Or, on
estime généralement que l'homme préhistorique avait recours
à environ quatre cents plantes pour se nourir... « C'est comme
Si on examinait toutes les bibliothèques du monde avant d'en avoir
examiné le contenu », affirme le professeur Janzen. Car la dépendance
humaine à l'égard des produits naturels est une réalité
trop méconnue, lors même que 40% des médicaments actuellement
prescrits aux États-Unis en contiennent. À
plus long terme, la disparition des espèces sauvages handicape les
créations variétales de l'agriculture de demain. Capital de
gènes* très variés, les cousins sauvages des espèces
domestiques peuvent être une source déterminante d'amélioration
et de résistance aux fléaux. Pour
Albert Sasson, microbiologiste et directeur de la planification à l'UNESCO,
les exemples ne manquent pas: « Le croisement d'arachides sauvages
de la forêt amazonienne avec des arachides de culture a accru leur
résistance à une maladie qui affectait leurs feuilles et permis
de réaliser des gains de récolte évalués à
quelque cinq cents millions de dollars ». Les industries
américaines de conserve de tomate ont tiré un bénéfice
annuel de cinq millions de dollars en introduisant dans leurs opérations
de sélection deux espèces sauvages péruviennes, qui
ont permis d'obtenir des fruits plus pigmentés et plus riches en matière
solide. Pour
sa part, Vandana Shiva évalue à soixante-six milliards de dollars
l'apport du germplasm* sauvage, originaire des pays du Sud, à l'économie
américaine. Plus que la dette du Mexique et celle des Philippines réunies... Autre
danger directement lié à l'érosion génétique
et qui pourrait mettre en péril l'avenir de l'agriculture : la limitation
de l'obtention de nouveaux cultivars*, et de leurs possibilités d'adaptation.
« L'existence des "populations-sources" est primordiale, affirme Alain
Deshayes, directeur de recherche à l'INRA. Pour faire remonter le soja
au Nord, il a fallu aller chercher les gênes nécessaires dans
une variété présente en Chine septentrionale . » L'uniformité
est enfin vecteur de vulnérabilité. Pour Jacques Grail et Bernard
Lévy (1), « l'adoption par les agriculteurs du monde entier des
blés d'origine mexicaine â haut rendement a eu pour effet paradoxal
d'accroître le risque, car des maladies prennent des proportions épidémiques
du fait que de vastes superficies sont maintenant plantées avec des
génotypes* similaires, sinon identiques ». En 1970, aux États-Unis,
30% de la récolte de maïs de la variété Texas furent
détruits par un champignon parasite. L'épisode servit de révélateur.
Deux ans plus tard, une commission d'enquête remettait en cause l'étroitesse
de la base génétique des grandes cultures américaines. Plus
récemment, des recherches entreprises à la suite de la destruction
de nombreuses espèces cultivées de haricot par un parasite ont
établi que seule une variété ancestrale de haricot résistait
naturellement au champignon. La diversité est donc une assurance contre
les risques. Les agriculteurs du tiers-monde le savent bien, qui maintiennent
des variétés et des races rustiques dans le cadre d'une économie
de subsistance. « La diversité conditionne à la fois
notre survie dans le monde tel qu'il est et toute adaptation à un
avenir qui reste imprévisible », résume André
Cauderon, de l'Académie des sciences. La communauté
scientifique internationale commence à en prendre conscience. La Banque
mondiale, qui pilote déjà le Tropical Forestry Action Plan (TFAP),
a confié au WRI (World Resource Institute) de Washington, qui y travaille
avec l'UICN (Union internationale pour la conservation de la nature et des
ressources naturelles), le WWF (World Wildlife Fund) et le PNUE (Programme
des Nations Unies pour l'environnement), l'étude d'un plan mondial
de préservation de la diversité biologique* (World Biological
Dîversity Action Plan). Une réunion d'experts s'est tenue à Genève, du 9 au 13 juillet dernier, sous l'égide du PNUE, qui a décidé dans le même esprit d'élaborer une Convention internationale sur la diversité biologique. Elle sera à l'ordre du jour de la Conférence des Nations unies sur l'environnement et le développement, qui se tiendra à Rio de Janeiro à partir du 5 juin 1992, en présence de cent vingt chefs d'État et de près de trente mille représentants d'organisations écologistes. (1) La Guerre des semences,
Fayard, 1985. |