L'Education sp�cialis�e du sourd au Liban

(R�sum�)

Antoine Roumanos
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     Il y a tr�s peu de publications sur l'Education du sourd au Liban. Si le terrain de la pratique est d�j� assez largement d�fra�chi et presque bien am�nag�, le terrain de la r�flexion th�orique aussi bien que celui de la recherche scientifique, est encore presque totalement vierge. Au Liban, La prise en charge �ducative des handicap�s en g�n�ral et des sourds en particulier, est assez r�cente. N�e au milieu des ann�es cinquante, elle vient juste d'acc�der � une sorte de maturit� qui permet la r�flexion approfondie, l'�valuation rationnelle et calme des orientations ant�rieures, les vrais choix pour le futur. L'exp�rience libanaise dans la prise en charge �ducative du sourd relat�e et discut�e dans la pr�sente th�se est trait�e � travers une introduction, quatre grandes parties chacune comprenant 3 chapitres, et une conclusion g�n�rale couronnant l'ensemble.
ÇáÏÑÇÓÇÊ ÈÇááÛÉ ÇáÚÑÈíÉ
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  L'Introduction tente de situer "La question sociale" dans son cadre historique et sociologique sp�cifique. On se rend compte qu'au Liban, la question sociale est encore tr�s jeune. On ne peut la rep�rer clairement, en tout cas en termes modernes c'est � dire plus ou moins d�tach�s des r�f�rences religieuses explicites m�me si implicitement ce r�f�rent reste encore pr�sent aujourd'hui, qu'avec l'av�nement de l'ind�pendance vers le milieu du si�cle. La prise en charge institutionnelle des sourds n'a d�but� qu'au milieu des ann�es cinquante; auparavant nous n'avons pas pu trouver une seule mention de l'�ducation du sourd dans la litt�rature hormis ce que stipule un texte apolog�tique citant des versets du Coran accommod�s de quelques vers de la litt�rature arabe mentionnant les sourds et l'obligation religieuse de les prendre en charge conform�ment aux textes sacr�s.
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   La premi�re partie du travail �tudie "Le cadre institutionnel" dans lequel s'inscrit l'Education sp�cialis�e du sourd. Elle traite de l'infrastructure de l'ensemble du service social au Liban. Appuy�e sur les statistiques les plus r�centes, l'analyse souligne trois aspects d'extr�me importance: 1� l'augmentation au fil des ans du parc institutionnel pour r�pondre � des besoins de plus en plus sp�cifiques, 2� la quasi-exclusivit� du domaine "priv�" et l'absence presque totale d'institutions relevant de l'Etat, 3� l'efficacit� douteuse de l'exercice � cause des multiples biais conceptuels aussi bien qu'op�rationnels qui entravent la pratique.
    Le deuxi�me chapitre traite de l'�ducation sp�cialis�e destin�es aux handicap�s. Il expose la nature de l'intervention de l'Etat dans leur prise en charge depuis la cr�ation de l'Office de D�veloppement Social et ses diff�rentes mutations pour arriver � l'actuel Minist�re des Affaires Sociales, puis, statistiques les plus r�centes � l'appui, il examine la situation actuelle de la population des handicap�s en g�n�ral et des sourds en particulier. On y rel�ve par exemple que seulement 5% des sourds sont �ducativement pris en charge au Liban alors que 88% de ceux qui sont en �ge de la scolarisation ne se trouvent pas dans les �coles. Pour les adultes sourds, rien n'a �t� bien entendu pr�vu.
    Puis l'attention est dirig�e vers les Institutions Libanaises de prise en charge sp�cialis�e des sourds. Le troisi�me chapitre expose en m�me temps qu'il d�nonce une situation de carence g�n�ralis�e se manifestant � plusieurs niveaux: au plan l�gislatif aujourd'hui partiellement combl� avec la parution en juin 2000 de la nouvelle loi sur les personnes handicap�es, au plan �conomique avec l'extr�me raret� des ressources institutionnelles en un temps o� la prise en charge est devenue extr�mement on�reuse, au plan institutionnel puisque les douze institutions existantes ne peuvent abriter que seulement 5 � 6% de ceux qui en ont besoin, au plan technique et technologique puisque les institutions n'ont pas les moyens d'acqu�rir l'�quipement n�cessaire ou n'ont pas le personnel qui peut l'utiliser � bon escient, au plan humain tr�s largement d�ficitaire m�me si le degr� d'instruction du personnel est all� grandissant avec le temps, au plan p�dagogique enfin puisque les institutions sont laiss�es seules � se d�battre avec des probl�mes qui, pour �tre r�solus, ont besoin de la contribution d'un grand nombre de sp�cialistes que les institutions ne peuvent atteindre.
    Sur ce caneva se greffe donc la deuxi�me partie de la recherche qui traite de "La pratique p�dagogique".
