Le tour du triangle
Montréal - Sherbrooke - Québec
en 7 jours

(juin 2001)



Le Saint-Laurent vu du Chemin du Roy

Sommaire

 
    Cet itinéraire facile pour les mollets, situé en grande partie dans la plaine du Saint-
  • De Montréal à Sherbrooke à travers les bois et les champs
  • De Sherbrooke à Québec en douceur sur la Route verte n° 1
  • Retour à Montréal en remontant le Saint-Laurent
Équipement
 
 - Voir « Une autre randonnée à vélo dans le sud de la France ».
 - Au départ, mon vélo en charge pesait environ 45 kg.
 - Tous les prix sont en dollars canadiens.


Chronique

De Montréal à Sherbrooke à travers les bois et les champs


Jour  1
 
Dimanche 24 juin - De Montréal à Racine (151 km, 12½ h)
    Parti vers 7 h, j’ai pris le lien cyclable qui traverse le fleuve Saint-Laurent en passant par les îles Ste-Hélène et Notre-Dame, et l’écluse de la Voie maritime du Saint-Laurent à Longueuil. Juste comme j’arrivais au pont-levis levant de l’écluse, déception : la barrière est tombée et j’ai dû attendre plus d’une heure. Puis, un petit homme à vélo est venu me rejoindre. Dans un français très approximatif, il m’a dit qu’il pêchait la carpe dans la Voie maritime. C’était un ancien soldat cambodgien qui avait survécu aux prisons des Viêt-congs et qui vivait à Montréal depuis plus de 20 ans. Il travaillait dans un hôpital du centre-ville et il en avait long à dire sur le système de santé public qui, à ses dires, gaspillait des millions pour soigner des polytoxicomanes irrécupérables qui atterrissaient à l’urgence presque toutes les semaines. « Dans mon pays, on les descendrait », m’a-t-il dit. De plus, il n’aimait pas beaucoup les États-Unis, dont les forces armées ont utilisé ses compatriotes comme des pions avant de les laisser tomber complètement. Finalement, le pont est redescendu, nous nous sommes dit au revoir et j’ai repris mon chemin. La journée fraîche et le ciel couvert étaient bons pour la route. De Longueuil à Chambly, le meilleur chemin est la 112 (boulevard Cousineau à Longueuil), parce que de grands bouts de la piste cyclable sont encore en construction. Ce qui fait le charme de cette interminable artère de banlieue, c’est son large accotement; n’en cherchez pas d’autres.

    Les 100 premiers kilomètres, qui traversent la plaine du Saint-Laurent, se font les doigts dans le nez. À Chambly, j’ai traversé le Richelieu et, à quelques kilomètres de Marieville, j’ai pris le vieux chemin de Chambly. Bientôt, j’ai croisé la Route des champs, une nouvelle piste cyclable sur l’emprise d’une ancienne voie ferrée, qui file tout droit à travers le plat pays jusqu’au voisinage de Granby. Deux étudiants d’été qui patrouillaient la piste tentaient de convaincre ceux qui n’avaient pas de vignette de se mettre en règle (10 $* - valable pour toutes les pistes cyclables du Québec).

    À Granby, après avoir traversé la Yamaska, j’ai intercepté la Granbyenne, une piste cyclable pavée qui traverse la ville le long de la rivière et du lac Boivin. Même si elle est achalandée et pleine de patineurs, elle offre de beaux points de vue et donne accès à un vaste réseau de pistes cyclables bien entretenues. Après avoir traversé le parc de la Yamaska, j’ai obliqué vers le nord sur la Campagnarde, puis, en passant par les petites routes secondaires, j’ai mis le cap sur Racine (un petit village sur la 243), où j’étais attendu. Après un court arrêt à Valcourt (la capitale des Skidoos), je suis arrivé à Racine alors que le soleil commençait à descendre, vers 20 h, juste à temps pour souper avec Édith, Richard et leur fille Léa. La journée avait été très longue.
Jour  2
 
