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Un tout
p'tit tour de la Gaspésie (Septembre 2002) |
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Jeune intrépide de Matane
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Introduction
| (Matane -
Forillon - Gaspé - Percé - Baie des Chaleurs - Amqui -
Matane - 900 km) Avant de partir en rando, je consulte habituellement les récits de voyages sur le Web. Mais cette fois, pas de chance. Au cours des trois dernières décennies, un grand nombre de cyclistes ont relevé le défi du tour de la Gaspésie, mais très peu ont laissé des récits détaillés de leur voyage. J'ai quand même trouvé quelques conseils utiles; par exemple, il faut faire le tour de la péninsule dans le sens horaire, pour profiter du vent de dos (dans la baie des Chaleurs, les montagnes bloquent les vents contraires). Voici donc un compte rendu détaillé, au jour le jour, d'un grand classique et défi technique, le tour de la Gaspésie. À l'origine de ce voyage, il y a quelque chose qui ressemble beaucoup à de la vanité à l'état pur. Je venais d'acheter un vrai beau vélo de cyclotourisme - un Mikado hybride à 27 vitesses - et j'avais dit à tout le monde que j'allais faire le tour de la Gaspésie pour le roder. Voilà ce qui s'appelle « se peinturer dans le coin »! |
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Équipement : Voir « Une autre
randonnée à vélo dans
le sud de la France ». Poids du vélo chargé, 32,6 kg (72 lb), notamment 15,9 kg (35 lb) pour les sacoches arrière, sans équipage - 75 kg (166 lb), habillé. Bonnes adresses : Hébergement Québec (Guide des hôtels, gîtes du passant et auberges de jeunesse - gratuit) Météo : Pour ce voyage, un départ au début de septembre permet d'éviter l'affluence de la haute saison touristique, mais il y a un plus grand risque temps froid ou maussade passé juillet et août. J'ai tiré un assez bon numéro, avec des températures comprises entre 10 °C (tôt le matin) et 29 °C (les après-midi ensoleillés) et une température moyenne d'environ 18 °C, idéale pour le cyclotourisme. En rétrospective, heureusement que je ne campais pas, parce que la température n'était pas vraiment au rendez-vous. Par ailleurs, le poids supplémentaire d'un équipement de camping peut être un grave handicap dans les grandes côtes de la rive nord. |
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Chronique
Jour 0 :
| Samedi, 31
août – De Montréal à Matane Je m'étais couché tôt, mais ça n'a servi à rien. Ma fille, qui avait oublié ses clés, m'a réveillé à 3 h du matin. Comme j'allais me rendormir, la police a fait une descente sur un terrain de stationnement voisin, parce que des voisins se sont plaints d'activités sexuelles visibles et audibles en ces lieux – je suppose que c'est le prix à payer pour vivre dans le centre-ville. J'ai donc commencé à faire mes bagages. Peu avant 7 h, j'ai pris la route dans ma voiture bourrée à ras bord. Sur la 20, j'ai fait monter un gars qui faisait du stop avec un gros sac à dos (ce qui est strictement interdit sur l'autoroute). En route pour la Gaspésie, il était très heureux d'avoir un direct jusqu'à Matane (640 km). Il m'a raconté que, dans les années 80, il avait fait le tour de la Gaspésie en vélocamping avec deux amis, mais que depuis, sa vie avait basculé et qu'il n'était plus tellement en forme - pourtant, il n'avait même pas quarante ans. Je l'ai déposé un peu avant Matane. Puis, à la recherche d'une pension pour ma voiture, je me suis arrêté au camping La Baleine. Le propriétaire a accepté 25 $ pour 10 jours. Parce que les gîtes du passant affichaient complet pour le congé de la Fête du Travail, j'ai pris une chambre très quelconque au motel La Marina (44 $). Après avoir monté mon vélo, je suis allé faire un petit tour d'essai le long de la rivière Matane, qui traverse un très beau parc municipal avec jardins, terrains de jeu et pistes cyclables, construit sur le site de l'ancienne usine de pâtes et papiers Price. |
