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L'agent social est un nom g�n�rique d�signant toute personne qui travaille "dans", "sur", "pour" ou "avec" une soci�t� donn�e, en vue de l'�volution positive de ladite soci�t�, dans sa totalit�, en partie ou en ce qui concerne ses membres individuellement. Il peut travailler dans l'administration gouvernementale ou municipale ou bien dans des institutions non-gouvernementales et non-lucratives. Il peut �tre sp�cialis�, simplement initi� ou avoir une exp�rience plus ou moins longue dans un ou plusieurs des domaines d'exercice du travail social. Il peut �tre engag� professionnellement, ou volontaire, partiellement r�mun�r� ou enti�rement b�n�vole.
Cette d�finition tr�s large comprend donc des fonctions tr�s diverses et peut englober un nombre assez important de personnes dans toutes les r�gions du pays. Pour les besoins de cette �tude nous retiendrons que le terme "agent social" ne d�signe pas seulement ce qu'il est entendu d'appeler les "Assistantes Sociales", sp�cifiquement et sp�cialement form�es pour ce travail, mais une tr�s grande vari�t� de professions qui pr�sentent, � certains �gards, des points communs avec l'activit� professionnelle de l'assistante sociale.
On peut d�finir l'action sociale comme une action individuelle, collective et institutionnelle qui vise le d�veloppement de la personne aussi bien que de la soci�t� toute enti�re. Elle est destin�e � agir sur les deux termes et les deux entit�s. D'une part, elle vise � rendre les individus et les groupes plus adapt�s � la vie communautaire et sociale et, d'autre part, elle vise � rendre la soci�t� plus adapt�e aux besoins et aux aspirations des individus et des groupes qui la composent. Elle vise l'�volution individuelle d'une part, mais aussi la transformation et le changement radical des structures sociales.
D'o�, en principe l'action sociale a trois dimensions essentielles:
1- La dimension individuelle, o� l'agent social oeuvre pour le d�veloppement individuel de chaque personne servie et ce � partir de sa formation, de sa sp�cialisation, de sa pratique ou de son exp�rience.
2- La dimension groupale ou communautaire, o� il agit pour le d�veloppe ment int�gral et int�gr� du groupe ou de la communaut� dans laquelle il exerce.
3- La dimension Nationale o� il oeuvre en vue de la coh�sion interne de la soci�t� globale et de la totalit� du pays pr�parant � la transformation des structures sociales pour qu'elles soient plus aptes � r�pondre aux besoins fondamentaux des groupes et des personnes.
Ces trois dimensions ne sont pas � proprement parler des niveaux hi�rarchis�s d'intervention. Elles sont inh�rentes � l'exercice de tout agent social et de tout centre social. Elles sont en plus compl�mentaires et n�cessairement interd�pendantes. Quelle que soit la cible que l'agent social ou le service social vise, ces trois dimensions doivent �tre n�cessairement pr�sentes. Derri�re la personne avec laquelle il travaille, il doit aussi cibler le groupe et au-del�, la totalit� de la soci�t�. Au-del�, du groupe ou de la soci�t� dans laquelle il travaille, il ne doit jamais perdre de vue, la personne, chaque personne et toutes les personnes. Pour cela, l'agent social ou le service social doit toujours inscrire son intervention particuli�re et technique dans une vision plus globale de la soci�t� comprise comme un tout indivisible. Il doit comprendre et tenir compte des lois qui g�rent le d�veloppement et la croissance de cette soci�t�, et toujours essayer de coop�rer avec les autres agents ou services qui travaillent sur le m�me terrain que lui ou bien sur des terrains connexes.
Si les agents sociaux, et sp�cialement les assistantes sociales, sont habituellement bien pr�par�s � leur r�le sectoriel soit � travers leur formation scolaire, ou universitaire, soit � travers leur pratique ou leur exp�rience qui les rend capables de ma�triser certaines techniques d'�tude, d'action et d'intervention, n�cessaires � leur travail; s'il existe une petite minorit� qui est pr�par�e � son r�le groupal ou communautaires il reste que tr�s rares sont les agents sociaux qui sont pr�par�s au r�le national. La plupart d'entre eux ne sont m�me as conscients qu'ils ont un r�le � jouer � ce niveau. De plus, il existerait m�me une sorte de "pr�vention", dans certains milieux contre un tel r�le � cause de l'identification entre le national et la politique qui, dit-on, vicie tout ce qu'elle touche. On se targue m�me de se dire "apolitique" pour bien insister sur ce fait, mais on oublie, ou on fait semblant d'oublier, que l'aspect "politique" est en Principe inh�rent au travail social et qu'il est impossible de bien exercer sa fonction si on ne le retient pas. Il semble donc tr�s important d'insister sur ce qu'on entend par ce r�le national pour bien le diff�rencier par rapport � la politique et bien le situer par rapport � l'exercice de tout agent social.
Diff�rencions tout d'abord entre l'action sociale et l'action politique. La politique est d�finie comme �tant la gestion de l'affaire publique. Ceux qui sont au pouvoir dans une soci�t� donn�e, le sont, en principe, pour �tre au service de la population, pour lui assurer tous ses besoins individuels, collectifs ou institutionnels d'une mani�re organis�e, programm�e et planifi�e. Ces besoins sont aussi, d'une certaine mani�re, les droits qu'a le citoyen sur la soci�t� et celle-ci a le devoir de les lui assurer. Pour ce faire, les gouverneurs ou dirigeants doivent �tablir une "politique" pour g�rer l'�ducation, la sant�, le travail, l'agriculture, la finance... Ces politiques sociales qui sont � �tablir, sont donc la justification et l'objectif de ceux qui sont au pouvoir. Elles deviennent nationales � partir du moment o� elles font partie d'un projet de soci�t� global int�gral et int�gr�. C'est pour cela que le terme "national" est choisi pour les d�signer et pour bien les d�marquer de la "petite politique" et de la lutte interne que se livrent les dirigeants pour acc�der au pouvoir et le garder.
En effet, il n'existe pas de groupements humains o� la gestion de l'affaire publique ne s'est accompagn�e de luttes d�clar�es ou intestines entre les individus, les factions ou les groupements pour arriver au pouvoir et s'y maintenir. Il est aussi une constatation ais�e � faire que celle de voir que ces luttes forment une grande partie de ce que l'on appelle commun�ment "la politique". Les �lections, les campagnes �lectorales, les coups d'�tat, les r�voltes, les r�volutions, les guerres civiles, les alliances des forces oppos�es, les guerres d'intoxication ou de d�sinformation, la subversion, les milices, les lavages de cerveaux, les services de renseignements, les pressions de toutes sortes, les violences de tous genres... accompagnent ordinairement l'exercice du pouvoir et la gestion des affaires d'une soci�t�, mais cet exercice et cette gestion ne se limitent pas � ces seuls �l�ments.
Si les agents sociaux sont individuellement concern�s, en tant que personnes, par la politique du pouvoir, ils sont aussi et surtout directement concern�s, en tant qu'agents sociaux et citoyens, par les politiques nationales parce que ces politiques sont trop importantes pour �tre laiss�es entre les seules mains des politiciens, pour paraphraser une formule devenue c�l�bre. Les luttes entre les politiciens et politicailleurs professionnels pour le pouvoir ne peuvent que relativiser sinon occulter voire obstruer les politiques nationales en les annexant aux int�r�ts des antagonistes politiques.
