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randonnée à vélo dans le sud de la France (octobre 1998) |
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| Canal de la Robine, Narbonne | Scène du Périgord |
| Tour solo de 21 jours de 1 300 km, de Toulouse à Marseille, par le Canal de la Garonne, le Quercy et le Périgord (recommandé pour commencer un circuit de vélotourisme en France), les sites préhistoriques de la Dordogne et de la vallée de la Vézère, les plateaux de l'Aveyron, le canal du Midi, la chaîne de villes médiévales de Carcassonne à Arles, ainsi que la côte de la Méditerranée. |
| C'était mon premier circuit de vélotourisme en Europe. Je devais le faire avec un ami, mais, comme nous n'avons pu nous entendre ni sur le type de voyage, ni sur l'itinéraire, nous avons convenu de ne pas partir ensemble. Quant à moi, j'avais déjà acheté mon billet d'avion (arrivée à Toulouse, départ à Marseille 21 jours plus tard); il ne me restait plus qu'à partir seul. |
| Mon but était de visiter autant
de régions et de lieux que possible malgré ces contraintes
spatio–temporelles, et avec un budget limité à 300 F/jour
(1 FF = 0,19 $US ou 0,26 $CAN –prix moyen d'une chambre d'hôtel :
140 F). Bien entendu, j'ai crevé mon budget à Marseille,
mais, à ce point du voyage, cela n'avait plus vraiment d'importance.
J'avais décidé de ne pas camper parce qu'en octobre, la plupart
des campings sont fermés, et pour n'avoir qu'un minimum de bagages
à traîner. De plus, pour les arrêts et les visites dépassant
quelques minutes, je n'aimais pas l'idée de laisser mon vélo
chargé (même cadenassé) dans un lieu public.
Mission accomplie : j'ai visité presque tous les lieux selon l'itinéraire prévu. Pour ce faire, il était essentiel de bien planifier, pour chacune des étapes, l'heure d'arrivée (et, par conséquent, l'heure de départ). Cela est certainement plus facile quand on voyage seul, parce qu'on a tout le temps et qu'on n'a pas de compromis à faire. |
Mon équipement était réparti
entre 2 sacoches arrière et un sac monté sur le guidon, et
il n'ajoutait que 16 kg au poids sec de mon vélo hybride Raleigh
(18 kg). Quant à mon propre poids, il a chuté à 78
kg (–4 kg). Je transportais tous les outils et le matériel requis
pour à peu près toutes les situations, notamment :
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| La température était exceptionnellement froide pour ce temps de l'année (chose étonnante, il faisait plus froid dans le sud de la France qu'à Montréal); le matin, il y avait souvent un épais brouillard avec des minima de seulement 5–8 °C. Quand mon avion s'est posé à Toulouse, il neigeait dans les Pyrénées, et le soleil ne s'est pas montré avant le cinquième jour de route. Sauf le tout dernier jour, le mistral soufflait sans arrêt, même si la plupart des après–midi, je pouvais enlever quelques épaisseurs et me chauffer un peu la couenne en T–shirt. Mais tout compte fait, je suis chanceux de n'avoir eu que deux jours et demi de pluie douce, ce qui n'a d'ailleurs pas modifié mon programme. Normalement, le mois d'octobre est un bon choix pour le cyclotourisme en France, mais 1998, l'année d'El Niño, est l'exception qui confirme la règle, du moins en Europe. En trois semaines, le nombre de cyclistes « long courriers » que j'ai rencontrés se compte sur les doigts des deux mains. Cependant, pour un cycliste bien vêtu, le froid n'est pas un obstacle : il suffit de 5 minutes de route pour se réchauffer. |
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| Canal du Midi, près de Castelnaudary | Canal du Rhône, à Beaucaire |
La France au fil des canaux
| Le sud de la France est traversé par tout un réseau de canaux, construits avant les chemins de fer, il y a plus de deux siècles, dont certains font plus de 100 km. En fait, un cycliste longeant les canaux peut traverser tout le sud de la France de Bordeaux, sur la côte de l'Atlantique, à Agde, sur les rives de la Méditerranée (un parcours de 450 km). De ce point, il devrait être possible de filer jusqu'à Beaucaire, sur le Rhône, en remontant le canal du Rhône (à vérifier). La plupart du temps, au moins l'une des rives du canal est cyclable, du côté de la voie de halage utilisée autrefois par des attelages pour le remorquage des péniches. L'état de ces voies de halage est très variable : alors que certains tronçons près des villes ont été restaurés et sont très bien entretenus, l'état du reste des pistes va de passable à médiocre. Certains tronçons sont cahoteux et (ou) très étroits; par