| Dimanche, 1er
septembre – De Matane à St-Joachim-des-Tourelles (105 km, 6 h, moy. 18,5 km/h) - Tôt le matin, par une journée fraîche et ensoleillée, je roulais nonchalamment, vent en poupe, sur l'accotement bien lisse de la route 132. Pourtant, malgré le fait que les limites administratives de la Gaspésie se situent quelque part entre Rimouski et Matane, ce n'est qu'à Capucines, à quelques kilomètres de Cap-Chat, que j'ai commencé à me sentir en Gaspésie. Sur les collines, on peut voir, dressées en rangs d'oignons, d'élégantes éoliennes blanches dont les hélices tripales géantes tournent à l'unisson à la cadence d'une révolution aux trois secondes. Cette vision perturbe étrangement le paysage côtier de l'éternelle Gaspésie. Dans un parc au bord de la route, on peut inspecter une pale de 30 mètres de longueur par 2,5 mètres de largeur, à la base (100 x 8 pi). Après avoir dégusté un spécial hot dogs - frites dans un casse-croûte de Cap-Chat, j'ai repris la route, mais je me suis vite lassé de la 132, qui évite tous les petits villages. J'ai donc roulé sur l'ancienne route côtière des Méchins à Ste-Anne-des-Monts . Vers le milieu de l'après-midi, je suis descendu au Gîte de la Tour, à St-Joachim-des-Tourelles (maintenant annexé à Ste-Anne-des-Monts). Le propriétaire, un vieil homme aux yeux veineux, m'a reçu avec une grande tasse de café chaud. Un peu plus tard, je suis allé marcher le long de la falaise, pour visiter la dernière tourelle de roc qui reste sur la rive, ainsi qu'un étrange rocher percé coiffé d'une grosse boule de pierre en équilibre, perché sur une falaise à 30 mètres au-dessus du rivage. J'ai mangé au « Bon Accueil », un restaurant offrant une vaste sélection de plats copieux, mais très ordinaires, de cuisine canadienne – si ça se trouve. De retour au gîte, j'ai bavardé un peu avec le propriétaire, un pêcheur à la retraite. Le vieux savait tout sur les soixante dernières années de l'histoire de cette région et sur son économie changeante. Pendant la Seconde guerre mondiale, on a construit une base de l'ARC sur le mont Jacques-Cartier, le plus haut sommet des Chic-Chocs (à 100 km au sud, dans les terres), afin de repérer et de couler les sous-marins allemands (en fait, nos braves pilotes ont aussi un nombre indéterminé de bateaux de pêche à leur tableau de chasse – qu'on appelle pudiquement « dommages collatéraux » aujourd'hui). Je me suis couché tôt afin de mettre toutes les chances de mon côté pour le lendemain. |
Jour 2
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La dernière tourelle
Rocher percé et boule
| Lundi, 2
septembre – De St-Joachim-des-Tourelles à Petite-Vallée (115 km, 7 h, moy. 19 km/h) - Par une autre belle journée fraîche et ensoleillée, roulant avec un vent arrière de 25 km/h, il me semblait que l'air était immobile alors que je filais sur la route sinueuse qui ceinture les rives de la Gaspésie, au bas des collines couvertes de forêts denses qui bordent les terres de l'intérieur . Le grand fleuve était nimbé d'un mince voile de brume diaphane. Après Marsoui, j'ai passé en revue une riche collection d'inukshuks (en inuit, ce mot désigne un cairn à forme humaine) érigés récemment par des artistes anonymes. Le superbe tronçon plat de Mont St-Pierre à Gros-Morne est un rendez-vous favori des cyclistes du dimanche. À l’Anse-Pleureuse et ailleurs, à cause de la géométrie des falaises, la direction du vent est inversée et on doit combattre un fort vent contraire. Presque partout, la route était si belle que je me demandais ce qu'il avait bien pu advenir de l'ancienne route rurale toute en creux et en bosses qui longeait la côte - l'image de marque de la Gaspésie des cartes postales d'antan. Toutefois, ma bulle de nostalgie s'est vite crevée juste après Manche d’Épée où, après environ 