Le sol lui-même est dorénavant l'élément le plus en danger de notre écosystème. Les pratiques agricoles agressives l'érodent, les pesticides et autres métaux lourds le contaminent... L'agriculture symbolise tragiquement la désunion de l'homme et de son environnement. Pour Bernd Heydemann, professeur à l'université de Kiel, « les méthodes culturales dominantes mettent en danger 60% des espèces végétales de l'Europe centrale, puisqu'elles affectent directement les espèces cultivées ». L'équation est simple. Au fil des siècles, l'énorme travail de sélection de milliers de variétés locales de plantes et de races d'animaux a enrichi leur capital génétique. Revers de la sécurité alimentaire et de la course au rendement, les monocultures et l'uniformisation du cheptel pour l'élevage industriel favorisent aujourd'hui un mouvement inverse. Avec le recul, la «
Révolution verte » qu'ont connue les pays en voie de développement
(PVD) dans les années 50 suscite désormais bien des critiques.
Ainsi l'introduction de variétés naines de blé et de
riz a-t-elle entraîné l'abandon de cultures vivrières
à plus forte diversité génétique.
Un relatif succès en Asie, mais un échec total en Afrique. Pour l'agronome néerlandais Henk Hobbelink, « si elle a significativement augmenté la production alimentaire dans certains PVD, la Révolution verte l'a fait à un coût considérable, en termes de conditions de vie des pauvres et de dépendance vis-à-vis de l'extérieur pour la fourniture d'intrants* coûteux». Mais le mouvement semble bien irréversible. S'affrontant à l'échelle internationale pour la mise au point de variétés performantes, les multinationales de l'agro-industrie conduisent à marche forcée la standardisation de l'agriculture. Le fabuleux marché des maïs hybrides* en est un parfait exemple. La demande de résultats immédiats a entraîné au cours des années 70 une grande convergence des programmes de sélection. Les Européens ont dès lors travaillé sur un matériel génétique constitué de quelques lignées. Autre exemple, Chantal Ducos et Pierre-Benoît Joly, chercheurs à l'INRA (Institut national de la recherche agronomique), ont étudié la généalogie des blés tendres d'hiver. Les cent trente-six variétés créées en France entre 1959 et 1982 sont quasiment cousines... Pour maintenir un avantage concurrentiel permanent, le travail de sélection repose donc désormais sur un faible éventail génétique. «Pour progresser, le sélectionneur se base sur les meilleures variétés du moment, elles-mêmes déjà très proches, explique Hubert Bannerot, chercheur à l'INRA. La vitesse à laquelle il est contraint de travailler aboutit à un véritable gaspillage de la variabilité génétique, car seule une très petite partie de cette variabilité est réellement utilisée.»
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