| PROJET DE CREATION D'UN LABORATOIRE DE RECHERCHE SUR LA LA LANGUE LIBANAISE DES SIGNES ET LES STRATEGIES VISUELLES UTILISEES PAR LES SOURDS Projet con�u et r�dig� par Antoine Roumanos |
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| Qui sommes nous ? L'ECOUTE est une association � but non lucratif reconnue par le D�cret Minist�riel N� 579/m/99 du 17 Ao�t 1999, publi� dans le Journal Officiel N� 42 le 2/9/1999. Elle s'occupe des sourds libanais adultes et vise �: * Promouvoir leur insertion culturelle. * Les assister dans leur insertion sociale. * Favoriser leur insertion professionnelle. * Favoriser leur besoin de communication. Que voulons nous faire ? Bien qu'il existe depuis un certain temps un large consensus sur la n�cessit� d'�tudier le syst�me gestuel de communication utilis� par la communaut� des sourds libanais, les recherches s�rieuses sur ce syst�me n'ont pas encore pu commencer faute de moyens financiers. Les institutions �ducatives de prise en charge du sourd reconnaissent toutes l'importance de l'�tude des strat�gies visuelles qui sont � la base de la communication des sourds, mais ne sont pas capables, �tant donn� les difficult�s financi�res dans lesquelles elles se d�battent, de lancer de telles recherches et de subvenir � leurs besoins. Nous voudrions donc, avec l'aide mat�rielle et le soutien d'une large base de personnes, d'instances officielles ou d'organisations non-gouvernementales, faire des recherches sur la langue libanaise des signes, et mettre leurs r�sultats � la disposition du syst�me d'enseignement sp�cialis� et de la communaut� des sourds au large. Donn�es pr�liminaires Au Liban il y a actuellement 12.000 � 15.000 sourds tout �ge confondu. Il existe �galement 12 �coles sp�cialis�es qui se distribuent sur tout le territoire, mais les places y disponibles sont tr�s r�duites par rapport aux besoins du pays (650 � 700 places). Les �coles sp�cialis�es abritent donc 5 � 7% seulement des sourds en �ge de scolarisation. Cette population scolaris�e se distribue sur le territoire libanais comme indiqu� sur le graphe ci-contre: Toutes les Institutions qui s'occupent de sourds au Liban sont des �coles et il n'existe aucun service pour la population sourde en dehors du syst�me p�dagogique. D'o� l'importance de L'Ecoute qui se destine � servir les besoins spirituels, sociaux, culturels et communicationnels des sourds adultes. L'enfant entendant entre � l'�cole � 3 ans apr�s avoir suffisamment ma�tris� un syst�me linguistique complet et un formidable outil de communication et d'apprentissage. L'enfant sourd par contre, franchit le seuil de l'�cole sp�cialis�e � la fin de sa troisi�me ou quatri�me ann�e dans le meilleur des cas, sans aucun bagage linguistique qui lui permet de communiquer ais�ment avec son entourage ainsi que d'apprendre les nouvelles donn�es scolaires. Il perd donc la possibilit� de profiter de la p�riode critique de l'apprentissage du langage ce qui influence n�gativement ses apprentissages linguistiques et non linguistiques ult�rieurs. L'int�r�t pour la langue des signes d�rive donc directement de nos soucis d'assurer au sourd le b�n�fice de la p�riode critique pour acqu�rir un syst�me de communication et d'apprentissage comme le fait l'entendant et au m�me �ge. Le Probl�me Toutes les �coles sp�cialis�es au Liban sont oralistes et appliquent la m�thode orale d'apprentissage et adoptant l'ensemble des techniques disponibles jusqu'� ce jour: l'appareillage pour utiliser au mieux les restes auditifs, l'�ducation auditive, la labio-lecture et m�me l'utilisation de signes qui permettent de visualiser des lettres ou des sons des langues orales. Les centres sp�cialis�s appliquent des programmes qui vont de l'�ducation pr�coce (apprentissage pr�-scolaire) et arrivent tout au plus � la fin du cycle moyen (brevet) dans le meilleur des cas. L'�ducation acad�mique est g�n�ralement suivie d'un apprentissage technique qui aboutit dans la plupart des cas � la ma�trise d'une technique manuelle d'un niveau r�duit et qui reste tr�s en de�� des imp�ratifs du march� du travail et de ses requis actuels dont le sourd est incapable d'avoir � cause de son niveau verbal. Les quarante ann�es de la pratique de l'�ducation du sourd au Liban ont amen� petit � petit les praticiens � mieux voir les limites de la m�thode orale. Les r�sultats acquis, m�me s'ils sont �normes �tant donn�es les difficult�s dans lesquelles se d�battent les Centres de sourds, restent tr�s en de�� des espoirs tenus au d�but de l'exercice et tr�s largement incapables d'assurer au sourd les requis pour pouvoir fonctionner dans le monde d'aujourd'hui surtout dans le domaine de la possibilit� de continuer ses apprentissages apr�s avoir quitt� l'�cole. La