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Of many far wiser than we

Les obligations l'empêchèrent de trop penser. Elle s'occupa le plus possible, aidant ses parents pour organiser les obsèques de son grand-père. Ils paraissaient à peine touchés et se faisaient un plaisir de s'acharner au travail, essayant par tous les moyens de se faire plaindre et admirer pour leur courage après un tel évènement. Toute cette hypocrisie la rendait malade mais elle se taisait et se fermait au monde extérieur en continuant sa tâche. La famille qui arrivait peu à peu lui était totalement inconnue. Elle avait l'impression de travailler pour les pompes funèbres à l'enterrement d'un étranger. Tous étaient éplorés et se consolaient entre eux mais elle sentait comme de la fausseté dans l'air. Tout ne lui semblait que mensonges. La plupart de ceux qui étaient réunis si vite se trouvaient là pour l'héritage, d'après la bouche même de sa mère. Elle ne doutait pas que ses parents fussent là pour la même chose. La journée ne faisait que débuter mais elle se sentait déjà lasse. Tous ces étrangers l'indifféreaient ; elle aurait préféré avoir à les mettre à la porte. Mais elle allait devoir les supporter encore longtemps. Elle restait assise stoïquement alors que tous défilaient devant elle, feignant la douleur et la tristesse. Certaines personnes semblaient sincères mais elle n'aurait pu faire vraiment la différence. Ils étaient bien trop nombreux à être venus.
Finalement elle ne les voyait plus, tousles visages qui défilaient se fondaient et ce qui lui restait c'était l'image de son grand-père. Il lui avait si souvent sourit ou l'avait regardée avec des yeux si doux, quelque part en elle il avait toujours été là à lui sourire. Mais maintenant tout avait disparu, elle n'avait plus rien en elle. Toute force, toute volonté propre l'avait quittée. Elle se sentait écrasée, perdue, flétrie, vide. Mais alors qu'elle s'enfonçait dans son néant, une chaleur pareille à celle qu'elle avait ressentie près de son grand-père l'envahit et l'enlaça doucement pour bercer son coeur attristé. Un à un chaque bout de son être sembla se réveiller, ses doigts puis ses épaules, ses lèvres puis ses yeux. Elle releva la tête, fière et forte pour continuer à affronter le reste de la journée. Elle ne savait pas pourquoi mais elle songea que cette attitude face à ce qui lui arrivait aurait plu à son grand-père. Même alors qu'ils recevaient la nombreuse famille dans leur petite maison et qu'elle passait auprès de chaque convive poru leur servir des petits fours alors qu'ils semblaient plongés dans des conversations condescendantes des plus irritantes, elle ne se départit pas de son calme et prit du recul face à ce qu'elle vivait. Toute cette comédie était nécessaire, elle le savait même si elle ne l'appréciait pas. Dès qu'elle le put, elle s'éloigna des autres et se trouva un coin tranquille où s'asseoir au bord du jardin.
Elle ferma ses oreilles aux bruits qui venaient de la maison et se concentra sur le petit bout d'herbe qui s'étalait devant elle.
"On joue les rebelles ?"
Elle leva la tête vers un homme d'une quarantaine d'années, les cheveux éternellement hirustes qui lui souriait.
"Je peux m'asseoir ?"
Cette attention la toucha, comme d'habitude son oncle savait s'y prendre avec elle. Elle hocha la tête puis retourna à la contemplation du jardin. Il était petit mais grâce aux soins qu'y avait approté son grand-père il avait toujours paru magnifique. Maintenant qu'il n'était plus là, personne n'arriverait à le conserver aussi bien.
"Tu es restée avec lui ?"
Elle hocha de nouvea la tête, se souvenant de la douce lumière venant de la veilleuse qui avait fait briller les yeux du vieil homme.
"Ca a dû être dur...
- Pas tant que ça... Nous nous sommes endormis sans nous en rendre compte. Du moins c'est ce que les médecins ont dit. Mais j'étais la seule à me réveiller, la seule..."
Il l'observa un instant, sentant sa tristesse et son désarroi à fleur de peau.
"J'étais allé le voir il y a pas si longtemps en revenant de Thaïlande. Il aimait toujours mes récits de voyage, il semblait revivre toute mon expériences rien qu'en m'écoutant. Il a toujours su écouter les gens, il savait exactement ce qu'ils voulaient dire et même ce qu'ils ne disaient pas."
Elle l'écoutait distraitement, elle aussi s'était rendu compte de tout ça, son grand-père avait, ou plutôt avait eu un esprit vif et une compréhension poussée de la psychologie des êtres qui l'entouraient. ces yeux perçants semblaient pouvoir tout voir.
"Il était très fier de toi, voici ce qu'il m'a dit."
Elle se tourna vers lui, intriguée.
"Il s'était beaucoup inquiété de ce que tu devenais dans cette grande ville mais il avait été rassuré de savoir que tu n'étais pas seule. Il m'a dit : << Cette petite est forte et pourrait très bien s'en sortir dans la vie mais il lui manquerait toujours quelque chose. Elle a besoin de qulqu'un pour veiller sur elle et protéger ses faiblesses qui font tout son charme. Le plus dur pour elle sera de se laisser convaincre qu'elle peut aimer et s'abandonner à ce sentiment qui rend si stupide. Mais elle y arrivera car elle est pure et cela n'attire que des gens bien décidés. Je souhaite qu'elle trouve quelqu'un qui saura lire netre les lignes de son fort caractère. Elle le mérite tellement.>>"
Elle fondit en larmes sur l'épaule de sononcle qui la berça doucement. Elle avait été si forte si longtemps. Et voilà que son grand-père, même après la mort, trouvait un moyen de lui donner une porte de sortie, un espoir qui la faisaient redevenir elle-même, si fragile.
"Il t'aimait beaucoup, je suis heureux que tu l'aies accompagné jusqu'à la fin."
Il écarta quelques mèches de cheveux qui retombaient dans les yeux de sa nièce et posa une main apaisante et fraiche sur sa joue rougie et humide de larmes.
Sentant qu'enfin elle se calmait il l'éloigna de lui, lui permettant de se remettre de ses émotions et avec un sourire, il la questionna sur sa vie.
"Alors il paraît que tu vis en colocation avec un garçon c'est ça ?
- Oui avec Yosuke.
- Ca se passe bien ?
- J'ai pas à me plaindre."
Elle répondait automatiquement mais ce n'était pas ce qu'il voulait.
"Eh, me dit pas ça à moi ! Tu sais bien que je suis ton ami, tu peux tout me dire !"
Elle releva la tête, voyant l'air concerné de son oncle. Bien sûr il avait toujours été une oreille attentive pour elle, elle n'avait pas besoin de ressortir le petit numéro de jeune fille modèle qui n'a pas le droit de se plaindre. Elle soupira et hocha la tête.
"Oui je sais. Mais en fait je n'ai vraiment pas de raisons de me plaindre. Yosuke est un colocataire des plus sérieux et nous n'avons jamais eu de problèmes.
- Oui mais, est-ce que tu t'entends bien avec lui ?
- On ne se connaît pas vraiment mais il est gentil et calme alors ça va.
- Depuis tout ce temps que vous habitez ensemble vous n'êtes pas devenus amis ?"
Nao avait l'impression de répéter les mêmes choses tout le temps ; pourquoi cela étonnait-il tout le monde de savoir qu'elle vivait avec un garçon mais que ça s'arrêtait là ?
"Non, on est justes camarades de classe, c'est tout.
- Mais s'il est gentil et que tout se passe bien, qu'est-ce qui vous a empêché de devenir amis ?
- Je ne sais pas. Il... Non c'est moi qui ne voulait pas trop m'approcher de lui."
Elle regarda son oncle et le vit prêt à l'écouter alors elle parla sans détours.
"J'avais un peu peur de lui...
- Comment ça ?
- Il dégageait quelque chose de bizarre. Ca attirait beaucoup de filles au lycée et ça me semblait malsain, je ne voulais surtout pas que ça me touche. C'était comme s'il mentait continuellement ou jouait un rôle, je ne sais pas. En tous les cas c'était faux et j'ai toujours préféré m'en éloigner."
Elle se rappela le visage de Yosuke toutes ces fois où il était au téléphone, ses faux sourires que personne ne remarquait. Puis d'un coup l'image du jeune homme attendant sur le quai que son train parte lui revint en mémoire. Pour une raison qu'elle ignorait il lui semblait que son air avait changé, même son comportement. En y repensant il avait paru bien plus naturel qu'avant. Elle avait été si troublée par la nouvelle qu'elle venait d'apprendre qu'elle n'y avait pas fait attention mais maintenant...
"Et maintenant c'est encore le cas ?"
Son oncle la regardait attentivement, déchiffrant le mystère de son visage. Il semblait avoir suivit toute sa réflexion comme dans un livre ouvert.
"Tu parles au passé, comme s'il avait changé entre-temps..."
Elle s'en rendit enfin compte. Finalement ses lèvres avaient dépassé sa pensée. Il la vit, perplexe, chercher ses mots et dénouer le noeud de ses pensées. Elle allait répondre lorsque sa mère vint la chercher.