Les politiques nationales doivent donc faire partie int�grante et prioritaire du r�le des agents sociaux. En tant qu'agents sociaux, ceux-ci doivent lutter pour une meilleure gestion et une meilleure planification de la soci�t� et non faire de la petite politique ou servir les int�r�ts des politicailleurs qui ne s'int�ressent qu'au pouvoir et aux moyens de le saisir ou de le garder, sans aucune consid�ration de l'�thique de ces moyens.
Quand on jette un coup d'oeil � l'un des meilleurs programmes de formation des assistantes sociales par exemple, force est de constater qu'elles sont relativement bien form�es � leur r�le technique, d'analyse et d'intervention surtout au niveau de l'individu. Elles sont beaucoup moins form�es � leur r�le dans le d�veloppement communautaire int�gr� encore que cette optique commence � pointer dans certains cycles de formation universitaire ou de formation en cours d'emploi. Mais leur formation au r�le national et leur exercice � ce niveau sont presque totalement absents. Il est entendu que les autres "agents sociaux" dans le sens que nous avons d�sign� plus haut, sont beaucoup moins form�s que les premi�res aux deux derniers r�les. La pr�sente �tude se voudrait �tre un d�but de r�flexion sur le r�le national que tout agent social doit jouer et sur la formation qu'il doit avoir, et ce � partir de l'analyse de la pratique du travail social surtout dans une soci�t� qui souffre, depuis une quinzaine d'ann�es, d'une guerre meurtri�re qui n'en finit pas de finir. La guerre, avec l'effritement du tissu et des structures sociales qu'elle a entra�n�, n'aura �t� qu'une loupe grossissante qui a servi � d�voiler les failles pour nous inciter � r�fl�chir sur la n�cessit� d'introduire la dimension nationale dans la r�flexion aussi bien que dans l'exercice, et nous inciter �galement � construire les outils th�oriques aussi bien que pratiques qui doivent fonder l'action dans les ann�es � venir.
La pr�sente �tude ne traite que du cadre global de la probl�matique susmentionn�e. Cette probl�matique m�riterait d'�tre ult�rieurement approfondie. Le premier point qui sera abord�, rappellera, si besoin est, le but principal que doit viser tout travail social et toute action sociale. Le second point traitera des dangers encourus par le travail social, observ�s dans la pratique de plusieurs services sociaux au Liban et surtout durant ces quinze derni�res ann�es de guerre. Un troisi�me point abordera les principales cons�quences de ces pratiques sur l'ensemble du travail social tout en soulignant les �cueils qu'il faudra tenter d'�viter dans le futur. La conclusion insistera sur la n�cessit� de concevoir une formation radicalement diff�rente de l'agent social exer�ant dans un pays comme le n�tre.
I. Le but final du travail social
On s'accorde aujourd'hui � dire que le but final du travail social, est la personne humaine consid�r�e comme valeur absolue. Certains vont m�me jusqu'� couler ce but ultime dans une heureuse formule, "le d�veloppement de l'homme, tout homme et tout l'homme" en insistant sur les deux volets dont doit s'occuper le travail social et qui sont: *- toute personne humaine sans discrimination de n'importe quelle sorte, -tout homme-; *- l'homme, dans toutes ses dimensions: physique, psychique, spirituelle... etc... ?tout l'homme -.
Mais la formule, toute heureuse qu'elle soit, ne doit pas voiler un aspect important du probl�me, sur lequel il nous semble bon d'insister.
Le travail social s'adresse en effet � toute une cat�gorie de personnes qui se trouvent inadapt�es par rapport � une soci�t� donn�e et vise � les rendre plus adapt�es. Il est vrai d'une part, que toute personne humaine est en quelque sorte inadapt�e, dans le sens qu'elle trouve quelques difficult�s dans l'un ou dans l'autre des secteurs du fonctionnement social ou humain en g�n�ral. Ces difficult�s g�n�rent une incapacit� � faire une certaine activit�, � accomplir une certaine t�che, � prendre une certaine responsabilit�. D'autre part, il n'en reste pas moins vrai qu'il existe toute une cat�gorie de personnes, plus nettement touch�es que les autres et qui se trouvent parfaitement incapables, sans aide, de vivre et de tirer un b�n�fice de ce que la soci�t� offre comme avantages aux membres qui la composent.
Toutes les soci�t�s connues ont secr�t� et s�cr�tent encore une certaine proportion d'individus ou de groupes qui ne sont pas capables, pour de multiples raisons, de s'adapter et de fonctionner "normalement" dans la soci�t�. Aux c�t�s des handicap�s physiques et mentaux rendus inadapt�s par cette soci�t� m�me qui, souvent, les exclut, les maltraite et les condamne, il existe �galement toute une cat�gorie d'individus "non handicap�s" dans le sens commun�ment donn� � ce terme, c'est-�-dire non d�ficients physiques ou mentaux, mais qui sont tout aussi bien marginalis�s, maltrait�s et condamn�s, en un mot rendus inadapt�s sociaux, moraux, �conomiques, culturels ou autres.
Il est ind�niable que cette cat�gorie de personnes a besoin d'�tre aid�e pour qu'elle puisse rallier ceux que les faibles "inadaptations" n'emp�chent pratiquement pas de fonctionner socialement d'une mani�re relativement ad�quate.
Historiquement, tous ceux qui se sont occup�s du travail social se sont justement int�ress�s � cette cat�gorie de personnes inadapt�es. Leurs interventions se r�sumaient � les soutenir mat�riellement et peut-�tre m�me moralement de fa�on � ce qu'ils puissent supporter leurs malheurs. L'action sociale ou le service social proc�dait g�n�ralement d'une conception religieuse de la bienfaisance, s'adressait aux �conomiquement faibles, et visait surtout � "r�parer" les dommages subis par les individus. Ce "colmatage" �tait, et continue aujourd'hui d'�tre, souvent, le principal but poursuivi par leur action. Lorsque aucune r�flexion ou analyse n'�tait tent�e pour d�terminer et comprendre les principales causes sociales de ces inadaptations, presque aucune action n'�tait tent�e pour les traiter en profondeur. Dans cette optique, l'individu est plus ou moins rendu responsable de ses malheurs. L'intervention bas�e sur la bienfaisance et qui proc�de de la notion de piti� n'a pour but que de lui permettre de les supporter. Aussi et sur un autre plan, les exclusions (les asiles), les incarc�rations (les prisons) et m�me les �liminations physiques pures et simples (peine de mort) ont souvent form� des modes visc�raux de d�fense, utilis�s par la soci�t� contre ceux qui �taient consid�r�s comme des dangers potentiels ou r�ellement perturbateurs de l'ordre r�gnant ou de la "tranquillit�" toute relative dans laquelle les "normaux et adapt�s" vivaient.
Pour beaucoup de services sociaux actuellement exer�ant, cette optique reste encore celle qui guide leur analyse et leur pratique. Mais plusieurs sont les services sociaux qui commencent � r�fl�chir autrement et � baser leurs interventions sur une analyse diff�rente.
Sur un plan diam�tralement oppos�, les inadaptations sociales des individus et des groupes, ont pouss� � la reconsid�ration des bases m�mes sur lesquelles sont fond�es les soci�t�s modernes.
