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Une randonnée de 1000 km à Cuba
(Janvier 2002) |
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Sur une rue de Trinidad
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Introduction
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Cuba est un pays très différent des autres pays
de l’Amérique latine à cause de lacunes béantes
dans ses infrastructures touristiques, sauf aux quelques endroits
spécialement prévus à cet effet ; ailleurs,
c’est l’aventure. Lorsque je suis débarqué de l’avion
à Cienfuegos, j’avais des doutes quant à la sagesse
de mon choix. Mais, après quelques kilomètres sur la
route, l’odeur de la mer et la chaleur du soleil avaient dissipé
toutes mes inquiétudes, et je me sentais vivre à nouveau.
Comme j’allais le constater, Cuba n’est pas peut-être pas un
paradis pour ses habitants, mais c’en est certainement un pour les cyclistes,
d’abord à cause de la faible circulation due à une pénurie
chronique de véhicules et d’essence, et ensuite, à
cause du défi de voyager hors des circuits organisés;
les règles du jeu sont complètement différentes,
mais on y prend vite goût. Voilà l’expérience
que je vais tenter de décrire. |
| Équipement
: Voir « Une autre randonnée
à vélo dans le sud de la France
». Ne pas oublier : Carte de Cuba (détaillée si possible), médicaments assortis (certains sont introuvables à Cuba), carte Visa. Mon vélo chargé pesait environ 35 kg au départ. Bonnes adresses : Dans la mesure du possible, j’indique les adresses des endroits où j’ai été bien traité, sauf celles des commerces sans permis - pour éviter des ennuis certains à leur propriétaire. Météo : À part un peu de pluie alors que j’étais dans un bar à Sancti Spiritus, le temps beau et frais était idéal pour le vélo. Il arrivait que la température descende un peu la nuit (10 °C) ou grimpe un peu l’après-midi (30 °C). Informations complémentaires : Dans ce récit de voyage, j’ai essayé de ne pas répéter les informations qu’on trouve dans tous les bons guides touristiques, (Lonely Planet - que je recommande, Le Guide du routard, Rough Guide, etc.) Avant de partir pour Cuba, il faut lire au moins l’un de ces guides, parce qu’ils présentent des informations essentielles pour survivre et profiter au maximum d’un séjour dans un pays très particulier. Glossaire :
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Chronique
Jour 0 :
| Jeudi
3 janvier -
Arrivée à Cienfuegos
- Selon le premier scénario, je devais atterrir
à La Havane et de cette ville, prendre l’avion ou le train
pour Santiago de Cuba, à l’extrémité est de
l’Isla Grande. Toutefois, étant donné qu’il n’était
pas possible d’organiser la correspondance avant le départ
et que je ne raffolais pas de l’idée de traîner mon
vélo et mes bagages à travers la plus grande ville
d’un pays qui ne m’est pas familier, j’ai préféré
un vol pour Cienfuegos, une petite ville au beau milieu de l’île.
Ce fut une bonne idée pour deux autres raisons : étant
donné que les contrôles sont moins stricts qu’à
La Havane, les agents des douanes ne m’ont pas demandé le
dépôt habituel de 50 $ parce que j’apportais un vélo
à Cuba (pour empêcher le commerce « non autorisé
» de vélos à Cuba), et ils n’ont pas vérifié
non plus ma réservation d’hôtel bidon. Tous les touristes
qui vont à Cuba doivent réserver une chambre dans
un hôtel pour au moins trois jours (selon de méchantes
rumeurs, c’est parce que le service est si mauvais, ou la gestion si
déficiente, que c’est leur seule chance d’attraper des touristes).
Donc, si vous descendez d’un charter avec un groupe de touristes «
à forfait », vous n’avez qu’à inscrire, dans la
case « Destination » du visa, le nom de l’hôtel où
tout le monde va (en l’occurrence, « Rancho Luna »). Un cycliste
italien que j’ai rencontré à Matanzas n’a pas eu cette
chance; contrôlé par les services d’immigration à
l’aéroport de La Havane, il a été collé
pendant trois jours dans un hôtel très quelconque de
la capitale (80 $/jour). Quelqu’un m’attendait à la sortie de l’aérogare. C’était la sœur d’un ami cubain qui habite Montréal. Nous avons échangé des salutations et j’ai chargé mes trucs dans le coffre de la vieille Lada brinquebalante de son amie. Comme nous quittions l’aéroport, la police nous a arrêtés et a appelé un taxi pour moi, parce que les Cubains n’ont pas le droit de transporter des étrangers dans leur véhicule. Peu après, je m’installais dans une casa particular (Teresa Vasquez, ave. 52 No. 4310 e/ 43 y 45) réservée pour moi par mes amis cubains. À 20 $ par jour (plus 3 $ pour le petit déjeuner), ce n’était pas exactement une aubaine, mais, au moins, c’était un endroit tranquille où je pouvais monter mon vélo et dormir un peu, après une nuit blanche à l’aéroport de Mirabel. Puis, je me suis promené un peu. À Punta Gorda, l’ancien quartier des riches, j’ai visité le Palacio de Valle, une merveille architecturale construite par un riche planteur au début du 20e siècle. Dans le centre-ville, j’ai échangé quelques dollars contre des pesos. Le taux officiel était de 27 pesos au dollar à la Cadeca, mais, comme la file d’attente était trop longue, j’ai accepté 26 pesos au dollars d’un changeur de rue. Les pesos sont bien utiles pour de petites choses, par exemple pour gonfler les pneus dans les stations-service, pour les téléphones publics ou, si vous êtes du genre aventureux, pour goûter à des spécialités locales comme du jus de canne frais ou pour des petits en-cas, par exemple une de ces petites pizza au fromage vendues sur le trottoir. J’ai décidé de partir pour Trinidad dès le lendemain pour aller me reposer un peu à Playa Ancón. C’était la chose à faire parce que la baie de Cienfuegos est tellement polluée que personne ne s’y baigne aujourd’hui et, par ailleurs, les plages de Rancho Luna et de Faro Luna, dévastées par l’ouragan Michelle, étaient à peine plus attrayantes. |