"Il y a quelqu'un au téléphone pour toi."
D'après son ton sec elle semblait trouver ça totalement déplacé de recevoir des coups de téléphone en une telle occasion, surtout de quelqu'un qu'elle ne connaissait pas.
"Ah, j'y vais merci." Elle se tourna vers son oncle en s'excusant puis traversa de nouveau le salon rempli de monde pour arriver dans le couloir où se trouvait le téléphone.
Son oncle se perdit dans la contemplation du jardin, pensif. Si elle n'arrivait pas encore à démêler ses pensées, lui l'avait fait pour elle. Il serait intéressant de rencontrer ce jeune homme pour s'en faire une idée précise.
"Allo ?
- Nao ? C'est toi ?
- Yosuke ? Qu'est-ce qu'il y a ?
- Ah, je suis désolé pour ton grand-père, ta mère me l'a appris. Est-ce que ça va ?"
Elle se trouvait prise de cours, elle lui avait pourtant parlé la veille, pourquoi la rappelait-il ?
"Oui oui, ça va. On reçoit de la famille alors je m'occupe un peu de tout organiser.
- C'est pas trop dur ?
- Oh non et puis ça me change les idées.
- Je suis raiment désolé."
Il avait juste murmuré cette phrase et elle crut avoir mal entendu.
"Comment ?
- Euh non, rien."
Quelque chose lui avait échappé mais elle ne voyait pas quoi.
"Tu sais tu n'as pas à te forcer à m'appeler, je t'avertirai quand je rentrerai.
- Non non, ça ne me gêne pas, je préfère prendre des tes nouvelles. Tu sais..."
Il laissa un silence comme s'ila vait du mal à dire la suite de sa phrase.
"Si tu as besoin de parler ou quoi que ce soit, hésites pas à m'appeler. Je sais pas si je pourrai être d'une quelconque aide mais je peux t'assurer que je serai là pour t'écouter."
Cette proposition la surprit énormément, il semblait si désireux de l'aider d'un seul coup.
"C'est gentil, merci."
Sa mère passa alors près d'elle, lui signifiant du regard qu'elle devait raccrocher.
"Je doisy aller, je te rappelerai plus tard.
- D'accord, bon courage !
- Merci !"
Elle reposa le combiné alors que le visage de sa mère se composait une expression de circonstacne entre la tristesse et la reconnaissance tandis que des membres de la famille venaient lui réitérer leurs condoléances avant de partir.
Nao comprit aussitôt que c'était le moment pour elle de remercier tous les convives avec ses parents. Cette tâche lui parut d'un coup beaucoup moins fastidieuse et démoralisante alors qu'une curieuse impression s'installait en elle, celle d'être attendue quelque part.
La maison semblait terriblement vide d'un seul coup. Elle visita toutes les pièces, des souvenirs de son enfance lui traversant l'esprit. Chaque meuble, chaque pièce avait son histoire propre, son atmosphère. Après avoir fait le tour de la maison elle avait eu sa dose de nostalgie. Elle ressortit près du jardin où elle retrouva son oncle qui était de nouveau assis au même endroit, fumant lentement une cigarette et regardant la fumée s'élever dans le ciel en prenant des formes contournées et harmonieuses. Elle se sentait exténuée, comme si elle avait passé sa journée à courir, elle n'aspirait plus qu'à se reposer au calme.
"Tu repars quand ?"
Cette question directe la pris de cours, elle ne s'attendait pas à ça.
"Repartir ? Et bien je vais rester encore pour faire le deuil je pense."
Il se releva, ayant finit sa cigarette et la regarda sérieusement.
"Tu ne comptes pas réellement rester ici pendant tout ce temps ?
- Si pourquoi ?"
Elle ne voyait pas pourquoi il en aurait été autrement.
"Tu n'est pas obligée de rester ici, tu as ta vie en ville maintenant, iren ne te retient."
Elle écarquilla les yeux.
"Mais je dois faire le deuil de grand-père, il n'est pas question de partir !"
Elle nageait dans la tristesse. La fatigue avait malmené ses nerfs et elle se sentait fragile, prête à craquer. Elle avait besoin de repos et elle avait l'impression qu'une seule nuit de sommeil n'y changerait pas grand chose.
"Tu peux faire son deuil n'importe où. Tu n'as pas besoin de rester dans un environnement aussi peu accueillant. Tes parents sont toujours aussi peu chaleureux. Alors que je ne les avais pas vus depuis trois ans ils ne m'ont presque pas parlé. Tu serais mieux avec tes amis, avec des gens capables de t'écouter et te soutenir. Je suis désolé mais ce n'est pas le cas de tes parents."
Elle voyait la vérité dans ce qu'il disait. Il était vrai qu'elle aurait préféré se trouver n'importe où sauf ici. Elle n'y avait pas vraiment réfléchit, se sentant obligée de respecter les convenances. Et puis il lui suffisait d'un endroit pour dormir, elle n'avait pas pensé à ce qui se passerait quand elle se réveillerait, la mauvaise ambience dans laquelle elle plongerait dès le lever. Elle serait certainement plus rassurée et apisée si elle pouvait voir Mika au moins. Elle ne voulait pas s'apitoyer sur son sort devant elle mais rien que de passe du temps avec elle à parler et à s'amuser lui ferait beaucoup plus de bien que de rester enfermée dans sa chambre pendant une semaine juste pour faire comme ses parents voulaient. Elle était triste et en elle quelque chose d'important avait disparu, elle ne voulait pas en rajouter. Elle se mit à douter.
"Ton grand-père n'aurait pas souhaité que tu te morfondes toute seule, tu sais à quel point il accordait d'importance à l'amitié, il disait que c'était la chose la plus importante qui soit car dans n'importe quelle situation les amis étaient toujours présents. Il aurait sûrement préféré que tu t'en remettes à tes amis. Au moins tu ne serais pas aussi seule. Même moi je ne peux pas t'aider. Ah si seulement mon avis avait un tant soit peu d'importance je te dirai de partir d'ici le plus vite possible avant de te faire étouffer par le cocon familial. Moi je suis un spécialiste de la fuite pour de mauvaises raisons alors je ne suis pas un bon exemple. Mais quand je te vois je me dis que tu n'as pas ta place ici, ta vie est autre part. Il ne faut pas que tu te résignes. Toi seule doit décider de ce que tu veux faire."
Il lui posa une main amicale sur l'épaule et lui sourit.
"Le vieux fou que je suis va rentrer dormir maintenant et il espère ne pas te revoir demain. Cela voudrait dire que tu aurais suivi son conseil."
Il s'en alla en lui faisant un petit signe de la main.
Alors qu'il était loin déjà elle se décida et un petit sourire sur les lèvres, elle murmura : "Merci."
Malgré tout elle resta toute la soirée à veiller la dépouille de son grand-père, réalisant qu'il l'avait mieux connue qu'elle ne s'en était rendu compte. Mais elle était finalement décidée et elle trouvait cela juste. Pour son grand-père elle se devait d'être heureuse et ne rien regretter.
Elle s'endormit de nouveau près de lui, seule, ses parents s'étant vite retirés dans leurs chambres respectives. Elle se réveilla d'un coup, un frisson lui parcourant les bras, la nuit était avancée et l'air s'était considérablement rafraîchi. Elle se sentait engourdie, son cou lui tirait, elle avait dormi dans une mauvaise position, la tête de travers. Mais contre toute attente elle avait dormi comme une fleur, son esprit était apaisé, la tristesse l'avait quittée et le visage si paisible et gentil de son grand-père l'avait remplacé dans ses pensées. Elle se sentait fatiguée et abandonna à contrecoeur sa veillée. Dès son réveil elle devrait annoncer à ses parents qu'elle voulait rentrer et elle se doutait bien que cela n'allait pas trop leur plaire, elle aurait alors besoin de toutes ses forces. Mais ensuite elle serait libérée et pourrait rentrer chez elle, cette perspective l'enchantait énormément mais elle n'aurait pas bien su dire pourquoi. Quitter l'atmosphère oppressante de la maison faisait partie des raisons qu'elle avait de partir mais elle sentait qu'il y avait autre chose qu'elle ne pouvait pas définir mais qui la guidait. Une force telle qu'elle ne pouvait plus se détourner de cette voie qu'elle avait choisie. Elle se coucha avec contentement dans son lit moelleux, satisfaite. Mais sans s'en rendre compte, des lamres se formèrent dans ses yeux et débordèrent, coulant le long de ses joues jusqu'à ses oreilles, lui chatouillant le lobe et tombant finalement sur l'oreiller, alors qu'elle sombrait de nouveau dans un profond sommeil.