Comme il existe des individus inadapt�s aux exigences de certaines soci�t�s, il existe aussi des soci�t�s enti�res qui ne sont pas adapt�es aux besoins essentiels des individus qui les composent, ou tout au moins, de certains d'entre eux. Les soci�t�s bas�es sur l'exploitation � outrance des �conomiquement faibles ou de certaines cat�gories de personnes (les femmes, les �trangers, les noirs ...), celles qui �rigent la r�pression, le racisme, le terrorisme d'?tat, le totalitarisme... au niveau des valeurs sociales hautement d�sirables, celles, en un mot, qui violent tous les droits, en principe inali�nables, de l'homme, sont aussi des soci�t�s "inadapt�es" puisqu'elles cr�ent, favorisent, perp�tuent et m�me p�rennisent les inadaptations individuelles. Cette analyse d�bouche sur de nouvelles pratiques du service social et toute sa th�orisation se trouve par le fait m�me chang�e.
Le travail social devient non seulement une action individuelle qui vise l'individu mais aussi une action sociale et globale qui vise, au-del� de l'individu, la soci�t� toute enti�re, c'est-�-dire les fondements m�me de cette soci�t�, ses structures et les r�gles qui g�rent son fonctionnement.
A la base m�me de tout travail social, il y aurait l'effort de rendre l'individu plus adapt�, mais aussi et surtout l'effort constant de rendre les soci�t�s plus adapt�es aux besoins des individus et � leurs aspirations. D'o�, et contrairement � certaines pratiques, encore actuellement en vigueur, dans notre soci�t� comme dans d'autres, l'action sociale ne peut en aucun cas s'astreindre � traiter seulement avec l'individu s'occupant de sa "r�paration" individuelle., mais elle doit s'int�resser aussi aux autres volets dont le communautaire c'est-�-dire le d�veloppement int�gral et int�gr� des groupements humains, et le national, c'est-�-dire � la politique sociale d'un pays donn�. Il est absolument indispensable que le travail social puisse cesser d'�tre unidimensionnel, s'int�ressant exclusivement � la "r�paration" de l'individu pour rejoindre les dimensions communautaire et nationale qui lui sont inh�rentes.
Il. Dangers encourus par le travail social
Quand l'agent social form� ou non form�, exer�ant sur une certaine r�alit� sociale, n'est pas bien conscient du but qu'il poursuit, ni bien conscient du but qui doit �tre poursuivi par l'action sociale-, quand il accepte, bon gr� mal gr�, consciemment ou inconsciemment, d'�tre le jouet ou l'outil d'une politique d'intervention qu'il n'a pas aid�e � �tablir et � d�cider; quand il a �t� form� et entra�n� � r�fl�chir et � intervenir d'une certaine mani�re qui ne prend en compte que l'individualit� de la personne servie et non les communaut�s ou les soci�t�s enti�res o� vivent ces individus; quand sa formation ne lui a pas donn� l'occasion de r�fl�chir sur les causes sociales de l'inadaptation ni sur le fondement th�orique ou pratique de son exercice; quand il est arriv� au service social sans aucune formation pr�alable et sans pr�paration valable, par l'une des routes indirectes et plus ou moins tortueuses qui y m�nent, surtout dans une soci�t� qui a souffert et souffre encore d'une guerre meurtri�re ravageante... les dangers deviennent grands et les risques �normes de d�figurer le travail social, de le biaiser en l'assujettissant � d'autres imp�ratifs personnels ou "politiques" qui lui sont en principe �trangers.
L'analyse rapide de la pratique de l'action sociale au Liban durant ces quinze derni�res ann�es permet de relever quatre types de dangers qui guettent le travail social et risquent de le d�figurer en d�formant ou en rempla�ant le but ultime qu'il doit poursuivre.
II. 1. Les buts narcissiques
Pour l'agent social le risque est grand de remplacer le but final par d'autres buts, souvent cach�s mais parfois ostensiblement mis en avant.
Tout travail humain comporte intrins�quement deux volets. Le premier se rapporte au devoir � accomplir et l'autre � la satisfaction toute personnelle de voir ce travail accompli. Le travail social, en tant qu'activit� humaine et professionnelle, ne fait pas exception � cette r�gle g�n�rale. Il comporte aussi une t�che � accomplir qui doit �tre doubl�e en principe de la satisfaction personnelle que l'on tire de sa r�alisation.
Mais le travail social pr�sente quelques sp�cificit�s par rapport � d'autres activit�s professionnelles, qui rendent l'�tayage de l'activit� sociale sur l'activit� psychologique, voire la r�gression du domaine sociologique ou professionnel au domaine psychique, un risque imminent qui menace l'int�grit� du travail social et sa transparence.
Tout d'abord l'agent social traite avec des personnes et non des objets. Il ne peut esquiver la relation qui doit s'�tablir entre lui et les personnes ou les communaut�s servies. Ses qualit�s personnelles, sa comp�tence technique, son statut social personnel aussi bien que celui � travers lequel il communique avec l'autre dans sa relation professionnelle et le r�le qu'il joue � l'int�rieur de cette relation, sont autant de moyens qu'il va habituellement utiliser dans cette "relation d'aide" qu'il instaure entre lui et les autres.
Aussi, ses motivations profondes, celles qui lui ont consciemment ou inconsciemment dict� le choix de son engagement professionnel, b�n�vole ou r�mun�r�, au service d'autrui, sont-elles � consid�rer avec beaucoup d'attention. Car, plus que pour d'autres fonctions ou activit�s, les motivations ici, ont une tr�s grande incidence directe sur l'exercice. M�me quand on �limine d'embl�e, certaines motivations louches et tr�s discutables, qui n'ont strictement rien � voir avec le travail social, il restera toujours � bien analyser d'autres motivations plus complexes - plus probl�matiques, faut-il dire - qui peuvent passer inaper�ues et qui, en derni�re analyse, mettent l'accent sur la personne de l'agent social beaucoup plus que sur la personne de celui qui se trouve dans le besoin et qui, lui, est le but de l'action sociale.
Se servir soi-m�me au lieu de servir l'autre, utiliser l'autre comme moyen pour r�aliser ses ambitions propres, acqu�rir une sorte d'estime sociale difficilement accessible par d'autres moyens, jouir ouvertement ou secr�tement (de mani�re perverse) d'un pouvoir sur le sort des autres ou sur les autres tout-court, cultiver secr�tement ou ouvertement son culte personnel ou le sentiment de sa propre utilit�, tromper sa oisivet� ou remplir ses temps libres par une activit� sociale hautement valoris�e... sont toutes des motivations tr�s dangereuses puisqu'elles proc�dent d'un fond narcissique et risquent d'escamoter l'essentiel et d'ali�ner la totalit� du travail en le d�tournant de son but principal.
Il est ind�niable que c'est la gratification personnelle existant dans toute activit� professionnelle qui alimente continuellement celui qui travaille, lui permettant de fournir l'effort n�cessaire pour accomplir la t�che et supporter les exigences et les contraintes de l'exercice du devoir. Il n'en va pas autrement pour le travail social et l'exercice de la profession d'agent social. L� n'est justement pas notre critique. Ce que nous critiquons ce sont les abus qui peuvent exister et qui existent de fait, puisque souvent observ�s dans beaucoup de services et chez beaucoup d'agents sociaux, form�s ou non form�s, b�n�voles ou professionnels r�mun�r�s.