Jour 1
| Vendredi 4
janvier - De Cienfuegos à Trinidad (98 km, 6½ h)
- J’ai quitté Ciienfuegos par un beau matin frais et
ensoleillé. Je pouvais voir la ligne pourpre de la Sierra
Escambray à l’horizon. Je roulais sur une belle grande route
presque déserte, spécialement construite pour faire
la navette avec plein de touristes entre l’aéroport et
Rancho Luna. J’aurais dû tourner à gauche quelques kilomètres
avant la plage, mais, parce que l’affiche avait été
emportée par l’ouragan Michelle, je me suis retrouvé
dans un cul-de-sac à Rancho Luna avec quatre autres cyclistes,
deux Américains (les seuls que j’ai vus pendant mon voyage)
et un couple de cyclistes hollandais qui s’en allaient à
Trinidad sur de gros vélos bâtis comme des tracteurs.
Si j’en juge par la peine qu’ils ont eu à gravir les petites
montées du chemin secondaire menant à la route principale,
je doute qu’ils s’y soient jamais rendus. Ces montées sont
à peu près les seules que j’ai rencontrées jusqu’à
La Havane; par contre, pendant les premiers jours, j’ai dû affronter
un fort vent contraire venant du nord. À mi-chemin, j’ai rencontré Claudia et Ivo, des jeunes cyclistes suisses en lycra moulant qui s’en allaient dans la direction contraire, et nous avons échangé des adresses de casas particulares. Parce que les prix officiels sont très élevés à Cuba, une sorte de réseau d’entraide s’est développé entre les touristes, qui échangent toutes sortes de conseils utiles. J’étais très content d’avoir une bonne adresse à Trinidad parce que, à mon arrivée, j’étais très fatigué (ce qui est normal après une première journée de route), et je devais fuir les bandes de jineteros qui m’avaient pris en chasse pour que je choisisse leur casa particular (un supplément de 5 $ s’ajoute alors à la facture). Habituellement, un « no gracias » ferme suffit à décourager la plupart d’entre eux. L’endroit recommandé par Claudia était plein, mais le propriétaire m’a servi un cafecito et il a envoyé chercher un ami qui avait une chambre libre. Comme la plupart des Cubains, cet homme ne parlait que l’espagnol, et j’étais très content d’avoir appris les rudiments de cette langue. Vers la fin du voyage, j’avais fait des progrès remarquables en espagnol, parce que les Cubains adorent bavarder avec les gringos, et jamais ils ne se formalisent ou rient des erreurs de ceux qui les utilisent comme cobayes pour apprendre l’espagnol (pour ce que j’en sais…) Finalement, j’ai eu une chambre à 15 $ avec une entrée privée, juste en face du café Internet (5 $ l’heure). La plupart des touristes étaient des Allemands; en fait, tout se passe comme si toute la ville de Trinidad était une colonie allemande. L’explication est simple : cette jolie ville coloniale, située tout près d’une plage de sable clair de premier choix, a toujours été une destination favorite pour les touristes. Son principal désagrément est un niveau de sollicitation extrêmement élevé : presque tout le monde essaie de vous vendre quelque chose. Ce soir-là, j’ai mangé avec appétit un délicieux poulet créole au paladar (8 $ avec une bière). J’y ai rencontré un couple de Français qui voyageaient dans une voiture de location avec leur bébé. Je me suis couché relativement tôt, mais, dans le bar d’en face, la musique a joué jusqu’à 1 h du matin. Heureusement, comme c’était de la musique cubaine traditionnelle, j’ai quand même assez bien dormi. |
Jour 2
| Samedi 5
janvier - Un jour de repos à Playa Ancón (29 km,
2 h) - Ma journée à la plage n’aurait pu
être mieux choisie. Sur la route à 10 h, j’ai vite
franchi les 14 km autour du lagon et bientôt, j’étais
à Playa Ancón. Après une nuit froide, le
soleil chauffait peu à peu la mer. Il y avait un gros hôtel
au beau milieu de la plage, une longue bande de sable fin très
propre, bordée d’arbres. Ici et là, certains touristes
(des Allemands, comme on le devine), se faisaient bronzer dans le
plus simple appareil. L’eau, trop froide pour les Cubains, était
juste bien pour la plupart des gringos. Pour ne pas brûler le
premier jour, je suis reparti vers 14h. Sur le chemin du retour, j’ai
rencontré Franz, un Autrichien qui parlait très bien
français (sa copine était son ancien prof de français,
m’a-t-il expliqué). Il vadrouillait ici et là à
Cuba et au Mexique depuis deux mois, et il ne voulait pas retourner
à Vienne tant qu’il lui resterait de l’argent. Après
un bon petit gueuleton aux crevettes à sa casa particular (6
$ avec la bière), nous sommes allé à Plaza Major
chercher son ami Marcel, un Allemand presque aveugle qui travaille comme
thérapeute à Munich. Puis, deux jineteras noires se sont
amenées. Franz leur a dit que nous avions d’autres plans pour
la soirée, mais elles insistaient vraiment. Elles ont fini par
nous ficher la paix et nous sommes allés sur la place, au beau
milieu de l’escalier, où un orchestre complet jouait des airs traditionnels.