Lundi 25 juin - De Racine à Sherbrooke (57 km, 6 h)
    Ce matin, le soleil brillait. Vers 11 h, après une saucette dans le lac, mes amis m’ont souhaité bon voyage et je suis reparti pour Sherbrooke. J’ai filé vers le sud sur un petit chemin de terre assez vallonné, le chemin de la Grande Ligne. La vue sur le parc et le mont Orford est magnifique. Au bout du lac Bowker, j’ai tourné sur la 220, une route très agréable toute en creux et en bosses qui se faufile à travers les lacs. Près de Sherbrooke, j’ai piqué vers le sud pour intercepter la rivière Magog et je suis passé sur le Réseau cyclable des Grandes Fourches, qui mène directement au centre-ville. Puis, en deux coups de pédale, j’étais rendu dans l’est de la ville, où m’attendaient Gérald et Renée.

De Sherbrooke à Québec en douceur sur la Route verte n° 1


Jour 3

 
Mardi 26 juin - De Sherbrooke à Princeville (115 km, 6½ h)
    À 8 h, je suis parti vers le nord, sur la piste cyclable qui suit la rivière Saint-François. À cause du tronçon non construit de 10 km après Bromptonville, entre le Réseau cyclable des Grandes Fourches et la Cantonnière, j’ai dû emprunter la vieille route en montagnes russes du côté est de l’autoroute 55, qui offre en prime de jolies vues panoramiques sur la vallée. Une fois sur la Cantonnière, ce n’était pas le bonheur parce qu’à certains endroits, avant St-Grégoire-de-Greenlay, les côtes sont tellement à pic, ou la piste est tellement abîmée par le ravinement que je devais mettre pied à terre. Heureusement, de St-Grégoire à Richmond, la piste emprunte la vieille route, calme et agréable, qui longe la rivière.

Après une étape de 46 km, j’ai fait une halte à Richmond, le temps de prendre une bouchée, et je me suis retrouvé sur la piste cyclable, construite sur l’emprise d’une ancienne voie ferrée, qui file tout droit à travers les bois et les plaines jusqu’à St-Rédempteur, en face du pont de Québec (142 km). La Route verte n° 1 prend différents noms à mesure qu’on avance : la Cantonnière, les Corridors verts d’Asbestos, le Parc linéaire des Bois-Francs, le Parc linéaire de la MRC de Lotbinière, le Parc linéaire le Grand Tronc – c’est la même chose. À Danville, j’ai fait un arrêt au kiosque d’information pour me procurer l’édition 2001 du Guide des campings du Québec (gratuit), mais il n’était ouvert que « du jeudi au dimanche »... J’ai eu plus de chance à Victoriaville, le centre administratif de la région, même si j’ai perdu du temps à chercher le bureau d’information touristique. Ce guide comporte notamment une liste de tous les campings de chaque région, avec leur numéro de téléphone. Les informations écrites sont fiables, mais l’emplacement des campings sur les cartes n’est qu’approximatif; si vous ne connaissez pas le chemin de Ste-Cunégonde, téléphonez et on vous le dira. La traversée de Victoriaville n’est pas simple parce que la signalisation est déficiente à certains endroits, notamment aux intersections ou aux jonctions. En cas de doute, demandez votre chemin.

J’avais décidé de camper à la Plage des sables à Princeville, parce qu’il n’y avait pas d’autre camping près de la piste. Trois kilomètres avant d’arriver, mon pneu arrière éclate. Je démonte la roue, mais je n’ai pas de chambre à air de rechange. Pour trouver la fuite, je descends dans un fossé rempli d’eau, mais je me blesse au talon sur un objet pointu. Le bouquet : lorsque j’essaie de poser une pièce, je me rends compte que mon tube de colle est sec... Heureusement pour moi, un bon Samaritain s’arrête et m’offre de l’aide. Il porte ma chambre à air crevée à un atelier de moto sur la 116 et me la retourne un peu plus tard, avec de l’eau froide. Je lui ai offert 5 $, mais il n’a pas voulu accepter d’argent.

