La Communauté des PINONS
Description faite en 1789

extraits des pages 498 à 503 de l'ouvrage ci-dessous.


page de couverture Description Des Principaux Lieux de France 
Jacques-Antoine Dulaure, 1789
5ème partie (consacrée à L'Auvergne)

Source :
Bibliothèque Nationale De France : BNF
(téléchargeable sur http://gallica.bnf.fr)

du même ouvrage, voir aussi : 
caractères et moeurs des Auvergnats
ville de MARINGUES
ville de THIERS


 

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Cette Maison est celle d'une communauté de laboureurs, appelée les Pinons ou les Pinous. Le village que forme cette communauté est situé à un gros quart de lieue & au nord-ouest de la ville de Thiers, et porte le nom de chez Pinons.

Suivant une tradition fort incertaine [1], cette communauté a près de douze cents ans d'ancienneté ; ce qui est constant, c'est qu'elle existe depuis environ cinq cents ans. Ceux qui la compose possèdent en commun près de cinquante mille écus de biens fonds, dont la plupart environnent le village qu'ils habitent ; ils possèdent aussi le fief de Saudon, qui est à leur porte.

La communauté est gouvernée par un chef électif, distingué par le titre de Maître Pinon. La maison est divisée en quatres branches qui administrent en commun les affaires & qui élisent un d'entre eux pour maître. Celui-ci a la principale autorité, & l'on regarde comme un des principes fondamentaux de ce société, le respect que tous ceux de la maison lui portent.

Une autre règle qui n'a pas peu contribué maintenir cette communauté dans son intégrité première, c'est celle qui en bannit le luxe & les autres distinctions. Le Maître ainsi que tous les hommes de la maison, est vêtu aussi grossièrement que les paysans des environs, & n'est guère distingué de ses valets. Les bâtiments sont vastes, mais simples, & même pauvres en apparence.

Les jeunes gens se marient ordinairement dans la famille, mais ces mariages ne sont contractés qu'entre cousins issus de germains. Ceux que l'on marie hors de la maison [2] n'ont que cinq cents francs de dot. Les enfants mariés dehors pourroient, en justice régiée, exiger un partage des biens, afin d'obtenir une légitime [2] plus considérable ; mais ces partages, qui ont lieu quelquefois dans cette famille, sont rares, à cause du grand respect qu'on imprime de bonne heure aux enfants pour la maison & pour les usages.

Les Pinons mangent tous à la même table. Ils sont fort charitables, & ils ont pour principe de ne jamais refuser l'aumône à ceux qui la demandent. Ils ont un bâtiment destiné à recevoir les pauvres. Tous ceux qui y passent sont assurés d'y trouver le souper, le coucher & le déjeuné le landemain. Ils font la prière soir & matin en commun, & exigent que leurs domestiques y assistent. Ils sont aussi exacts observateurs des précèptes de leur religion que des devoirs de la probité. Quoiqu'ils ne diffèrent en rien, par leur exterieur, des autres paysans, ils sont néanmoins fort respectés par eux, & même par les Bourgeois. Le maître est toujours bien accueilli partout.

La maison des Pinons, il y a environ cent quatre-vingts ans, étoit, par défaut d'enfants mâles, prête à s'éteindre ; un nommé Guitard [3] y entra, en prit le nom, & la régénera, de sorte qu'aujourd'hui elle devroit être nommée Guitard-Pinon. [3] 

Un mémoire composé en 1739, sur la maison des Pinons, & imprimé avec un autre plus récent dans le Journal économique du mois de décembre 1755 nous en a conservé les anecdotes suivantes.

Pendant que M. Le Blanc était intendant de l'Auvergne, il vint visiter la communauté des Pinons ; il y fut bien reçu ; il fit placer le maître à table à coté de lui, & s'informa avec soin des usages & coutumes de la maison. Quelques années après, c'est-à-dire vers l'an 1712, M. le Blanc rappelé à la cour [4] eut occasion de parler à Louis XIV de cette communauté. Un procès ayant attiré maître Pinon à Paris, il crut devoir aller saluer M. le Blanc, qui l'accueillit amicalement, le conduisit à la cour, & le présenta au Roi. Louis XIV le reçut avec bonté, lui fit plusieurs questions, parut satisfait de la sagesse de ses reponses, ordonna que la taille de sa communauté ne passeroit jamais six cents livres, & lui fit donner une gratification, pour le dédommager des frais de son voyage.

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notes
[1] Dulaure prends la précaution d'indiquer l'incertitude qu'il a, d'autres auteurs au 20ème siècle situent la création de cette communauté vers 1600-1650.
[2] on retrouve fréquemment cette expression dans mon vieil arbre généalogique ITOURNEL
D'après Lachiver dans "Les mots du passé" : portion obligatoirement réservée à certains héritiers présomptifs, et notamment aux enfants, des biens qu'ils auraient en totalité sans les dispositions prises par le défunt à leur préjudice. La légitime n'existait que dans les pays de coutumes inégalitaires en matière d'héritage. (merci à Andrée Parbelle qui m'a donné cette définition)
[3] sans doute une transcription phonétique, car les documents de l'époque indiquent bien QUITTARD - notons au passage que certains auteurs (JF.Vincent, M.Sauvadet) contestent cette théorie
[4] cet intendant s'appelait Claude le Blanc, il fut Secrétaire d'Etat au département de la guerre en 1718, puis embastillé en 1723 ; libéré en 1725, il retouva sa place de Secrétaire d'Etat, & devint Ministre de la Marine.


 

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Mise à jour : 23-Dec-03
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