Les seuls danseurs étaient des Cubains parce que, semble-t-il, la
plupart des touristes n’ont pas la combinaison de souplesse, de vivacité
et de désinvolture – ou le cran – qu’il faut pour danser la salsa.
Plus tard, j’ai raccompagné Marcel à sa chambre, et devinez
qui nous attendait? Les deux chicas de tout à l’heure, encore en
quête de touristes farcis de dollars. Le problème, c’est
que, cette fois, elles ne voulaient plus nous lâcher. Lorsque
l’une d’elle m’a mis la main au panier, je me suis fâché
et, avec le peu d’espagnol que je savais, je lui ai dit d’aller se faire
voir ailleurs. À Cuba, tout est à vendre et, à certains endroits, on considère que la prostitution n’est qu’une autre façon de gagner des dollars. Toutefois, comme cette activité est illégale, un touriste qui ramène une chica dans sa casa particular peut causer de graves ennuis au propriétaire. Dans une ville que je ne nommerai pas, la señora m’a demandé si j’avais l’intention de ramener une chica à ma chambre. « Bien sûr que non, madame. » Elle a quand même pris le temps de m’expliquer que, la semaine d’avant, elle était très fâchée parce qu’un jeune Allemand ramenait une nouvelle fille chaque soir et, parce qu’elle ne voulait pas laisser sa maison sans surveillance, elle devait rester à la maison presque toute la journée, car ils se levaient très tard. « Si vous ramenez une fille, demandez-lui de me montrer ses papiers, comme ça, il n’y aura pas de problème », a-t-elle ajouté. À Cuba, le tourisme sexuel est endémique dans tous les centres touristiques, mais, fort heureusement, ce n’est pas le cas ailleurs. |
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Jour 3
| Dimanche
6 janvier - De Trinidad à Sancti Spiritus (73 km, 4 h) -
Le matin, j’ai demandé au propriétaire s’il pouvait
recommander une casa particular à Sancti Spiritus, et il m’a remis
une adresse. Juste avant de partir, la jeune beauté classique qui
tenait la maison est venu me jaser. J’avais supposé que c’était
la fille du propriétaire, mais non : c’était la femme de
ménage... Elle m’a dit qu’elle avait 28 ans (la moitié
de mon âge), et elle m’a posé toutes sortes de questions
personnelles, auxquelles j’ai répondu de bonne grâce. Mais
mon horloge à moi me disait qu’il était temps que je mette
les voiles. Le cœur en écharpe, j’ai repris la route à
travers les champs de canne sans fin. J’étais en meilleure forme
que vendredi. La route était déserte, sauf, de temps à
autre, une voiture ou un camion diesel dépourvu de silencieux qui
crachait, dans un très court intervalle d’espace-temps, une dose
de pollution si concentrée qu’elle devait correspondre à
celle que je respire normalement en deux ou trois semaines à Montréal.
Bien entendu, avant de passer dans ce noir nuage de fumée cancérogène,
on prend une grande respiration et on essaie de la garder le plus longtemps
possible, mais que faire si on rencontre le camion dans une montée?
