Tromper ou ne pas tromper

L’exclusivité sexuelle du couple monogamique génère l’adultère, celui qui est nommé “tromperie” car on “trompe” en commettant l’adultère. La très grande majorité des monogames croient que coucher avec une prostituée n’est pas tromper, puisqu’il n’y a pas d’affection. Effectivement, la prostitution est un rapport froid dénué totalement de socialité, donc asocial. Ce qui fait donc peur aux monogames, c’est l’attachement provoqué par le plaisir sexuel, car ils savent avec raison qu’une pluralité sexuelle apporterait une vague de solidarité qui est une menace au cocon familial du couple. Les monogames sont bien masochistes de se forcer à ne pas goûter aux plaisirs adultérins pour conserver le petit plaisir insignifiant du couple. Les monogames sont des égoïstes qui ne veulent pas partager le trésor caché de leur conjoint ; c’est le principe de la propriété privée, mais comme le dit si bien Proudhon, « la propriété c’est le vol ». Donc, la monogamie c’est le vol. Vol d’un individu à la communauté, le couple se réserve comme exclusivité d’user de la physionomie d’une personne, au détriment d’autres personnes toutes aussi intéressées. Là réside la véritable tromperie : le couple monogamique trompe la collectivité, la privant ainsi d’un dynamisme collectif.

© Patrick Latendresse 2003

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