Vierge de cuir
(Leather Maiden - 2008)
Joe R. Lansdale
Thriller - Éditions du Rocher - 2009
C’est à Camp Rapture, dans l’East Texas, sa ville natale,
que vient se réfugier le journaliste Cason Stalter. Doué, prometteur, sélectionné
pour l’attribution du fameux prix Pulitzer, il tente d’oublier les spectres qui
l’ont déstabilisé : sa campagne sanglante en Irak comme combattant, son
ratage avec celle qu’il croyait être quelque chose comme une fiancée, un début
d’alcoolisme dévastateur, sa carrière brisée dans un grand journal à Huston.
C’est pourquoi il accepte le poste de chroniqueur dans un
quotidien local, bien au dessous de ses possibilités professionnelles, pour
s’obliger à travailler et pouvoir rester près de ses parents et de son frère
dans cette petite ville qui a bien changé depuis son enfance.
Conscient de ses limites et de ses possibilités, auto
ironique, enfin décidé à s’éloigner de la bouteille, il reprend les dossiers de
son prédécesseur parmi lesquels il choisit de fouiller plus avant dans la disparition il y a six mois d’une jeune fille,
Caroline, étudiante à l’Univ proche, une affaire restée
sans suites. D’une beauté
exceptionnelle, la jeune disparue semble n’avoir laissé
aucunes traces rendant sa mort plus que probable. Comme ses
premiers articles tentant
de ressusciter l’affaire de cette disparition sont très
bien accueillis, Cason
poursuivra ses recherches sur le passé proche de la disparue,
mais ce sera pour
découvrir de plus en plus d’indices contradictoires et
l’esquisse une
personnalité trouble. Sans vraiment le vouloir, porté par les circonstances de ses recherches,
Cason buttera très vite sur une sordide affaire de chantage, des meurtres
atroces qui semblent être affiliés à des cas similaires délaissées par les enquêteurs
officiels ; ce qui ne provoquera pas que l’enthousiasme dans son entourage
et va s’avérer carrément dangereux. Pour lui, pour ses proches, pour tous ceux
qui le côtoient. Heureusement il semble avoir trouvé un nouvel amour et il a le
soutient de la vieille directrice cynique du canard qui l’emploie. Ce qui le
mènera d’autant plus vite vers une destination ressemblant à un petit coin de
l’enfer, par un chemin pavé de cauchemars éveillés, de folie, de sadisme glacé
et de mort. Welcome back home, Cason !
On connaît l’intérêt de l’auteur pour le Texas, et spécialement
l’East Texas, région présente dans nombre de ses romans, ce qui explique que Vierge de cuir se déroule à Camp Rapture, petite ville qui servit déjà
d’arrière plan, mais à une autre époque, au roman précédant de Lansdale, le
formidable : Du sang dans la sciure.
On retrouve donc ici, une fois de plus, l’intérêt que porte Lansdale aux
petites communautés, aux villes retirées de province qu’il transforme, souvent
avec talent, en un terroir noir et sanglant. Se retrouvent aussi ce qui tourne
à l’obsession chez cet auteur : les « freaks « (monstres soit
physiques ou moraux), des situations sanglantes dignes de l’horreur gothique.
Ou encore, les personnages hors normes, comme ce baroudeur psychopathe qui ne
s’ignore même pas, qui considère le meurtre comme un artisanat, voire une
vocation, seul « ami » de Cason capable de lui prêter main forte, et
sur un autre plan, le personnage de la vraiment très vieille directrice de
journal.
Il faut ajouter la pincée d’humour souvent noir et toujours
efficace qui parsème le récit, tout en n’en faisant pas le moteur. A ce propos il faut souligner les incroyables premiers
chapitres qui présentent le personnage central et qui nous font assister à sa
découverte du canard local et de sa directrice, jusqu’à son engagement comme
chroniqueur et ses premiers contacts avec certains de ses collègues : du
grand art burlesque tracé à la plume acérée et railleuse.
Par ailleurs, si Vierge
de cuir n’est pas au niveau de réussite que nous a donné Lansdale dans Du sang dans la sciure, déjà cité, il
nous fourni avec ce nouveau roman un récit maîtrisé, captivant, aux aspects de
thriller à l’écriture de qualité et qui débouche dans le roman noir le plus
sombre dans le dernier tiers du récit. On se doit de relever la formidable
construction de ce dernier tiers qui se
bâtit sur plusieurs suspenses, dont le principal d’entre eux mérite -pour une
fois- le qualificatif d’haletant : le lecteur ne peut qu’être entièrement
engloutit dans le traquenard romanesque construit par Lansdale.
Malgré la baisse de tension en milieu de parcours et une
certaine dispersion de ton dans le récit, on ne peut que recommander ce roman
aux amateurs.
EB
(mars 2009)
(c)
Copyright 2009 E.Borgers
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