À elle seule, cette possibilité est probablement
une bonne raison d’éviter les pentes abruptes dans ce pays
invraisemblable, et c’est exactement ce que j’ai fait, sauf à
Pinar del Rio (voir ci-dessous). Je ne me souviens que d’une montée au cours de cette étape. Une fois rendu en haut, j’ai fait une halte dans une cantina pour me désaltérer. Pendant que je sirotais ma limonade, des coupeurs de canne sont venus voir mon vélo et bavarder. Enfin un endroit qui n’avait pas été gaspillé par le tourisme – du moins, avant mon arrivée. Quand je suis arrivé à Sancti Spiritus, un centre rural placide, les nuages commençaient à s’amonceler. Je n’ai vu aucun jinetero dans cette ville, sauf peut-être sur la place centrale. Tant mieux, j’étais un peu las de me faire harceler. Malgré la signalisation défectueuse, j’ai trouvé assez facilement la maison de la señora Echemendía (Maceo No. 4 Sur e/ ave. de los Martires y Doll) grâce aux indications des voisines aux fenêtres. J’ai dû dépenser l’énergie qu’il me restait à monter mon vélo et mes sacs à l’étage, mais le résultat en valait la peine : pour 15 $, j’ai dormi sur une terrasse, dans un joli petit pavillon avec vue sur la ville. Bien sûr, ce n’était pas Grenade, mais j’ai quand même apprécié la glorieuse nuit étoilée au-dessus de ma tête. Le seul désagrément, c’est que j’ai été éveillé quelques fois, bien avant l’aube, par des coqs débiles qui tenaient à pratiquer leur chant à toute heure de la nuit. Toutefois, avant de me coucher, j’avais encore quelques heures à tuer dans ce bled où le peu qu’il y avait à voir était fermé pour cause de repos dominical. L’idéologie officielle de Cuba a beau être athée et les églises peuvent bien tomber en ruines, mais le dimanche est encore une institution sacrée, intouchable. L’un des rares endroits ouverts était le bar à côté de la station ferroviaire. La bière pression ne coûtait que 6 pesos. Plus tard, j’ai décidé d’explorer un peu la ville. Comme je marchais dans le centre, la pluie a commencé à tomber et j’ai dû trouver refuge dans la taberna de Don Pepe. Un homme est venu à ma table. Je ne comprenais pas tout ce qu’il racontait, mais, comme il était sympa, je lui ai offert une bière. Bientôt, ses amis et parents sont venus nous rejoindre, en faisant passer la bouteille de rhum. C’était un groupe de campesinos qui étaient là avec leur famille pour fêter l’anniversaire de Maria (Maria, une mignonne fillette de deux ans, était fière comme une princesse dans sa jolie robe rose). À Cuba, toutes les raisons sont bonnes pour célébrer, semble-t-il. |
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Sur une rue de Trinidad
Une fiesta à Sancti Spiritus
Jour 4
| Lundi
7 janvier - De Sancti Spiritus à Santa Clara (91 km, 6 h) -
Ce matin, j’étais à la croisée des chemins
: devrais-je aller vers l’est jusqu’à Santiago, ou vers
l’ouest jusqu’à La Havane? Une cycliste anglaise venant
de la province d’Oriente, qui n’avait pas aimé le trajet
interminable (400 kilomètres) à travers les terres
agricoles de Sancti Spiritus à Bayamo, m’a conseillé
de prendre le bus plutôt que de perdre mon temps à traverser
les plaines. J’ai donc décidé d’aller d’abord à
La Havane, et j’ai filé vers Santa Clara. Sauf pour le vent
de face, la température était parfaite. J’ai traversé
des champs bordés de grands palmiers royaux, sur un fond de
hautes collines à l’horizon - les Alturas. À Santa Clara,
parce qu’on avait changé le nom des rues de façon à
mieux refléter le nouvel ordre social, j’ai tourné en
rond un bon moment, jusqu’à ce que quelqu’un m’appelle par mon
nom. Grâce à la señora Echemendía qui avait
téléphoné de Sancti Spiritus, un garçon
m’attendait, assis sur le bord du trottoir… À Cuba, les propriétaires
de casas particulares s’échangent les touristes et, parce
que la compétition est féroce, ils donnent tout le service
qu’ils peuvent à leurs clients, notamment des repas très
copieux - je n’ai pas perdu beaucoup de poids pendant ce voyage.
Finalement, j’ai eu droit à une chambre tranquille avec salle
de bain privée pour 15 $ chez la señora Noe Bermúdez
(E. P. Morales No. 2A e/ Cuba y Colón). J’ai tout de suite
aimé Santa Clara, une ville agréable où l’on
peut flâner sans crainte d’être harcelé. J’y suis
resté une journée de plus pour visiter. Au paladar,
la serveuse m’a remis la monnaie d’un dix dollars alors que j’avais
donné un vingt, mais, comme je savais assez d’espagnol pour protester,
elle m’a remis mon 10 $ en s’excusant. J’ai été victime
de la même « erreur » quelques jours plus tard...
Le lendemain, j’ai visité le monument de Che Guevara, un lieu très
impressionnant qui dégage une atmosphère quasi religieuse
(surtout le musée, plein de reliques de la Révolution) –
pas mal pour un régime athée. Au parc du Tren Blindado, j’ai
visité les wagons du train blindé pris par les rebelles
de Fidel. L’une des pièces exhibées est un cocktail Molotov
fait avec une bouteille de Canada Dry, une eau gazeuse populaire à
cette époque. |
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La route de Santa Clara
Le monument de Matanzas
Jour 6
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Mercredi 9 janvier - De Santa Clara à Sierra Morena (110
km, 6 h) - Pour l’étape suivante, je voulais monter
vers le nord jusqu’à la mer et longer la côte vers
l’ouest. Mais, comme le trajet de Santa Clara à Cárdenas
(la prochaine grande ville) fait environ 200 km, je devais coucher
quelque part, à mi-chemin de préférence.