endroits, la piste n'est plus qu'un sentier dans les herbes, avec des flaques d'eau et de boue après les pluies. Utilisez de préférence un vélo tous terrains ou un vélo hybride; si vous n'avez pas peur de vous crotter un peu de temps à autre, vous apprécierez le charme tranquille des canaux, ainsi que les paysages fastes et toujours différents qui les bordent. De plus, les canaux sont certainement la voie la plus agréable pour aborder (ou fuir) les grandes villes (Toulouse, par exemple); grâce à eux, on peut éviter complètement les désagréments de la circulation et la laideur des banlieues. Au cours de ce voyage, j'ai suivi le canal de la Garonne de Toulouse à Moissac (80 km vers le nord) et le canal du Midi de Castelnaudary à Agde (160 km). |
| En tout, j'ai roulé pendant 15 jours sur une possibilité de 19, ce qui correspond à une moyenne quotidienne de 85 km, que je franchissais en 6 heures environ (vitesse moyenne : 14 km/h). Dans cet article, les durées indiquées sont les totaux cumulés des périodes de déplacement, à l'exclusion des temps d'arrêt. Habituellement, je me mettais en route vers 9 h et j'arrivais à destination avant 17 h. Parce que la plupart des restaurants n'ouvrent pas avant 19 h, j'avais le temps de prendre une douche et d'aller flâner dans le centre ville avant de dîner. J'ai pris un premier jour de repos à Carcassonne un dimanche, après une randonnée de 10 jours, et j'en avais bien besoin, à cause de points de contact sensibles entre ma selle et mon postérieur, qui fondait comme la proverbiale peau de chagrin… De plus, j'avais maintenant une douleur à la jambe gauche qui me réveillait la nuit (on m'a dit par la suite qu'avec 10 minutes d'exercices de conditionnement avant le départ, j'aurais évité bien des souffrances). Arrivé à Nîmes le 14e jour, j'en avais ma claque et j'ai pris une autre journée de repos. Après une dernière journée de route jusqu'à Arles, j'ai sauté sur le train de Marseille pour le dernier week–end. Peu importe ce qui vous branche, trois semaines, c'est bien court pour visiter le sud de la France. |
| Dans le sud de la France, les automobilistes sont habitués à partager la route avec les cyclistes; dès qu'on a pigé le fonctionnement des ronds–points, on se sent en sécurité presque partout sur la route, sauf sur les nationales ou sur les grandes avenues à l'entrée et à la sortie des grandes villes. Même là, vous ne rencontrerez qu'une fraction du nombre des crétins auxquels vous auriez affaire lors d'un voyage comparable au Canada ou aux États–Unis, où l'on sent parfois une haine viscérale de certains automobilistes pour les cyclistes en général... Toutefois, en France, la plupart des routes sont plutôt étroites par rapport à celles de l'Amérique du Nord. J'ai déjà eu de la difficulté à trouver la piste cyclable de La Canéda, près de Sarlat, parce que toutes les routes me semblaient être des pistes cyclables. Par ailleurs, les pentes sont toujours douces, sauf peut–être certaines rues dans les vieilles villes. Si vous ne fatiguez pas en petite vitesse, il se peut que, comme moi, vous n'ayez pas à mettre le pied à terre une seule fois en montée. Peu importe où vous allez, la signalisation routière est excellente sur les routes nationales et départementales (les routes « N » et « D »); pour ma part, je ne me suis perdu que deux fois, et toujours sur les routes communales (« GR »). Par contre, en ville, trouver une adresse est souvent toute une aventure, parce que les Français sont doués pour dissimuler les plaques des noms de rue aux endroits les plus improbables. Le mieux, c'est encore de demander. Dans chaque ville, le Centre d'information est facile à trouver et on y offre des cartes et des brochures gratuites sur la ville même ou les villes voisines. Dans certains centres, le préposé vous offrira même de téléphoner à des hôtels si vous voulez réserver. Dans la plupart des villes que j'ai visitées, j'arrêtais d'abord au Centre d'information. |