90 km de plat, j'ai dû affronter la première montée, de taille moyenne. À Rivière-la-Madeleine, j'ai pris une bouchée près du phare, sur la falaise qui domine la baie sablonneuse. Un peu plus tard, serrant les dents, j'ai attaqué une formidable montée, la première d'un groupe de quatre. J'ai dû mettre le pied à terre et pousser mon vélo sur les tronçons les plus abrupts (dont la pente pouvait atteindre de 12 à 14 degrés) jusqu'au début de l'arrondi du sommet. Enfin, dévalant en trombe une côte éverestienne, j'ai pris mon élan pour monter la dernière côte. Rendu au belvédère panoramique qui domine Grande-Vallée, j'avais bien mérité une petite pause. Comme j'avais réservé une chambre à Petite-Vallée, à quelque 13 km plus à l'est, j'ai dû me taper encore plein de petites montées et de descentes pour arriver à destination, la Maison Lebreux. C'est une jolie petite auberge très bien tenue, située sur une pointe orientée vers le nord, en bas des collines. Après avoir observé le coucher de soleil sur la rive battue par le vent, je me suis régalé d'une délicieuse bouillabaisse, spécialité de la maison (une chambre et deux repas chauds - 66 $), et j'ai dormi comme une bûche. |
| Mardi, 3
septembre - De Petite Vallée à Cap-des-Rosiers (82 km, 6 h, moy. 14 km/h) - Parti à 8 h 30 par une autre belle jour ensoleillée, il m'a fallu près de sept heures pour parcourir les 82 derniers km jusqu'à Cap-des-Rosiers, au bout de la péninsule. Je crois qu'on peut diviser les grosses côtes de la route 132 en trois groupes. Sauf pour une montée isolée à Manche d’Épée, le premier bloc va de Rivière-la-Madeleine à Grande Vallée (jour 3). Ensuite, après un tronçon relativement facile (à ce point du voyage, si vous êtes encore en vie, les côtes de taille moyenne ne vous impressionneront plus tellement), préparez-vous pour le prochain bloc de rudes montées, de Cloridorme à Rivière-au-Renard - je devais souvent mettre le pied à terre rendu à la moitié ou aux deux tiers des montées. Heureusement pour moi, j'ignorais ce qu'il y avait devant; mieux vaut parfois nourrir de vains espoirs que de ne plus rien espérer du tout... Quand au troisième bloc, il vous attend juste avant Percé (jour 6). À cause de la fatigue accumulée, les vingt derniers kilomètres de route ondulée, de Rivière-au-Renard à Cap-des-Rosiers, n'étaient pas une partie de plaisir, mais le grand bonheur d'être rendu au bout de la péninsule compensait largement (les mollets suivent le moral). J'avais bien fait de réserver une petite chambre « Aux pétales de roses » (30 $) la veille, parce que Cap-des-Rosiers affichait complet ce soir-là. Ce petit village qui longe le bord de la mer est un endroit agréable. En plus du grand phare blanc, il y a un café Internet et un très bon restaurant de fruits de mer, « Chez Mona ». De retour au gîte, j'ai bavardé pendant quelque temps avec d'autres visiteurs (une famille suisse), avant de sombrer dans un sommeil profond. Le matin, j'ai fait mes exercices d'assouplissement quotidiens, ce qui m'a fait le plus grand bien (Voir « Étirements » sur le site des Increvables . |
Forillon - Gaspé - Percé
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L'auteur à Grande-Vallée
Le phare de Cap-des-Rosiers
| Mercredi, 4
septembre – Une journée au Parc Forillon (16 km, 1h) - J'ai
profité d'une journée de repos
pour visiter le
parc Forillon . Il ne fait aucun doute que la chose à faire,
ç'aurait été de partir en randonnée sur le
sentier de 8 km qui va jusqu'à la pointe de Cap Gaspé,
à la toute fin de la péninsule, mais, comme le temps
était bouché par la brume, la visibilité
était limitée et, par ailleurs, j'avais grand besoin de
repos. Nietzsche a écrit : « Ce qui ne me tue pas me rend
plus fort » - pour ce que j'en sais, il aurait pu ajouter
«... même ça me laisse parfois en petits morceaux
pour quelques jours ». Après une pause au cap Bon-Ami pour