    Sont �tudi�s d'abord les programmes appliqu�s dans les �coles sp�cialis�es � commencer par l'Education pr�coce qui est un type de prise en charge �ducative et de guidance parentale destin�e � l'ensemble de la famille o� surgit la surdit�. Viennent ensuite les programmes appliqu�s � l'Ecole maternelle et primaire et la transformation de ceux-ci avec le temps pour qu'ils soient plus conformes aux programmes des �coles habituelles. Une partie de ce chapitre est d�volue � l'exp�rience int�grative des sourds dans les �coles habituelles telle qu'elle a �t� appliqu�e � l'Institut de R��ducation Aaudio-Phon�tique tout au long de la huiti�me d�cennie. Une recherche �valuative chiffr�e que l'auteur avait entrepri est pr�sent�e et discut�e ainsi que l'�chec du programme et les raisons qui l'ont directement men�s � sa perte. Parmi elles citons: la non-pr�paration du syst�me �ducatif � tenir compte des personnes � besoins sp�ciaux conjugu�e � la difficult� des institutions sp�cialis�es � assurer le suivi p�dagogique, requis absolument n�cessaire � la r�ussite de ce genre de programme. Par contre, un sort tout � fait diff�rent �tait r�serv� aux programmes scolaires appliqu�s dans les Ecoles Sp�cialis�es au niveau du cycle compl�mentaire, 4 fois couronn�s de succ�s avec 4 groupes cons�cutifs de l'IRAP, rejoint l'ann�e derni�re par le premier groupe de l'Institut de P�re Roberts � Saha�l�. Constatant qu'avec le Brevet, le plafond sup�rieur est atteint, la th�se s'emploie, pour terminer, � caract�riser les programmes d'apprentissage professionnel appliqu�s aujourd'hui dans nos �coles non sans avoir explicit� les raisons de cet �tat de choses.
    Ensuite sont examin�es les m�thodes de communication et d'enseignement utilis�es dans l'�ducation sp�cialis�e. Ce deuxi�me chapitre d�finit tour � tour l'oralisme et le manualisme et donne une attention sp�ciale � la m�thode pr�conisant l'utilisation de la langue des signes comme principal m�dia d'enseignement destin� aux sourds. Si la m�thode oraliste et la m�thode manualiste pratiqu�es depuis quatre si�cles sont tr�s largement r�pandues � travers le monde, on ne peut pas dire � partir d'une observation minutieuse des leurs r�sultats qu'elles ont r�ussi � r�pondre efficacement aux expectations ni � honorer la masse colossale d'effort d�ploy�s par ceux qui les pratiquent.
    C'est justement ce que montre l'expos� des r�sultats scolaires des personnes sourdes tels que nous avons pu les observer � travers la litt�rature mondiale mais aussi � travers une �tude exp�rimentale chiffr�e que nous avons entrepris sur l'ensemble de la population de l'IRAP en ce qui concerne la lecture. A cause de cela, l'int�gration sociale du sourd, tr�s largement tributaire de son niveau d'instruction et de sa capacit� � profiter de la culture ambiante, est rest�e manifestement d�ficitaire. La m�thode mixte ou bilingue, pr�conisant l'utilisation de la langue des signes pour les besoins de l'enseignement n'est pas encore r�pandue, mais elle nous semble constituer la seule issue possible et logique � l'�ducation des sourds � travers le monde.�
    Cette deuxi�me partie de la th�se se termine par un constat assez lourd mais la situation n'est pas pour autant bloqu�e. Nombre de signes pr�curseurs ont commenc� � appara�tre dans notre pratique libanaise. La troisi�me partie de la recherche, intitul�e "Les tendances actuelles de l'�ducation du sourd au Liban", s'emploie � l'expos� de trois de ces signes qui devront avoir un impact certain sur le futur de la pratique �ducative destin�es aux sourds.
    La th�se quitte alors le domaine de la th�orie pour s'int�resser � la pratique. Elle propose avec quelques d�tails, un cursus scolaire complet destin� au sourd bas� sur une approche parfaitement bilingue. S'aidant de textes internationaux, elle pose les objectifs d'un tel programme ainsi que ses choix op�rationnels. Elle examine ensuite les donn�es pratiques qu'il faudrait savoir agencer pour lui assurer la r�ussite et termine en r�fl�chissant sur les difficult�s que ce genre de programme peut rencontrer.
    Le premier signe est donn� par l'introduction de l'adulte sourd dans le processus �ducatif et la formation de ces personnes sp�ciales pour devenir des auxiliaires p�dagogiques pouvant travailler avec les �ducateurs et les enseignants entendants favorisant ainsi la cr�ation d'un milieu parfaitement bilingue et bi-culturel tr�s propice � l'apprentissage.