and neither the angels in heaven above

Encore une journée qui arrivait à sa fin. Yosuke avait arrêté de compter les heures depuis que Nao était partie si précipitemment. Lui qui avait passé tant de temps à s'entourer du plus de monde possible il avait perdu d'un seul coup tout enthousiasme. Il rentra à l'appartement presque en traînant des pieds. Il allait de nouveau se retrouver seul dans sa chambre avec ce silence impossible à combler. La première chose qu'il voulait faire en rentrant était la même qu'il avait fait la veille. Il était vraiment devenu dépendant mais il faisait semblant de ne pas s'en rendre compte.
Il décrocha le combiné et ignora la sonnerie qui indiquait qu'il avait des messages, il s'en occuperait plus tard. Il composa de mémoire le numéro et patienta que quelqu'un réponde. Avec ce qui se passait il se doutait que les gens n'avaient pas forcément la possibilité de répondre. Etonnament on décrocha plus vite qu'il ne s'y attendait. Une voix qu'il avait déjà entendue demanda, affolée :
"Nao ? C'est toi ?"
Il resta indécis un instant. Il ne s'attendait pas à ça.
"Non madame c'est un ami de Nao, je vous ai parlé hier...
- Ah..." Elle paraissait des plus déçues.
Yosuke reprit alors qu'elle se taisait.
"Est-ce que Nao est là ?"
C'était une question formelle, il se doutait bien qu'il n'aurait pas été accueilli comme ça si elle avait été à côté.
"Non et d'ailleurs nous ne savons pas où elle est, je vous ai laisséun message. Vous ne l'avez pas vue ? Ne vous a-t-elle pas téléphoné ?
- Pas que je sache, il faudrait que j'écoute le répondeur.
- S'il vous plaît si vous savez où elle est, téléphonez-nous, nous ne savons pas quoi faire et nous sommes en plein deuil. Nous avons des responsabilités et elle nous abandonne sans rien dire, nous ne méritons pas ça !"
Il réprima la remarque acide qui lui venait au lèvres, il se devait de rester poli, il ne la connaissait pas et puis c'était la mère de Nao, il n'avait pas le droit de la critiquer.
"Dès que j'ai des nouvelles je vous tiens au courant.
- Oui faites ça, merci."
Il raccrocha rapidement puis se mit à écouter ses messages. Alors que les secondes défilaient il commença à se demander ce qui avait bien pu se passer.
Nao n'avait pas appelé à l'appartement et pourtant elle lui avait dis qu'elle le préviendrait quand elle rentrerait. Alors elle avait dû rester chez elle et sortir. Mais ses parents semblaient ne pouvoir la trouver nulle part. Où pouvait-elle bien être ?
"...elle a pris toutes ses affaires, nous ne savons pas quoi faire..."
Le message de sa mère était clair, elle était vraiment partie de chez elle, mais à quoi avait-elle pensé en faisant ça ? S'il ne savait pas ce qu'elle avait fait il ne pourrait rien faire et ne saurait pas où la chercher. Il commença à s'affoler, elle était perdue et il n'avait aucun moyen de la retrouver, il était démuni face à ce qui lui arrivait. Il ne pouvait pas l'aider et se sentait impuissant et inutile. Si elle ne revenait pas, que ferait-il ? Il regarda l'appartement vide ? Resterait-il toujours comme ça ? Il ne voulait pas être seul alors qu'il avait toujours vécu avec elle ici. Même s'ils ne se voyaient pas beaucoup il y avait toujours eu du bruit ou de l'animation. C'était devenu quelque chose de familier, il avait appris à reconnaître tous les sons qu'il entendait, il s'y était habitué et trouvait cette vie rassurante et confortable. Que ferait-il si le silence devait s'installer définitivement ici ? Il n'acceptait pas cela, il devait bien y avoir un moyen de tout arranger. Il reposa le combiné, perdu. Il se retourna et quelque chose attira son attention. Il ne savait pas trop ce que c'était, comme une impression de différence dans ces petites devinettes où il fallait trouver ce qui changeait d'une image à une autre. Il savait que quelque chose différait mais il lui fallait encore mettre le doigt sur le détail précis. Il laissa ses yeux dériver de nouveau dans le couloir et une chose toute simple lui sauta aux yeux. La porte de la chambre de Nao était grande ouverte. Il était sûr d'avoir fermé toutes les portes avant de partir. C'était un détail mais il préférait tout fermer, comme si en faisant cela il arrangeait l'appartement et lui donnait un certain ordre. Il s'approcha de la porte et l'ouvrit en grand. Le sac de Nao se trouvait juste à l'entrée, encore fermé.
Il se sentit tellement soulagé, plein d'émotions se bousculèrent dans sa tête. Si elle était passée ici c'est qu'elle allait bien et qu'elle ne s'était pas fait embarquer par un pervers dans un coin sordide. Mais cela voulait dire qu'elle ne l'avait pas prévenu et qu'elle faisait peu de cas de lui. Et ses parents qui n'étaient pas au courant. Tout ça était vraiment bizarre. Mais si elle n'était plus dans sa chambre alors où était-elle ? Si elle comptait rentrer bientôt et qu'elle n'avait rien dit à personne, normalement elle devait se trouver dans un endroit tout proche qui lui était familier.
"Je vais courir un peu dans le parc..."
La voix de nao résonnait encore dans ses oreilles. Il se précipita au dehors. Evidemment ! L'endroit où elle passait le plus de temps c'était au parc, là où elle pouvait se défouler en faisant de l'exercice, là où elle était le plus tranquille. Il courut le plus vite possible, se souciant peu des piétons autant que du chemin qui était accidenté et menaçait de lui réserver de mauvaises surprises à tout moment. Il regardait partout à la fois, pensant voir Nao à chaque fois qu'il croisait une fille. Il chercha en long et en large à travers tout le parc, s'attirant les regards étonnés des promeneurs. Finalement son oeil accrocha une silhouette derrière un arbre. Il se précipita à cet endroit et sentit son coeur bondir lorsqu'il reconnut Nao, assise sur une balançoire. Un étrange sentiment de victoire bouillonna en lui, remplacé par un immense soulagement. Mais qu'aurait-il fait si elle n'avait pas été là ? L'aurait-il cherchée toute la nuit ? Pourquoi se sentait-il si concerné ?
Il s'approcha d'elle, se demandant comment il pourrait l'aborder. Au bout de dix pas il avait déjà renoncé à être trop familier, dix pas de plus et il se sentait revenir à son comportement hautain qu'il utilisait avant qu'elle parte. Dix pas enfin et il s'était rappelé ses coups de téléphone et sa solitude mais ne se permettait pas de changer d'attitude.
Essoufflé, il lui parla plus durement qu'il ne l'aurait voulu mais il avait ressenti une telle appréhension qu'il n'arrivait à se débarasser de son stress qu'en étant brusque.
"Nao !"
Elle releva la tête, surprise de le voir d'un seul coup apparaître devant elle. Lui qu'elle voulait revoir au plus vite, voilà qu'il lui semblait terriblement fâché.
"Tu aurais pu m'avertir que tu rentrais ! A quoi tu pensais ? Même tes parents ne savaient pas où tu étais ! Je t'ai cherchée partout !"
Il s'était réellement inquiété d'après ce qu'elle voyait. Mais elle ne comprenait pas bien.
"Je suis désolée je n'avais pas prévu de partir aussi vite de chez moi, je n'ai prévenu personne. Je ne voulais pas t'inquiéter et puis je suis rentrée trop tôt, tu étais encore en cours ça n'aurait rien changé...
- Peut-être mais tu aurais pu au moins laisser un mot ou quelque chose."
Il ne savait pas pourquoi il se mettait en colère pour si peu. Elle semblait vraiment désolée et puis elle avait le droit de faire ce qu'elle voulait ça ne le regardait pas.
Il s'assit sur une balançoire à côté d'elle, reprenant son souffle et se détendant enfin.
"Tu m'avais dis que tu m'appelerai..." Il ne savait pas pourquoi il disait ça, c'était pitoyable. Il semblait las, ses nerfs avaient été mis à rude épreuve et il semblait ne pas pouvoir s'en remettre.
Elle avait voulu lui dire des mots durs, que ce n'était pas son problème et qu'il n'avait pas à exiger des choses. Mais son attitude avait changé d'un seul coup et elle ressentit plus qu'elle ne vit ce Yosuke avec qui elle avait parlé au téléphone. Il se cachait bien. Elle ne voulait pas le faire partir aussi s'adoucit-elle pour lui répondre, regardant son profil un peu boudeur.
"Je sais et je m'en veux mais je suis partie sur un coup de tête et je n'ai pas eu l'occasion de te prévenir. Je suis désolée..."
Il leva un oeil vers elle, voyant qu'elle attendait vraiment une réponse de sa part.
Elle s'en voulait alors ? Elle ne l'avait pas simplement oublié ?
"C'est pas grave, maintenant tu es là alors n'en parlons plus."
Elle acquiesça avec soulagement. Elle était revenue à cet endroit pour aller mieux et elle ne voulait surtout pas que son retour se passe mal. Elle se balança un peu alors qu'il l'observait. Elle semblait terriblement fatiguée, son visage était pâle et de larges cernes souulignaient ses yeux irrités. Elle avait vraiment dû passer un mauvais moment. Il se sentait responsable de son état alors qu'il n'avait rien à se reprocher.