voir et humer la mer sur le rivage dénudé (remis dans son
état naturel par les bons soins de Parcs Canada), j'ai pris le
court sentier qui traverse la péninsule jusqu'à la baie
de Gaspé pour visiter le faux village de pêcheurs
interprété à Grande-Graves, où j'ai appris
tout ce qu'on peut savoir sur la morue – la pêche, le parage, le
salage et le séchage. Sur le chemin du retour, j'ai pris le
sentier qui mène à
la tour d'observation du mont St-Alban, dont le sommet grattait le
ventre
de lourds nuages chargés d'embruns - il n'y avait vraiment rien
à voir. La pluie a commencé à tomber dans la
soirée. |
Jour 5
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Cap Bon-Ami
Le parc Forillon
| Jeudi, 5
septembre - De Cap-des-Rosiers à Gaspé (42 km, 2½
h, moy. 16 km/h) - Peu après mon départ à 8 h
30, la pluie a repris. Rendu à la petite côte de
Cap-aux-Os, dans la baie de Gaspé, j'étais trempé
jusqu'aux os, mais l'effort musculaire me réchauffait. Par
bonheur, le reste du trajet était facile et, vers 11 h 30,
j'arrivais à Gaspé. Je suis allé directement au
gîte où j'avais réservé une chambre la
veille, mais il n'y avait personne. Je me suis
réchauffé
la carcasse au Subway,
tout en engloutissant un spécial sous-marin et soupe chaude. Une
heure plus tard, je me suis à nouveau cogné le nez contre
une porte close. Après une visite au motel Adams sur la rue
principale
(au prix exorbitant de 52 $), je me suis
rappelé qu'en arrivant à Gaspé,
j'avais aperçu une petite affiche annonçant un gîte
sur la 198. Peu après, je descendais au gîte Jolie-Vue (45
$), à environ 2 km du centre. Les propriétaires, un vieux
couple, m'ont raconté une histoire assez navrante. Avant la
création
du parc Forillon par le gouvernement fédéral au
début
des années 70, ils étaient propriétaires d'une
auberge
à Cap Bon-Ami - là où j'étais la veille.
Les
agents du gouvernement les ont expropriés pour un prix ridicule,
qui leur a tout juste permis d'acheter une maison très ordinaire
à Gaspé, en échange de leur petit coin de paradis.
Le plus choquant, c'est que Parc Canada a détruit une auberge en
bon état qui, à cause des capacités d'accueil
limitées de Cap-des-Rosiers, aurait permis d'augmenter
l'achalandage du parc sans pour autant déparer ce dernier,
situé à l'intérieur des terres . Ensuite, coincé dans ma bulle de nostalgie, j'ai marché jusqu'à Gaspé. La visite a commencé par un arrêt forcé à la laverie automatique du Collège de la Gaspésie, où j'ai enseigné la chimie pendant un an en 1972. J'ai ensuite visité le musée Jacques-Cartier, construit sur une falaise avec vue imprenable de la baie de Gaspé, sur le site du petit chalet où je vivais à cette époque. J'y ai appris des tas de choses sur les braves pionniers qui ont colonisé cette terre froide et inhospitalière, ainsi que sur Jacques Cartier, qui prit possession de ces contrées pour la France en 1534. Fut-il vraiment le premier Européen à débarquer dans cette partie de l'Amérique du Nord? Pas vraiment; nous savons maintenant que la baie de Gaspé était connue depuis des décennies par les pêcheurs basques, et qu'elle avait probablement été visitée quelques siècles plus tôt par les Vikings; c'était un lieu de pêche si extraordinaire que les intéressés ont gardé le secret pour eux seuls... À la Brûlerie des Artistes, un café de la rue principale, j'ai fait la connaissance de Randy, un consultant en environnement de la Colombie-Britannique, qui fait des études à contrat sur des espèces d'oiseaux menacées. Il a insisté pour parler en français – un gars vraiment bien. |
La baie des Chaleurs et la vallée de la Matapédia
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La baie de Gaspé - 1
La baie de Gaspé - 2
| Vendredi, 6
septembre - De Gaspé à Percé (82 km, 5 h, moy. 17
km/h) - Le dernier beau matin ensoleillé, je filais sur les
pentes douces de la baie Gaspé, avec un petit vent en croupe.