Mais, sauf à Baños Elgua, une station balnéaire
luxueuse à environ 150 km, il n’y a ni hôtel ni casa
particular au-delà de Sagua La Grande, à seulement
40 km. En d’autres temps, j’aurais pu arrêter à La
Panchita, une plage pour Cubains (lire : de deuxième classe)
sur la côte nord, mais, il y a deux mois, tout le village avait
été soufflé dans la mer par l’épouvantable
Michelle. J’ai expliqué mon problème à ma logeuse,
la señora Noe. Elle a fouillé dans son agenda et fait
quelques appels téléphoniques; finalement, elle m’a
trouvé une chambre à Sierra Morena, exactement à
mi-chemin. Elle m’a aussi recommandé d’autres endroits à
Matanzas et à La Havane. Par ses bons soins, j’ai été
logé jusqu’à destination. Je suis donc parti de Santa Clara le coeur léger, avec le même vent du nord dans la figure. Les routes de Cuba ont quelque chose de particulier : quand on se sent las, il y a toujours un slogan approprié, peint sur un panneau ou sur une clôture, pour vous relever le moral : « Siempre otro paso hasta la victoria » (Encore un autre pas jusqu’à la victoire); « Luchar - Resistar - Vencer » (Lutter - Résister - Vaincre) « La verdad y las ideas siempre vinceren » (La vérité et les idées finissent toujours par prévaloir). J’ai fait une halte à Sagua La Grande, dont la belle église tombe en ruines (il y en a d'autres en piteux état dans d'autres villes; les plus dangereuses sont clôturées). Plus tard, alors que je pédalais vers l’ouest, un jeune Cubain sympa m’a rejoint, et nous avons bavardé. Il m’a invité à prendre une bouchée chez lui – il s’agissait en fait de la maison de sa mère, parce que la sienne avait été fortement endommagée par l’ouragan. Il vivait là pendant les travaux de reconstruction; sa femme et son bébé d’un an vivaient ailleurs. Sur le réchaud au diesel de la cuisine, sa mère nous a cuit un repas frugal : des oeufs, du riz, des fèves noires, du yucca et des tomates vertes. Et, pour célébrer dignement mon 57e anniversaire, on m’a servi une pointe d’un énorme gâteau noyé dans son glaçage, qu’un voisin venait d’apporter (le troc est un sport national à Cuba). Toutes sortes de gens passaient dire bonjour; un vieux édenté m’a demandé si je n’avais pas des pastillas pour lui : il voulait des Viagras (il y a un marché noir très actif à Cuba pour cette substance et d’autres médicaments introuvables). Je suis reparti peu après, pour être à Sierra Morena avant la tombée du jour. J’y suis arrivé vers 16 h. La maison était plutôt décrépite; pour prendre ma douche, j’ai dû utiliser un seau d’eau chaude, parce que l’alimentation en eau chaude était en panne depuis des années, faute de pièces - exactement comme la vieille télévision russe dans le coin du salon. Le repas copieux était plutôt insipide, exception faite du fromage maison. Le tout m’a coûté 25 $ (15 $ + 10 $ pour deux repas et deux bières froides – ce n’était pas bon marché, mais il n’y avait rien d’autre). Toutefois, à cet endroit, j’ai bénéficié d’un traitement spécial que je n’aurais pu avoir nulle part ailleurs : on m’a traité comme un membre de la famille. Ces gens insistaient pour me tenir compagnie en tout temps. Il m’a fallu un peu de temps pour m’habituer à leur lourd accent de campesinos (règle no 1 : tous les « s » sont muets, sauf ceux qui commencent un mot; par exemple, la fille chérie qui travaille à « La Vega » est le soutien de la famille, qui envoie des dollars de Las Vegas). Je pouvais quand même comprendre pas mal tout ce qu’ils me racontaient, parce qu’ils avaient ralenti leur débit verbal juste pour moi. Le vieux m’a fait les honneurs de sa maison et de son jardin; à plus de 70 ans, il monte encore son cheval et s’occupe de sa petite ferme avec ses fils. |
Jour 7
| Jeudi 10 janvier - De Sierra Morena à Varadero (113 km, 5 h 45) - Grâce à un bon vent de dos, j’ai franchi la centaine de kilomètres qui me séparaient de Varadero sans difficulté, à une vitesse moyenne d’environ 20 km/h (distance totale parcourue depuis Cienfuegos : 500 kilomètres). Vers midi, comme je traversais Cárdenas, un vieux port de mer aux installations vétustes, j’ai décidé de pousser jusqu’à Varadero. J’ai eu la bonne surprise de constater que l’autopista à quatre voies qui, selon ma carte, s’arrêtait à Varadero, avait été prolongée jusqu’à Cárdenas. À Cuba, les cyclistes peuvent utiliser l’accotement des autoroutes; en fait, à cause de la pénurie d’essence, les autoroutes cubaines sont utilisées par toutes sortes de véhicules, motorisés ou non. Un grand nombre de Cubains circulent dans des voitures tirées par des chevaux (voire même par des boeufs). Cependant, on ne croirait pas que le pétrole est une denrée rare dans ce pays, parce que, tout le long de la côte, l’autoroute traverse un grand nombre de champs pétrolifères, où des petits groupes de pompes rouges à l’air de dinosaures picorent jour et nuit les bancs de coraux blancs des plages. Bientôt, je roulais dans Varadero, la Babylone cubaine, où les casas particulares sont interdites (allez savoir pourquoi). J’ai donc filé droit à l’hôtel Villa del Mar; par ailleurs, maintenant que j’avais 57 ans, il était temps que je me gâte un peu. Le seul hôtel que où j’ai logé à Cuba est un complexe petit budget (36 $ avec le petit déjeuner) construit du côté de la route. Comme d’habitude, j’étais le seul gringo dans l’établissement, mais c’était bien comme ça : tout ce que je voulais, c’était un endroit tranquille. Je me suis étendu au soleil près de la piscine pendant quelque temps, en sirotant de la bière pression (à 0,50 $ le verre, au lieu de 2 $ en ville). Au soleil couchant, je suis allé marcher sur la plage dorée, qui est à la hauteur de sa réputation légendaire. Dans ma chambre, j’ai profité de la télévision internationale (CNN, RAI, TV5), parce que les deux chaînes de télé cubaines ne forcent pas trop sur les nouvelles internationales (par contre, on y présente beaucoup de vieux mélos américains doublés en espagnol – une occasion incroyable pour apprendre cette langue). |
