affranchi de tout parti pris idéologique devant les œuvres, mais
aussi devant les faits de l’actualité québécoise et internationale.
Il faut enfin évoquer tout l’intérêt
que constitue le personnage qu’il représente. Homme serein au regard tendrement
ironique et légèrement moqueur, vivant à la campagne en marge du monde et
attaché aux humbles activités quotidiennes, Jacques Brault semble une des très
rares incarnations de ces hommes qui ne sont d’aucune époque, mais qui
s’intéressent à toutes. Maladroit et distrait, de façon très charmante, il
appartient à un type d’individus qui n’ont toujours pu qu’attirer la
sympathie des gens. Il constitue en somme le sujet parfait d’un documentaire. |