Quelques années plus tard - 1808 - MM. Gay
et Fierard, originaires je crois, du Languedoc, vinrent établir dans un local
situé au chemin des Princes une fabrique importante (30 000 tonnes annuelles ;
liq.1837) où ils raffermissaient la totalité des poussières de tartre que le
commerce faisait arriver à Marseille ; dés lors ces fabricants commencèrent à
fournir des quantités assez considérables de crème de tartre, non seulement pour
la consommation en France mais encore pour l'exportation à l'étranger, et
surtout en Allemagne et en Russie.
Peu de temps après une nouvelle fabrique fut établie par M. Honoré François
Legré aîné dans un local situé aujourd'hui vis à vis le gymnase qui n'existait
pas alors et qui fut construit par une société d'actionnaires sous la
désignation de Théâtre Français. Cette fabrique existe et appartient au fils
aîné de M. H.F. Legré qui l'exploite.
Camille Ancey dénombre les huit usines de ce produit existantes à la date du
questionnaire, dont trois à des firmes Legré (Legré aîné, Casimir Legré, Legré
Texteris) et deux au cours Gonffé, T ... (No 46) et Ancey (No
19). Ce n'est en effet que plus tard que l'industrie des Ancey se porta à la
Capelette. L'immeuble Gonffé était resté indivis à la mort de César, ce qui
explique l'absence de sa mention au partage. La Ville pour des travaux
édilitaires pour la mairie Onfray acheta aux hoirs Ancey ces locaux au prix de
115 F le mètre carré (accord du 22 novembre 1861). Les exploitants, Camille et
Félix, avaient reçu une indemnité locative de 20 000 F (expertise, carte, du 2
décembre 1961). Le prix de l'achat lui-même s'élevait pour la ville à 458 505 F
payable en cinq annuités - complément notable aux évaluations que le partage
donne de la fortune laissée par César Ancey (total de 1 260 000 F). Il n'est pas
inutile de dire que par suite de changement de numérotage, l'usine Gonffé porte,
dans les papiers de l'Hôtel de Ville, le N" 1 de ce cours.
Une autre usine, évidemment de produits chimiques aussi, appartenant à M.
Ancey, est signalée, en 1854, à Montredon (Sémaphore). J'en ignore les
destinées, mais elle n'apparaît plus en 1858.
Camille Ancey donne comme centres français concurrents de Marseille, trois
autres cités du Midi - Nîmes, Montpellier, Bordeaux - et comme pays de vente,
avec le nôtre, l'Espagne et l'Italie. En Sicile, une tradition veut que César
ait eu une agence, confiée un temps à Francis son frère. Le même Camille
constate que l'État français protège doublement le commerce de nos crèmes de
tartre : prohibition des crèmes de l'étranger, nuis droits sur les matières
premières importées par navires français.
Il relève encore l'intensité croissante de la demande anglaise et américaine,
en raison du mélange, censé fébrifuge, qui s'en fait là bas dans la manutention
du pain (usage aussi contre la fièvre jaune d'une solution de crème de tartre
dans le borate de soude, en Amérique chaude). Ce qui d'autre part en réduit le
contingent exporté, c'est la consommation accrue de ce même produit pour l'acide
tartrique, industrie greffée sur la précédente, pour les besoins de la
pharmacie, de la teinturerie et des boissons acidulées. On a vu que César Ancey
en avait été le promoteur à Marseille.
Mais les industries chimiques n'avaient pas suffi à son activité. N'avait-il
créé à Gémenos, dans le vallon de Saint-Pons une papeterie - où Francis encore
fut employé - et dont une feuille, au grand filigrane Ancey, n'est tombée sous
la main soixante ans plus tard ! Il y en avait pour 28 000 F de marchandises
vendues en mai 1860, et un reliquat estimé à 53 000 F. César vivait
familièrement avec son personnel : en 1852, il acceptait le parrainage du fils
d'un de ses journaliers.
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