CHRONIQUES DES ANCEY

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L'année suivante (1858) M. Ancey est à Pougues ; avec Elise et Théophile, sa femme à Cauterets (août). Lucie, elle, est à présent en pouvoir de mari. Elle a épousé Albert Fine, fils d'un ami des siens, et César a dit à l'heureux prétendant: «je vous donne la perle de la maison ». Ce mariage est du mois d'avril -. Albert avait vingt-cinq ans. A Cauterets, on est descendu dans une maison particulière où tout manque ; les prix des hôtels, d'ailleurs, sont trop forts. Les Pastoret sont la seule compagnie. Le temps est mauvais, la temp. persistante de Théophile inquiète sa mère : cependant, si M. d'Astors le trouve bon l'on restera. A Marseille, Félix, fort morose du départ des autres, vit, du moins, entre Lucie et Albert.
   Il n'existe pas, dans toute cette correspondance, de lettre plus pathétique que celle du 24 octobre de cette même année, antérieure de dix jours à la mort de M. Ancey. Sur la foi des docteurs, le père de famille, éprouvé de maux de vessie (paralysie de cet organe, gonflement de la prostate) est venu avec sa femme à Paris se mettre entre les mains d'un spécialiste le Dr Heurteloup. Tout le vœu de la pauvre femme éplorée est qu'il puisse revenir à Marseille au moins comme il en est arrivé. Félix accourt. M. Ancey s'éteignit le 4 novembre entre leurs bras à tous les deux, laissant, avec le souvenir d'une belle fortune édifiée, celui d'une philanthropie généreuse. Il était dans sa soixantième année. Au moment de partir pour ce funeste voyage, il avait, pour la seconde et dernière fois, corrigé quelques clauses de son testament de 1849. Ce testament s'est conservé. Avec le partage de 1841, il est capital pour la détermination de l'état des fortunes en deux générations successives. Mais, à la différence de l'acte de Valay, qui ne règle que des intérêts, c'est aussi un document moral.
   César Ancey n'eut pas la joie d'embrasser le premier de ses petits enfants, Louise Fine, destinée à naître un an seulement après son décès (fin novembre 1859). Mais il n'eut pas non plus la douleur d'enterrer son fils Théophile décédé quelques mois (septembre) avant cette même naissance.
   Sa succession, dont le partage ne s'opéra qu'après ce second décès (12 mai 1860), s'élevait à une valeur de plus de 800 000 F (chiffre exact 802 247 F 55), dont 640 000 et plus en
immeubles19. Ces derniers sont spécifiés ainsi : terrain de la Capelette (1 51 000 F environ), maisons 56 et 58 de la rue Marengo (1 15 000 F), ensemble de la Loubière (137 000 F), terrain rue Vincent (15 000 F), immeuble rue de Saint-Jérôme (128 000 F), maison de Mme Fine (95 000 F). Les terrains de la Capelette paraissent identiques à cette Dominicaine, acquise au 7 janvier 1845, minutes De Langlade, et dont plusieurs lots, montant à un total de plus de 2800 mètres carrés au prix moyen de 6 F le mètre (cinq ventes, prix total 17 600 F environ), furent vendus par lui de 1850 à 1854. C'est à la Capelette que s'éleva finalement l'usine de produits chimiques, avec l'indispensable Jacques pour son contremaître. Sur les origines de cette industrie (crèmes de tartre à Marseille) je ne saurais mieux faire que de m'inspirer d'une réponse de Camille Ancey (6 août 1861) à une enquête de la Société de statistiques de notre ville. « La fabrication de la crème de tartre (raffinage des tartres) a été importée à Marseille au commencement de ce siècle. Une petite fabrique fut d'abord établie du côté de Jarret par un nommé Besrand qui livrait quelques barriques de ce produit chaque année pour les besoins de la pharmacie et de quelques teinturiers et fabricants de bonnets pour le Levant établis à Marseille.


19Il faut déduire plus de 104 000 F de passif, dont 41 000 des reprises de Mme Ancey.

 

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