L'éloge qu'en fait la dédicace s'accorde avec
les vers touchants de la Muse du foyer sa sœur. Si Anne-Claude y est appelée « 0
ma bonne et sensible mère 1 » Jean François est, lui, « mon bon et respectable
père ». Un séjour d'Anatoile à Paris coïncide, comme nous le verrons, avec la
date où Antonin du, pour cette publication, s'entendre avec les libraires
(Dente, notamment). Sa mise en vente est de novembre /27.
C'est un volume de petit format, avec 918 pages de texte, 120 de notes, cinq
de tables. Il témoigne de grandes lectures - Fénelon, Montesquieu, Voltaire,
Helvétius, Buffon, Rousseau, Bernardin, Pestalozzi, Chateaubriand, etc. -
Rousseau plus qu'aucun autre. La grande thèse est que l'éducation doit s'emparer
du sujet dés sa plus petite enfance - ce qui n'est pas si mal vu. Un Essai de
morale pour l'enfance, en huit leçons (pp. 315 - 318) contient, sous forme de
catéchisme à la fois religieux et scientifique, les éléments qu'Antonin juge
indispensable. La couleur générale du livre est celle d'un déisme philosophique
assez différent de la foi précise et catholique de Jeanne-Anatoile. L'auteur, il
est vrai, semble renvoyer ce détail à un âge plus formé, mais le fait d'avoir
mis Moise parmi les sages à côté de Zoroastre et de Confucius paraît, malgré
tout, significatif.
Antonin présente l'ouvrage comme le fruit de son expérience personnelle dans
l'éducation de ses deux fils - Camille (1818-1864) et Eugène, destinés à
perpétuer après lui la race. Camille devait être quasiment adopté par César son
oncle.
Francis (1784 - 1869)12 avait eu son heure héroïque à Pesmes, en
1814, au pont de l'Ognon qu'il essaya, nouveau Cochî, de défendre, avec une arme
de rencontre - un simple poids de fonte - contre l'avant-garde alliée pénétrant
en Haute-Saône. Par la suite, il dut beaucoup à ce même César, qui le mit dans
ses affaires, où il ahurissait un peu le fidèle contremaître. Son fils Théodore
devait fournir une longue carrière dans l'administration algérienne. Il mourut
en 1902 à Dellys et sa sœur Nina (veuve Barthélemy Rolland) à l'orphelinat
catholique de Shang Haï où elle s'occupait après son grand deuil.
Le mariage d'Anne-Marie Ancey (Ninette) s'était conclu sous de fâcheux
auspices. La famille finit par y voir - sans doute à tort - des représailles pas
chrétiennes du curé de Pesmes, l'abbé D... qui avait été intrus en 1790, au
défaut du curé insermenté, l'abbé Belle, qui reprit sa cure lors du Concordat. A
M. Belle décédé, M. D... succéda, canoniquement cette fois, mais la piété
intransigeante de Jeanne-Anatoile ne le souffrit jamais. Dès qu'il paraissait en
chaire l'indocile paroissienne s'en allait après un salut ostensible à l'autel.
M. D... avait déjà refusé le Dr Bedier - un Berlier avait représenté la Côte
d'Or à la Convention (domicile Paris, rue de Verneuil) - comme prétendant à la
main d'une nièce, mais ce qui lui avait paru inacceptable pour les siens, il
l'avait jugé propre à la soeur d'Anatolie Ancey. Ce fut par lui que ce
malheureux mariage se fit. Bientôt abandonnée avec la fille (Julie) issue de
cette union, Mme Berlier se retira dans le midi auprès de ses frères. Julie
devint plus tard Mme Ferdinand Marghalan. Elle se rappela toujours la tragique
adjuration qu'on lui faisait ajouter à sa prière « pour que papa ne revint pas
».
Ce que je sais de Jeanne-Anatoite reste plein de trous bien que ç'ait été une
des figures les plus originales de la famille et qu'aux récits qu'on m'a fait
d'elle s' ajoute un document de premier ordre, le volumineux recueil de ses
poésies manuscrites, rarement datées, par malchance.
12
Dans la marge: aïeul des Ancey d'Alger.
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