"Est-ce que ça va ?"
Cette question toute banale lui sembla un peu incongrue après ce qu'ils venaient de se dire. Mais elle se sentit incapable de définir au juste comment elle se sentait. Alors elle préféra se référer à ce qu'elle avait vécu.
"Oui ça va même si c'était dur, ça s'est plutôt bien pasé." C'était quelque chose de terrifiant à dire. Réduire la mort de son grand-père et son immense tristesse à un "ça s'est plutôt bien passé", c'était horrible. Mais pour tous ceux qui allaient sûrement le lui demander à l'école, elle ferait la même réponse. Ainsi elle mettait de la distance entre eux, elle les préservait de la vérité, qu'elle avait eu plus peur que jamais et avait cru ne pas pouvoir s'en remettre. A chaque respiration elle s'attendait à ce que tout s'arrête. Elle était revenu pour aller mieux alors il fallait qu'elle oublie ça.
"T'as pas besoin de te forcer à dire ça. Je croyais que tu avais compris que tu pouvais tout me dire. Mais je veux pas t'y obliger." Il marchait sur des oeufs, essayant de faire au mieux mais il n'arrivait même pas à se convaincre lui-même. Il aurait tant voulu la persuader d'être à l'aise avec lui, de ne pas lui parler comme aux autres mais il ne pouvait vraiment pas la forcer, ça aurait tout gâché. D'un seul coup il se sentit idiot d'avoir dit tout ça, d'habitude il ne parlait jamais comme ça mais il lui semblait nécessaire de le faire. Il ne pensait pas pouvoir continuer à avoir des conversations platoniques et insipides avec elle après ce qu'il avait voulu lui faire passer au téléphone. Il ne voulait pas que tout redevienne comme avant, ça ne lui suffisait pas. Il ne se reconnaissait plus. Il n'avait jamai sfait d'efforts pour s'attirer la sympathie de ses camarades mais ça ne l'intéressait plus de faire semblant, il voulait faire ce dont il avait vraiment envie.
Elle le regarda vraiment pour la première fois. Pourquoi avait-il l'air si fatigué et préoccupé ? Elle n'était pas habituée à le voir ainsi et à ce qu'il lui parle aussi gentiment. Elle n'arrivait pas à rapprocher le Yosuke avec qui elle habitait de celui qu'elle avait eu au téléphone. Pourrait-elle vraiment lui parler normalement de tout ce qui la tracassait ? Pour l'instant elle se sentait incapable de se révéler autant. Et dire qu'elle avait pleuré au téléphone alros qu'il l'écoutait patiemment. Elle se sentait gênée d'être aussi réservée d'un seul coup.
Il ne supporta pas plus longtemps le silence qui s'était installé entre eux, il détestait ressentir ce malaise. Il avait assez ruminé tout seul dans l'appart ces derniers temps, il avait besoin de divertissement, il fallait qu'il s'occupe.
"Il est tard... Rentrons..." Il se leva et attendit à peine qu'elle le suive. Elle se laissait porter par les évènements. Maintenant qu'elle était rentrée elle n'avait rien de planifié, elle ne savait pas ce qu'elle allait faire. Elle se sentit réellement fatiguée et morose. Elle alla directement se doucher sans un mot, à moitié endormie. Les émotions de ces derniers jours avaient été trop intenses, elle n'arrivait pas à les démêler et encore moins à les apaiser.

nor the demons down under the sea

Toute cette agitation et voilà qu'il fallait retourner au train train quotidien. Il avait l'impression de revenir au point de départ. Et pourtant ce n'était plus pareil, il ne pourrait plus agir avec elle comme il le faisait avant. Il avait quelques appréhensions, aprèst tout peut-être qu'elle recommencerait à l'ignorer d'un seul coup, sans prévenir. Il ne le permettrait pas, il voulait tellement que tout change. Il avait changé et se faisait peur à lui-même en même temps qu'il se sentait de plus en plus fidèle à ce qu'il était vraiment. Il se sentait soulagé, paraître quelqu'un d'autre était trop épuisant. Il espérait que sa vraie personnalité serait bien accueillie, du moins il espérait que Nao ne le fuirait plus.
Sans s'en rendre compte il s'était affairé dans la cuisine alors qu'il était perdu dans ses pensées. Il avait préparé un bon repas en un rien de temps. Et puis c'était le moment de sortir la petite surprise qu'il s'était réservée pour plus tard. Il vit Nao entrer dans la cuisine, attirée par l'odeur de nourriture qui en provenait. Elle s'était change et semblait un peu remise et moins lasse qu'avant. Il fut soulagé qu'elle ne resta pas dans sa chambre sans vouloir le voir. Elle s'assit sans un mot, attendant qu'il vienne pour commencer le repas.
"Merci d'avoir préparé tout ça, je ne pensais pas avoir faim et pourtant...
- Mange autant que tu veux il y en a d'autre..."
Il ne savait pas quoi répondre d'autre. Finalement il n'avait pas besoin de s'inquiéter, elle n'avait pas l'intention de l'ignorer du tout. Il se détendit totalement, mangeant sans un mot, la regardant avaler avec précuation tout ce qui se trouvait sur la table.
La sonnerie du téléphone retentit, les interrompant. Tous deux pensèrent immédiatement aux parents de Nao, ils ne les avaient pas du tout avertis. Cela importait peu à Yosuke mais Nao se retrouvait dans une position inconfortable. Elle se leva rapidement et décrocha le combiné, tournant le dos à Yosuke.
"Nao ?! C'est toi ?!
- Oui maman. Je...
- Mais où étais-tu passée, on t'a cherchée partout et on a appelé partout, pourquoi es-tu partie sans rien dire ? Nous étions tellement inquiets !
- Je sais, je suis désolée mais je devais rentrer.
- Pourquoi ? Que se passe-t-il ?
- Rien, ne t'en fais pas mais je ne pouvais plus rester à la maison, c'était trop dur.
- Trop dur ? Trop dur ! Et pour nous ça ne l'est pas peut-être ?! Tu es partie alors que nous n'avons pas fini le deuil ! Et out ça parce que tu as des états d'âme ! Tu penses un peu à ton grand-père ?! En partant ainis tu lu manques de respect ! Qu'est-ce qui a bien pu te passer par la tête ?
- Mais je...
- Ton grand-père était si peu important à tes yeux ? Et moi qui ai du te trouver une excuse pour expliquer ton absence, j'étais mal à l'aise, que vont dire les gens ? Sa propre petite fille s'en va sans mener le deuil à son terme, quelle honte !"
Elle n'en supporta pas d'avantage, ses jambes se dérobèrent et elle tomba à genoux, pleurant devant l'incompréhension de sa mère. Elle n'arrivait pas à placer une seule parole, elle n'arriverait donc pas à se défendre ?
Yosuke la voyant tomber, se leva d'un copu, prêt à aller voir ce qui se passait. Elle ne parlait plus depuis un moment mais il la vit prendre une grande inspiration et parler tout en pleurant. Elle semblait se battre pour pouvoir parler et qu'on l'écoute.
"Mais je sui restée à son chevet toute la nuit..."
Il n'arrivait pas à discerner ce que disait sa mère alors qu'il se rapprochait sans s'en apercevoir. Il ne voulait pas trop intervenir dans ces histoires de famille.
"Mais j'étais avec lui quand il est mort, je ne l'ai pas abandonné...
- Heureusement ! Mais alors tu aurais dû rester aujourd'hui aussi, ce n'est pas en étant là un seul jour que ça te donne le droit de fuir tes responsabilités !
- Mais vous n'étiez pas là quand il est mort, j'étais seule et je lui tenais la main, je ne l'ai pas abandonné..."
Ses épaules étaients secouées alors que des larmes brûlantes coulaient sur ses joues. Elle commençait à douter de sa décision, était-elle sûre qu'elle avait fait ce qu'il fallait ? Elle ne voulait pas se remémorer ces souvenirs de cette manière, il lui semblait qu'ils étaient en train d'être souillés.
"Ne rejette pas la faute sur nous, nous avons fait beaucoup pour lui et il devait bien mourir un jour. Tu aurais dû rester au lieu de faire ta forte tête. Nous pensions mieux de toi, tu nous déçois beaucoup, faire ça à ton grand-père !
- Mais...
- Non ne dis rien, ce n'est pas la peine, tes actes parlent pour toi, tu n'as pas de coeur et tu es égoïste, c'est impardonnable !"
Nao sentit alors que le combiné lui échappait des mains, tiré vers le haut.
Yosuke était penché sur elle et le lui avait pris, parlant alors posément.
"Arrêtez de traumatiser votre fille plus qu'elle ne l'est déjà.
- Qui... Qui êtes-vous ? Passez-moi Nao ! Cela ne vous concerne pas !
- Vous devriez penser un peu plus à ce que ressent votre fille au lieu de vous apitoyer sur votre sort.
- Quoi ? Je ne vous permets pas ! De quel droit me dites-vous ça ? Qui êtes-vous à la fin ?!"
