C'est encore M. Ancey César, chef incontesté
du groupe catholique au Conseil, qui fut chargé plus tard des remerciements
officiels au Saint-Père pour le pallium dont il venait d'honorer l'Évêque de
Marseille, naguère coadjuteur de son oncle, Mgr Eugène de Mazand. L'intimité
avec ce prélat était assez grande pour qu'on se rappelât avec gaieté, dans la
famille, des plaisanteries d'une espèce séminariste qu'on goûtait fort à
l'Évêché. Cette même municipalité devait élever au glorieux Belsunce18
un bronze dans le piédestal duquel, lors de son transfert, pouvait toujours se
lire le procès-verbal d'inauguration avec le nom d'Ancey mêlé à ceux de ses
collègues.
Ce même nom s'attache à un projet de nomination d'un inspecteur financier des
écoles de la Ville. Lui-même, remplaçant le Maire, a présidé telle distribution
de prix de ces écoles alors dirigées par les Frères. Il en a présidé aussi à
l’œuvre de la Providence dont il était membre fort actif. Son fils Félix
assistait parfois à ces cérémonies, au cours desquelles il murmurait, les yeux
arrondis, « Papa prêche ! ».
La dernière séance municipale où parut César fut celle du 21 octobre 1852. Le
29 novembre une proclamation préfectorale annonçait aux Marseillais le
rétablissement de l'Empire. Ce même jour, en l'absence de M. de Chantéras,
maire, l'adjoint Honnerat donna lecture des démissions de ses collègues Albrand
et Ancey.
Les affaires de César seront utilement mentionnées - autant qu'elles me sont
connues, et cela est plein de lacunes, en dépit des papiers existants -
lorsqu'il s'agira de son héritage six ans plus tard. En 1854 se place un voyage
de la famille à Lyon où l'appelait le mariage d'un Ancey, Paul, fils de l'ancien
notaire et neveu de César. Paul avait un frère, Charles, et deux sœurs, Anaïs et
Eugénie. Lucie était du voyage, et Félix, rentré de Liverpool plus tôt qu'on
n'eût cru, les avait rejoints à Lyon le 28 avril. La cérémonie eut lieu le lundi
le, mai, et, le surlendemain, on partait pour Dijon et Pesmes où l'on était
encore le 12 : dans l'intervalle, on avait visité et admiré Besançon. Des
affaires (sans doute relatives à la liquidation du lot de César dans l'hoirie
paternelle) prolongeaient un séjour que Mme Ancey eût aimé plus bref. On
s'inquiétait des jeunesses laissées à Marseille, le petit Joseph surtout. Quand
au voyage de Camille et de Félix, ce que nous en savons, c'est que le jour de
Pâques (16 avril), on avait dû assister à la messe à Notre Dame, que le temps
avait été mauvais es eux courtes journées passées à Paris, guère meilleur dans
le Pas-de-Calais (A dish ! avait demandé Félix pour son grand cousin) et que
l'itinéraire avait comporté Londres et Liverpool.
L'année suivante enregistre une munificence de César à l'égard de sa petite
ville natale - un don de onze mille francs pour la création d'un hôpital dans la
maison du singe gratuitement cédée par lui à ses concitoyens. D'où la
délibération ultérieure du Conseil de la Ville (9 mars 1859) imposant à la rue
du Donjon le nom du donateur alors décédé.
Dans les années suivantes, ce sont des lettres des villes d'eaux que mon
dossier révèle. Alors commence le calvaire de mon excellente aïeule destinée à
veiller la longue agonie de trois des siens (1857 - 62).
Vichy, d'abord. M. et Mme Ancey s'y trouvent, avec Lucie et Élise, à l'hôtel
Michard. M. Ancey boit les eaux des Célestins, puis on lit, on se promène, on va
à Cusset en parties. La société est mince, bornée aux Vaïsse et aux Pélissier.
Félix, lui, est resté à Saint-Jérôme avec les jeunes et la tante Clara qui
semble une Providence. Ils se distraient comme ils peuvent, avec la lecture
aussi, la chimie, la menuiserie (1857, juillet - août). Félix intrigue beaucoup
ses parents en leur parlant d'un gros héritage, sur lequel il ne donne pas
d'éclaircissements.
18Evêque de Marseille qui fit preuve d'un dévouement héroïque pendant
l'épidémie de peste de 1720-21. (D.C.)
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