Les 40 premiers kilomètres de cette courte étape sont
plutôt agréables. Passé Pointe-St-Pierre, la
silhouette distinctive du rocher Percé se profile, près
de
l'île Bonaventure, comme un gros bateau à l'ancre. Plus
loin,
j'ai dû pédaler contre le vent jusqu'à
Coin-du-Banc, avant d'attaquer un bloc de trois côtes d'allure
plutôt intimidante, à quelque 10 km de Percé. Rendu
au sommet de la dernière, je fus récompensé par
une vue incroyable de la mer et du rocher Percé. Après
une descente abrupte, j'étais rendu à
Percé . Après un peu de va-et-vient, j'ai
trouvé une jolie chambre au Gîte de la Savoie. Peu
après, j'ai rendu visite à mon vieil ami, le gros rocher
bigarré, mais je n'ai pu l'approcher parce qu'on était
à marée haute. Plus tard, assis sur le quai avec des
pêcheurs à la ligne, j'ai contemplé l'île
Bonaventure, juste en face, baignée dans la lumière
dorée du soleil couchant. |
Jour 7
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Percé et l'île Bonaventure
Le Rocher
| Samedi, 7
septembre - De Percé à Bonaventure (136 km, 8¼ h,
moy. 17 km/h) - Parti vers 8 h 30, j'ai fait une halte au parc
municipal qui coiffe la côte Surprise, pour un
dernier coup d'œil au rocher. Emmailloté dans le brouillard fin,
il avait fière allure, dans la lumière douce du matin. Le soleil du matin a vite disparu . Peu importe : ayant couvert
plus de la moitié du chemin, j'avais passé un important
« point de non-retour » psychologique. De Newport
(où j'ai pris une bouchée) à Port Daniel, la 132
est plus ondulée et s'éloigne de la mer. Pour un
vrai tour du sud de la Gaspésie, j'aurais dû suivre le
vieux
chemin côtier, là où il existe encore. Mais, comme
le temps se gâtait peu à peu et que je craignais de rester
bloqué dans un trou perdu, j'ai décidé de couvrir
un maximum de distance, sans réserver à l'avance comme
d'habitude.
À ce point du voyage, les bourrasques de vent contraire avaient
complètement disparu. J'étais très satisfait de
mon nouveau vélo, une machine robuste et très fiable, que
j'avais baptisée Vif-Argent. Après St-Godefroi, la bruine
a commencé. J'ai voulu arrêter à New Carlisle, mais
il n'y avait pas de logement à prix décent. J'ai fait une
courte pause dans un parc au centre duquel trônait une statue
grandeur nature de René Lévesque, le p'tit gars de la
place qui a mis le
nom de sa ville sur la carte. Ensuite, le parcours était facile
sauf que, après quelques heures de route, je devais
pédaler
« en valseuse » de temps à autre pour soulager mes
fesses
– le bonheur, c'est une selle confortable. Enfin, alors que
j'approchais
de Bonaventure, j'ai réservé une chambre à
l'Auberge
du Café Acadien, près de la marina. Pour 65 $, j'ai eu
droit
à une chambre propre et à deux repas, dont un excellent
filet
de morue. Comme j'étais le seul hôte, j'ai pu bavarder
à
loisir avec le jeune homme qui tenait l'auberge. Il avait des grands
projets
et voulait faire le tour du monde. Je lui a souhaité bonne
chance. |
| Dimanche, 8
septembre - De Bonaventure à Pointe-à-la-Croix (120 km, 7 ¼ h, moy. 17 km/h) - Pas de chance; le temps est resté bouché toute la journée. À Carleton ou à d'autres endroits où l'on pourrait s'attendre à de beaux paysages marins, la baie des Chaleurs disparaissait presque complètement dans les nuages et le brouillard. Par bonheur, j'ai pu rouler à sec, malgré un peu de crachin avant Pointe-à-la-Garde. À cet endroit, Jeff, un cycliste australien, s'est joint à moi pour une douzaine de kilomètres. Dans un français approximatif, ce personnage hors du commun m'a raconté son histoire. Arrivé en avion à Vancouver, il avait déjà traversé le Canada en 2½ mois sur son vélo de montagne. Après avoir coupé à travers la péninsule en passant par le parc de la Gaspésie, de Ste-Anne-des-Monts à Cascapédia, il se dirigeait vers les provinces Maritimes (Terre-Neuve comprise). Transportant un équipement de camping complet, il pourrait parcourir jusqu'à 160 - 180 km par jour. Ah! Avoir trente ans... Nous nous sommes séparés à l'épicerie de Pointe-à-la-Croix, juste avant le pont de Campbellton , car il continuait de l'autre côté de la baie. Comme j'étais en train de téléphoner, une femme vint me parler; la propriétaire de l'épicerie lui avait dit que je cherchais une chambre. J'ai dormi à la Maison Verte (40 $), une belle grande maison patrimoniale. |
