n surmontant les barrières
entre espèces très différentes, le génie génétique*
met en communication tout le vivant. Les plantes peuvent ainsi recevoir
des gènes d'origine non végétale. La diversité
biologique devient dès lors un pool de gènes unique. En ouvrant
de nouvelles perspectives à l'utilisation de la biodiversité,
les chercheurs favorisent donc une gestion plus efficace des ressources génétiques*.
On sait que la mise au point de nouveaux outils a permis de démonter
la structure intime des gènes.Comme les marqueurs
moléculaires qui permettent d'étudier la filiation entre les
variétés - voire les espèces - et l'évaluation
de leur distance génétique. Mais quel est l'impact de ces nouvelles
technologies sur le maintien de la biodiversité ? Les avis sont partagés
et nombre de scientifiques ne dissimulent pas leurs inquiétudes.Le développement des biotechnologies* de clonage*, très utilisées ces dix dernières années, ne peut que les accentuer. Car la reproduction à des centaines de milliers d'exemplaires identiques d'un génotype sélectionné de fraisier, de palmier à huile ou de cacaoyer, par culture in vitro, accentue l'homogénéité des cultures. Exemple type, des clones* de palmier à huile ont permis à la Malaisie d'accroître de 30% sa production d'huile au début des années 80. Mais la technique du clonage, qui tend à l'uniformisation des cultures, accentue également leur vulnérabilité. De fait, en 1983, les palmiers à huile malais commencèrent, pour des raisons inconnues, à donner des fleurs et des fruits anormaux... Selon certains experts, les plantes reproduites par clonage sont six fois plus vulnérables aux attaques des ravageurs que celles multipliées traditionnellement à partir des semences. De plus, les premiers succès enregistrés en ce domaine jouent sur une gamme rétrécie de gènes d'un grand intérêt commercial, car résistant à des herbicides, des insectes, des virus... En Introduisant ces nouvelles « plantes miracles » dans l'ensemble des espèces cultivées, les géants de l'agrochimie risquent de faire le jeu d'une diversité artificielle et standardisée. L'échéance est proche, puisque les premières plantes « transgéniques » sont attendues sur le marché d'ici à 1995... Pour les adeptes de la révolution biotechnologique, celle-ci va permettre l'émergence d'un modèle agricole « post-fordiste », et fournir des produits différenciés. Leurs contradicteurs soulignent que les principales orientations de la recherche fortifient la dépendance à l'égard des grandes multinationales de l'agrochimie et accentuent une tendance déjà quasi irréversible à l'uniformité. L'apparition d'ici à quinze ans de semences artificielles va encore renforcer ce mouvement. On va fabriquer par culture cellulaire des centaines de milliers d'embryons somatiques* à partir d'un unique fragment de tissu végétal. Le tout tenant dans un récipient d'un litre... Enrobées d'une gelée nutritive et d'une coque protectrice, ces graines new-look contiendront en outre des produits phytosanitaires, qui seront vendus clés en main par la même firme... Logique identique pour l'obtention de nouveaux hybrides, c'est-à-dire de plantes qui ne se reproduisent pas. La société belge Plant Genetic Systems (PGS) teste ainsi des colzas hybrides obtenus par génie génétique. il suffit d'Inhiber le gène responsable du développement des organes mâles. Le procédé est théoriquement applicable à toutes les variétés hybrides conféreraient dès lors à l'industrie des semences un « verrou » biologique de ses droits de propriété. Dans l'impossibilité de resemer un partie de leur récolte, les agriculteurs deviendront totalement tributaires chaque année de la livraison de semences par des fournisseurs en position de force pour leur imposer l'achat de leurs engrais et de leurs pesticides.
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