   Le second signe pr�curseur r�side dans la nouvelle conscience qui fleurit un peu partout de l'importance de la langue des signes et de l'introduction des strat�gies visuelles d�rivant de l'utilisation des signes dans l'enseignement destin� au sourd. Un consensus est maintenant solidement �tabli sur la n�cessit� de faire des recherches sur la langue libanaise des signes, ce merveilleux outil de communication cr�� par les sourds libanais � l'instar de toutes les communaut�s de sourds dans le monde. Je suis fier d'avoir �t� l'un des principaux promoteurs de ces recherches qui doivent pouvoir aboutir dans un avenir tr�s proche.
   Le troisi�me signe est la conjugaison des deux autres puisqu'il concerne l'apparition des premi�res exp�rimentations libanaises dans des setting bilingues. La pr�sence simultan�e de l'�ducateur sourd form� aux c�t�s de l'�ducateur entendant en classe, travaillant conjointement sur les m�mes "objets", est une nouveaut� peu pratiqu�e dans le monde pour des raisons �conomiques aussi bien que pour des raisons en rapport avec la gestion de ces interventions-; et pourtant nous sommes au Liban l'un des rares pays � avoir d�velopp� cette pratique qui, presque certainement, sera g�n�ralis�e dans le futur.
   La quatri�me et derni�re partie de la th�se fait une sorte de prospective sur ce que nous pr�sumons va �tre "Le devenir de l'�ducation du sourd au Liban". Elle prend appui sur l'ensemble des analyses faites dans le corps de la th�se et tente d'amener la r�flexion sur ces signes avant-coureurs jusqu'� sa conclusion logique appuy�e sur les nouveaux d�veloppements psycholinguistiques et sociolinguistiques qui ont d�j� point� au cours de ces deux derni�res d�cennies.
    Son premier chapitre s'emploie � examiner le probl�me du bilinguisme (langue des signes / langue communautaire). Il justifie l'adoption de la m�thode bilingue � partir des donn�es internationales, expose les principaux mod�les qui servent de r�f�rences aux pratiques mondiales, et, comme ces d�veloppements sont surtout faits � partir de l'�ducation des entendants et non des sourds,� essaye d'appliquer les acquis th�oriques sur les sourds et leur �ducation.
    Finalement, le dernier chapitre ouvre la totalit� de l'entreprise sur une probl�matique actuelle. De fait, l'�ducation des sourds ne peut plus d�sormais se poser en termes exclusivement �ducatifs. C'est une vision r�ductionniste que de vouloir la ramener � une question d'apprentissages scolaires et de meilleures strat�gies pour accomplir ces apprentissages. D�pathologiser la surdit�, r�examiner le probl�me sous l'angle de l'existence d'une communaut� culturelle bien caract�ris�e, d'une minorit� linguistique ayant sa propre id�ologie en face d'une majorit� ayant son propre syst�me de r�f�rence et de la dynamique conflictuelle qui s'�tablit entre les deux entit�s. C'est ce qu'essaye de pr�senter et de discuter ce dernier chapitre de la th�se.
   La conclusion sort un peu des chemins battus des conclusions acad�miques et s'occupe de la discussion du concept de l'int�gration. Si le but int�gratif est louable en soi, les d�marches visant � r�aliser ce but ont jusque l� lamentablement �chou� aboutissant pratiquement � l'exact contraire de ce qui est poursuivi au d�part. C'est que l'int�gration peut �tre saisie de deux mani�res radicalement oppos�e. S'agit-t-il d'int�grer ou de laisser s'int�grer. Quand l'int�gration est comprise sur le mod�le de la ressemblance elle aboutit in�luctablement � l'oppression, � l'exclusion voire � l'�limination physique;� quand elle est saisie sur le mod�le du respect de la diff�rence, tous les probl�mes ne sont pas pour autant r�gl�s mais un pas en avant est franchi et beaucoup d'efforts doivent �tre d�ploy�s pour �viter l'effet pervers de l'indiff�rence qu'affiche le plus fort � l'�gard du plus faible. S'il n'est permis de s'int�grer qu'� des semblables, il n'y a aucune place aux sourds dans notre monde puisqu'ils resterons toujours sourds m�me avec les super proth�ses que sont les implants cochl�aires pr�sent�s � hue et � dia comme des solutions miracles. Si par contre, on accepte la diff�rence comme une donn�e �vidente de la r�alit�,� un ordre "normal" de l'existence, si on accepte l'autre tel qu'il est, l'int�gration est facilit�e et la possibilit� d'entente, de participation et de collaboration peuvent exister. La diff�rence est naturelle alors que l'intelligence du diff�rent est culturelle et r�ellement humanisante. Pour avoir compris cette �quation, certaines soci�t�s sont d�finitivement sorties de la barbarie, sont devenues un peu plus civilis�es, un peu plus proches de nos aspirations en tant qu'hommes.
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