II. 2. Les buts partisans ou confessionnels
II. 2. a. La discrimination confessionnelle
Depuis le XIX�me si�cle, subissant les pressions des citoyens, parant � l'absence des services organis�s de l'?tat, et mue par une id�ologie qui repose sur la bienfaisance et la charit�, chaque communaut� religieuse libanaise a cr�� ses associations et ses institutions de bienfaisance. Ces institutions ont continu� d'exister tant bien que mal jusqu'� nos jours palliant toujours � l'absence des services de l'Etat, qui, par ailleurs, a d� faire directement appel � elles dans les ann�es 60 en pr�conisant un syst�me de placement des n�cessiteux. Le syst�me pr�conis�, permettait de contribuer au financement de ces institutions tout en relevant l'Etat de la responsabilit� de s'occuper s�rieusement de la question sociale. Mais l'intervention de l'Etat, loin d'avoir pu influencer positivement ces institutions en les amenant � am�liorer leurs pratiques pour les rendre plus conformes aux exigences modernes de la prise en charge, renfor�a ces institutions dans leurs pratiques habituelles qui sont rest�es principalement bas�es sur la bienfaisance et nettement en-de�� des exigences nouvelles du travail social.
Les institutions religieuses ont donc investi certains fonds pour s'occuper de ce qu'il est entendu d'appeler le "social". Elles ont cr�� des soci�t�s et des institutions appel�es g�n�ralement "soci�t�s de bienfaisance" ou quelque autre appellation. Mais comme les membres de ces soci�t�s sont les dignitaires de la communaut� religieuse, comme les fonds proviennent de ses membres ais�s ou par leur interm�diaire, et comme les b�n�ficiaires sont les membres n�cessiteux de la confession ou de la communaut�, souvent l'institution fait un tri discriminatoire des personnes � servir tr�s pr�judiciable pour la conception m�me du travail social puisqu'il est bas� sur des donn�es confessionnelles. L'institution ou ses dignes repr�sentants deviennent plus importants que le service rendu, l'action m�diatique plus importante que les gens servis qui sont utilis�s pour alimenter cette propagande.
Aussi, et sur un autre plan, presque toutes les institutions des communaut�s religieuses continuent-elles de proc�der avec le "social" comme elles le faisaient avec la "bienfaisance". A la limite il n'y a que l'appellation qui a chang�, � partir du moment o� le terme de "bienfaisance" est quelque peu tomb� en discr�dit ou en d�su�tude. Par contre, ni les techniques d'intervention, ni les m�thodes de travail, ni les buts de ce travail, ni ses fondements th�oriques n'ont boug�, pour rallier tant soit peu les nouvelles vis�es ou les nouvelles techniques et m�thodes du travail social dans sa lutte � pr�venir et � traiter les inadaptations individuelles aussi bien que collectives.
II. 2. b. La discrimination partisane
La discrimination partisane est plus insidieuse et plus pernicieuse que la discrimination confessionnelle, puisqu'elle est en m�me temps une discrimination caract�ris�e et une manipulation politique.
Contrairement � l'int�r�t plus ancien et plus nettement inscrit dans l'id�ologie des Institutions religieuses, l'int�r�t des partis des groupements ou des factions politiques pour le travail social ne s'est manifest� qu'avec le d�clenchement des "petites guerres" libanaises. Avant cette date, les partis politiques, m�me quand ils affirmaient le contraire dans leurs discours, d�nigraient en g�n�ral le travail social et le regardaient d'une mani�re tr�s hautaine. D'apr�s eux, la politique serait plus importante, c'est elle qui secr�terait les syst�mes �conomiques ou sociaux. L'arriv�e au pouvoir serait le plus court chemin pour changer les syst�mes et r�aliser la justice sociale.
Mais, apr�s l'effondrement des conditions �conomiques et sociales � cause de cette course effr�n�e pour le pouvoir et les combats sanglants qu'elle a suscit�s, l'insistance des habitants dans chaque zone d'influence d'un parti politique est devenue telle, et leurs besoins si pressants, que les responsables de ces partis ont d� reconsid�rer leurs positions de principe par rapport au travail social. Ils se sont donc mis � former des "conseils r�gionaux", des "conseils locaux", des "conseils centraux", des "comit�s populaires", des "comit�s civils"... et � organiser des services �conomiques et sociaux pour les membres du parti d'abord, puis pour leurs familles, pour ceux qui tournent dans leur orbite ensuite, et finalement pour les autres personnes... Dans cet ordre... Dans la m�me vol�e, on pouvait atteindre deux buts: d'une part, on rempla�ait les services de l'?tat, on l'�liminait de la conscience m�me du citoyen tout en rejetant la responsabilit� des manques sur une instance fantomatique et impuissante qu'on emp�che, de surcro�t, de fonctionner normalement; et d'autre part on se pr�parait et on s'exer�ait � constituer le mini-?tat confessionnel sur les restes de l'Etat tout en justifiant la n�cessit� de ce mini-?tat et celle de la faction politico-militaire qui le "d�fend", comme seuls garants de la s�curit� individuelle et "sociale".
L� aussi, et peut-�tre m�me plus que dans d'autres cadres, na�t le danger d'exploitation de l'agent social et des b�n�ficiaires, puisque le travail social devient un moyen de calmer les gens qui critiquent le parti qui n'a pas manifest� suffisamment d'int�r�t pour leurs besoins vitaux, qui tente de maintenir les membres et les partisans dans un assujettissement, qui ne s'int�resse qu'� recruter de nouveaux membres ou � se faire valoir par rapport � d'autres partis par la quantit� et la qualit� des produits distribu�s et des services rendus, ou � se pr�senter comme le rempla�ant de l'?tat et � solliciter aides et dons des organisations arabes et occidentales, aides qui, par ailleurs, ne seront pas utilis�es en totalit�, pour le besoin des n�cessiteux, mais en partie d�tourn�es de leur but principal vers d'autres buts non d�clar�s. L� aussi, le parti devient le but et les gens le moyen de r�aliser ce but, c'est-�-dire le d�veloppement du parti et de son projet politique, sa popularit� dans toutes les r�gions et sp�cialement dans celles o� il exerce son pouvoir et la popularit� de ses leaders et dirigeants, ainsi que le culte qui doit �tre r�serv� � leurs personnes.
II. 3. Les buts politiques ou id�ologiques
II. 3. a. L'utilisation de l'aide �trang�re pour des buts politiques
Les pays arabes, tout comme les pays occidentaux, qui se sont longtemps tus sur la trag�die libanaise, sortaient parfois de leur long silence pour condamner la violence, en termes si g�n�reux qu'ils devenaient inop�rants, et pour pr�parer et envoyer d'urgence quelques aides (souvent conditionn�es) aux victimes de cette violence. Tout se passe comme si ces pays s'�taient r�serv�s le r�le de panser les blessures pour calmer les esprits et pour permettre � la guerre de continuer dans les limites du tol�rable, c'est-�-dire pour que le Liban reste dans un �tat d'agonie sans arriver au stade de la mort finale.
La plupart de ces aides arrivaient dans le cadre des projets de secours d'urgence. Elles parvenaient souvent sous la forme de produits exc�dentaires dans les pays donateurs; produits utiles, produits inutiles et m�me parfois nocifs. Ces produits �taient distribu�s par le moyen des partis ou des factions politiques comme s'ils avaient pour but de les consolider et de consolider leur h�g�monie chacun dans sa zone d'influence. Ils suscit�rent souvent des comp�titions entre les pays donateurs chacun d�sirant para�tre comme le plus "bienfaisant"- et le d�doublement des aides, surtout des produits alimentaires, conduisait souvent � la vente des produits sur le march�.