Il raccrocha sans plus de formalité, se moquant de toutes ces questions pressantes.
Nao le regardait, bouche bée. Elle n'arrivait pas à croire ce qu'il venait de faire. Elle ne savait pas si elle devait le remercier ou lui en vouloir d'avoir parlé aussi vertement à sa mère. Du coup elle ne dit rien, sentant un conflit naître entre son coeur et sa raison. L'un était reconnaissant de la manière dont Yosuke l'avait défendue, lui évitant sûrement un plus long monologue de sa mère qui aurait fini par la déprimer totalement. L'autre se demandait pourquoi il était intervenu dans une histoire qui ne le regardait pas et s'était permis une telle liberté. Mais au final tout ce qu'elle retenait c'était qu'il s'était impliqué rien que pour la défendre. Pourquoi avait-il fait ça ? Elle avait toujours pensé qu'il préférait se tenir à l'écart de tout problème, quand avait-il autant changé ?
Satisfait d'avoir mis un terme aux médisances de sa mère et persuadé de l'avoir sauvée d'une situation horrible, il la prit par l'épaule et la ramena vers la table pour la faire se rasseoir. Elle semblait perdue et fragile, il la traitait comme un vase rare.
Il était heureux de pouvoir s'occuper d'elle, d'être utile.
Il lui servit un thé bien chaud qu'il cala dans sa main droite. Il sortit un gâteau et commença à le couper, il espérait pouvoir lui remonter un peu le moral avec si peu de choses. Alors qu'il lui tendait l'assiette avec sa part dessus, il vit ses yeux s'agrandir et son visage pâlir d'un seul coup. Elle se leva brusquement, plaquant une main sur sa bouche, se précipitant dans la salle-de-bains.
Il lâcha d'un coup tout ce qu'il tenait à la main, s'inquiétant peu de ce qui en résulterait. Il se leva et courru à sa suite, il ne pensait pas qu'il pouvait de nouveau être aussi inquiet que quand il pensait l'avoir perdue.
Elle était penchée au-dessus du lavabo, se jetant de l'eau sur le vsiage pour se rafraîchir. Elle avait vu rapidement son reflet dans la glace et ce visage pâle et exténué lui avait semblé totalement irréel. Elle avait vu quelqu'un d'autre et cela lui avait fait peur.
Yosuke lui tendit une serviette pour qu'elle s'essuie. Elle l'attrappa sans un mot et se frotta le visage, espérant faire disparaître ce visage fantomatique sui s'était superposé au sien.
"Je suis désolé, je ne pensais pas que ça te ferait ça..."
Elle arrêta de s'essuyer le visage, remarquant à quel point il semblait inquiet. Et c'était pour elle.
"Non, ce n'est pas ça."
Il la regarda, intrigué.
"Je... C'est juste que d'un seul coup ça m'a rappelé le buffet à l'enterrement, j'y ai distribué beaucoup de parts de gâteaux alors que je ne souhaitais que m'enfuir loin de cette maison..."
Elle s'interrompit, se rendant compte qu'elle avait parlé à coeur ouvert pour la première fois et elle se sentit mise à nu. Elle était trop fatiguée pour se reprendre et de toutes manières elle n'en avait pas envie.
"Tout va bien maintenant."
Elle essaya de jouer à la courageuse, même si l'effet n'était plus le même après ce qui venait de lui arriver.
Yosuke n'avait pas raté cet instant de réelle franchise, il aurait souhaité que cela dure plus longtemps mais il comprit que Nao devait être suffisamment fatiguée par ce qui lui arrivait et qu'il ne fallait pas presser les choses.
Ils revinrent devant la table et Nao se demanda bien comment elle avait pu penser à l'enterrement sans aucune raison. Alors que Yosuke rammassait l'assiette tombée, elle se laissa envahir par l'atmoshpère chaude et accueillante de la pièce. Elle ne l'avait pas remarqué avant mais ses sens semblaient exacerbés après la panique qu'elle avait ressentie. Elle retrouva ses impressions de bien-être et de sûreté qu'elle avait eu dans cet appartement. Elle se sentait ici comme chez elle. Elle se détendit, se remettant de ses émotions. Ses joues retrouvèrent un peu de couleur et le froid qu'elle avait ressenti se dissipa totalement. Les choses l'entourant ne lui parurent plus étrangères, elle les connaissait toutes dans le moindre détail, tout lui était familier.
Yosuke revint vers la table après avoir rangé le désordre et servit de nouveau Nao avec une certaine appréhension. Elle semblait calmée maintenant mais il la sentait encore fragile. Il ne pouvait pas prévoir ses réactions et restait dans le flou, il ne savait pas comment réagir.
Elle prit l'assiette de sa main et la posant devant elle, se sentit d'un seul coup prête à dévorer tout le gâteau. Ici elle pouvait être gourmande et se laisser aller, elle ne sentait plus de pression la réprimer. Elle porta une première cuillérée à sa bouche, s'étonnant de trouver ça aussi bon, comme si ç'avait été la première fois qu'elle mangeait quelque chose de sucré.
Yosuke n'arrivait pas à dire si elle trouvait ça bon ou mauvais, elle restait là avec un air étonné sur le visage sans rien dire. Puis elle se mit à mâcher rapidement et se coupa un autre morceau qu'elle enfourna tout rond dans sa bouche. Elle semblait d'un coup hypnotisée par sa part de gâteau. Elle s'empiffra allègrement, se mettant des miettes partout sur le visage. Il fut un peu choqué de son changement soudain d'attitude puis il sourtit, heureux de la voir si groumande. Elle faisait petite fille espiègle et il ressentit un sentiment de fierté et en même temps il se sentait responsable d'elle, il voulait la protéger. Alors qu'il l'observait tout son saoûl, elle s'arrêta d'un coup et se tourna vers lui, se dépêchant de finir sa bouchée. Elle avait un air bien décidé qui le surprit.
"Ce gâteau..." Elle désignait le reste de sa part de sa petite cuillère. "c'est toi qui l'as fait ?"
Sa perspicacité le laissa sans voix. Comment pouvait-elle affirmer quelque chose comme ça d'un seul coup ? Il acquiesça en silence, attendant de voir ce qu'elle en dirait.
"J'en était sûre !" Ses yeux riaient. "Il est trop bon pour avoir été acheté !"
Elle lui faisait un compliment ? Il n'en revenait pas. Bien sûr il avait espéré qu'elle remarque tout mais il n'y avait pas cru. Elle semblait remise de ses émotions et la gaieté s'était faite son amie. Avaient-ils jamais passé de moments aussi agréables et simples ensemble ? Il n'en avait pas souvenir. Etre avec elle et lui parler semblait si facile et si gratifiant.
"Il est vraiment délicieux. Je ne savais pas que tu savais faire tout ça."
Evidemment ils ne s'étaient presque jamais vraiment parlé, ils ne se connaissaient pas du tout. Elle fut étonnée de voir le visage de ce jeune homme si stoïque face aux assauts de la gent féminine, se colorer de rose alors qu'elle le complimentait.
Alors il avait donc un côté timide malgré tout ? Elle se rendait compte qu'elle avait tout à apprendre et découvrir sur lui. Ce n'était pas une mauvaise chose, c'était un peu un nouveau départ pour elle ; avec lui comme avec sa vie.
"Maintenant que je sais ça, je vais te demander plein de petits plats !
- Ah ?
- Oui ! Tu vas passer ta vie devant les fourneaux c'est moi qui te le dis !
- Ah mais non ! Je suis pas cuisto moi !
- Tu feras bien l'affaire comme chef, y'a pas d'autres candidats !
- Mais toi, tu pourrais t'y essayer aussi !
- Moi ?! Ah mais aurais-tu déjà oublié le goût insipide de mon dernier plat ?"
Yosuke fit la moue en se rappelant cette anecdote, confirmant ce que disait Nao qui s'animait de plus en plus.
"Tu vois ! C'est pour ta santé que je dis ça, il vaudrait mieux que ça soit toi qui fasse les plats compliqués. Moi je veux bien faire des nouilles instantanées ou ce genre de choses...
- Et encore... Tu te sens capable de réussir des plats aussi recherchés ?"
Il ne pouvait s'empêcher de la taquiner, ce soir il sentait que c'était le bon moment pour ça.
"Mmmh..." Elle fronça les sourcils, coinça une baguette sous son nez avec sa lèvre supérieure et croisa les bras, l'air concerné. Yosuke s'était déjà mis à rire, il n'en revenait pas de la voir comme ça, elle était si drôle ! Lui qui la trouvait si sérieuse, il se trompait, elle ne le montrait pas si facilement, c'était tout.
"Je crois que j'en suis capable." Elle rit avec lui, laissant tomber sa baguette. Elle se sentait tellement soulagée de pouvoir dire autant de bêtises avec quelqu'un qui comprenait ce qu'elle faisait. Elle s'était souvent retrouvée devant des gens qui ne partageaient pas son humour et s'était sentie bien seule. Mais là, quelqu'un qui était capable de dire qu'il ne pouvait pas passer de mouchoir par téléphone était vraiment le bon interlocuteur. Elle était revigorée et tellement heureuse de bien s'entendre avec Yosuke finalement. Cette espèce de sombre aura avait déserté le garçon et c'était bien mieux ainsi.
