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Lorsqu'on aborde le personnage de Marie Bashkirtseff,
la force des stéréotypes impose fatalement certaines images.
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En effet, le Journal publié depuis 1887,
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et les Cahiers intimes inédits publiés en 1926 par Pierre Borel n'étaient que des abérgés falsifiés des 105 cahiers ou carnets tenus par Marie de 1873 à 1884. |
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pppppppEdmond de
Goncourt |
Elle voulut le confier à un écrivain. Mais ses
tentatives auprès de Dumas-fils, d'Edmond de Goncourt et de Guy de
Maupassant échouèrent. |
ppppppAlexandre Dumas
Fils |
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Telle qu'elle se présentait dans son journal,
Marie Bashkirtseff ne correspondait pas à la conception de la "jeune
fille" formulée par son époque. |
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Les éditions se succédèrent jusqu'en 1981. |
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En 1985, Colette Cosnier publiait chez Horay la
première biographie objective de Marie : Marie Bashkirtseff. Un portrait sans retouches. |
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Onze tomes ont été édités par l'association qui
a été fondée par Ginette Apostolescu et Michel Fleury en 1986 :
Le Cercle des Amis de Marie Bashkirtseff
. (A ces onze tomes s'ajoute un volume
publié en 1991 par les éditions Paris-Musées). |
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Tome I : 11 janvier 1873 -
10 août 1873, (cahiers 1 à 7), avec préface de Pierre-Jean Rémy de l'Académie
française, arbre généalogique, index alphabétique, 272 pages, 1995.
Le
manuscrit original du cahier n° 1 a disparu. Il correspondait à la période du 11
janvier au 12 février 1873. Il en existe une copie exécutée par une main
inconnue dans une collection privée. Des passages en avaient été reproduits par
Pierre Borel dans son article Le visage inconnu de
Marie Bashkirtseff d'après ses mémoires, paru
dans le n° XLIII de janvier 1925 de la revue Les
oeuvres libres. Le Cercle a décidé de faire figurer
ces passages dans son édition, mais avec cette précision : "connaissant la façon dont Pierre Borel concevait les devoirs d'un
éditeur de textes nous avions d'abord hésité à publier ce document. Nous nous
sommes résolus à les donner après avoir constaté que les événements auxquels
Marie dit avoir assisté ont eu lieu aux dates indiquées."
Tome II : 11 août 1873 - 1er janvier 1874, (cahiers 8 à 14), avec index
des noms cités, 286 pages, 1996.
Tome
III : 2 janvier 1874 - 4 juillet 1874, (cahiers 15 à
20), avec index des noms cités, 280 pages, 1997.
Tome IV : 5 juillet 1874 - 2 avril
1875, (cahiers 21 à 30), avec index des noms cités, 384 pages,
1998.
Tome V : 2
avril 1875 - 25 septembre 1875, (cahiers 31 à 44), avec index des noms cités,
378 pages, 1999.
Tome VI : 26 septembre 1875 - 23 janvier 1876, (cahiers 45 à 52), avec
index des noms cités, 362 pages, 1999.
Tome
VII : 24 janvier 1876 - 9 mai 1876, (cahiers 53 à
59), avec index des noms cités, 370 pages, 2000.
Tome VIII : 10 mai 1876 - 16 août 1876,
(cahiers 60 à 64), préface de Pierre-Jean Rémy, index
de l'Académie
Française, 377 pages, 1991, Paris-Musées, Collection Capitale. Réédition courant
2002 par le Cercle des Amis de Marie Bashkirtseff.
Tome IX : 17 août 1876 - 23 février
1877, (cahiers 65 à 68), index des noms cités, 349 pages,
2001.
Tome X : 24
février 1877 - 25 septembre 1877, (cahiers 69 à 74), index des noms cités, 360
pages, 2002.
Tome XI : 26 septembre 1877 - 22 juin 1878, (cahiers 75 à 80), index des
noms cités, 310 pages, 2003.
