Deux statues de seigneurs subsistent à
Saint-Hilaire de Pesmes, chapelle de la Résie. L'une est celle de l'abbé de
Bellevaux, doyen de Dôle, l'autre celle de Jean d'Andelot son frère, écuyer et
favori de Charles-Quint, honoré d'une estafilade de l'épée du roi de France à
Pavie, et, plus tard, choisi pour l'un de ses compagnons de retraite par
l'Empereur après son abdication. Montaigne, en 1580, a rencontré à Plombières un
fils de ce même M. d'Andelot, d'une destinée à la fois brillante et tragique. M.
de Bellevaux, lui, recevait dans son amitié parmi les ecclésiastiques de son
diocèse, un curé d'Hugier, de la familiarité de Pesmes (ensemble de prêtres
issus d'une même localité), messire Pierre Ancey: c'est lui, du moins, qu'il
charge, en 1547, d'acquitter à sa place une dette de jeu contractée par lui. Un
abbé mondain, comme on voit.
C'est, à l'heure actuelle, et faute de recherches non effectuées encore sur
les lieux, la plus ancienne mention du nom des Ancey de Pesmes. C'est ici le
lieu de discuter de leur ascendance.
Pesmes est devenue française à la date du 14 février 1674, jour où elle se
rendit au Roi, lequel fut confirmé dans sa possession et celle de toute la Comté
quatre ans plus tard, à la paix de Nimègue1. C'est après ceci que les
Ancey de Pesmes auraient fait reconnaître leur noblesse par le généalogiste
royal. Ils seraient, tout au long, les Ancel (mod. Ancey) de Joinville de Risme2 ayant pour armes trois broies (masses d'armes) en fasce, sous un chef au lion
issant.
Or, ce sont là, authentiquement, les mêmes armes qu'a toujours portées la
famille du célèbre sénéchal, comme la seigneurie de Risme lui est advenue du
fait du second mariage de Jean de Joinville avec Alix de cette maison. Ancel,
maréchal de France, a été leur fils, et le même prénom se retrouve encore deux
fois dans la descendance masculine des Joinville éteinte à la fin du XIV è
siècle. Des Joinville d'une autre branche sont signalé à Marnay au voisinage de
Pesmes, dans le courant du XIII è. Qu'est-ce à dire ? La tradition familiale
fait remonter la souche à cet écuyer du sénéchal (les textes disent « un
bourgeois de Joinville ») qui sauva la vie de son seigneur en Egypte, et que le
roi, à la requête du sénéchal, aurait fait accéder à la noblesse, en lui
conférant son cri d'armes : « Ancel - Ne chancelle ». Cet Ancel aurait servi de
parrain au maréchal, encore à naître lors de la croisade. Mais Joinville a-t-il
pu lui communiquer son propre blason ? Et surtout ce titre de seigneur de Risme,
inexistant, lui aussi, dans sa maison en 1240 ? César Ancey se riait de ces
prétentions, que son vieux père soutenait, lui, obstinément.
Quoi qu'il en soit de ce point, digne à coup sûr d'élucidation (de vieux
documents Ancey, remontant à l'époque de Jeanne de Navarre, auraient été
inconsidérément détruit avant 1868), il nous faut actuellement attendre jusqu'en
l'an 1623 pour retrouver dans les chroniques de Pesmes le nom de Ancey. Neuf ans
plus tôt (1614) une délibération du conseil des échevins avait conclu à la
fondation d'un couvent de Capucins dans la banlieue. Les bâtiments s'élevèrent
en bordure du chemin de Gray. La croix d'inauguration en avait été plantée le 25
avril 1618 par le R.P. Scolastique d'Embrun, commissaire provincial, et la
première pierre le lendemain, par autorité de l'archevêque de Besançon,
Ferdinand de Rye. L'infante gouvernante des Pays-Bas figure parmi les donateurs
(l'archiduchesse Dona Clara), et, parmi les cessionnaires de terrain, les frères
Claude et Philibert Ancey. La consécration de l'église se fit en 1623, et c'est
en 1791 qu'elle devant disparaître sous le marteau des démolisseurs. Le château
des Choiseul devait bientôt suivre.
1
Auparavant la Franche-Comté appartenait aux Habsbourg d'Espagne. (D.C.)
2 Voir en annexe. (D.C.)
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