| En général, sauf peut–être les week–ends dans les villes, vous n'avez pas besoin de réserver en octobre car on est en basse saison. Un conseil : si vous arrivez dans une grande ville le vendredi, réservez pour au moins deux jours. Vous pourrez ensuite utiliser votre chambre d'hôtel comme base pour explorer les environs sans vous encombrer de sacoches. Ainsi, vous pourrez verrouiller votre vélo n'importe où en toute quiétude, comme vous le feriez chez vous. Autre stratégie : téléphoner et réserver avant le départ. Procurez–vous une carte téléphonique à puce (environ 40 F) et utilisez–la pour téléphoner aux hôtels mentionnés dans les brochures d'information touristiques (voir ci–dessus). Parce que c'est la morte saison, la plupart des hôtels sont presque vides et vous pouvez négocier au téléphone. Si vous arrivez à un hôtel après une journée de route, le patron supposera que vous n'avez probablement pas le goût d'aller voir ailleurs et il vous louera une chambre au prix marqué. Mais si vous téléphonez à l'avance pour demander, par exemple, une chambre avec douche et télévision pour environ 130 F, il se peut que le patron vous propose, pour 150 F, une chambre marquée à 190 F qui resterait inoccupée autrement. N'oubliez pas de demander s'il y a un endroit sûr pour laisser votre vélo (verrouillez–le sur place). Si, comme moi, vous vous contentez parfois d'une chambre bas de gamme pas chère dans le centre ville (120 F ou moins), ne vous attendez pas à y trouver une douche ou des cabinets privés, et encore moins la télévision. Oubliez l'économie si vous n'aimez pas l'idée de partager la douche et les W.C. Toutefois, si vous êtes disposé à rester près des autoroutes ou dans les banlieues, il est possible de trouver une chambre moderne avec tous les services à un prix raisonnable. Ou encore, si vous êtes à la campagne, les gîtes du passant sont une autre possibilité. Attention : en octobre, certains hôtels sont fermés pour les vacances du personnel; si vous comptez passer la nuit dans un « village à un seul hôtel », vérifiez d'abord si l'on peut vous accueillir. |
| On trouve de quoi boire ou manger dans difficulté, sauf peut–être entre midi et 15 h, la période de repos. Vous devez donc bien planifier vos emplettes et vos visites pour éviter de perdre du temps. Pour se procurer le pain, le jambon, le fromage et le vin du lunch, il faut souvent passer par autant de magasins (et ensuite, par un café pour un petit express). C'est précisément ce qui fait le charme d'un voyage dans le Midi; vous y prendrez vite goût. Partout où vous allez, les commerçants vous salueront, et ils s'attendent à ce que vous retourniez leur salut. Vous pouvez boire l'eau du robinet partout, mais, si vous préférez l'eau en bouteille, elle n'est pas difficile à trouver. Si vous voyagez en octobre, vous n'aurez probablement pas besoin de transporter plus de deux bouteilles de 500 ml pour une journée. Vous pouvez acheter de savoureux fruits frais à l'unité un peu partout. Gardez toujours de la nourriture non périssable dans vos bagages; dans les petites villes, les restaurants peuvent être fermés le soir (ou même pour tout le mois) parce que c'est la saison creuse. |
| Il peut être dangereux de rouler avec des sacoches ou des sacs qui ont du jeu (ça risque de vous arriver quelquefois avant que vous n'ayez pris l'habitude de ne rouler que si tout est solidement fixé en place). J'ai été plutôt chanceux, puisque j'ai retrouvé tout ce qui est tombé de mon vélo. Pour bien ficeler un barda, les élastiques « bungees » sont irremplaçables. Les seuls problèmes mécaniques que j'ai eus, c'est la rupture de deux rayons de la roue arrière (que j'ai réparés temporairement) et une fuite lente. Gonfler un pneu en France peut être toute une aventure : il faut demander au préposé, quand il n'est pas trop occupé, et si le garage est ouvert. Pour ma part, je préfère traîner ma pompe haute pression. À mi–chemin, en passant par Sète, je suis arrêté à une boutique de vélo pour faire redresser ma roue arrière et changer les patins du frein arrière. Je suis reparti avec un vélo fringant, comme neuf. |
| Je portais des shorts ou des collants longs, des T–shirts ou des chemises à manches longues, dans toutes les combinaisons imaginables. Les matins brumeux et froids, la combinaison gagnante était, avec les collants, un T–shirt de coton ample sous un coupe–vent léger doublé, qui me gardait au chaud tout en laissant évacuer la transpiration, jusqu'à ce que le soleil soit assez haut pour que je puisse enlever une pelure. J'avais aussi apporté un des ces maillots de vélo design, mais chaque fois que j'allais un tant soit peu vite, l'évaporation me faisait grelotter dans cette saloperie qui me collait à la peau (par ailleurs, à la fin de la journée, j'avais les *mamelons* au vif –oui, les mecs ont aussi des mamelons et il arrive même que certains d'entre eux s'en rendent compte). Alors, renonçant à la vanité, je l'ai mis de côté pour les beaux jours. Astuce : les machines à laver des laveries automatiques coûtent cher en France, mais pas les séchoirs. J'ai économisé temps et argent en lavant mes vêtements à la main dans le lavabo ou la douche de ma chambre d'hôtel, pour les sécher ensuite dans les laveries automatiques. |