Ils rangèrent ensemble la cuisine et se séparèrent pour aller dormir rapidement.
Elle avait tout oublié de sa journée et ne pensait plus qu'au lendemain et à son retour à l'école. Elle avait hâte de revoir sa meilleure ami, elle se sentait forte et prête à tout affronter. Elle était exhaltée, elle sentait qu'elle ne pourrait pas s'endormir facilement. C'était le même sentiment que lorsqu'on reçoit beaucoup de cadeaux, on n'en revient pas que tout cela soit rien que pour soi ; ou après la lecture d'un livre passionnant, la tête remplie d'idées on n'arrête pas d'y penser.
Elle était si contente d'avoir passé ce moment avec Yosuke. Et puis avec du recul, l'instant où il avait pris le combiné de ses mains, c'était vraiment très classe et très beau. Il avait changé et quelque part elle se dit qu'elle n'avait attendu que ça, qu'il se révéle à lui-même et lui montre son vrai visage.

can ever dissever my soul from the soul of

Elle étira tout son corps lentement. Elle se sentait reposée, la chaleur de son lit était si douillette, elle aurait voulu y rester plus longtemps. Elle avait dormi comme une masse, elle avait à peine entendu son réveil, de justesse. Un nouveau jour était arrivé, tout lui semblait neuf, tout lui semblait possible. Elle s'assit lentement dans son lit, recoiffant machinalement ses cheveux emmêlés. C'était comme si elle s'était battue, elle ne préférait pas voir la tête qu'elle avait, elle aurait sûrement eu peur. Elle sentit venir à elle une douce odeur de café qui lui rappela les matins de vacances où c'était par cette odeur qu'elle était éveillée et non par lebruit stridant du réveil. Elle se leva et s'étira de nouveau avec bonheur, elle aimait ces matins tranquilles où elle n'était pas tout à fait réveillée et sentait tout au travers d'un voil e de coton doux. Elle se dirigea lentement vers la cuisine, s'habituant peu à peu à la forte luminosité qui y régnait. Son regard se pose sur la table qui était remplie de victuailles, un vrai petit déjeuner de château. Yosuke, affairé près du plan de travail tourna la tête pour lui dire bonjour.
"Je ne pensais pas que tu te lèverais si tôt, j'ai préparé ça pour quand tu serais réveillée."
Il se lava les mains puis se les essuya ; il rejoignit Nao qui s'était déjà assise à table.
"Il fallait bien que je me lève pour aller en cours !"
Elle entama son petit déjeuner, les yeux brillants d'admiration devant tout le choix qu'elle avait.
"En cours ? Tu es sûre de vouloir y aller ? C'est pas un peu trop tôt ?
- Non, je suis revenue pour reprendre ma vie normalement, autant retourner en cours le plus vite possible.
- Tu es sûre ?
- Oui. Je sais que ça va pas être facile, tout le monde va me regarder avec compassion et tristesse et je vais pas aimer ça mais de toutes manières je serai obligée de supporter ça un jour ou l'autre, autant que ça soit le plus vite possible."
Il la regarda si sûre d'elle, ça changeait de la Nao de la veille si fatiguée et triste. Il était rassuré et il lui faisait confiance pour tout affronter, elle était bien plus forte que lui.
"Bon alors je t'accompagnerai.
- Ah mais non, je dois y aller en avance, je suis de corvée de ménage normalement.
- Non c'est pas la peine, j'ai fait changer ton tout, tu n'as pas à le faire cette semaine.
- C'est vrai ?"
Elle était étonnée. Elle lui avait donné beaucoup de directives mais il avait vraiment pensé à plus de choses qu'elle. Au début elle avait senti ça comme si on lui coupait l'herbe sous le pied mais finalement ça l'aidait bien. Elle se sentit flattée qu'il se soit inquiété de tous les détails, il n'avait pas oublié que c'était son tour de faire le ménage. Il avait dû être attentif à ce qu'elle faisait alors même qu'il paraissait si détaché.
Quelles autres choses avait-il remarquées chez elle ? La connaissait-il mieux qu'il n'en laissait paraître ? Elle se sentit un peu perdue, elle avait eu des repères avec lui mais ils n'étaient plus vrais désormais. Elle était découverte et ne pouvait pas se cacher. Comment pouvait-elle réagir maintenant ?
"Tu m'avais dit que tu rentrais pas de la semaine alors j'ai fait changer ton tour tout de suite. Tu le rattraperas dans quinze jours."
Il continuait de manger comme si de rien n'était, que tout ce qu'il avait fait était naturel. Mais venant de la part de quelqu'un qu'elle avait évité et méprisé c'était étonnant.
<> Il se sentait fier de ce qu'il avait fait. Il l'avait aidée et avait vraiment été utile, presqu'indispensable. Sans lui, il aurait été plus compliqué pour elle de tout arranger.

"Mika !"
Elle sauta au bas du vélo avant qu'il ne s'arrête. Son amie se retourna, surprise d'entendre cette voix.
"Nao ? Comment ça se fait que tu soies déjà là ?
- Et bien, l'école me manquait trop alors j'ai décidé de rentrer !"
Mika observa attentivement son amie. Elle aurait dû être triste et accablée mais elle paraissait parfaitement en forme. Elle se demanda comment c'était possible vu qu'elle savait à quel point Nao aimait son grand-père. Elle décida de n'en rien dire, trop heureuse qu'elle ne déprima pas.
"Je suis désolée pour ton grand-père, ça m'a attristée.
- Merci Mika. Il aurait été si heureux de te rencontrer, je suis sûre qu'il t'aurait adorée !
- J'aurai bien aimé le rencontrer moi aussi mais de toutes manières je n'aurai pu que l'apprécier vu qu'il a une petite fille aussi bien que toi.
- Fini de me complimenter oui !"
Elle s'arrêta, quelque chose semblait manquer autour d'elle. Elle se retourna et vit Yosuke, seul, en train d'accrocher son vélo. Il n'y avait pas de foule, pas de bagarre ni de chahut autour de lui. Comment était-ce possible ? Elle n'était partie que quelques jours et voilà que tout avait changé. Que s'était-il passé ? Mika avait remarqué son coup d'oeil.
"C'est comme ça depuis que tu es partie, plus aucune fille n'ose s'approcher de lui maintenant.
- Mais... Comment ?"
Elle ne put continuer car Yosuke les rejoignit alors et ils se dirigèrent ensemble vers la salle de cours. C'était de plus en plus étrange. Alors qu'elle continuait de babiller avec insouciance avec Mika, elle était à côté du jeune homme qui ne disait mot, les écoutant distraitement. C'était bien la première fois qu'ils allaient en cours tous ensemble. Elle se sentit grisée, c'était vraiment une toute autre vie et elle commençait à vraiment l'apprécier.
Ils entrèrent dans la classe et tout le monde se mit à chuchoter sur son passage. Elle s'y attendait mais cela lui procura une sensation étrange, comme si quelque chose de léger et d'agile lui remontait le dos indéfiniment. Elle s'assit rapidement et fit mine d'ouvrir ses cahiers. Tout de même quelques personnes lui avaient souhaité un bon retour. Elle savait qu'il sne le faisaient pas exprès mais que cette sitatuon les intrigait. Elle fut soulagée de voir entrer le professeur mais ça ne dura pas longtemps. Après le salut il remarqua sa présence et lui adressa ses conoléances, content de la revoir dans sa classe. Tous les regards s'étaient alors tournés vers elle, Mika lui faisant un petit signe d'encouragement, cela la toucha beaucoup.
Le cours suivit son déroulement, lui permettant de ne plus être le centre d'intérêt. Yosuke l'observait de loin. Il se sentait moins seul avec Mika et Nao que lorsqu'une horde de filles anonymes l'entourait. C'était tellement simple, il n'avait pas réalisé à quel point sa façon d'être avec les autres l'avait isolé d'une certaine manière. Il avait toujours fait en sorte de présenter un visage affable à tous ces gens qui le cotoyaient, disant et faisant ce qu'ils attendaient de lui sans se soucier de ce qu'il voulait vraiment. Il l'avait tellement fait qu'il avait oublié comment faire autrement. Avec Nao il essayait de ne plus s'en remettre à ce qu'il fallait faire dans une certaine situation mais ce qu'il préférait qu'il se passe. Il tatonnait mais à chaque fois qu'il avait tenté quelque chose il s'était senti récompensé rien que par un mot, un geste de Nao qui lui disait qu'il avait bien fait de suivre sa pensée personnelle. Que malgré tout, son avis et sa propre façon de faire étaient valables. Il voulait encore essayer, il voulait découvrir ce que c'était d'être quelqu'un de différent, qui ne répondait pas aux attentes de tout le monde. Du moment qu'il ne se sentait pas seul il aurait du courage pour y arriver. Etre accepté pour ce qu'il était vraiment, sans aucune condition et aussi naturellement l'émerveillait. Il se sentait plus sûr de lui en même temps que plus ouvert et fragile.