Tr�s rares sont les pays ou les organismes �trangers qui ont pens� leurs aides en terme de d�veloppement. M�me les quelques pays qui avaient commenc� � le faire et qui ont contribu� � financer certains projets, sont subitement revenus aux vieilles formules d'aide. Comme s'ils s'�taient donn�s un mot d'ordre pour ce faire. La raison la plus invoqu�e, et qui n'en est pas une en derni�re analyse, est celle que les projets de d�veloppement ne peuvent �tre efficaces qu'apr�s l'arr�t des op�rations militaires.
Les aides qui arrivent sont donc con�ues en termes d'assistance si bien que dans certaines instances internationales le Liban est actuellement class� dans la rubrique des pays qui auraient besoin d'assistance prolong�e. S'il est ind�niable que le Liban a actuellement besoin d'assistance (peut-�tre m�me prolong�e), il est tout aussi bien certain que ce dont il a le plus besoin ce sont des projets de d�veloppement � court, moyen et long terme. On peut m�me aller jusqu'� dire, sans trop se tromper, que, contrairement � ce que pensent ces responsables occidentaux, c'est justement les projets de d�veloppement qui vont pouvoir aider le Liban � s'en sortir des "petites guerres" qui le ravagent, puisqu'ils s'attaquent directement � pr�venir certaines de leurs causes; et qu'il ne faudrait surtout pas attendre que ces guerres se terminent pour concevoir les aides en termes de d�veloppement.
Tout se passe comme si, les pays occidentaux, si ethnocentristes de par le pass�, et si enthousiastes � appliquer certaines grilles de lecture et certains appareillages conceptuels typiquement occidentaux sur les pays "sous-d�velopp�s", se refusaient actuellement � op�rer de la m�me mani�re en ce qui concerne les affaires sociales mais continuent n�anmoins de le faire en ce qui concerne le culturel et le politique. Comme si certains concepts, pourtant universels et universellement reconnus, comme celui de d�veloppement ne peuvent plus passer les fronti�res et deviennent subitement non applicables m�me dans les terrains qui en ont le plus besoin. Du coup, on revient � l'assistance qui permet au pays donateur d'avoir, dans une vis�e colonialiste ou n�o-colonialiste, un avantage mat�riel certain et un b�n�fice politique assur� tout en maintenant le pays objet de l'aide dans la d�pendance.
Dans tout ceci bien s�r, est oubli�e la personne servie, la personne souffrante. Le but devient la victoire du donateur et la consolidation de ses positions politiques et de son pouvoir sur la r�alit� libanaise.
II. 3. b. Chaos et non coordination de l'aide �trang�re
Le chaos prend naissance dans le fait que la plupart, sinon toutes les aides envoy�es au Liban s'inscrivent dans le cadre des programmes d'urgence qui ne sont bas�s sur aucune �tude ou recherche pour d�terminer les besoins effectifs des personnes, familles ou groupes dans les diff�rentes r�gions. Dans la meilleure des hypoth�ses, certaines tentatives de coordination sont entreprises (par exemple entre les organisations Non Gouvernementales, des Organisations Gouvernementales et des Organisations de l'ONU, suivant un plan qui r�partit les droits et les responsabilit�s et qui vise � assurer l'entraide, l'interaction, la compl�mentarit� et la planification dans les diff�rents secteurs du travail social); mais des difficult�s naissent qui visent directement � g�ner l'op�ration de coordination et m�me � la compromettre. Presque chaque organisation ou institution tente de profiter de la coordination, et, quand elle �choue � �tre pratiquement la seule b�n�ficiaire ou � orienter sensiblement les d�cisions des responsables dans un sens ou dans un autre qui soient conformes � ses propres orientations politiques, id�ologiques, sectaires ou confessionnelles, elle se d�solidarise et lance des accusations contre toute l'op�ration de coordination. D'autres instances de coordination poussent, mais surtout comme mouvements r�visionnistes d'abord mais ne tardent pas � devenir s�paratistes puis partitionnistes et, du m�me coup, la coordination et ses buts disparaissent.
Quand les mauvaises intentions existent d�s le d�part, le sch�ma est l�g�rement diff�rent mais il aboutit sensiblement aux m�mes r�sultats. Les programmes d'aide prennent naissance dans les pays occidentaux ou arabes dont les int�r�ts directs sont ceux de cr�er ou d'accentuer les clivages d�j� existants dans la soci�t� libanaise au service d'un plan partitionniste qui vise � la faire �clater. Devant l'insistance des Libanais, ils sont oblig�s de se soumettre � la coordination mais ils la minent de l'int�rieur pour l'emp�cher de fonctionner normalement et correctement. Ceci pour ne pas mentionner les organismes particuliers, occidentaux ou arabes et m�me parfois du tiers monde (Iran) qui n'aident que des organismes particuliers ou bien qui mettent des conditions sp�cifiques concernant la distribution et les b�n�ficiaires.
En cons�quence, m�me quand on fait abstraction de l'esprit avec lequel sont envoy�es ces aides, m�me quand on veut bien croire � la n�cessit� de l'assistance prolong�e dans la conjoncture actuelle, m�me quand on fait semblant de croire � la bonne intention des pays ou des organismes qui les envoient, m�me quand on feint de remettre la discussion sur leurs motivations profondes sinon leurs b�n�fices r�els de ce que les guerres continuent � ravager notre sol et nos �tres, il n'est absolument plus possible de faire abstraction des conflits que ces aides ont suscit�es entre les ONG d'une part, et entre les ONG, les partis politiques et les instances gouvernementales d'autre part, compromettant et m�me emp�chant et continuant d'emp�cher toute tentative de coordination inter-institutionnelle et toute tentative de coordination avec les autres structures. Certaines de ces aides n'�taient, en r�alit�, rien de plus que des cadeaux empoisonn�s.
II. 4. Les dangers de l'action des �trangers
Le personnel exer�ant dans les institutions du service social au Liban est actuellement compos� de plusieurs cat�gories. Formellement on peut diviser les agents sociaux en trois grandes cat�gories: 1- Les professionnels: ceux qui sont engag�s dans les diff�rents services sociaux et r�mun�r�s en tant que tels. Certains sont form�s techniquement � leur r�le mais il existe aussi ceux qui, m�me s'ils ne sont pas form�s au pr�alable, ont acquis une sorte de formation en cours d'exercice et � travers de longues ann�es d'exp�rience. 2- Les non-professionnels: volontaires (en g�n�ral des temps partiels et pour des t�ches pr�cises) ou b�n�voles (� temps partiels et parfois m�me � plein temps) qui s'engagent eux-m�mes � donner une partie de leur temps libre � l'une ou l'autre des institutions du service social. En g�n�ral, ils ne sont pas du tout form�s, et se conforment, tant bien que mal, aux pratiques du service o� ils travaillent. 3- Les "�trangers": les derni�res ann�es de crise ont aussi vu appara�tre toute une cat�gorie de personnes qui sont des "outsiders" par rapport au travail social et qui s'y sont trouv�s par simple concours de circonstances et sans pr�paration pr�alable, ou bien qui y sont arriv�s intentionnellement parce qu'ils y ont vu une possibilit� ouverte de faire carri�re, de faire de l'argent ou de se faire un nom et une r�putation. Certains n'exercent que dans ce domaine, mais pour beaucoup aussi, le travail social n'est qu'un domaine annexe � leur "commerce". Aussi bien intentionn� qu'ils peuvent para�tre, ces "outsiders" partent de certains fondements th�oriques et techniques tr�s discutables. Leurs motivations premi�res le sont aussi. Avec les quinze ann�es de guerre le nombre de ces "�trangers" a consid�rablement augment�. On peut dire, sans trop se tromper, qu'ils forment actuellement la grande majorit� des "agents sociaux" tandis que le nombre des professionnels, surtout ceux qui sont form�s, ne repr�sentent plus qu'une petite minorit�.