| Je remercie Norman Ford et Mike Bedard, dont les conseils de voyage m'ont été très utiles (par exemple, utiliser le téléphone pour négocier à l'avance le prix des hôtels, monter sur le train avec son vélo sans frais supplémentaires et visiter les attractions confortablement et en toute quiétude en voyageant sans sacoches). |
Jour 0
| Mardi 6 octobre – De l'aéroport de Toulouse – Blagnac à Toulouse (20 km, 2 h) L'avion s'est posé vers 10 h à environ 20 km au nord de la ville de Toulouse. Il m'a fallu une heure pour monter mon vélo, puis j'ai mis le cap vers le sud, en suivant la Garonne. Le chemin le plus commode pour gagner le centre ville est le canal de la Garonne, quelques centaines de mètres plus à l'est, mais je ne le savais pas… Malgré le peu de temps disponible, je voulais visiter la Ville rose. J'ai donc pris une chambre à 120 F à l'Hôtel des Arts, au centre du vieux Toulouse. Peu après, je me suis rendu à vélo à la Cité de l'espace, un musée aérospatial fascinant dominé par une gigantesque fusée Ariane 5 (encore plus grosse, si ça se peut, que celle du Cosmodôme de Laval), où l'on pouvait visiter une maquette grandeur nature de la station spatiale russe Mir. Alors que j'étais assis sur l'un des confortables sièges inclinables du planétarium, je suis tombé endormi – sans me demander mon avis, mon organisme avait décidé de recaler mon horloge biologique pour annuler le décalage horaire. Je garde un bon souvenir des quelques heures conscientes que j'ai passées à Toulouse. |
Jour 1
| Mercredi 7 octobre – De Toulouse à Moissac (75 km, 5 h) Le matin, je suis parti vers le nord sur la piste cyclable qui longe le canal de la Garonne. Le ciel était gris mais, par bonheur, la pluie de la veille avait cessé. Malgré la température humide et la bruine occasionnelle, j'avais du plaisir à rouler. Il y a une écluse à tous les 5 km et chacune est différente; certaines sont coquettes et fleuries et d'autres, plutôt délabrées. Je croisais des bateaux de plaisance allant dans les deux directions. On peut louer une péniche convertie (pour 4–12 personnes) et traverser le sud de la France de l'Atlantique à la Méditerranée, ou l'inverse. Juste avant Moissac, le canal enjambe le Tarn sur un pont–canal; c'était la première fois que je voyais ce genre d'ouvrage. La femme du boulanger m'a recommandé l'Hôtel du Luxembourg pour le dîner et l'hébergement, et le conseil était bon. |
Jour 2
| Jeudi 8 octobre – De Moissac à Cahors (60 km, 4 h) Le matin, je suis reparti vers 10 h et, quittant le canal, j'ai filé vers le nord à travers la campagne. Peu après, j'abordais les premières montées et descentes. La montée la plus remarquable menait à une ville médiévale appelée Lauzerte. Ensuite, j'ai bifurqué vers l'ouest en empruntant les petits chemins du Quercy rural. Je traversais des petits villages déserts et apparemment figés dans le temps. Partout, on voit des petits champs et des maisons de pierre. Même les bâtiments des fermes sont en maçonnerie, et rien ne vient donc gâcher l'illusion de visiter une autre époque. Malgré la bruine occasionnelle, je n'ai mis que quelques heures pour me rendre à Cahors, où j'ai déniché une modeste chambre à 110 F, reliée à un authentique escalier en spirale du 16 e siècle. |
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| Pont Valentré, Cahors | Les grottes sur le Lot | St–Cirq La Popie (Quercy) |
Jour 3
| Vendredi 9 octobre – De Cahors à Sarlat (91 km, 6 h) Vers 7 h, je suis passé au Café de la Bourse pour régler ma chambre et casser la croûte. Il faisait encore noir et il pleuvait doucement. Une heure plus tard, la pluie avait cessé et je franchissais le Lot sur le pont Valentré, un ouvrage fortifié du 13e siècle. J'ai d'abord suivi la belle vallée du Lot, en passant par des vignobles et des patelins aux noms savoureux comme Caillac et Creyssac. Puis, j'ai filé vers le nord à travers le maquis, vers Cajus et Lavercantière. Les montées étaient négociables. Bientôt, je traversais St–Martial, pays de Jacquou le Croquant, puis j'ai grimpé quelque 300 mètres pour visiter la bastide de Domme, une cité–forteresse avec vue imprenable sur la Dordogne et sa vallée. De là, je n'ai eu qu'un coup de pédale à donner pour arriver à Sarlat, une ville médiévale qui s'est refait une beauté. Comme on était déjà le vendredi, j'ai loué une chambre pour deux jours. |
Jour 4