solution La r�habilitation de la langue des signes est advenue partout dans le monde et au Liban au milieu des ann�es quatre-vingt. L'application d'une nouvelle m�thode bas�e sur le bilinguisme permet: * D'utiliser le canal visuel intact au lieu du canal auditif endommag�. * De poser t�t les base d'un syst�me linguistique (la langue maternelle) et social complet et organis� pour communiquer avec les sourds. * D'utiliser ce syst�me au moment propice pour apprendre la seconde langue (de la soci�t�) qui profite de tous les pr�-requis communicationnels et linguistiques d�j� install�s. * D'utiliser �galement ce syst�me pour apprendre toutes les autres mati�res non langagi�res du programme scolaire. Introduire la langue des signes dans le syst�me scolaire destin� au sourd est le seul moyen disponible pour le r�volutionner et �galiser les chances du sourd avec ceux de l'entendant. L'�tude de la langue des signes et l'aide fournie au sourd dans la compr�hension de son fonctionnement, en vue d'uniformiser son apprentissage est un investissement valable pour le futur. Les Langues des Signes Les langues des signes sont de formidables syst�mes de communication cr��s par les communaut�s culturelles de sourds. Elles exploitent le canal visuo-spacial et utilisent un ensemble complexe de configurations. Ce que les langues des signes ne sont pas Les langues des signes ne sont pas des gesticulations insens�es et chaotiques. Ce sont plut�t des syst�mes complexes de communication qui ob�issent, comme toutes les autres langues humaines � des r�gles organisationnelles tr�s strictes. Il n'existe pas une langue internationale des signes. La langue �tant un produit culturel, les syst�mes langagiers cr��s par les communaut�s de Sourds sont tr�s diff�rents les uns des autres. Il n'existe pas de points communs entre les syst�mes sign�s et les langues parl�es ou m�me �crites. Les diff�rences sont directement d�termin�es par les caract�ristiques des canaux utilis�s: les possibilit�s qu'offre le canal visuo-spacial sont radicalement diff�rentes des possibilit�s permises par le canal auditif. Les langues des signes n'ont aucun rapport avec les syst�mes manualistes cr��s par les �ducateurs entendants pour les besoins de l'enseignement des langues parl�es et �crites. Ceux-l� (appel�s aussi langues sign�es) se limitent � la visualisation des mots et respectent les grammaires et les organisations particuli�res des langues qu'elles d�crivent. Ce que les langues des signes sont effectivement Les langues des signes sont des syst�mes langagiers � part enti�re. Elles n'ont rien � envier � tous les syst�mes langagiers en usage dans le monde. Elles ont chacune son propre lexique (vocabulaire ou syst�me de codification des concepts et des id�es) et sa propre syntaxe (syst�me d'organisation du discours). Structurellement, les langues des signes ressemblent � toutes les langues du monde. Ph�nom�nologiquement, elles diff�rent radicalement de celles-ci et diff�rent radicalement entre elles. Les langues des signes sont consid�r�es comme des langues maternelles pour les communaut�s culturelles des sourds. Cette conviction s'est peu � peu affirm�e depuis la parution des premi�res recherches scientifiques sur ces langues. La Su�de par exemple a d�cr�t� la langue des signes de ses sourds comme deuxi�me langue officielle du pays. Le sixi�me Congr�s de l'AFOD (Arab Federation of the Organisations for the Deaf), tenu � Sharjah en 1992, stipule dans sa premi�re recommandation ce qui suit::Commencer par apprendre aux enfants sourds la langue des signes parce qu'elle est leur langue maternelle. Les langues des signes sont des langues naturelles. Elle se pratiquent et s'apprennent dans des situations naturelles de communication. Les sourds adultes, par le fait m�me qu'ils sont ins�r�s dans les communaut�s culturelles de sourds les ma�trisent parfaitement, les utilisent comme principal moyen de communication avec leurs pairs et les enseignent naturellement aux jeunes sourds ainsi qu'aux entendants qu'ils c�toient et avec lesquels ils communiquent. Aucune autre personne ne peut objectivement pr�tendre les conna�tre mieux qu'eux ou pouvoir les enseigner. Les recherches sur les langues des signes Les recherches mondiales sur les langues des signes sont r�centes. Elles ont d�but� au Etats-Unis vers le d�but des ann�es 1960. Depuis, elles ont fait t�che d'huile et chaque pays s?est mis � la recherche de la langue qu'utilise sa population sourde. Plusieurs langues de signes sont actuellement bien document�es surtout dans les pays avanc�s: dictionnaires sign�s et publications diverses sur la grammaire de chaque langue, son organisation et son fonctionnement interne. Au Liban, les signes des sourds sont