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MARINGUES
Ville commerçante, située à cinq lieues de Clermont, à 3 lieues de Pont du Château, à 3 lieues de Riom, sur la rive gauche de la rivière de Morge, à une demi-lieue du bord de l'Allier.
Ce lieu doit sans doute son nom aux vastes marais, aujourd'hui cultivés, qui se trouvent du côté du nord. Dans une charte de l'an 1260, il est nommé Marengue ; il étoit [1], & il est encore le chef-lieu de la
seigneurie de Montgâcon, dont le château, autrefois bâti à une demi-lieue & au nord-est de la ville, n'existe plus que dans une butte & une petite chapelle qui porte ce nom. C'étoit un des plus grands
fiefs de la basse Auvergne ; il a donné son nom à une ancienne maison de cette province, et a passé, en 1279, dans la maison d'Auvergne, par le mariage de Béatrix de Montgâcon, unique héritière de sa
maison, avec Robert VI, Compte d'Auvergne & de Boulogne. Depuis cette époque, Maringue [2] & la seigneurie de Montgâcon ont toujours resté dans la maison d'Auvergne ; elle appartient aujourd'hui au duc
de Bouillon régnant.
La route de Paris à Clermont passoit autrefois par cette ville, et contribuoit à l'enrichir. Charles IX, dans le voyage qu'il fit en Auvergne, en 1566 passa par Maringue, Abel Jouan qui en fait la
relation, dit que le 17 mars de la même année, le Roi ayant dîné à Saint-Priest de Bramesant, vint faire son entrée & coucha à Maringues, qui, suivant cet écrivain, est une belle petite ville.
Le 21 décembre 1589, cette ville occupée par les Ligueurs, fut reprise par le Capitaine Chappes, homme hardi, entreprenant, cèlèbre par ses exploits militaires, qu'aujourd'hui on nommeroit brigandages ;
depuis cette époque, Maringues resta constamment sous la domination du Roi. Les Capitaines Chappes & Basset y tinrent un bonne garnison, & conduisirent leurs troupes à la bataille d'Yssoire, où ils e
distinguèrent par leur courage.
Cette ville fut accordée aux Protestants d'Auvergne, comme place de sureté ; ils y avoient un temple, bâti, conformément aux édits, dans un faubourg de la ville ; il fut détruit lors de la
révocation de l'édit de Nantes.
Ce temple existoit dans le faubourg du Pont, & dans une rue que les Catholiques, par un esprit de fanatisme, ont appelée la rue d'Enfer.
Cette ville est assez bien bâtie ; ce qu'elle a de plus intéressant, c'est le commerce considérable qui s'y fait en blés, en cuirs, en chamois ; il y a plusieurs fabriques de chamoiserie
établies sur les bords de la rivière de Morge.
Il se fait aussi un commerce de fer qui remonte par l'Allier, dans des bateaux à voiles ; c'est la seule importation qui sa fasse en Auvergne de cette manière.
Les deux tiers des habitans [1] sont Tanneurs ou Chamoiseurs ou Charretiers pour le transport des grains dans les différents marchés de la Limagne, ou Voituriers par eau. Les habitans diffèrent à
plusieurs égards des autres habitans de la Limagne; ils ont des moeurs, un caractère & un costume particuliers; ils sont laborieux, actifs, mais méfians, grossiers, peu communicatifs, & sans être fort
dévots, ils sont fort attachés aux vieilles erreurs, ils ont tous les défauts connus qui accompagnent l'ignorance. Lorsque les Ingénieurs, qui travailloient à lever la carte générale de France, passèrent dans
les environs de cette ville, les habitans les prirent pour des sorciers; ils les poursuivirent à coups de pierres ; il fallut envoyer des brigades de Maréchaussée pour protéger les opérations de ces
géomètres.
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