| Samedi 10 oct. – Boucle Sarlat – vallée de la Vézère – Sarlat (90 km, 6 h) Le matin, pour éviter la D 704 trop passante, j'ai pris le chemin des collines et j'ai grimpé au–dessus de la vallée brumeuse. J'ai pris un raccourci à travers la campagne vallonnée jusqu'à La Chapelle et je suis arrivé à Lascaux II vers midi, comme prévu. Peine perdue : le prochain tour n'était qu'à 14 h et pis encore, les tickets n'étaient disponibles qu'à Montignac (10 km aller–retour) : mauvaise planification. Alors, je me suis dit que, bof, Lascaux n'est qu'une reproduction, et que je n'allais pas gâcher une précieuse journée à attendre. J'ai donc décidé de poursuivre mon périple dans la vallée de la Vézère. Juste après Montignac, ce qui n'était d'abord qu'un crachin vira bientôt à la pluie. Pour mal faire, j'avais laissé mon imperméable dans ma chambre, avec mes sacoches. Je fus bien content de faire une halte dans la ville des troglodytes à Laroque – St–Christophe, ce qui m'a permis de me sécher un peu tout en visitant ces lieux qui ont été habités de façon sporadique depuis plus de 400 siècles. Puis, j'ai filé jusqu'à la prochaine étape, Les Eyzies, pour visiter l'abri Pataud, un autre site préhistorique excavé au cours des années 60 par un archéologue américain, le Pr Movius. C'est ainsi que j'ai pu contempler d'authentiques sculptures rupestres tout en me séchant encore un peu. Après un autre sprint de 24 km sous la pluie sur la D 47, je suis arrivé à Sarlat, trempé à l'os mais content de me retrouver dans un lieu chaud et sec avec du pain, du fromage et une bonne bouteille de rouge. |
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| Rocamadour à l'aurore | Vue d'en bas |
Jour 5
| Dimanche 11 oct. – De Sarlat à Rocamadour (65 km, 4 h) J'ai emprunté la très belle piste cyclable qui relie La Canéda à Grojeac, de l'autre côté de la Dordogne (il s'agit en fait d'une ancienne voie ferrée). Le soleil s'est enfin monté le bout du nez brièvement à St–Julien. Un peu plus tard, j'ai fait un arrêt à Souillac pour resserrer quelques écrous. Peu après, je descendais dans la splendide vallée de l'Ouysse, à Lacave, puis j'entamais une interminable montée sur la D 247. Là–haut, sur un plateau dont l'allure évoque un autre âge, les champs sont divisés en petits lots par des clôtures de pierres sèches. Vers 15h, j'étais rendu à Rocamadour, où un sanctuaire et une citadelle se chevauchent sur un nid d'aigle. J'ai dû renoncer à visiter le gouffre de Padirac tout près : il avait été fermé à cause du niveau d'eau trop élevé. Il plut à nouveau au cours de la nuit, mais ce fut la dernière fois pour le reste du voyage. |
Jour 6
| Lundi 12 octobre – De Rocamadour à Figeac (57 km, 4 h) Je suis redescendu en passant par des petits villages comme Rignac et Lavergne sur la D 36, puis par St–Simon et Reyrevignes. Je suis arrêté à Assier pour visiter un château de la Renaissance construit par Galiot de Genouillac, grand artilleur du roi François 1er. Dans l'église du village, près de saint Michel tabassant Lucifer, on peut voir, sur un bas–relief, ce fier personnage posant devant son canon; de toute évidence, le sieur de Genouillac était un estimé bienfaiteur de cette église. Un peu plus tard, j'entrais dans Figeac, une jolie petite ville sur le Lot. |
Jour 7
| Mardi 13 oct. – Tour des vallées du Lot et du Célé : Figeac – St–Cirq Lapopie – Pech Merle – Figeac (118 km, 6 h) Il faisait encore noir quand je suis parti de Figeac, vers 7 h 30, en suivant la vallée du Lot. Il a fallu plusieurs heures au soleil pour percer l'épais brouillard et se montrer un peu. La route était facile, avec seulement trois montées, dont le première sur la D 622, juste à la sortie de Figeac. Comme partout dans le Quercy, la vue est toujours intéressante, mais la vallée du Lot est particulière avec ses petits champs, ses vignobles et ses villages pittoresques, et surtout, ses falaises de calcaire longeant la rivière, percées de grottes comme un gruyère (ce n'est pas par hasard que cette vallée est habitée depuis si longtemps). Je voulais visiter un autre nid d'aigle, St–Cirq Lapopie, « l'un des plus beaux villages de France », dit le guide. Pour m'y rendre, j'ai dû grimper environ 300 mètres, mais cet effort fut récompensé; comme j'arrivais au sommet, le soleil finissait de dissiper le brouillard et j'eus droit à une superbe vue du village, des ruines et de la vallée du Lot. En redescendant, j'ai rencontré un couple de jeunes Australiens qui faisaient Paris–Rome en quatre semaines … du cyclotourisme vraiment