Il secoua la tête, trop de pensées heureuses la traversaient en ce moment. Il se reconcentra sur le cours, chassant un sentiment d'euphorie qui grandissait en lui et aurait très bien pu le faire danser sur sa table et rire bêtement jusqu'à épuisement. Comment avait-il pu ignorer ces sentiments pendant si longtemps ?

come live with me and be my love

"C'est bizarre que Yosuke se retrouve seul comme ça"
L'idée n'avait pas arrêté de la turlupiner depuis le matin. Elle pensait pouvoir botenir des renseignements par Mika maintenant qu'elles discutaient à l'interclasse.
"Ca c'est depuis que tu es partie, il a changé du tout au tout."
Elle sa lava les mains puis se regarda dans la glace, se recoiffant un peu. Elle se retourna vers Nao qui se trouvait près de la porte.
"Il est devenu renfermé, d'un seul coup il ne souriait plus obligeamment à toutes les filles qui venaient le voir, elles étaient vexées. En un rien de temps plus personne n'osa l'approcher. Il est juste venu me parler pour me dire ce qui t'étais arrivé et c'est tout. Il a averti tous les profs et je l'ai même vu aller prévenir Mikui que tu ne pourrais pas aller le voir, incroyable !
- Ah, c'est parce que je lui avais demandé de le faire..."
Mika ouvrit des yeux immenses.
"Tu aurais dû me le demander ! Tu penses vraiment pas à la fierté masculine toi !
- Qu'est-ce que ça veut dire ?"
Nao était un peu irritée, qu'est-ce qu'elle avait fait de si étrange ?
"Ca veut dire que tu aurais dû éviter de l'impliquer dans ton histoire de rendez-vous...
- Mais ce n'était pas un rendez-vous !
- Le savait-il ?"
Elle attendit que son amie digère ça. Il fallait vraiment tout lui expliquer c'était impossible ! Et pourtant c'était tellement évident !
"Tu sais ces quelques jours ont complètement crevé Yosuke. Lui qui paraissait infatigable et imperturbable maintenant il se traîne comme il peut.
- C'est vrai ?!"
Nao n'en revenait pas, elle n'avait vraiment rien remarqué. Il fallait reconnaître qu'elle-même avait été des plus fatiguée et était encore un peu déconnectée de la réalité.
"Je pense qu'il s'est vraiment inquiété pour toi. Il a dû t'appeler souvent non ?"
Le hochement de tête de son ami lui suffit comme réponse et elle continua.
"Il a fait tout ce que tu lui as demandé et même peut-être plus encore."
Nao baissa la tête, repensant au matin même. Il avait changé son tour de corvée de lui-même, il avait tout organisé pour elle.
"Il a toujours essayé de se rapprocher de toi, de te parler mais tu restais toujours distante. Je te l'ai dit quand il t'avait complimentée ce n'étaient pas des paroles en l'air."
Elle s'approcha de son amie qui s'était assombrie, plongée dans ses réflexions. Elle lui prit les mains, attirant son attention pour qu'elle la regarde dans les yeux.
"Je ne veux pas te faire la morale, tu devais avoir tes raisons et je crois que j'aurai fait pareil mais maintenant c'est différent. Il a changé, il semble avoir arrêté de jouer la comédie, ça se voit.
- Ah ! C'est exactement ce que je pensais... Tu sais j'ai décidé de lui laisser une chance et puis je n'ai rien à perdre, je verrai s'il a vraiment changé.
- Oh tu n'as qu'à regarder ses yeux. Il semble perdu, comme s'il voyait tout pour la première fois. Il a abandonné ses assurances et est devenu humble, ça paraît évident. Mais bon c'est sûr que moi je l'ai vu vraiment changer, toi tu n'es revenue qu'hier, tu verras ça par toi-même."
Elle lui fit un sourire entendu qui semblait cacher quelque chose mais Nao n'aurait pas su dire quoi. Elle sourit faiblement en retour, se laissant entraîner en cours par son amie qui semblait déborder de vitalité d'un seul coup.
Elle n'avait pas porté plus d'attention que ça à tout ce que Yosuke avait fait pour elle. Son amie venait de lui ouvrir les yeux. Ce pouvait-il que...
En rentrant dans la classe, encore à moitié perdue dans ses pensées, elle croisa le regard de Yosuke et s'y perdit l'espace d'une seconde. Elle sentit son coeur battre la chamade et se serrer en même temps. Elle avait vraiment regardé le garçon, elle était sortie de cet espèce de voile brumeux qui l'avait protégée ces derniers temps. Elle avait vu l'étonnement et l'attention dans son regard. Mais aussi quelque chose de plus difficile à discerner qui la mettait mal à l'aise. Ce garçon qui avait été si fort pour elle lui sembla d'un seul coup aussi chétif et perdu qu'un enfant. Elle avait pensé que tout irait mieux s'il changeait et abandonnait cette attitude hautaine. Mais elle n'avait pas pensé que ça le perturberait. Elle avait été des plus égoïstes et s'en voulait maintenant.
Il était seul, sans personne pour l'aider et malgré tout il était là pour elle, faisant de nombreux efforts pour qu'elle aille mieux. Et qu'avait-elle fait en retour ? Elle l'avait ignoré ou presque, ne s'inquiétant même pas de savoir comment il allait.
Elle restati le tête penchée, assise à sa place, ses joues rougissant de honte. Qu'avait-elle fait ? Ou plutôt, pourquoi n'avait-elle rien fait ? Elle avait vécu un moment difficile mais justement cela aurait dû lui ouvrir les yeux. Elle essayait de se faire toute petite et que personne ne la remarque. Elle sentait sur son dos le regard de Yosuke. Il avait dû être étonné qu'elle le regarde aussi intensément. Elle s'était précipitée à sa place, fuyant à ce qu'il lui sembla. Il se demandait ce qui s'était passé pour qu'elle réagisse comme ça. Il repense à son regard, elle avait eu l'air de vraiment le voir et puis quelque chose avait chatouillé ses yeux, plongeant en lui et voyant tout de lui. Il s'était senti mis à découvert, acculé, mais il n'avait pas pu bouger, il avait voulu savoir ce que lui faisait Nao. Elle avait semblé réaliser quelque chose mais il ne savait pas quoi et cela le perturbait. Il la voyait de loin, elle essayait de se cacher. Qu'avait-il fait qui puisse la mettre dans cet état ? Est-ce qu'elle allait avoir des raisons de lui en vouloir ? Il eut peur d'un seul coup que tous ses efforts ne soient réduits au néant si jamais elle le rejetait de nouveau. Il ne le supporterait pas. Il se frotta la tête, se traitant d'imbécile. Pourquoi pensait-il à tout ça, c'était stupide ! Mais il sentait que quelque chose d'important s'était passé et que sa relation avec Nao en subirait les conséquences quelles qu'elles soient. Il sentit son ventre se nouer sous l'effet de la tension. Alors il lui fallait attendre de voir ce que la fille lui dirait. Il était dans l'attente, nerveux. Il préférait fermer ses pensées aux hypothèses qui tentaient de l'envahir. S'il devait se passer quelque chose, tout ce qu'il pouvait faire c'était d'avoir confiance au jugement de Nao.
S'il n'avait pas confiance maintenant, ce n'était pas la peine de continuer.
Il se détendit un peu, respirant plus librement. Il ferait tout pour rester avec elle mais il ne pouvait pas la forcer à vouloir l'accepter. Il prit son mal en patience du mieux qu'il put, attendant la fin des cours qui le libèrerait de cette situation.

and we will all the pleasures prove

Nao regarda Mika partir de son côté puis rejoignit Yosuke qui l'avait attendue devant l'entrée. Ils n'avaient pas prononcé un seul mot et un léger malaise régnait entre eux. Lui n'en pouvait plus d'attendre alors qu'elle essayait de trouver quelque chose à dire mais n'y parvenait pas. Ils se mirent en route lentement, et alors qu'elle le regardait du coin de l'oeil, elle le vit l'air tendu. Cela l'intrigua et sans réfléchir elle entama la conversation.
"Est-ce que ça va ?"
Il sursauta au son de savoix, la regardant, un peu perdu. Il ne s'attendait pas à cette question.
"Euh oui..."
Il avait peur d'en dire plus. S'était-il fait des idées ? N'avait-elle rien réalisé en le regardant ?
"C'est que... tu sembles vraiment fatigué..."
C'était juste ça qui l'avait fait réagir comme ça en classe ? Ca ne tenait pas debout !
"Ah et bien j'ai eu un peu de mal à dormir ces derniers temps..."
Tout de suite elle pensa que c'était à cause d'elle. Mais elle n'avait pas voulu qu'il s'inquiète autant. Elle s'était sentie la plus triste mais finalement il avait l'air d'en avoir souffert lui aussi. Elle s'arrêta d'un seul coup, essayant de se rappeler leurs conversations. Elle réalisa alors quelle ingrate elle avait été, comme si sa gentillesse était si naturelle que ça.