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5, rue J.C. Bézanier 78360 MONTESSON E.Mail :[email protected] |
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1991 ne sont que des extraits falsifiés du manuscrit original. L'édition des Lettres, en 1891 avec une préface du poète François Coppée, est tout aussi défectueuse. |
- L'idée que mon journal ne sera pas intéressant, l'impossibilité de lui donner de l'intérêt en ménageant des surprises, me tourmentent. Si je n'écrivais qu'à des intervalles, je pourrais peut-être... mais ces notes de chaque jour ne trouveront patience que chez quelque penseur, quelque grand observateur de la nature humaine... Celui qui n'aura pas la patience de tout lire ne pourra rien lire et surtout rien comprendre. (16 mai 1877).
- Ne cherchez pas autre chose que ce qu'il y a dans ce
journal. Je suis scrupuleuse et ne passe jamais sous silence ni une pensée ni un
doute. (8 octobre 1875)
- Si j'étais homme, je passerai ma vie à l'écurie, aux
courses, au tir (…) Dieu m'a faite femme pour m'empêcher de faire les folies que
je voudrais. (4 juillet 1873)
- Un homme fait tout et il se marie après et on trouve
la chose naturelle. Mais qu'une femme ose non seulement faire tout mais un rien
et on la lapide. Pourquoi est-ce ainsi ? (27 septembre 1875)
- Je n'ai de la femme que l'enveloppe, et cette
enveloppe et diablement féminine, quant au reste, il est diablement autre chose.
(14 novembre 1877)
- Pauvres femmes ! que d'efforts, de fièvre pour
savoir ce qu'apprennent les étudiants es-sciences, tous les hommes en majeure
partie. On vous envoie à l'école, et vous apprenez tout naturellement, tandis
que nous on grappille, on gaspille les livres, on sait mais sans ordre… (23
décembre 1877)
- La femme avant le mariage, c'est Pompéi avant
l'éruption, et la femme après le mariage, c'est Pompéi après l'éruption. (18
avril 1876)
- Rien ne fait autant plaisir que de voir de beaux
hommes. (9 septembre 1874)
- Passer une soirée en famille, mais c'est pour
l'esprit ce qu'un arrosoir est pour le feu ! (27 octobre
1875)
- Il suffit que je désir pour que rien n'arrive ! (30
décembre 1875)
- Je voudrais seulement savoir si je me suis tellement
laissée aller parce que j'aime cet homme ou bien si chaque imbécile en me
parlant d'amour peut en obtenir tout autant de moi. (18 mai
1876)
- On a raison de dire qu'un baiser sur la bouche… La
tête renversée, les yeux fermés, les bras pendants, je ne pouvais m'en détacher.
(19 mai 1876).
- Que suis-je ? Rien. Que veux-je être ? Tout. (3
juillet 1876)
- N'ai-je donc pas d'autre but dans la vie que de
m'habiller (…) et penser à l'effet. (3 juillet 1876)
- Me marier et faire des enfants ! Mais chaque
blanchisseuse peut en faire autant (…) qu'est-ce que je veux ? Oh ! vous le
savez bien. Je veux la gloire ! (3 juillet 1876)
- Je déteste en tout le juste milieu. Il me faut ou
une vie… bruyante ! ou le calme absolu. (28 juillet 1876)
- L'art ! si je n'avais dans le lointain ces quatre
lettres magiques je serais morte. Mais pour cela, on n'a besoin de personne, on
ne dépend que de soi, et si on succombe c'est qu'on n'est rien et qu'on ne doit
plus vivre.
(23 août 1877)
- J'ai dix-huit ans. Ce n'est rien et c'est trop. A
dix-huit ans, j'aurais dû commencer à être célèbre.
