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Sanctionner un acte c'est l'�valuer positivement ou n�gativement et attribuer � l'agissant une r�compense ou une punition en fonction du but que l'on voudrait atteindre.
En psychologie, on parle de deux mani�res de punir et de deux mani�res de r�compenser. On peut sanctionner positivement un comportement en octroyant au sujet un plaisir quelconque ou bien en �liminant une situation d�plaisante. On peut sanctionner n�gativement en �liminant une situation plaisante (privation) ou bien en provoquant chez le sujet un r�el d�plaisir (ch�timent corporel).
Intervention par �limination Intervention par Ajout Sanction positive Eliminer une situation d�plaisante Octroyer un plaisir/R�compense Sanction n�gative Eliminer une situation plaisante/ Privation Infliger un d�plaisir/ Punition
La psychologie de l'apprentissage attribue � toutes ces situations un pouvoir motivant, c'est � dire qui pousse � agir afin d'�viter le d�plaisir ou de rechercher activement des situations plaisantes. Mais la psychologie populaire ne semble pas beaucoup tenir compte de l'avis des sp�cialistes exp�rimentalistes, et continue d'utiliser la sanction n�gative et surtout le ch�timent corporel comme seule et unique sanction possible et applicable.
Nous avons pour notre part, toutes les raisons de penser que ce genre de sanction est utilis� � tort et � travers, m�me par ceux qui affirment n'y avoir recours que dans un but �ducatif, anim�s, comme ils le disent, par des motifs les plus nobles. En effet, ceux-l� ont-ils vraiment r�fl�chi aux r�percussions psychologiques de cette situation � court ou � long terme?
Le ch�timent corporel est une situation particuli�re qui met en jeu deux protagonistes au moins, celui qui l'administre et celui qui le re�oit. Ces deux personnes ne vivent pas n�cessairement cette situation de la m�me mani�re.
Celui qui l'administre se dit toujours anim� par un noble motif 1- l'amour: "Qui aime bien ch�tie bien" 2- l'�ducation: "C'est pour que tu deviennes un homme" 3- le bien de l'autre: "C'est pour ton bien" mais tr�s souvent, la raison qu'il donne cache mal d'autres motivations: on assiste au d�ferlement des pulsions agressives et � l'utilisation de la contrainte physique et de la force nue, plut�t par pure incapacit�: quand il croit exercer sa toute-puissance, il ne fait qu'exprimer son impuissance.
Car du point de vue psychologique, le ph�nom�ne autorit� repose sur trois composantes essentielles: L'in�galit� du dominant et du soumis, le myst�re qui enveloppe la situation et masque la r�alit� r�pressive du ph�nom�ne lui-m�me, et enfin l'exercice de la force physique quand il y a transgression c'est-�-dire quand les deux autres composantes ne sont plus op�rantes. La force physique est donc utilis�e non pas, comme on le dit, dans un but �ducatif, mais pour p�renniser la situation de dominance en humiliant et en d�valorisant le domin�.
Celui sur lequel s'exerce le ch�timent corporel est, bien s�r, � mille lieux de se douter des bonnes intentions et des nobles motivations suppos�es -mais certainement non r�elles- de celui qui l'administre. Il ne per�oit qu'une agression non motiv�e, et en tout cas disproportionn�e, contre sa personne, son corps et son int�grit� personnelle. A-t-on jamais vu un enfant louer le ch�timent corporel qu'il vient de recevoir de l'adulte qui pourtant chante ses qualit�s �ducatives? Comment pourra-t-il comprendre que l'adulte agit pour son bien? Et comment le bl�mer de ne pas comprendre quand nous savons qu'en r�alit�, il n'en est rien.
Et ne nous leurrons pas � entendre l'adulte sp�culer ult�rieurement, quand il est devenu grand, sur le b�n�fice que le ch�timent lui aurait rapport�: ce n'est que rationalisation apr�s-coup qui a pour objet de justifier sa propre incapacit� � �duquer r�ellement.
Le ch�timent corporel, par l'exercice de la contrainte physique et de la force n'engendre qu'humiliation, inf�riorisation et sentiment d'impuissance; il n'apprend � l'enfant que la soumission au plus fort, quel qu'il soit, minimisant l'individu par rapport � lui-m�me et par rapport aux autres. S'�tonnera-t-on de le voir, � l'�ge adulte, souffrir d'un sentiment d'impuissance et d'inf�riorit� et de d�velopper des attitudes de fuite devant les obstacles ou de d�pendance infantile vis-�-vis d'autrui? La d�valorisation r�p�t�e de l'individu ne conduit qu'� sa d�mission et � sa soumission; sa valorisation, par contre, conduit certainement � en faire un �tre responsable et conscient.
Eduquer, c'est acheminer progressivement quelqu'un, � travers une relation d'abord n�cessairement h�t�ronome, vers son autonomie propre en lui donnant constamment le moyen d'�difier sa personnalit� et de s'adapter � son environnement tout en gardant par rapport � son milieu une distance critique.
La relation �ducative n'est ni une situation d'�galit� ni une situation de neutralit�. Elle implique n�cessairement une action positive et est, de ce fait, nettement orient�e. L'�ducateur trace un projet pour l'�duqu� et s'efforce tout au long, d'agir conform�ment � ce projet. Or le ch�timent corporel, m�me quand il affirme qu'il est �ducatif et donc b�n�fique � l'enfant, est nettement orient� vers la personnalit� propre de l'�ducateur. Ce ne peut �tre qu'un acte narcissique. Qu'il soit impulsif ou sadique, r�fl�chi et pr�m�dit�, il est engendr� par la menace que l'adulte ressent contre sa personne propre, si bien qu'il r�agit violemment pour r�tablir son �quilibre personnel, et rationalise en parlant du bien de l'enfant.
Quand le vrai �ducateur comprendra cette situation avec toutes ses r�percussions psychologiques, nous croyons que le ch�timent corporel tendra � dispara�tre, remplac�, comme il se doit, par la sanction positive, l'encouragement et la valorisation. Ce sont l� des gestes qui ont vraiment un r�le �ducatif positif dans le pr�sent, et ils contribuent r�ellement � la formation d'un adulte responsable et conscient dans le futur. |
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