maintenant tr�s largement tol�r�s dans les �coles sp�cialis�es. Les sourds adultes ont pratiquement gagn�s leur place dans le syst�me scolaire et sont devenus d'inestimables auxiliaires p�dagogiques. Les �coles de sourds cherchent toutes � b�n�ficier de l'introduction de la langue libanaise des signes pour am�liorer leurs services �ducatifs, ainsi que le niveau d?acquisition des mati�res scolaires et notamment de la langue orale et �crite. Le bilinguisme, comme m�thode g�n�rale d'apprentissage est � l'honneur dans la th�orisation mais, dans la pratique, il n'est r�ellement possible qu'� partir du moment o� la langue des signes est bien install�e � l'�cole et ma�tris�e aussi bien par les sourds que par les entendants. La recherche libanaise: �tapes et m�thodologie Premi�re �tape ( Trois mois) Nous nous proposons de cr�er un laboratoire de recherche sur les signes visant � les identifier, les r�pertorier et les r�pandre sur des supports appropri�s. Pour cela, nous souhaitons constituer une �quipe pluridisciplinaire de chercheurs englobant des sp�cialistes entendants (Psychologue, linguiste, �ducateur, technicien, dessinateur) et des adultes sourds. Le laboratoire sera implant� dans un endroit fixe. Il devra �tre �quip� de mat�riel technique et technologique assez sophistiqu� pour permettre de traiter avec un objet aussi fugace et aussi �ph�m�re que le signe: Cam�scopes, appareil de montage vid�o, cam�ras, ordinateurs avec grandes possibilit�s graphiques et p�riph�riques correspondants, printer, scanner, photocopieuse... Deuxi�me �tape (Un an) L'�quipe des chercheurs travaillera avec chacun des Centres Sp�cialis�s existant au Liban pour identifier scientifiquement ses signes et les fixer. La diffusion des signes sur les autres Centres permet de faire des comparaisons et des recoupements. Quand un signe est admis, il est r�pertori� et stock�. Le laboratoire pourra vite servir comme une banque de donn�es sur les signes utilis�s au Liban. Finalement, le laboratoire rassemblera les signes r�pertori�s dans un dictionnaire linguistique et les publiera en principe sur trois supports: livre, cassette vid�o et CD Rom. Le but premier sur lequel cette �quipe devra travailler est celui de produire un dictionnaire linguistique facilement utilisable de la langue libanaise des signes. Troisi�me �tape (Un an et demi) Dans le futur, des recherches plus pouss�es sur l'organisation de la langue libanaise des signes, sa structure, sa grammaire et sa syntaxe peuvent alors commencer. Une attention particuli�re sera alors donn�e � la formation d'un groupe d'adulte sourds pour enseigner la langue des signes aux jeunes sourds et � tout ceux qui le d�sirent ainsi qu?� la cr�ation des livres et du mat�riel p�dagogique pour appuyer cet enseignement. B�n�fices escompt�s Sur le plan du langage et de la communication La langue des signes permet au sourd de: * S'ins�rer tr�s t�t dans le syst�me langagier et profiter de la p�riode critique de l'apprentissage du langage. * D�couvrir et pratiquer pleinement toutes les r�gles de la communication et surtout communiquer sans obstacles. * Jouer avec les signes comme l'entendant joue avec les mots. * Obtenir une r�troaction visuelle. * Prendre position dans la relation intersubjective o� l'�change a lieu et s'identifier au vis-�-vis. Sur le plan psychologique * Consid�rer le sourd dans sa diff�rence et non dans sa d�ficience et insister sur ses capacit�s et non sur ses manques * Consolider son acceptation de soi et son identit� personnelle, culturelle et sociale Sur le plan p�dagogique * Profiter de ce premier langage (des signes) appris pour en apprendre d'autres: langue orale et �crite, langues �trang�res... * Profiter de la langue des signes pour apprendre des mati�res � contenu (math�matiques, sciences, histoire, g�ographie, civisme...) difficilement abordables par le langage oral en g�n�ral mal ma�tris� par le sourd. * Profiter des strat�gies visuelles d�rivant des langues des signes pour am�liorer les strat�gies �ducatives destin�es au sourd. * Appliquer pleinement les m�thodes bilingues (langue des signes/langue orale) et am�liorer par le fait m�me le niveau d'acquisition scolaire du sourd. Sur le plan culturel et social Quand le sourd utilise sa langue des signes, * Il peut facilement s'identifier � ses pairs sans se consid�rer inf�rieur ou subalterne. * Il devient plus attentionn� � sa propre culture ce qui am�liore son niveau culturel et social. * Il am�liore son insertion sociale et culturelle en se tenant au courant et en participant � la vie culturelle nationale. * Il peut continuer � s'instruire et � d�velopper ses capacit�s personnelles, sociales et culturelles. |
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