Un réseau de papillons

Les êtres inconstants qui, dans le libertinage ou dans l’orgie, papillonnent d’un amant à un autre, créent fortuitement dans leur entourage un réseau d’amitié solidement tissé par le plaisir sexuel ; c’est ce type de réseau qui se rapproche le plus de la communauté. Une nation qui n’a en commun qu’un drapeau est beaucoup moins une communauté qu’un groupe restreint partageant la même passion. La bureaucratisation de la solidarité dépersonnalise le contact humain de la compassion ; ainsi le fait de payer des impôts déresponsabilise du sort des plus pauvres, qui sont fichés comme un vulgaire numéro. La solidarité devient une statistique. Le réseau libertin permet un partage passionné des richesses ; car plutôt que de s’appeler MORJ31098702, Josée pourrait se faire appeler Chérie, et Jean serait le Petit Coquin, et entre deux baises passionnées, il y aurait des arrangements matériels désintéressés. Quand les gens deviennent des numéros, leur dépersonnalisation facilite l’envie de les contrôler pour des raisons statistiques. Ainsi on peut obliger HEUW93746109 à faire du Workfare, du travail étatique contre la survie financière ; tandis que Willy, notre ami et franc compagnon, peut-être notre amant, se mériterait plutôt un Revenu de Citoyenneté. En sortant Willy de la pauvreté, on lui fait confiance, on suppose qu’il fera de grandes choses avec nos impôts ; tandis que HEUW93746109, ce vilain profiteur paresseux, ne mérite qu’une maigre pitance de survie.

Aussi, donner quelque chose à un ermite, c’est ne pas voir le fruit de la solidarité, donc le don est moins généreux. La socialisation des individus dans la société est d’une importance capitale pour maximiser les effets de la solidarité dans le partage. Le libertinage permet de socialiser les individus directement dans la relation sexuelle, ce qui crée des liens sûrs et durables. Consommer de la prostitution n’est pas de la solidarité mais un rapport marchant, la location d’un corps ; « je veux x, et je paye x dollars », tandis que la solidarité c’est « on est bien ensemble, on s’arrange ». L’échangisme est de la même logique : « je t’échange mon partenaire contre le tiens », le troc est calculé. Les libertins débordant d’amour ne calculent pas, ils donnent, tout simplement parce qu’ils aiment.

© Patrick Latendresse

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