très sérieux. Le point culminant de mon circuit fut la visite de la grotte de Pech Merle. Ce jour–là, ma synchronisation était impeccable : je suis arrivé juste avant 14 h, l'heure de la visite. J'ai bavardé avec un Américain de Washington D.C., qui ressemblait à Harrison Ford et qui s'exprimait dans un assez bon français (ce qui est encore plus rare). Le tour s'est avéré très intéressant : même sans les étonnantes peintures rupestres (dont celle du cheval rouge à pois noirs est la plus connue), la dentelle minérale de Pech Merle vaut certainement le détour. Notre guide, un spéléologue professionnel, pouvait répondre à toutes mes questions. Puis, j'ai enfourché ma bécane pour le retour. Il ne m'a fallu que trois heures, en suivant le Célé. Plus petite que la vallée du Lot, la vallée du Célé offre des vues spectaculaires jusqu'à Figeac. |
Jour 8
| Mercredi 14 oct. – De Figeac à Albi (124 km, 8½ h) Mon jour le plus long sur la route. Pour aller à Albi, j'ai choisi le plus court chemin sur la carte Michelin (mais depuis ce jour épique, j'ai appris à utiliser les marques d'altitude de la carte). Bientôt, je grimpais la colline de Capdenac, une place forte stratégique dominant la vallée du Lot, occupée tour à tour par les Gaulois, les Romains, les Wisigoths, les Francs, bref, par à peu près tout le monde. Ensuite, j'ai emprunté la D 994 jusqu'à Montbazens, puis je suis redescendu vers le tranquille village de Compolibat, sur l'Aveyron. Prochaine étape : Rieuxperoux. J'ai entamé une montée de 900 mètres s'étendant sur 18 km, ce qui m'a pris 2 heures. À cause de la vue remarquable en montée et de l'effort physique, c'est dans une espèce de transe que j'ai gravi la montée de ma vie. Du sommet du monde, obéissant à la loi de Newton, je descendis d'une traite, à tombeau ouvert, les 16 km de route déserte qui me séparaient de Port–de–la–Besse sur la Viaur. Un peu plus tard, après un bout de montagnes russes, j'entrais dans Carmaux. Là, dans la lumière chaude de la fin de l'après–midi, je décidai de poursuivre ma route jusqu'à Albi, à une trentaine de kilomètres au sud. Heureusement, la route nationale était flanquée d'un accotement providentiel, et bientôt, j'aperçus la silhouette massive de la cathédrale, qui me guida jusqu'au centre de la ville. Albi, l'une des rare cités médiévales construites dans une région dépourvue de pierre de taille, est très différente des autres : rendu au bord du Tarn, j'ai fait un arrêt pour admirer les ponts et les édifices, véritables symphonies de briques, dont l'étonnante cathédrale Ste–Cécile est le joyau incontesté. |
Jour 9
| Jeudi 16 octobre – D'Albi à Bram (128 km, 8 h) Le jour suivant, j'ai franchi une étape encore plus longue, mais cette fois, encore moulu de la veille, j'ai commencé par consulter les repères topologiques de la carte pour contourner les montées évitables. Le départ d'Albi dans la brume fut un peu délicat; ensuite, je suis monté à Puylaurens en passant par Graulhet et St–Paul, où j'ai fait un petit somme sous le soleil de midi. Ensuite, j'ai obliqué vers l'ouest sur des petits chemins ruraux pour éviter la Montagne Noire. À quelques kilomètres de Castelnaudary, j'ai vu, ô merveille, les sommets enneigés des Pyrénées caressés par le soleil de fin d'après–midi. À Castelnaudary, je n'ai pu trouver aucune chambre à moins de 180 F, alors j'ai téléphoné à Bram, la ville voisine, pour réserver une chambre à un prix décent. Peu après, je pédalais dans une pure félicité le long du Canal du Midi éclairé par le soleil couchant. Le canal est bordé de rangs continus de grands arbres centenaires, qui créaient toutes sortes de jeux d'ombre et de lumière sur l'eau. « Chez Alain », l'hôtel que j'avais choisi, est un établissement tout à fait moderne. Il s'agit en fait d'un arrêt de routiers qui ressemble à nos motels, mais façon française. Le restaurant s'est rempli vers 21 h, à mesure que des routiers de toute la CE arrêtaient pour boire et manger dans la grande salle à dîner. Certains sont venus s'asseoir à ma table et bavarder, et ce fut la fête jusqu'à minuit. En Europe, le camionnage est une industrie récente et en croissance, plutôt qu'une quasi–institution comme en Amérique du Nord. |
Jour 10