L� aussi, il est pratiquement indispensable d'augmenter le nombre des professionnels bien form�s dans les diff�rents domaines du service social au Liban, surtout ceux qui sont form�s au d�veloppement communautaire et bien conscients de leur r�le national. Il devient urgent d'�purer le travail social des "�trangers", surtout ceux qui ont un effet nettement n�faste sur l'ensemble de l'action sociale au Liban, et de s'occuper plus particuli�rement des l�gions de volontaires et de b�n�voles diss�min�s ici et l� dans tous les services.
Il devient pratiquement indispensable que tous ceux qui travaillent dans ce domaine, qu'ils soient professionnels ou simplement b�n�voles ou volontaires soient nettement conscients du but final du travail social et de la tridimensionnalit� de leur r�le c'est-�-dire de la dimension technique principalement mais aussi de la dimension communautaire et de la dimension nationale de leur exercice.
III. Les cons�quences d'une pratique biais�e
Les pratiques cit�es ci-dessus n'ont pas manqu� d'avoir des cons�quences sur la personne, le groupe ou la communaut� servis, voire m�me sur la totalit� du travail social. La partie qui va suivre abordera trois types de cons�quences: celles humaines qui se rapportent � l'esprit avec lequel le service est fait, celles techniques qui se rapportent � la m�thodologie de l'exercice du travail social, celles nationales qui se rapportent � la "mendiatisation" du pays.
III. 1. D�formation de l'esprit du travail social
Le travail social ne pouvant se faire que dans le respect absolu des personnes servies, le type m�me de relation qui doit s'�tablir entre les parties en jeu repose intrins�quement sur ce respect profond qui est d� � la personne humaine quelle qu'elle soit. Mais les pratiques observ�es ces quinze derni�res ann�es m�me chez les plus avanc�s des services sociaux, ainsi que l'analyse du fondement th�orique qui sous-tend la pratique de plusieurs services indiquent clairement qu'il y aurait encore �norm�ment � faire dans ce domaine.
En effet, il semble bien que, impr�gn�s d'une id�ologie religieuse traditionaliste bien ancr�e, beaucoup de services qui se qualifient de services sociaux n'ont pas encore pu se d�gager du vieil appareillage conceptuel et pratique bas� sur les notions de piti� et de bienfaisance.
Deux corollaires d�coulent directement de cette conception. Le premier concerne le travailleur social ou l'agent social et touche le fondement de son travail et de son exercice, et le deuxi�me touche les personnes servies et donc l'esprit avec lequel ils le sont.
En ce qui concerne l'agent social on retrouve toujours l'insistance du service social o� il travaille sur la "vocation" qui serait la seule motivation acceptable pour pouvoir travailler dans le social. Pour beaucoup, il suffirait, � la limite, d'avoir du c?ur, beaucoup d'abn�gation et beaucoup d'altruisme, une certaine dose de d�passement de soi pour que l'agent social puisse bien faire le travail qui lui est demand�. Examinons de plus pr�s ce genre d'assertions.
Il est entendu que le service social, contrairement � d'autres activit�s professionnelles, ne peut pas se faire sans un certain "engagement humain" de la part de celui qui le fait; il est tout aussi bien entendu que ce travail ne peut �tre accompli sans une certaine "�thique" professionnelle. Mais l'engagement humain et l'�thique professionnelle ne recoupent pas n�cessairement le concept de "vocation" surtout tel qu'il est utilis� par l'id�ologie religieuse et traditionaliste. Comme tout travail, l'activit� professionnelle de l'agent social est aussi, et m�me avant tout, une activit� professionnelle qui implique la ma�trise d'un certain nombre de m�thodes et de techniques d'analyse et d'intervention. Donc elle implique, un devoir � accomplir ci des droits qui d�coulent directement de l'accomplissement de ce devoir. Il semble bien que la notion de "vocation", telle qu'elle est entendue chez certains, n'insiste que sur le devoir, tout en escamotant totalement la notion de droit de l'agent social. N'est-il pas significatif de constater que le concept de vocation n'est invoqu� qu'� chaque fois o� l'agent social r�clame des droits ou bien se plaint des conditions mat�rielles ou humaines de son travail?
Du c�t� des personnes servies, et dans la m�me logique, il est tout aussi bien demand� de plier l'�chine, d'�tre d�pendant et d'accepter sans trouver � redire le "traitement" aussi bien que les "donations" qu'on leur "inflige". Ne le fait-on pas b�n�volement et sans contrepartie - encore qu'il faudrait bien savoir si c'est r�ellement sans contrepartie.
Il est entendu l� aussi, que le travail social, s'adresse principalement aux d�munis, c'est-�-dire � ceux qui ont le plus besoin du soutien de la soci�t� pour pouvoir am�liorer leur adaptation, sinon vivre tout court. Il est aussi entendu qu'en principe, personne n'oblige ou ne peut obliger les institutions "priv�es" de rendre ces services. Mais il est aussi entendu qu'� partir du moment o� elles rendent ce service, il faudrait bien qu'elles le fassent suivant des normes internationalement reconnues. D'autant plus que la r�flexion sociologique moderne insiste de plus en plus, comme nous l'avons dit plus haut, sur les causes sociales de l'inadaptation et la n�cessit� de sa prise en charge sociale globale dans le cadre du droit personnel �l�mentaire de tout un chacun de vivre, de se d�velopper et de profiter pleinement des avantages et des b�n�fices qu'assure chaque soci�t� � ses membres. Sinon, la pratique des institutions traditionnelles de bienfaisance n'est, en quelque sorte, que simple manipulation id�ologique ou politique; et l'on est forc� de croire que le travail ob�it � d'autres imp�ratifs, et vise d'autres buts que ceux du travail social.
Si les services sociaux sont conscients de la port�e de leurs pratiques, c'est d�j� un probl�me, s'ils ne le sont pas, le probl�me est encore pire.
III. 2. D�formation de la m�thodologie du travail social
L'une des principales cons�quences de cet �tat de fait, c'est-�-dire d'une conception biais�e du travail social sera celle de d�former consciemment ou inconsciemment la m�thodologie du travail. En effet, quand les fondements d'un �difice sont biais�s, quand, au niveau g�notypioue les choses sont d�form�es, peut-on s'�tonner qu'au niveau ph�notypique le travail soit biais� et d�form�?
La structure visible de cet ordre de fait se manifestera certainement dans plusieurs domaines � travers diff�rents "sympt�mes". Tout d'abord le risque est grand de perdre de vue l'�chelle des priorit�s qui, en principe, doit guider tout le travail: donner priorit� au moins important ou au superflu, � l'important par rapport � l'urgent et ainsi de suite; oublier le pr�ventif et la vis�e de d�veloppement pour ne consid�rer que l'action ponctuelle m�me th�rapeutique et r�paratrice, qui accentue la d�pendance, occulte l'autonomie tout en assujettissent le b�n�ficiaire; servir des buts, avou�s ou non, qui n'ont rien � voir avec le service social en utilisant les m�thodes et les techniques de celui-ci; r�ifier la personne ou le groupe ou la communaut� servis jusqu'� ce qu'ils ne deviennent plus que des num�ros sur des fiches... ne sont que quelques-unes des cons�quences pr�visibles de la pratique biais�e. Une liste exhaustive serait trop longue � �tablir. Il nous suffit d'avoir mentionn� les cons�quences d�sastreuses les plus saillantes de cette pratique.