( 23 octobre
1877)
- On ne devient pas un grand peintre comme on le dit :
outre le talent, le génie, il y a encore cet impitoyable travail mécanique. (13
octobre 1877)
- Je suis plus en colère que jamais d'être condamnée à
l'obscurité de la carrière féminine. (10 mars 1879)
- Soyez bonne fille, bonne mère de famille ! me
dites-vous, bornez-là votre horizon. C'est cela, crétinisez-vous ! (11 octobre
1877)
- Je voudrais être homme. Je sais que je pourrais
devenir quelqu'un, mais avec des jupes où voulez-vous qu'on aille ? Le mariage
est la seule carrière des femmes ; les hommes ont trente-six chances, la femme
n'en a qu'une, le zéro ou la banque (…) Jamais je n'ai été si révoltée contre
l'état des femmes (…) Je grogne d'être femme parce que je n'en ai que la peau.
(30 septembre 1877)
- Je vais mourir mais pas tout de suite ; tout de
suite, cela mettrait fin à tout, ce serait trop bien. Je vais traîner mes
rhumes, ma toux, des fièvres, toutes sortes de choses. Je vais mourir comme j'ai
vécu, salement.
(3 octobre 1880)
- Il y a sans doute trop de femmes-artistes dira-ton,
la femme est faite pour le foyer, mais hélas ce n'est pas en leur ôtant le moyen
de satisfaire une noble passion qu'on leur donnera l'envie de filer la
laine.
(Fragment d'un texte sur la femme et l'art, 1881)
- Pensez donc, sur les quinze femmes de chez Julian,
il n'y en a pas une qui ne rirait ou ne se signerait à l'idée de l'émancipation
de la femme (…) J'ai été sur le point de me dire qu'il faut envoyer au diable
ces viles créatures qui ne veulent pas être traitées en créatures raisonnables
(…) J'enrage de découragement quand je me trouve en face de créatures aussi
ineptes. (2 décembre 1880)
- Vous ne voulez pas nous instruire et nous émanciper
parce que vous croyez que nous déserterons le foyer conjugal, que nous ne
raccommoderons plus vos chaussettes. Rassurez-vous ! nous ferons la soupe et
nous raccommoderons mais en rentrant chez lui, l'homme trouvera une femme
capable de le comprendre.
(20 décembre 1880)
- Parlez donc aux gens comme il faut d'envoyer leurs
filles dessiner d'après le nu sans lequel il n'y a pas d'études possibles. La
plupart, qui n'hésitent pas sur les plages à conduire les mêmes jeunes filles où
elles contemplent leurs danseurs en tenue de tritons, pousseront des cris
aigus.
(article sur les femmes-artistes paru dans La Citoyenne, février
1881)
- Ah ! que les femmes sont à plaindre, les hommes sont
libres au moins (…) Mais direz-vous, femme supérieure que vous êtes,
octroyez-vous-la, cette liberté ! C'est impossible car la femme qui s'émancipe
ainsi, la femme jeune et jolie s'entend, est presque mise à l'index (…) et par
conséquent encore moins libre qu'en ne choquant point les usages idiots. (20
juin 1883)
- La République, c'est avec l'égalité de l'homme et de
la femme, la seule chose au monde à laquelle je sois sincèrement attachée. ( 14
novembre 1880)
- Rester libre. C'est être enchaînée ou se déclasser
et donner raison à toutes les calomnies. (30 mars 1883)
- Avoir vingt ans, être homme et en possession de dix
mille francs de rente, je donnerai tout pour cela.
(30 juillet
1883)
- Il ne peut plus y avoir rien pour moi. Je suis un
être incomplet, humilié, fini. (29 mai 1884)
- La rage de se voir mourir. (30 août
1884)
Pierre Louÿs :
"Le Journal de
Marie Bashkirtseff vient de paraître (...) et je dois dire que cela m'a
absolument emballé. Aussi l'effet ne s'en est pas fait attendre. Le soir même,
j'ai pris la résolution de faire comme elle, d'écrire mon journal. Faire comme
elle, mon Dieu ! j'en suis bien incapable. A treize ou quatorze ans, elle
écrivait mieux que je n'écrirai peut-être jamais. Mais je veux, comme elle,
noter au jour le jour mes impressions et mes réflexions, je veux comme elle, le
faire sincèrement."
Katherine Mansfield :
"Ce matin, je n'ai pas envie d'écrire, mais de lire
Marie Bashkirtseff."
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