Jour 8
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Vendredi 11 janvier - De Varadero à Matanzas (46 km, 2½
h) - Parce que je n’étais qu’à 40 km de Matanzas,
je n’avais aucune raison de me hâter ce matin. Je suis donc allé
faire quelques longueurs dans la mer, le long de la plage déserte
à cette heure du matin. Vers le milieu de l’après-midi,
j’étais à Matanzas. J’ai eu du mal à trouver la casa
particular où j’étais attendu, parce que la vieille ville,
avec ses rues étroites à sens unique, prête à
confusion. Une fois sur place, la señora Margarita Romero (calle
79 No. 27608 e/ 276 y 280) m’a dit qu’on m’attendait la veille, et que,
pour l’instant, c’était complet chez elle. Elle m’a demandé
de revenir vers 17 h, le temps de faire quelques appels… J’ai bien essayé
de trouver une autre chambre, mais sans succès. Dans la vieille
ville, j’ai trouvé un bar à pesos, où les shooters
de rhum ne coûtaient que 3 pesos. Un magicien est venu s’asseoir à
ma table pour causer et faire quelques tours de passe-passe pour un dollar.
Puis, un jeune homme nommé Yuri est venu me jaser et m’a demandé
de l’argent pour la raison la plus minable que j’aie jamais entendue
: il avait besoin de 2,50 $ pour une tétine, parce que son bébé,
qui faisait ses dents, l’empêchait de dormir toute la nuit…
Je lui ai dit que j’en faisais mon affaire; cependant, tous les
magasins que j’ai visités étaient en rupture de stock
pour les tétines… À Cuba, beaucoup de petits articles
ne se trouvent nulle part – les allumettes, par exemple. Parce que
la plupart des gens ne peuvent s’offrir un briquet au butane (1 $),
ils empruntent du feu d’un autre fumeur pour s’allumer. Plus tard, la señora Romero m’a dit qu’elle m’avait trouvé une chambre, mais seulement parce que j’étais recommandé par la señora Noe (mon ange gardien de Santa Clara). Il y avait là un autre cycliste, un Italien nommé Gino, qui faisait le circuit dans la direction contraire. Comme il sortait ce soir-là, il m’a invité à l’accompagner. À la place centrale, nous avons rejoint un jeune Cubain et sa copine qui avaient proposé de nous guider à travers le Matanzas by night. Nous sommes allé à « Las Ruinas », la disco tendance de la place. L’entrée coûtait 1 $ pour les Cubains, mais 5 $ pour les gringos (avec un Cuba libre). La musique était bonne et le spectacle, extravagant et comique, mettait en scène une diva pop stridente et une drag queen loufoque, en costumes ultra kitsch. Toutefois, une chose était moins cool : les chicas accouraient en masse pour nous demander de leur payer un verre. Un dollar, ce n’est rien, mais si on paye un verre à l’une d’elles, cela provoque un attroupement... Il faut dire, à leur décharge, que nous étions les seuls gringos de la place. D’autres, qui essayaient très fort de capter notre attention, nous invitaient à danser - ce qui n’est pas fort. Quand j’en ai eu assez, j’ai dit à Gino que je rentrais. Il m’a demandé de l’attendre un peu, le temps de se débarrasser de la fille qui s’était assise sur ses genoux… De retour à la casa, vers 1 h, j’ai constaté que la señora Romero et son mari dormaient sur le divan du salon. Ils s’étaient installés là pour me céder leur propre chambre. Cette nuit-là – oh! oh! - j’ai ressenti un horrible gargouillement dans mes tripes, et, au petit matin, j’essuyais une violente attaque de turista. Heureusement, j’avais apporté dans ma trousse quelques comprimés d’Imodium (deux jours plus tard, un seul comprimé de Cipro a suffi à tout ramener à la normale). Je n’ai pu établir la cause exacte de ce dérangement, parce que, la veille, j’avais mangé de la pizza de trottoir et bu dans un bar à pesos, et, depuis 10 jours, je buvais de l’eau du robinet. (Au cours d’une journée normale de route, je buvais environ 2 litres d’eau; mais, comme l’eau en bouteille n’est disponible que dans les grandes villes, je n’avais pas d’autre choix que de boire l’eau du robinet. Au début, je la stérilisais avec de la teinture d’iode, mais je n’ai jamais pu m’habituer au goût atroce de pharmacie de l'eau iodée.) C’est quand même le seul problème de santé que j’aie eu en trois semaines; tout ce que je peux dire, c’est qu’à Cuba, la nourriture et l’eau sont au moins aussi saines, sinon meilleures, que dans n’importe quel autre pays de l’Amérique latine. C’est ainsi que, faible et malade, je suis resté collé un jour de plus à Matanzas. Au cours de l’après-midi, j’ai fait une randonnée avec Gino; nous sommes allés visiter les cavernes de Bellamar, à quelques kilomètres de là. Le tour guidé (5 $) est une arnaque : la plupart des stalactites avaient été ravagés par des vandales il y a des lunes, et le guide, qui parlait à toute vitesse et en dialecte, nous ignorait complètement. |
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La plage de Varadero
Le Malecon à la Havane
Jour 10
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Dimanche 13 janvier - De Matanzas à La Havane (113 km, 7
h) - Au réveil, je me sentais
assez bien pour quitter au plus vite cette ville pleine de souvenirs
que j'aurais préféré oublier. Je n’avais
pas de plans bien arrêtés, mais, si je manquais d’énergie
en cours de route, je pouvais toujours m’arrêter à
Santa Maria del Mar, par exemple, à environ 80 km de Matanzas.
