Autre exemple, pourquoi les Allemands confondent-ils l�amer et l�acide (� sauer �) et les Anglais le chaud et le piquant (� hot �), alors que le francophone fera une nette distinction entre ceux-ci ? Tout simplement parce que la sensibilit� n�est pas la m�me, que l�id�e exprimer par � hot � ou par sauer � ne correspond pas litt�ralement � la traduction fran�aise, mais exprime une id�e plus g�n�rale.  Le langage est ambigu parce qu�il g�n�ralise la r�alit� et qu�il n�est jamais suffisamment pr�cis que pour donner une image infaillible de la pens�e ou de la r�alit�. N�anmoins, une fois que l�on sera sur la m�me longueur d�onde (encore faut-il en �tre s�r), on saura de quoi l�autre veut parler gr�ce aux conventions. Il n�emp�che qu�il y aura toujours des probl�mes li�s � la perception individuelle que les conventions ne pourront r�soudre. Pour l�un cette couleur est rouge, pour l�autre c�est de l�orange ; pour l�un il fera froid, pour l�autre il fera bon. Tout est �videmment relatif (comme Einstein le faisait remarquer) et pas n�cessairement par rapport � un individu, mais par rapport � cet individu � un moment donn� � physiquement, notre corps n�est plus ce qu�il �tait il y a un instant, nous sommes en perp�tuel mouvement �l��nergie, la mati�re de notre corps, tout comme l�ensemble de l��nergie dans l�univers. Encore une fois, dire que nous sommes nous est une convention ou une repr�sentation de l�esprit, mais nous ne sommes pas une entit� stable ou immuable, juste de la mati�re en mouvement et en interaction avec notre environnement.
Comprendre un ph�nom�ne est une chose, l�exprimer en est une autre ; aussi, le langage ne correspond-il pas � la pens�e, disons, abstraite, ou � l�intuition (bas�e sur la connaissance, c�est-�-dire l�exp�rience). Dire que 1+1=2 qui semble �vident en soi, peut pourtant d�j� �tre discut� si cela ne repr�sentait pas une id�e g�n�rale et abstraite que tout le monde est sens� comprendre de la m�me fa�on. Par exemple, une goutte d�eau + une goutte d�eau. Est-ce �gal � deux gouttes d�eau ou � une - plus grosse - goutte d�eau ? Le terme goutte d�eau est d�j� ambigu � lui seul. Il repr�sente, pour un chimiste, un certain nombre de mole de mol�cules d�eau. Deux gouttes d�eau n�ont donc pas beaucoup de chance d�avoir exactement le m�me volume ; ce ne sont donc pas des entit�s comparables et on ne peut pas leur donner � toutes deux une valeur 1. Tout d�pend �videment du niveau de pr�cision que l�on veut atteindre et comme la technologie ne sera jamais pr�cise assez compar� � la th�orie et cette derni�re jamais suffisamment repr�sentative de la r�alit�, il faut admettre encore de g�n�raliser ou d�adapter le langage � nos besoins. Ainsi, pour une personne sans �rudition, deux gouttes d�eau mise ensemble feront bien une seule goutte d�eau � l�arriv�e et peut-�tre, ne verra-t-elle m�me pas la diff�rence de taille, juste � l��il nu. Mais le chimiste se trompera aussi, car il oubliera de tenir compte d��l�ment de mati�re infra-atomique ou d��nergie sous n�importe quelle forme, g�n�ralisant une fois de plus la r�alit� dans son langage, m�me en �tant plus pr�cis que le premier.

Il faut donc bien distinguer les hypoth�ses �videntes et ind�montrables de celles suppos�es, c�est-�-dire faisant intervenir des mod�les ou des repr�sentations de l�esprit. Dans la premi�re cat�gorie, nous retrouvons tout ce qui est sensible, malgr� que chacun puisse ressentir et interpr�ter le monde r�el diff�remment, suivant son �tat physique propre (sens, syst�me nerveux �). Dans la seconde, par contre, nous avons des concepts purement imaginaires, tirant leur origine de la pens�e et de la r�flexion, tel Dieu ou les mod�les des sciences dites exactes, comme en physique �ce qui ne veut pas dire que les g�n�ralisations faites par celles-ci n�ont pas de valeur de communication pouvant venir en aide � la technologie. Les mod�les, comme je l�ai d�j� dit, ne sont pas des v�rit�s en soi et plusieurs mod�les peuvent tr�s bien expliquer les m�mes ph�nom�nes r�els ; certains �tant plus efficaces dans un cas et  d�autres dans un deuxi�me ou un troisi�me cas. C�est encore un probl�me auquel les physiciens sont confront�s aujourd�hui ; apr�s que Einstein ait r�concili� mod�le corpusculaire et mod�le ondulatoire, la physique quantique de ses successeurs s�est montr�e plus efficace dans beaucoup de cas, mais certains ph�nom�nes ne s�expliquent toujours que par la th�orie de la relativit�.
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