Plus pernicieux encore que la non-ma�trise des m�thodes et des techniques scientifiques d'intervention sociale, ou l'application erron�e de ces techniques ou de ces m�thodes, serait l'utilisation correcte d'une partie de l'appareillage technique et m�thodologique scientifique pour servir consciemment ou inconsciemment une cause "politique" qui justement, et par d�finition, fait abstraction de l'individu ou du groupe et de leurs droits inali�nables. C'est le cas de plusieurs agents sociaux exer�ant actuellement sur la r�alit� libanaise dans des services directement ou indirectement affili�s aux partis, groupuscules ou factions politiques op�rant chacun dans un secteur particulier, g�ographique ou confessionnel du pays. Le risque est tr�s grand de les voir servir, sans qu'ils ne sachent, des buts auxquels ils ne croient pas, quand, dans leur bonne volont� et leur d�sir de "servir" l'autre, ils ne voient que la partie visible de l'iceberg, mais ne peuvent absolument pas voir ce qu'il cache en dessous.
III. 3. Transformation du Liban en pays de la mendicit� g�n�ralis�e et organis�e
A tous les niveaux, des plus haut plac�s des fonctionnaires de l'?tat et des dirigeants d'institutions, en passant par les travailleurs sociaux qui exercent dans les diff�rentes institutions du service social, pour arriver au simple b�n�ficiaire des aides, les Libanais sont progressivement devenus des sp�cialistes professionnels de la mendicit� aupr�s des instances locales,, r�gionales et mondiales, gouvernementales ou non gouvernementales, confessionnelles ou la�ques, partisanes ou non partisanes. Ils sont devenus presque totalement d�pendants de cette aide qui leur provient en m�me temps qu'ali�n�s dans des projets ext�rieurs et qui servent g�n�ralement d'autres buts que ceux qui sont la plupart des fois avanc�s.
Les Libanais savent � pr�sent comment s'y prendre, ce qu'il faut dire et ce qu'il ne faut pas dire, comment flatter la partie donatrice et surtout comment d�vier l'aide qui arrive de son sens originel. Ce qu'ils savent moins, ou bien ce qu'ils feignent d'ignorer c'est que ces actions �trang�res, r�gionales ou mondiales, ou m�me ces actions locales ne font que miroiter un semblant d'aide dans l'imm�diat, le tr�s court terme, mais qui ne peut en aucune fa�on, �tre ou devenir b�n�fique � moyen ou long terme. Cette assistance tr�s limit�e n'est qu'une action de r�paration n�cessairement restreinte, limit�e dans le temps, mais aussi limit�e si l'on consid�re le profit escompt�.
Au lieu de favoriser le d�veloppement et l'autonomie des personnes ou des communaut�s servies, au lieu d'oeuvrer dans le sens de leur auto-suffisance et de leur auto-gestion, les Libanais semblent se suffire de cette mendicit� et de cette d�pendance et n'essayent plus d'infl�chir les politiques qui basent ces aides dans un sens plus profitable � long terme.
Si l'on peut comprendre et justifier l'assistance quand il s'agit de personnes ou de communaut�s sinistr�es, si l'on peut justifier la n�cessit� de l'aide d'urgence dans certains cas des populations d�plac�es on peut difficilement justifier et comprendre la continuation de ce genre d'action � l'exclusion de toute autre action sociale. On a �galement beaucoup de mal � justifier et � comprendre des projets semblables d'assistance � l'�gard d'autres tranches de la population qui auraient besoin d'un autre type d'aide, celui qui favoriserait leur auto-suffisance et leur autonomie et non celui qui maintiendrait leur d�pendance.
Accompagnent cet �tat d�sastreux, le mensonge, la duplicit�, l'escroquerie, le double langage, la tra�trise mais aussi la d�gradation morale � tous les niveaux. L'envie, les coups-bas ainsi que la haine r�gnent magistralement, le vol caract�ris�, le d�tournement des fonds et l'accusation des autres d'y avoir recours deviennent des pratiques courantes.
S'il veut normalement bien assumer son r�le communautaire, mais aussi son r�le national, s'il ne veut pas simplement �tre un technicien du social, simple ex�cuteur de "politiques sociales" ou de "politiques" tout-court, de sch�mas trac�s sans sa contribution, sans son avis, mais qui l'utilisent comme ex�cuteur, l'agent social doit r�fl�chir et analyser profond�ment cet �tat de fait.
Il serait peut-�tre plus �quitable de dire que l'individu objet de l'action d'assistance, ne porte que partiellement et indirectement la responsabilit� de cet �tat de choses. Par contre, les agents sociaux, dirigeants d'institutions, concepteurs de projets d'aide, planificateurs des politiques d'aide sociale et m�me simples ex�cuteurs de politiques sociales en sont directement et presque totalement responsables.
Il devient absolument indispensable que ces dirigeants et agents sociaux cessent de penser le travail social en se basant sur une mentalit� mercantile. En effet, si l'assistance est indispensable quand il s'agit d'aide d'urgence aux sinistr�s, elle ne peut ni ne doit toucher qu'eux; elle doit �tre consistante et bien pens�e pour leur permettre d'avoir au moins le minimum n�cessaire pour survivre dans l'imm�diat. Mais, � partir du moment o� elle est r�p�t�e telle quelle par le m�me organisme ou par plusieurs d'entre eux, sans coordination la plupart des fois, et sans inscrire les nouvelles aides dans un projet de d�veloppement global, l'assistance devient, � la limite nocive.
Il devient aussi absolument indispensable que les dirigeants des institutions et les agents sociaux de tous bords cessent de croire qu'il est pr�f�rable d'obtenir l'aide m�me s'ils devaient se conformer � ce que ses d�cideurs ont planifi�, et que, de toute mani�re, il est impossible d'infl�chir leurs plans. Il faudrait qu'ils cessent de croire que l'action d'assistance leur est impos�e par les parties qui ont d�cid� de l'aide, qu'elle est n�cessaire dans la conjoncture actuelle. Il est indispensable qu'ils prennent conscience du fait que, seule l'aide con�ue en terme de d�veloppement personnel, communautaire ou social g�n�ral est rentable � court, moyen et long terme, qu'elle est peut-�tre la seule issue � certaines difficult�s qui existent actuellement dans notre soci�t�.
IV. Conclusions
D'aucuns peuvent dire que le tableau bross� dans cette �tude sur l'action sociale au Liban est sombre et trop pessimiste. Il ne traite que des aspects n�gatifs et des manques ou d�formations observ�s dans la conception du travail social et dans la mani�re de l'exercer. Il ne cite ni ne traite des aspects positifs du travail social tels qu'on peut les observer dans certains services, d'autant plus que ce qui est rapport� comme n�gatif, rel�ve plus d'une conjoncture tr�s sp�cifique qui doit beaucoup � l'installation et � la prolongation de la guerre et de certaines pratiques qu'elle a directement entra�n�es.
Il est vrai que ce travail repose, en grande partie, sur des observations recueillies en temps de guerre; en une p�riode qui a contribu� � bouleverser compl�tement l'ordre des valeurs et des choses. Il est vrai aussi que certaines des critiques adress�es ne concernent qu'une partie des agents sociaux ou des services sociaux et non la totalit� de ceux-ci. L'analyse doit �tre temp�r�e, nuanc�e, remani�e pour qu'elle tienne �ventuellement compte d'une autre pratique qui, heureusement existe sur le terrain de la r�alit�.