Enfin, vers 19 h, j’entrais dans le camping (10 $ pour les cyclistes). Je me suis remis de mes mésaventures devant un plat de pâtes chaudes accompagné d’un rosé bien frappé.

L'auteur à Racine
Vue de la rivière Saint-François
 
Jour  4
 
Mercredi 27 juin - De Princeville à Beauport (133 km, 10 h)
    Ce matin, j’avais deux choses à faire. Je suis arrêté à Plessisville pour me procurer deux chambres à air supplémentaires et une trousse de réparation, puis je suis passé par le CLSC pour faire désinfecter mon talon enflé. Mais, après environ deux heures d’attente, la préposée à l’accueil vint me dire que le médecin était en retard et qu’il me verrait dans l’après-midi… Je me suis remis en route sans attendre, parce que mon talon, qui n’était sensible que lorsque je marchais, ne m’empêchait pas de pédaler.
De retour dans le Parc linéaire, j’ai filé à travers la verte campagne comme dans un rêve. Sauf pour un tronçon non construit de 20 km entre les villages de Dosquet et St-Agapit, cette randonnée était très agréable. Je n’ai pas vu le temps passer et, vers la fin de l’après-midi, je franchissais la Chaudière, en face de Québec. Pour traverser le Saint-Laurent, je pouvais prendre le ferry à Lévis, qui fait la navette entre cette ville et le Vieux-Port, mais je ne connaissais pas les heures des traversées (renseignements pris, il y a un bateau toutes les heures à cette époque de l’année). Aussi, pour mettre toutes les chances de mon côté, j’ai décidé de prendre le pont. Un ami m’avait dit qu’on pouvait traverser sur le trottoir du pont Pierre-Laporte (le nouveau pont suspendu - en fait, il voulait dire « sur le pont de Québec », le vieux pont d’acier juste à côté). Premier problème : il ne semblait y avoir aucune façon d’accéder au pont Pierre-Laporte, en vélo ou à pied. Nullement découragé, j’ai mis le pied à terre, j’ai escaladé le remblai de béton et je me suis engagé sur le pont. Roulant sur l’étroite bande de béton utilisée pour l’entretien des câbles et qui, à l’évidence, n’est pas un trottoir, je me sentais un peu comme un funambule sur la corde raide, mais je ne voulais pas faire demi-tour. Au bout de deux cents mètres, j’avais été secoué comme une feuille deux ou trois fois par des semi-remorques qui passaient en trombe. J’ai eu peur et j’ai mis le pied à terre. Il m’a fallu environ 45 minutes pour traverser à pied, mais je me sentais beaucoup plus en sécurité. De l’autre côté, j’ai descendu la côte à une belle vitesse, jusqu’au boulevard Champlain qui suit le fleuve au bas de la falaise. J’ai continué sur l’accotement, qui sera bientôt intégré au réseau de pistes cyclables. Rendu dans le Vieux-Port, je suis passé sur la piste cyclable qui serpente le long du rivage jusqu’aux chutes Montmorency. J’ai gravi la fameuse côte en face de Beauport et j’ai continué vers le nord. À 9 h, comme le soleil tombait, je suis arrivé au camping municipal de Beauport, un endroit propre et tranquille, aménagé dans la forêt près de la rivière Montmorency, où il y avait beaucoup de sites disponibles. J’ai très bien dormi encore une fois.
Jour  5
 
Jeudi 28 juin - Un jour de repos sur la Montmorency
    Le lendemain, c’était jour de relâche. J’ai descendu la rivière jusqu’aux chutes. À cette époque de l’année, les eaux sont encore hautes et on a droit à une vue impressionnante du haut de la passerelle piétonnière. Ensuite, je suis allé m’installer sur le bord de la rivière (laissé à son état naturel) pour m’étendre au soleil et nager un peu. J’ai trouvé un endroit idéaI, avec une berge de calcaire creusée en gradins, mais il était jonché de tessons de verre – les crétins du coin avaient dû y casser des centaines de bouteilles de bière.
Retour à Montréal en remontant le Saint-Laurent