Il y avait quelques longues montées, mais rien de crevant.
Au mirador de Bacunayagua, il y a un point de vue à couper
le souffle, au-dessus d’un viaduc d’une centaine de mètres
qui traverse un grand ravin. Au-delà des collines, la route
suit à nouveau la côte. Vers midi, j’ai décidé
de continuer jusqu’à la capitale. Parce les vélos sont
interdits dans le tunnel qui traverse la baie de la Havane, une fois
rendu au rond-point de Colimar, j’ai obliqué vers le sud, en direction
de Regla, la banlieue ouvrière de la capitale (qu’il est préférable
d’éviter après la tombée du jour, selon les guides).
J’ai sauvé quelques kilomètres en coupant par le port pour
gagner Habana Vieja. J’y ai vu tellement de patrouilles de police (probablement
à cause d’une descente) que je m’y suis senti tout à fait
en sécurité. Après un interminable détour
à travers les installations délabrées et les terrains
vagues qui ceinturent le port, j’étais très content d’apercevoir
enfin le majestueux dôme du Capitole qui domine Habana Vieja. Donc,
mon entrée dans la capitale fut relativement facile; du point de
vue d’un cycliste, la circulation n’est pas mal du tout pour une ville
de cette taille. La navigation dans La Havane ne pose pas de problème
non plus, et bientôt, j’étais dans Vedado, où l’on
m’attendait. Pour 25 $, j’ai eu une grande chambre avec la télé,
un réfrigérateur et une salle de bains privée.
Les propriétaires m’ont recommandé le paladar de Juanita
La Cubana, à deux rues de là, où je pouvais
faire un repas décent pour 3 à 5 dollars, ce qui est bien
pour La Havane. Le lendemain, j’ai roulé sans mes sacs dans le centre-ville jusqu’à un stationnement payant (1 $) et j’ai visité La Havane à pied. Malgré les affreuses piles de débris et d’ordures qui bloquent les rues ici et là, Habana Vieja a un charme certain, mais elle aurait quand même bien besoin d’être revampée un peu. Quoi qu’il en soit, j’ai décidé de filer dès le lendemain à Pinar del Rio, quitte à finir la visite de la capitale au retour. Pourquoi Pinar del Rio? Selon les informations que j’avais rassemblées, les deux endroits de choix pour le vélotourisme sont les provinces d’Oriente et de Pinar del Rio. J’ai donc choisi le plus près des deux. Je voulais d’abord m’y rendre en train, mais lorsque j’ai comparé les horaires, j’ai constaté que le bus était pas mal plus pratique. Le propriétaire de la casa particular a téléphoné pour faire les réservations à la gare routière de Via Azul (12 $). |
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Le Chinatown
Une belle américaine à La Havane
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Mardi 15 janvier - De Pinar del Rio à Viñales
(34 km, 2½ h) - À la gare routière,
beaucoup de voyageurs étaient des touristes venant de partout.
Le préposé m’a aidé à installer mon
vélo chargé dans le compartiment à bagages.
En cours de route, j’ai rencontré Claude, un autre Québécois,
qui s’en allait à Viñales. Lorsque je suis descendu
à Pinar del Rio, je lui ai dit que je le rejoindrais bientôt.
Le trajet entre les deux villes est très accidenté,
mais la pente ne dépasse jamais quatre degrés. Le paysage
est très différent : on y voit des cultures de tabac
vert émeraude alternant avec des champs fraîchement labourés
rouge brique, ainsi que des grands séchoirs au toit de chaume
pentu ; ce sont les meilleures terres à tabac du monde. L’économie
léthargique de Cuba a miraculeusement préservé
cette région du développement sauvage et du tourisme
en vrac. On a vraiment l’impression de voyager à rebours du
temps quand on voit des campesinos à cheval coiffés de
chapeaux à larges bords ou des attelages de boeufs tirant des
charrues qui fendent la terre rouge. À Viñales, j’ai retrouvé
Claude, qui m’avait retenu une chambre à 10 $ (Tatio - Calle Orlando
Nodarse Interior No. 93214). Nous avons été traités
comme des invités par une famille qui annonçait un servicio
gastronómico. L’abuelo édenté de 95 ans, qui fumait
le cigare depuis l’âge de 15 ans, était un peu difficile
à comprendre, mais il paraissait encore plein d’énergie.