| Vendredi 17 oct. – De Bram à Carcassonne (54 km, 3 h) J'ai quitté Bram dans le brouillard et j'ai fait une longue montée dans les terres pour visiter Montréal–en–Aude, une petite ville perchée sur une colline, bâtie à l'ombre d'une grande cathédrale gothique. À part le nom, rien de commun avec ma ville. De retour au canal, je suis passé par toutes sortes de terrains; à certains endroits, je devais avancer sur un simple sentier dans les hautes herbes, à peine assez large pour les sacoches. En supposant qu'on ne s'embourbe pas, on peut apprécier ces tranches de pays sauvage qui donnent un charme particulier au canal du Midi. C'est sans effort que je me suis retrouvé au centre de la vieille ville de Carcassonne, ou plutôt entre ses deux places fortes ceintes de murailles. J'y suis resté deux jours pour visiter et me reposer un peu : ma jambe gauche me faisait encore mal la nuit. J'ai pris quelque temps envoyer des « cartes postales électroniques » à des parents et amis à partir d'un café Internet. Si vous savez utiliser un clavier, c'est plus économique (et certainement plus rapide) que la version carton. On peut également s'ouvrir un compte de courriel gratuit (par exemple, sur hotmail.com ou yahoo.com), ce qui permet à vos parents et amis de vous écrire en voyage. |
Jour 11
| Dimanche 19 oct. – De Carcassonne à Narbonne (76 km, 5½ h) Juste avant de partir, j'ai dû remplacer deux rayons brisés sur la roue arrière. Le temps nuageux adoucissait l'aspect de ce tronçon plutôt raboteux et négligé du canal, mais j'avais tout mon temps et j'étais heureux. De temps à autre, je quittais la voie de halage pour rouler sur les petits chemins plus ou moins parallèles au canal, au milieu des vignes couvertes de petits raisins très sucrés et pleins de pépins, certainement pas du raisin de table. Je retrouvais toujours facilement le canal dont le trajet est marqué par une double haie de grands platanes ou d'ifs touffus. Je suis arrivé à Narbonne assez tôt pour visiter quelques lieux intéressants et, comme d'habitude, j'ai pris une petite chambre dans un grand hôtel vide du centre ville. Dans la salle de télévision, j'ai bavardé avec Vincent, un jeune travailleur saisonnier faisant les vendanges, qui m'a expliqué son métier et m'a donné des bons tuyaux, par exemple où acheter de la bière froide (en vente dans les petits magasins d'alimentation seulement). |
Jour 12
| Lundi 20 oct. – De Narbonne à Agde (la mer) (90 km, 6 h) Le temps était ensoleillé et frais. J'ai quitté Narbonne en suivant le Canal de la Robine, qui rejoint le Canal du Midi à Capestang, où j'ai siroté un café pour célébrer mon 1000e kilomètre. Ce tronçon bien entretenu du canal, qui traverse un chapelet de petites villes coquettes, est un régal pour l'oeil. Conservez votre pain rassis pour les canards : même s'il n'y en a qu'un ou deux, vous en verrez des masses dès que la première miette aura touché l'eau. J'ai mangé sur une colline surplombant le canal, sur le site de l'oppidum d'Ensérune, d'où une place forte romaine dominait le pays. Des ruines d'un poste de guet, j'ai aperçu le miroir brillant de la Méditerranée, à quelque 40 km au sud–est. Tout près de Béziers, j'ai traversé un pont–canal monumental jeté sur l'Orb. J'ai poursuivi ma course sur une superbe piste cyclable pavée (et sans patineurs!) jusqu'à Portiragnes. Peu après, je me retrouvais sur un sentier miteux qui traverse le plat pays d'herbes jaunies et de prés salés qui s'étend à perte de vue jusqu'à la mer. Peu après, j'arrivais à la fin du canal, sur le bord de la lagune d'Agde. Cette nuit, dans l'un des rares restaurants encore ouverts (une pizzeria), j'ai dîné avec deux Avignonais très affables qui visitaient les musées et les sites historiques. Ils m'ont donné des tas d'informations utiles. C'est ainsi que j'ai décidé de suivre la côte jusqu'à Sète et Aigues–Mortes plutôt que de passer par Montpellier. Parce que je voulais arriver à Marseille le samedi, j'ai dû faire des choix difficiles, comme renoncer à visiter Béziers, Montpellier et la Camargue. |
Jour 13
| Mardi 21 oct. – D'Agde à Aigues–Mortes (85 km, 5½ h) Malgré le soleil, le mistral me glaçait jusqu'aux os. J'ai emprunté la route côtière à cheval sur l'étroite bande de sable qui sépare la lagune de la mer. À Sète, je suis arrêté à un atelier de vélo pour une mise au point (j'avais un frein arrière qui grince, et la roue que j'avais réparée à Carcassonne avait besoin de soins professionnels). Deux heures plus tard et allégé de 200 F, j'ai repris la route sur un vélo fringant, comme neuf. Après un pique–nique au bord de la mer sur une magnifique plage de sable déserte, je suis passé par les chic marinas et stations balnéaires désertes de Pavalas, Carnon et Grande–Motte, et j'ai filé jusqu'à Aigues–Mortes, une ville à remparts en excellent état, d'où appareilla la septième croisade menée par saint Louis. |