Jour 6

Vendredi 29 juin - De Beauport à Champlain (141 km, 12 h)
    Pour le retour, le temps était beau et frais. Je suis parti tôt le matin et, vers 10 h, je montais la rue des Remparts. À l’aide d’une carte de Québec, je me suis dirigé vers l’est à travers le labyrinthe de rues étroites de la vieille cité fortifiée, jusqu’au chemin St-Louis. Bientôt, j’étais dans le parc des Plaines d’Abraham, dont la vue dominante sur le grand fleuve vaut toujours le détour. Quelque part à Ste-Foy, je suis passé accidentellement sur le boulevard Wilfrid-Laurier, où la circulation est vraiment dense. Après avoir été frôlé par un imbécile, je suis redescendu sur le chemin St-Louis. Cette rue tranquille et agréable est l’ancienne route principale. Vers 10 h, j’ai pris une bouchée à Cap-Rouge, sous les arches du pont ferroviaire géant. Il y avait de courts tronçons de piste cyclable ici et là sur la Rive nord mais, la plupart du temps, je roulais sur le Chemin du Roy (la 138), une route rurale agrémentée de beaux points de vue belles vues sur le Saint-Laurent, qui passe par tous les petits villages. Ce chemin tranquille est un bon choix pour le vélo, maintenant que la 40 canalise la circulation interurbaine et les véhicules lourds. Vers 13 h, j’ai fait une halte dans un restaurant à Deschambeault, un village riverain bien préservé. Il y avait un peu de bruine, mais le soleil a percé un peu plus tard, et le sol était sec lorsque je suis arrivé à Champlain – ma chance a tenu le coup. Je me suis arrêté dans un camping à 10 $ sur le bord du fleuve.
 
 Jour 7
Samedi 30 juin - De Champlain à Montréal (173 km, 14 h)
    À l’aube, mon talon enflé m’a réveillé (Achille souffrait peut-être de flèches au talon, mais, dans mon cas, l’infection était causée par une belle grosse écharde). Parce que la position la moins inconfortable était en selle, j’ai plié bagages et, une heure plus tard, je fonçais sur la route. Vers 6 h, j’ai traversé les rues vides de Trois-Rivières endormie. Vers le milieu de l’après-midi, j’étais en perte d’énergie. Le temps était chaud et humide, et, comme j’avançais contre le vent, ma vitesse moyenne n’était que de 12-13 km/h. À la sortie de Maskinongé, une autre crevaison. Écoeuré, j’ai décidé de tenter ma chance sur la Rive sud, parce que le vent ne pouvait être pire de l’autre côté. J’ai donc tourné en direction de St-Ignace-de-Loyola pour aller prendre le traversier. Ce fut une bonne décision; repartant de Sorel, j’ai franchi les 65 derniers kilomètres le long du grand fleuve, en roulant sur les courts tronçons cyclables ou sur l’accotement de la 132. J’ai dû faire une halte à Verchères quand un violent orage a éclaté. Vingt minutes plus tard, je filais à nouveau sur la route en esquivant les flaques d’eau. À Boucherville, je suis passé par le boulevard Marie-Victorin, puis par l’avenue St-Charles, à Longueuil. Bientôt, je traversais le fleuve sur le lien cyclable. J’avais bouclé la boucle.

    Dans l’ensemble, ce trajet ne présente pas trop de difficultés. Au cours des prochaines années, on doit poursuivre l’aménagement de ces pistes, qui seront éventuellement fusionnées en un seul réseau cyclable couvrant tout le pays. Mais il n’y a aucune raison d’attendre : le plaisir est déjà garanti. Cueillez-le donc!

 
               
Les chutes Montmorency vues d'en haut

Vue de la rivière Montmorency
 
Références
 

 
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