Les repas abondants et appétissants valaient le déplacement
à eux seuls (7 $). Rien ne manquait à la fête
: j’ai même trouvé un rosado cubain raisonnablement potable
(2,50 $) au village. Le lendemain, Claude a loué un vélo et nous sommes partis vers les collines. Viñales est entourée de formations uniques, des grosses masses en forme de meule de foin, les mogotes. Ces collines de calcaire mou sont pleines de trous, et les jeux d’ombres créés par l’éclairage changeant leur donne un air sinistre, genre décors de films d’horreur. Nous avons visité les cavernes d’El Indio, un site spectaculaire et bien préservé. La sortie de la caverne se fait en bateau. Le lendemain, Claude est reparti pour prendre son avion à Varadero. |
Jour 14
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Au pays des mogotes La vallée des Géants La terre des cigares
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Jeudi 17 janvier - Le grand tour des mogotes
(105 km, 6 h) - Le beau
temps ne lâchait pas. Je suis parti vers 9 heures pour un circuit
carré sur les petites routes (Viñales - Minas de Matahambre
- Santa Lucia - San Cayetano - Viñales). De Santa Lucia, j’ai
tenté de me rendre jusqu’à Cayo Jutías, la destination
touristique à la mode sur la côte, mais le temps m’a
manqué. J’ai fait une halte devant la jetée de 4,5 km
et j’ai mangé mon lunch sur la plage, avant de rebrousser chemin,
épargnant ainsi le coût de l’entrée de 5 $ (qui comprend
une consommation). Cette randonnée fut certainement la plus
agréable de tout mon séjour, à cause de la beauté
et de la diversité des paysages. J’ai même eu droit à
des vraies côtes, que j’ai parfois dû monter en valseuse;
heureusement, je n’avais pas mes sacs. La vue était superbe et
je n’ai rencontré que peu de camions. Le trajet de Santa Lucia
à San Cayetano, parallèle à la côte, est
absolument plat, mais la route est en un si mauvais état que seuls
les cyclistes peuvent se faufiler entre les nids de poules béants
qui la jonchent. Au-delà de San Cayetano, la route redevient carrossable.
Le point d’orgue de cette randonnée est le dernier tronçon,
qui passait par une vallée creusée entre des groupes
de mogotes dressés comme des géants. Ces paysages fabuleux
font de la région de Viñales une destination de première
classe pour les cyclotouristes. Le lendemain, je suis parti pour La Palma, mais, comme ma carte n’était pas assez détaillée et que je n’ai pas demandé mon chemin, je me suis égaré quelque part. Je suis plutôt allé à Valle Ancón, un petit village isolé construit dans un cul-de-sac, au fond d’une belle grande vallée cernée de mogotes et de collines couvertes de pins. Pour passer le col, il fallait beaucoup d’huile de jambe; j’ai dû mettre le pied à terre à un endroit. |
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Le samedi après-midi,
j’ai pris le bus de La Havane, où j’ai passé la
fin de semaine. Entre autres choses, j’ai été impressionné
par le Museo de la Revolución, un voyage à travers
l’histoire tragique des luttes, des désastres et des victoires
des combattants de la liberté, d’abord aux prises avec le
gouvernement colonial espagnol, puis avec une succession de dictateurs
tous plus corrompus et sanguinaires les uns que les autres. Pour
protester contre la corruption du régime Batista, le sénateur
Eduardo Chibás, mentor de Fidel Castro, s’est suicidé
à la fin d’une émission de radio en 1951. Le lundi suivant, j’ai pris l’autobus jusqu’à Cienfuegos. Cette fois, j’ai logé chez la China (Ave. 56 No. 5503 Alto e/. 55 y 57; $15) et j’ai passé les derniers jours à visiter cette région. Il y avait des choses à voir, par exemple le Museo Histórico naval (1 $), qui présente une riche collection de reliques de guerre, et même des torpilles et des missiles antinavires russes. C’était le dernier voyage de mon vieux Raleigh Sentinel. Au lieu de le rapporter à Montréal, je l’ai donné au fils de mon ami cubain. Parce que les bons vélos (neufs ou usagés) sont une denrée rare à Cuba, il y a des chances que mon fidèle hybride continuera à rouler pendant des années, dans ce pays où tout est réparé par les meilleurs mécaniciens du monde. Une fois dans l’avion, je n’avais qu’un regret : je n’avais pas visité la province d’Oriente. Si c’était à refaire, une fois rendu à Santa Clara, je prendrais l’autobus pour Holguin, et de là, je ferais le circuit Bayamo – Guantanamo – Santiago, en revenant par la côte de la Sierra Maestra. Je crois que cet itinéraire fabuleux peut se faire en deux semaines. |
| Dans l’ensemble, tout s’est passé très bien : sur une distance totale d’environ 1 000 kilomètres, je n’ai eu aucun problème mécanique digne de mention, pas même une crevaison, et j’ai été bien reçu partout. Je recommande chaudement Cuba aux cyclistes qui veulent sortir des sentiers battus, sans pour autant prendre des risques déraisonnables. |
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