L’ÉDUCATION

 

 

"Le but de l'éducation n'est pas de tailler l'enfant pour une fonction ou de le mouler à quelque conformisme, mais de le mûrir et de l'armer (parfois de le désarmer) le mieux possible pour la découverte de cette vocation qui est son être même et le centre de ralliement de ses responsabilités d'homme. Tout l'appareil légal, politique, social ou économique n'a d'autre mission dernière que d'assurer d'abord aux personnes en formation la zone d'isolement, de protection, de jeu et de loisir qui leur permettra de reconnaître en pleine liberté spirituelle cette vocation; ensuite de les aider sans contraintes à se dégager des conformismes et des erreurs d'aiguillage; enfin de leur donner, par l'agencement de l'organisme social et économique, les moyens nécessaires pour donner à cette vocation son maximum de fécondité. Il faut préciser que cette aide est due à tous sans exception; qu'elle ne saurait être qu'une aide discrète, laissant au risque et à l'initiative créatrice tout le champ nécessaire. La personne seule trouve sa vocation et fait son destin. Personne d’autre, ni homme, ni collectivité, ne peut en usurper la charge. Tous les conformismes privés ou publics, toutes les oppressions spirituelles, trouvent ici leur condamnation."

Emmanuel Mounier

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Un écrit qui nous emmène bien loin de l’esprit et de l’idéologie dont nos gouvernements et responsables québécois de l’éducation ont imbibé notre système éducatif.

 

Les promoteurs de la Révolution tranquille nous avaient assurés des lendemains ensoleillés où le peuple québécois, enfin éduqué à la moderne, selon de nouveaux contenus, orientations et méthodes d’enseignement, reposant sur des principes scientifiques rigoureux, prendrait sa place au sein des peuples francophones du monde, sans avoir à rougir du nouveau profil de sa jeunesse, notamment en matière d’éducation de base, d’autodiscipline, de détermination et de persévérance au travail, de langue et de culture. Force nous est de constater qu’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir en ce sens pour parvenir à des résultats satisfaisants. Encore faudra-t-il à notre système d’éducation d’inspirer une plus grande confiance et devenir plus attrayant pour une partie importante de la clientèle scolaire. Pour y arriver, il devra d’abord accepter de revoir en profondeur une bonne partie de son idéologie, de ses programmes et de ses méthodes d’enseignement.

 

Les présents défenseurs du système actuel d’éducation, dont la vision posée et élargie de l’avenir est obstruée par celle fébrile et étroite de l’immédiat, voudraient faire de l’éducation un instrument au service de la finance, de l’industrie, des entreprises et des commerçants. Servant ainsi une société modulée aux accents de la ploutocratie la plus « matérialisante », avec tout ce cette approche suppose d’accros à l’éducation de base servie actuellement à nos jeunes.

 

Sur le plan de la technique de l’enseignement et du contenu des cours, le système d’éducation a souvent failli à la tâche. On a peut-être consacré trop d'énergie et de temps à faire des expériences « dites pédagogiques » pendant qu'on négligeait le but essentiel de l'enseignement : outiller nos jeunes pour mieux réussir dans la vie. En cela, l’éducation de base, donc acquérir un minimum d’autodiscipline et de sens du devoir et du travail, en plus de d’apprendre à parler et écrire correctement, est prioritaire.

 

Une piste à exploiter pour remédier à la situation, serait de revenir à des programmes et à des méthodes traditionnelles d'enseignement qui ont fait leurs preuves. Il y a un retour en ce sens actuellement, mais il est trop timide. Nombreux sont ceux et celles qui, encore aujourd'hui, voient dans le cours classique d’autrefois une valeur sûre. Devant l'ampleur du désastre actuel, ils déplorent sa disparition.  Bien sûr, pour le faire revivre dans nos institutions d'enseignement, il faudra le moderniser et l'adapter aux exigences du monde d'aujourd'hui. Le cours classique a formé beaucoup de nos plus grands écrivains et journalistes. Nous avons connu assez de ratés en éducation pour ne pas penser revenir à ce qui a été mis de côté il n'y a pas si longtemps et qui donnait pourtant de très bons résultats. L'Affirmation nationale se penchera sur la possible mise en place d'un nouveau cours classique  modernisé et de certains des contenus et des méthodes d'apprentissage que l’ancien utilisait.

 

D'autre part, il est douloureux de constater l'ampleur du décrochage d'une partie de la clientèle scolaire, surtout masculine. Il faut alors se questionner sur les raisons de ce décrochage. Le système scolaire, avec ses méthodes d'enseignement et d'apprentissage, est-il vraiment fait pour entretenir le goût et l'intérêt des garçons envers l'école ? La mixité aurait-elle entraîné des conséquences non voulues, parmi lesquelles une féminisation outrancière du système scolaire ? Les garçons, alors privés de modèles professoraux de leur sexe et soumis à des méthodes d'enseignement qui ne respectent pas leur démarche intellectuelle d'acquisition de la connaissance, ne se sentiraient plus à l'aise et décrocheraient. Pis encore, se pourraient-ils qu'ils aillent jusqu'à considérer l'école comme une étape peu utile à la réussite dans la vie pour eux, garçons ? Autant de questions que plusieurs sociologues et experts en éducation se posent depuis un certain temps.  L'Affirmation nationale encourage ce questionnement.    

 

Notre système collégial est boiteux. Il fallait s’y attendre. Nous avions été prévenus des difficultés de fonctionnement d’un système collégial hybride où, simultanément, on vise la formation professionnelle de métiers et la préparation aux études universitaires. D’autres États avaient opté pendant un certain temps pour cette formule, théoriquement défendable, mais l’ont rejetée assez rapidement, devant l’accumulation d’effets indésirables. Nous vivons actuellement les problèmes de nos prédécesseurs.

 

Sous prétexte qu’il nous a coûté extrêmement cher, nos responsables actuels de l’éducation au plus haut niveau, ne peuvent admettre que ce choix fut une erreur. Ils le savent, mais refusent de le mettre de côté.  Piètre raison quand on songe que ce système continuera d’exercer une ponction financière lourde et difficilement défendable sur le budget du gouvernement en considération de son rendement médiocre.  L’Affirmation nationale verra à transformer notre système d’éducation, au niveau collégial en particulier, pour le rendre plus efficace, en s’inspirant de ce qui se fait ailleurs au Canada et dans d’autres pays.

 

Une petite anecdote en terminant. Peu après avoir été porté au pouvoir en 1976, René Lévesque se rendait  au Japon, en visite officielle. Lors de son passage dans une institution d'enseignement dirigée par des Québécois depuis des décennies, il demanda au directeur du collège ce qui, selon lui,  expliquerait le succès remarquable de l'institution, et pourquoi les dirigeants japonais lui vouaient un tel respect. La réponse fut brève et sans appel : « Simplement, nous continuons d'utiliser les méthodes d'enseignement que vous avez mises de coté au moment de la Révolution tranquille » Fin de la citation.

 

 

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