Aller simple
(Camino
de ida - 2007)
Carlos Salem
Semana
Negra - Moisson Rouge/Alvik - 2009
En vacance à Marrakech, Octavio
époux espagnol brimé et tenu
en laisse par son dragon d’épouse se voit soudain
face à une liberté nouvelle
pour lui : sa Dorita vient d’expirer dans le lit de
l’hôtel marocain. Un
drame ? Une aubaine, oui ! La fin de vingt-deux
années d’esclavage…
Pris d’une soudaine panique, Octavio va fuir. Dans ce pays
dont il ne connaît
pas la langue ni les habitudes, lui, le timoré
employé municipal à la tenue des
registres de la population en Espagne, ne devrait pas avoir la moindre
chance
de survie. Et pourtant.
Au cours de sa cavale il va se révéler
à la fois chanceux,
dégourdi et aidé par des personnages de rencontre
qui, le prenant pour un
obscur péquenot, vont vite déchanter. Carlito ce
vieil hippie en bout de course
et Soldati, cet escroc agissant tous azimuts, finiront par se
révéler des amis.
Fantasques, mais des amis. Il y a les flics marocains
qu’Octavio essaye
d’éviter, rapport à sa Dorita
qu’il n’a pas déclarée, il y
a des Boliviens qui
semblent fort tenir à la veste qu’il leur a
empruntée et qui manient le
pistolet à la moindre alerte. Et tout ce qui peut arriver
quand on est sans
ressources, en terre étrangère, perdu dans le
désert ou coursé par des tueurs.
Bonjour les vacances !
Mais Octavio Rincón a bouffé du lion :
il improvise, il
se déchaîne, même sa vieille Opel
devient un char que rien ne peut arrêter. Les
fille se pâment, la très belle Ingrid se
déclare prête à le suivre car il es
monté comme un âne, on le prend pour un espion, on
le poursuit, on lui tire
dessus. Mais Octavio passe à travers tout. Une fuite
infernale dans un Maroc
qu’il n’a pas le temps d’admirer, avec
ses deux compagnons qui lui semblent de
plus en plus insolites. Surtout
le vieil
hippie qui prétend être Carlos Gardel, le mythique
chanteur de tango. D’ailleurs,
au cours du périple il chante de plus en plus souvent et les
gens écoutent,
subjugués. Gardel : mort dans cet accident
d’avion en 1935… mais
Carlito
prétend être Gardel, pas son
incarnation ou un quelconque imitateur. Le vrai, le seul,
l’unique Gardel. Et
depuis qu’il a quitté sa colonie hippie, il
n’a qu’une chose en tête :
tuer Julio Iglesias, l’infâme massacreur de cette
musique chantée qui est l’âme de
l’Argentine, dans son non moins infâme disque Tango.
Aventure
débridée, recherche de la destinée,
quête
initiatique, le roman de Carlos Salem c’est tout
cela et encore plus. Le tout
traité avec une dose constante d’humour et une
ironie sous-jacente qui font
passer les avatars picaresques d’Octavio et de ses compagnons
en force, dans un
récit au débit contrôlé de
main de maître par l’auteur.
Symbolique et réaliste, philosophe et voyou,
profondément
sérieux et débridé, tel est le monde
où nous entraîne cette quête de la
vérité
qui est une ode à la découverte de soi.
Au passage, Salem s’offre en plus le luxe d’une
réflexion
sur l’immortalité, la vraie, celle des dieux, et
sa relation à la passagère
célébrité, avec comme travaux
pratiques un écrivain nobélisable qui
n’a pas
écrit une seule ligne, un chanteur mythique qui a
survécu à son succès et
devient immortel…pour toujours.
C’est dans cet univers en folie qu’Octavio
retrouvera ses
aspirations à une carrière de pianiste, reprendra
son destin en main et
progressera sur le chemin qui devrait le mener à la
récompense. Malgé lui et
dans un déluge de dangers… Un parcours
jonché de cadavres, d’argent mal acquis
et de combines foireuses.
Pour la force de l’écriture, pour
l’humour picaresque et
pour la défense du tango, ce blues du peuple
argentin : recommandé.
Aller simple a
été
distingué par la Semana Negra de Gijón parmi les
« premiers polars »,
et c’est amplement mérité.
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TANGO
Danse et musique aux origines
populaires et métissées qui se
développèrent dans les faubourgs de Buenos Aires
durant la seconde moitié du 19e
siècle, le tango, reprenant la tradition du milonga, fut
aussi un chant qui se développa et se structura surtout au
début du 20e siècle.
Entretemps, le tango fut la musique des bars des bordels, des petits
bouis-bouis et des lieux mal famés de Buenos Aires, avant
que la middle class internationale ne s’en empare.
Un des génies de cette musique, porté par ses
succès populaires, fut sans conteste le chanteur Carlos
Gardel qui fixa le classicisme de ce chant durant les années
1920. Un mythe.
Si vous voulez tout (ou presque) savoir sur ce chanteur
d’exception allez sur l’excellent
site argentin Todotango qui a plusieurs de ses
chapitres copieux consacrés à Gardel
et… vous pouvez y écouter en ligne des
dizaines de ses enregistrements! Je vous conseille
particulièrement ceux des années 20 pour Odeon,
disques où il chantait accompagné d’une
petite formation (2e lien)
http://www.todotango.com/english/gardel/default.asp
http://www.todotango.com/english/gardel/voz.asp
(Le
site n’est qu’en anglais ou espagnol, mais on y
trouve facilement la musique)
Julio vous blouse
Si vous voulez savoir pourquoi Julio
Iglesias, vedette incontestée du sirupeux international, peut susciter des envies
de meurtre sur sa personne, je vous conseille
d’écouter un extrait de son disque
« Tango » et
spécialement le classique Volver.
Quand à La Cumparsita,
chanson emblématique du genre,
le massacre est y complet : ni
âme, ni fougue, ni émotions…
Le restant est à l’avenant.
Pas de circonstances atténuantes, votre Honneur !
Vous pourrez en
écouter des extraits en ligne à (ou dans tout
autre site de vente de CD en ligne : http://www.cduniverse.com/search/xx/music/pid/7102996/a/Tango.htm
(dans Track
Listing, tous les morceaux mis en ligne – Note :
Polar Noir n’a pas d’affinités
particulières pour ce site ou de liens commerciaux avec
celui-ci)
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NOIR
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(avril 2009)
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