Jour 9
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L'église de Carleton
Un tacot dans un parc de Carleton
| Lundi, 9
septembre - De Pointe-à-la-Croix à Amqui (101 km,
5½ h, moy. 18 km/h) - Cette journée, je roulais
vers Amqui, à seulement 100 km – du gâteau. Il faisait le
même temps gris et humide que la veille. De
Pointe-à-la-Croix à Matapédia, la baie des
Chaleurs s'amincit peu à peu pour ressembler finalement à
un humble ruisseau à vaches. Au-delà du village, la 132
oblique vers le nord et traverse la Gaspésie en suivant
la vallée de la Matapédia, mais, pour les 40 km qui
suivent, il n'y a plus d'accotement. C'est bien dommage pour les
cyclistes, qui
n'apprécient pas du tout la compagnie des semi-remorques - qui
le leur rendent bien, par ailleurs. Malgré la température
morose, cette promenade le long des rives tranquilles de la
Matapédia avait ses charmes. Ce tronçon est relativement
facile, avec des
pentes relativement douces, sauf, peut-être, à Causapscal,
où j'ai fait une halte. J'ai vite repris la route parce que le
temps était frais et humide. De Causapscal à Amqui,
à
cause de travaux routiers, toute la circulation était
détournée sur une route rurale très
étroite, un vrai cauchemar pour les cyclistes – surtout quand on
entend gronder un gros moteur dans son
dos. J'ai parfois dû rouler sur l'accotement de gros
concassé
pour laisser passer un gros mastodonte - très mauvais pour les
jantes. Enfin, je suis arrivé à Amqui, où j'ai
déniché une chambre à prix modeste (30 $) à
l'hôtel du même nom, une vieille bâtisse de bois aux
planchers grinçants, qui
n'a pas dû tellement changer en 80 ans. J'ai eu un tout petit
bonheur
en regardant le bulletin météorologique : ici, au moins,
on échappait à la canicule qui s'acharnait sur les
malheureux
citadins. |
Jour 10
| Mardi, 10
septembre – D'Amqui à Matane (72 km, 5h, moy. 15 km/h) -
Faux départ à 7 h : j'avais une crevaison. Pis encore :
en démontant ma roue arrière, j'ai constaté
qu'elle était voilée. Je n'ai pu remplacer le rayon
brisé faute d'avoir le bon outil : j'avais négligé
de vérifier ma trousse quand j'ai changé de vélo.
On dit que l'enfer est pavé d'hypothèses non
vérifiées. Après avoir remplacé la chambre
à air, j'ai décidé de prendre une chance et de
continuer à rouler sur ma mauvaise
roue. J'aurais probablement évité ce contretemps si, pour
ce voyage, j'avais réparti la charge dans quatre sacoches sur
les
deux roues, plutôt que dans deux sacoches sur la roue
arrière. D'Amqui à St-René, j'ai affronté les petites montées pentues de la 195, une route rurale étroite et sans accotement, mais peu passante. Lorsque j'ai croisé la rivière Matane, la route était devenue plus facile; je savais que c'était dans le sac. Rendu à Matane, j'ai fait une mauvaise chute à l'arrêt parce que mes deux chaussures à clips désajustées sont restées bloquées dans les pédales - j'ai survécu. De retour au camping, j'ai chargé mon équipement pêle-mêle dans ma voiture et, peu après, j'étais sur le chemin du retour. |
| J'étais très content d'avoir relevé un autre défi, mais, à dire vrai, j'ai été déçu par la deuxième moitié du voyage. Si le beau temps avait tenu, j'aurais probablement prolongé mon séjour dans la baie des Chaleurs, à Carleton ou dans le parc de conservation de Miguasha . C'est donc partie remise. |