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| Chat et gare de triage, Capdenac | Palais des papes, Avignon |
Jour 14
| Mercredi 22 oct. – D'Aigues–Mortes
à Nîmes (53 km, 4 h) Par un autre matin ensoleillé,
effleurant la Camargue, je suis remonté vers le nord, nez dans le
mistral, me faufilant à travers les collines et de petits vignobles
comme Algouze et Galargues. Plus loin, j'ai intercepté une piste
cyclable très bien aménagée sur l'accotement de la
D 40 et j'ai filé jusqu'au centre de Nîmes. Alors, le soleil
avait chauffé le fond de l'air et j'ai consacré le reste
de la journée à visiter cette ville splendide et animée,
adoucie par la lumière dorée d'une après–midi d'automne,
de l'arène romaine jusqu'au sommet de la tour Magne. À ce
point du voyage, j'avais toutes sortes de douleurs qui m'enlevaient une
bonne partie des plaisirs du cyclotourisme. J'avais besoin d'un peu de
repos …
Le lendemain matin, je me suis mis en route pour Avignon, mais cette fois, j'avais un ticket aller–retour sur le chic TGV, ce qui a libéré la journée nécessaire pour visiter cette ville–musée incontournable. J'ai été impressionné par les hautes murailles du palais des papes et par la vue imprenable sur le Rhône et sa vallée, du haut du promontoire sur lequel sont bâtis le palais et ses jardins. |
Jour 15
| Vendredi 24 oct. – De Nîmes à Arles (90 km, 6 h) Mon dernier jour sur la route fut assez bien rempli parce que je voulais visiter le Pont du Gard, un aqueduc romain colossal qui laisse encore les visiteurs bouche bée après 2000 ans. Parti vers le nord sur la D 979, j'ai traversé un terrain d'exercice de l'armée où j'ai vu des casernes, des traverses de tanks et des jeunes costauds au crâne rasé en tenue de camouflage, qui trimballaient des équipements bizarres. Rendu au pont de St–Nicolas, le paysage était complètement différent : j'étais maintenant dans les garrigues, un pays rocailleux, semi–désertique et très accidenté. Le pont traversait le Gard, qui ressemblait à un de ces oueds de l'Afrique du nord, dont le lit peut être complètement asséché quelques semaines après une inondation. Après avoir traversé Sanhilac et Collias, j'ai finalement contemplé la structure titanesque de l'antique aqueduc enjambant les rives escarpées du Gard. Puis, j'ai mis le cap vers le sud jusqu'à Remoulins et de là, j'ai suivi la vallée du Rhône. La journée était ensoleillée et chaude. Ironiquement, mon dernier jour de route fut la seule vrai belle journée de tout le voyage. J'ai lunché à l'ombre de l'extraordinaire donjon de Beaucaire, en forme de navire. Après un bond à Tarascon, de l'autre côté du Rhône, je suis retourné à Beaucaire pour suivre pendant quelques kilomètres le Canal du Rhône (qui va jusqu'à Sète, sur la Méditerranée). Puis, j'ai filé vers le sud sur la D 15. J'ai fait une halte avant de traverser le Petit Rhône, et un vieux bonhomme est venu me causer. C'était un ancien champion cycliste des années 50. À 77 ans (comme John Glenn), il roulait toujours, mais juste pour le plaisir et pour garder la forme. Peu après, je passais sur la rive est du Grand Rhône et j'entrais dans Arles, où j'ai flâné pendant quelques heures avant de sauter littéralement sur le train en marche, mon vélo sous le bras, juste comme il partait pour Marseille. Je suis resté debout dans l'entrée du wagon de 1ère, juste derrière la locomotive, avec des jeunes qui fumaient du drôle de tabac. |
À Marseille
Île de Maïre, dans les Calanques
| Samedi, 25 oct - lundi, 27 oct. – Un weekend à Marseille Je suis arrivé à Marseille vendredi vers 22 h. Parti de la gare St–Charles, je n'ai pas eu de peine à trouver mon hôtel, près de la Cannebière. Le lendemain, je me suis procuré une boîte pour mon fidèle vélo, que j'ai démonté. Le reste de la journée, je me suis promené dans cette vieille ville pleine de charmes, agrémentée de vues spectaculaires sur fond de mer ou de montagnes. Mon dernier jour fut particulièrement bien rempli : j'ai marché dans les Calanques, une zone côtière relativement sauvage formée de collines, d'îles et de falaises dénudées, semée de maigres bosquets de genévriers piqués de petites fleurs pourpres. Le mistral soufflait encore et, contemplant la masse sombre de l'îlot de Maïre sous le ciel gris, j'eus l'étrange impression de me retrouver quelque part sur la côte nord de l'estuaire du St–Laurent, près de Terre–Neuve. C'était une finale tout à fait appropriée pour un voyage mémorable dans ce beau et vaste pays qu'est la France. |