Mais il est �galement vrai que certaines observations ne concernent pas exclusivement et sp�cifiquement des pratiques de temps de guerre. La plupart des conceptions et des pratiques cit�es existaient d�j� avant le d�clenchement des op�rations militaires et ont continu� d'exister avec elles. La guerre, de fait, n'aura jou� qu'un r�le de catalyseur ou peut-�tre m�me d'une loupe grossissante qui a permis � certains ph�nom�nes de devenir visibles et m�me de prendre quelques proportions. Elle n'aura jou� que le r�le du colorant chimique, antimoine ou bleu de m�thyl�ne, qui permet de mettre en relief un tissu malade particulier tout en l'isolant, au moins dans son aspect ext�rieur, visible, pour le rendre accessible � l'observation et partant, � l'analyse.
Il se trouve donc, qu'� bien regarder � travers cette loupe grossissante, les d�formations et les manques existent au niveau des structures de base aussi bien qu'au niveau de la r�alisation visible de ces structures. Mais il se trouve aussi que des tissus sains persistent encore et continuent de combattre la d�formation. Ils continuent leur combat contre l'adversit�, la destruction, l'effritement, la d�sint�gration et la mort.
Constatant l'agonie de l'ancien paradigme qui a toujours fond� l'action sociale au Liban mais aussi dans d'autres soci�t�s, nous voudrions partir � la recherche d'un nouveau paradigme, d'un nouveau consensus sur lequel l'asseoir. Certains aspects de l'ancien syst�me valoriel qui fondait, entre autre, la conception et la r�alisation du travail social ne peut plus satisfaire, puisqu'ils ont manifestement abouti � des aberrations et des catastrophes sociales dont la guerre et ce qu'elle a aid� � r�v�ler et � mettre en relief. La pr�sente �tude n'aura �t� qu'un premier pas � la recherche de ce nouveau paradigme et de ce nouvel axe valoriel qui doivent dor�navant fonder la r�flexion et la pratique de l'action sociale.
C'est un changement radical tant au niveau des structures de base qu'au niveau de la m�thodologie et des techniques d'intervention du travail social qui est explicitement et express�ment demand�. C'est le contenu m�me du travail social aussi bien que l'esprit avec lequel il est administr� qui sont � r�viser et � corriger. Les r�les "communautaire" et "national" qu'il est demand� � l'agent social de jouer, � c�t� et en compl�ment de son r�le technique, ne sont pas simplement des n�cessit�s op�rationnelles contingentes mais des besoins urgents qui se rattachent au fondement m�me de la conception et de l'exercice. Si elles ont �t� r�v�l�es et amplifi�es par la guerre, ces deux dimensions de l'action sociale ne se rattachent pas sp�cifiquement et exclusivement � elle. La tridimensionnalit� du r�le de l'agent social est une donn�e inh�rente � l'action sociale. La formation universitaire ou scolaire de l'agent social doit n�cessairement en tenir compte.
La r�vision de la formation des agents sociaux � la lumi�re du r�le tridimensionnel qu'ils auront � jouer devient donc une n�cessit� primordiale. D'ici l�, c'est-�-dire d'ici � ce qu'une formation compl�te et coh�rente puisse �tre �labor�e et donn�e, une formation intensive doit �tre con�ue et faite � tous les agents sociaux, d'abord durant leurs �tudes, ensuite en cours de travail ou d'emploi et de mani�re continue. Cette formation pourra se faire, soit par des s�minaires appropri�s, soit � travers des congr�s et des rencontres sp�cialis�es, soit aussi par le moyen de publications mises � leur disposition. La pr�sente �tude n'aura �t� qu'une sensibilisation aux probl�mes nouveaux et � la mani�re nouvelle de les comprendre et de les traiter. Des approfondissements ult�rieurs dans l'un ou l'autre des aspects soulev�s sont n�cessaires.
Mais l'INFORMATION qui sensibilise et la FORMATION � travers des sessions rapides ou intensives ne sont pas suffisantes � elles seules. Elles doivent �tre soutenues par une recherche et un d�sir r�el de TRANSFORMATIONde changement radical au niveau de la personne aussi bien qu'au niveau institutionnel.
Au niveau personnel il est express�ment demand� de ne plus exercer sans vraiment r�fl�chir � la port�e de chaque action, � son opportunit�, � son ad�quation apr�s avoir �valu�, jaug� et jug� des possibilit�s qui sont offertes; mais aussi d'adopter une grille moderne de lecture qui prenne en consid�ration le nouveau paradigme et le nouveau syst�me valoriel qui doivent fonder l'action sociale. L'agent social est express�ment invit� � changer radicalement sa mani�re d'�tre, de comprendre et d'agir.
Il doit �tre n�cessairement conscient de la tridimensionnalit� de son r�le, conscient de la place qu'il occupe dans l'institution o� il exerce, �tre � m�me de questionner et d'analyser sa propre conception et sa propre pratique ainsi que la conception et la pratique du service o� il travaille. L'analyse de sa propre pratique doit aller de pair avec une analyse institutionnelle si l'agent social veut �tre capable d'infl�chir la politique de l'institution dans un sens qui tienne compte du but ultime qui doit �tre poursuivi par le travail social.
Au niveau institutionnel aussi, la transformation radicale et le changement radical sont express�ment souhait�s. Cette transformation pourrait tr�s bien passer par le fait de rompre l'isolement dans lequel chaque institution et chaque organisation est maintenue ou se maintient elle-m�me. La limite de cette �tude ne permet pas de d�velopper les raisons et les causes de cet �tat de fait ni de d�velopper les diff�rents moyens de s'en sortir. Mais le constat est flagrant pour celui qui veut bien regarder de plus pr�s.
Il nous semble que seule, la COORDINATION entre les Organisations Non Gouvernementales est capable de faire sortir le travail social de l'impasse dans laquelle il s'est toujours trouv� et dans laquelle il se trouve actuellement.
Depuis une dizaine d'ann�es d�j�, les sociologues et experts des Organisations Internationales insistent sur la n�cessit� pour les Organisations Non Gouvernementales (ONG) de chaque pays, de se constituer en un corps unitaire qui ferait le pendant des deux autres corps constitu�s c'est-�-dire les structures gouvernementales d'une part, et l'ensemble des partis politiques d'autre part.
Outre ces deux SYSTEMES constitu�s, ont toujours exist� des Associations de tout genre: culturelles, sportives, artistiques, professionnelles, syndicales, sociales... avec leurs institutions, leurs oeuvres, leurs services... N'ayant aucune action ou pr�tention directement politis�es ou "politiques", ces Associations n'�taient pas consid�r�es du m�me "niveau que les autres qui se disaient ouvertement "politiques" ou "politis�es".
N'�tant pas regroup�es, et travaillant chacune dans son domaine social sp�cialis�, ces associations n'�taient pas a m�me de constituer un "ensemble organis�" un "syst�me,), qui puisse r�ellement contribuer � infl�chir les "politiques sociales" dans un sens qui servirait r�ellement la personne ou les communaut�s humaines et pr�venir l'ali�nation de leurs droits et l'alignement de leurs int�r�ts sur les int�r�ts "politiques" des deux autres syst�mes.
La n�cessit� se fait donc pressante pour les ONG libanaises de coordonner leurs efforts pour d�fendre et mieux servir les int�r�ts r�els des personnes et groupements humains qui constituent la soci�t�.
Manuscrit d�pos� en mai 1991 |
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