La Nausée


Triste labyrinthe d'existence,

Parcours galérien du fils d'Adam,

Pondérant, comme l'univers immense,

Cruelle tu es envers Eve et Adam.


Tel Sysiphe condamné à son mythe,

Voilà l'Homme qui, depuis les temps antiques,

Obéit à une fatalité maléfique

Qui d'un pouce ne le quitte.


Emporté dans la bourrasque infernale

De ce nauséabond destin magistral,

Assoupi telle de la poussière sous la rosée,

L'Homme, ce triste être de toutes les années,


Tel un paysan en quête de son aiguille dans la paille

Cherche l'ultime raison de sa présence en ce monde canaille.

Indigné et la nausée dans l'âme,

Il affiche un visage qui se pâme.


Le fils égaré de l'Homo sapiens sapiens

Malheureux dans son lugubre sort

Fait une pause et dort.

Mais il est réveillé par les soucis siens:


Il veut savoir, sans toutefois voir

Pourquoi il existe, pourquoi souffre-t-il,

Comment quittera-t-il cette scène noire

Que sont l'humanité et l'univers subtile.


Dépassé, comme Saint Augustin devant la Trinité,

Il ne trouve pour seule issue à son épine

Que d'adhérer à une opinion qui incline

Un autre Adam, aussi par son existence préoccupé:


"Je suis né sans ma permission,

Je vis dans la souffrance

Et je mourrai par rencontre".Opinion?

Certes, celle Sartre en France.


Conception humaine fataliste

D'une vie qui jaillit et s'évanouit dans le néant;

Tel s'avère le constat évident et triste

Qui s'impose. Tout de son devenir ignorant,

Voilà le fils d'Eve cherchant, sans trouver,

Le pourquoi et le comment de sa présence en ce temps.


La pitié et l'incertitude consommées,

Le doute et l'amertume dans l'âme,

Concoctent une mixture ideuse. Une gorgée,


Adam la gobe. Et soudain c'est le dédain,

C'est l'envie de vomir:la nausée poignarde

Son coeur et sa volonté de vivre demain.


Pour cet être éperdu dans le mystère

Complet, la vie est une odeur nauséeuse

Car son pourquoi, son comment et sa fin, tels un ictère


Minent le fils d'Adam, triste être profond,

Proscrit du jardin d'Eden,maison radieuse,

Afin qu'il "mange à la sueur de son front".


Guy Philippe MFEGUE

Yaoundé,ce vendredi 12 Novembre 1993.





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