D’être solidaire avec son prochain, voilà une fonction intéressante du partage amoureux, que ce soit dans le libertinage ou dans l’orgie. Dans la monogamie, cette responsabilité sociale est réservée au couple. Alors que le libertin embrasse la terre, le monogame chérit son petit cocon familial. En monogamie, le voisin peut souffrir énormément sans que personne ne lui vienne en aide ; en libertinage, la visite régulière d’un amant passionné constatera de la douleur du voisin et agira pour remédier à la situation. Car le partage de l’orgasme, la perte du Moi reliée à la sensation génitale prédispose au Soi, à la solidarité. À qui viendrait l’idée sadique de laisser souffrir son amoureux, celui qui apporte tant de sensations océaniques de plaisir sexuel ? Nous pouvons affirmer sans trop nous tromper que le libertinage est une solidarité conditionnée par le plaisir. De la même façon, la monogamie est une déresponsabilisation conditionnée par la pudeur, par un plaisir contraint. En multipliant les relations amoureuses basées sur le plaisir sexuel dans la population, nous augmentons la solidarité dans le tissu social. Il n’est pas étonnant qu’aujourd’hui, en plein néolibéralisme économique, les plus pauvres de nos sociétés sont de moins en moins aidés, que la contrainte à une activité déplaisante soit de plus en plus imposée (ce sont des exemples du genre qui démontrent que l’activité sexuelle déteint obligatoirement sur les activités non-sexuelles) ; si les gens possédant beaucoup de capitaux partageaient l’orgasme quotidiennement avec les plus pauvres, ils seraient beaucoup plus enclins à partager. Car le partage des corps prédispose au partage des richesses. Le libertinage est une nécessité sociale, et non une lubricité comme on tente de nous le faire croire. Dans une société où les actionnaires ignorent les clochards sur le trottoir de leur building, il n’est pas étonnant que des viols se produisent régulièrement ; la souffrance d’autrui est ignorée. Jonction de l’économie et de la sexualité, la prostitution vénale (non-rituelle), basée sur l’échange de sexe contre de l’argent, accouple les pauvres et les riches dans une situation hiérarchisée : échange d’argent, donc de nourriture, contre un plaisir égoïste du Moi.
© Patrick Latendresse 2003
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