"Je... Je ne l'ai pas fait avant mais je vais le dire maintenant."
Il se retourna vers elle, la regardant d'un air interrogateur. Allait-elle lui dire de ne plus rester avec elle, qu'elle était revenue et que maintenant il fallait qu'ils fassent comme avant ? Et pourtant elle semblait hésiter sur ce qu'elle avait à dire, elle semblait un peu effrayée. L'aurait-elle été si elle avait dû le rejeter ? Mais peut-être voulait-elle y mettre les formes...
Elle était plongée dans l'observation de ses mains mais d'un coup elle releva la tête, le fixant droit dans les yeux, décidée.
"Je voulais te remercier pour tout ce que tu as fait pour moi ces derniers jours. Si tu n'avais pas été là... et bien je ne m'en serai pas aussi bien sortie toute seule..."
Alors là il ne comprenait vraiment plus rien. Il n'en croyait pas ses oreilles, elle le remerciait aussi simplement et en même temps il savait qu'elle ne faisait pas ça souvent. Il réalisa enfin ce qu'elle avait dit et se senti flatté et rassuré. Sans s'en rendre compte il avait attendu un signe de reconnaissance, même minime, de sa part. Il venait d'être comblé et se sentit rougir. Il baissa la tête, se passant la main dans les cheveux, un geste de timidité qu'il ne faisait jamais avant.
"Ah... euh... C'est rien, je suis content d'avoir pu t'aider..."
Plus elle l'observait, plus elle le trouvait mignon d'un seul coup. Il avait eu peur de ce qu'elle allait dire et finalement il était rassuré. Elle se demanda ce qu'il pensait qu'elle avait eu l'intention de lui dire. Et puis depuis quand ce qu'elle disait avait une quelconque importance pour lui ? Elle ne s'y faisait vraiment pas. Elle avait soudain envie de le protéger comme un petit chaton.
Ils reprirent en silence leur chemin. Elle sentait qu'elle devait faire plus que le remercier sinon ils en resteraient toujours au même point.
"Tu devrais prendre plus soin de toi, tu as les traits tirés... J'en sui en partie responsable en fait vu à quelle heure je t'appelais de chez moi, j'en suis désolée. J'aurai dû réfléchir avant d'agir bêtement.
- Non ! Tu n'as pas à t'en vouloir, c'est moi qui t'avais dit d'appeler. Et puis de toutes manières je n'arrivais pas à dormir..."
Sa voix avait baissé, il se rappelait ses nuits interminables d'insomnie où les ténèbres de l'appartement l'étouffaient et semblaient lui chuchoter de mauvais présages. Dans un certain sens c'était sa faute à elle, elle l'avait laissé seul alors qu'il ne supportait pas ça. Mais elle n'avait pas eu le choix.
Elle le regardait, doutant de ses paroles. Elle se sentait coupable et se voyait d'un coup très froide et distante, elle n'aimait pas ça. Elle avait soudain besoin de l'aider et qu'il soit à l'aise avec elle. Cela ne pouvait pas se faire si rapidement mais elle aurait voulu presser les choses. Cette situation l'agaçait et elle en était entièrement responsable.
"Je suis désolée, j'aurai bien voulu t'épargner tout ce dérangement, toute cette histoire... Tu n'avais pas à être impliqué là-dedans et pourtant je m'en suis remsie à toi, sans te demander ton avis. Peut-être ne voulais-tu pas faire tout ce que je t'ai demandé et moi je n'ai fait que donner des ordres sans écouter ton avis... J'ai été stupide..."
Elle culpabilisait ? Il n'avait pas voulu ça !
"Non, tu te trompes, j'ai fait tout ça parce que je le voulais bien. J'aurai voulu faire d'avantage encore. Je voulais venir avec toi pour te soutenir, je voulais vraiment partir et te suivre, si seulement j'avais pu !"
Elle resta interdite, il était tellement désireux de la convaincre qu'il l'avait prise par l'épaule. Il semblait désespéré de n'avoir pas pu faire ce qu'il voulait. Il était tendu, puis il se rendit compte de ce qu'il avait dit et la relâcha précipitemment. Elle sentait quelque chose changer en elle. De nouveau elle le regard vraiment et sentit son coeur se serrer. Il était épuisé moralement et si perdu. Ce n'était pas seulement de la pitié qu'elle ressentit. Elle voulait faire quelque chose pour le rassurer mais elle ne savait pas quoi.
"Désolé... Je me suis emporté..."
Il se détourna, honteux, et reprit le chemin vers leur appartement.
Elle ne pouvait pas le laisser partir comme ça sans rien dire, ça serait pire pour lui alors qu'il était si sincère avec elle. Elle le rattrapa en courant, restant près de lui un moment sans rien dire. Qu'avait-elle fait pour lui ? Elle n'avait fait que le mettre mal à l'aise et le faire douter, belle réussite. Et lui, il avait dit des mots qui l'avaient vraiment touchée, pourquoi n'arrivait-elle pas à faire de même pour lui ? Elle se sentit empotée et porutant avec un peu de bonne volonté elle y arriverait sûrement.
"Je... J'aurai bien aimé que tu soies venu avec moi, je me serais sentie moins seule et triste..."
Que... Comment arrivait-elle à dire ça aussi simplement ? Alors qu'elle ne lui parlait jamais avant. Aurait-elle prêté plus d'attention à lui qu'il ne le croyait ?
Ces mots agirent comme un baume sur son esprit qui s'apaisa. Toute la tension qu'il avait accumulée dans l'attente s'évapora. Il ne savait pas ce qu'elle avait lu dans ses yeux mais en tous les cas elle ne voulait pas le rejeter, au contraire. Ah ? Elle essayait de se rapprocher de lui ? Elle avait entamé à chaque fois la conversation, et elle l'avait rattrapé alors qu'il fuyait.
"Ce que tu as fait pour moi me touche beaucoup. Je t'en suis très reconnaissante. Et si... Si je peux faire quoi que ce soit pour toi, n'hésites pas à m'en parler. J'aimerai vraiment t'aider."
Cette phrase trouva un écho en lui, il lui avait dit à peu près la même chose il y avait quelques jours déjà. Alors, était-elle dans le même état d'esprit que lui quand il avait dit ces mots ? Pensait-elle la même chose ?
Ses yeux semblaient sincères et puis il ne pouvait pas douter d'elle sinon il devrait douter du monde entier. Il se contenta de hocher la tête, il sentait qu'il n'aurait rien pu dire. Elle faisait des efforts pour lui parler mais il n'arrivait pas à lui répondre. Il se rendit compte de l'endroit où il se trouvait et finalement se retrouva obligé de parler.
"Je dois aller au travail...
- D'accord, ne te fatigue pas trop.
- Oui... Euh Nao ?
- Oui ?
- Je... Je suis content que tu soies rentrée.
- Moi aussi."
Elle le regarda s'éloigner sur son vélo. Elle avait essayé d'établir un contact solide avec lui mais elle n'avait pas trouvé les mots qu'il aurait fallu lui dire pour le rassurer. Elle reprit son cheminement, traînant les pieds par terre, un air boudeur sur son visage. Elle n'était vraiment pas satisfaite d'elle-même. Elle aurait pu mieux faire. Lui avait fait beaucoup plus. Elle se rappela de la force avec laquelle il avait sais son épaule, du contact de sa main solide sur elle. Il ne l'avait jamais touchée avant, elle avait été aussi surprise qu'émue par son geste. Elle aurait bien voulu qu'il recommence. Elle secoua latête, essyant de se reprendre. C'était à elle de faire quelque chose maintenant, elle le savait. Elle ne l'abandonnerait pas comme ça, seul et perdu. Elle préférait encore le voir jouer un rôle plutôt que de souffrir. Mais finalement il n'avait pas été heureux en cachant sa vraie personnalité, ça se voyait. Il fallait qu'elle l'aide à être lui-même et l'accepter tel qu'il était serait sûrement une bonne façon pour lui de prendre de l'assurance. Sous ces mots raisonnables se cachait son réel sentiment qu'elle refoulait. Juste être avec lui semblait suffisant pour Nao. Etre avec lui et partager sa vie, ses sentiments, ses émotions, ses joies et ses peines. Depuis tout ce temps qu'elle habitait avec lui, s'était-elle finalement attachée à lui ? Pourrait-elle ne serait-ce qu'imaginer avoir un autre colocataire ? L'idée de le remplacer lui fit froid dans le dos et une frayeur sourde naquit en elle. Il ne fallait pas y penser. Penser à l'échec revenait à l'accepter. Elle ne devait pas penser à ça mais plutôt aux efforts qu'elle aurait à fournir pour être vraiment honnête avec lui et le mettre à l'aise à son tour.
Elle gravit rapidement les escaliers et rentra dans l'appartement. Tout semblait paisible et en attente du retour des habitants. Elle soupira d'aise, elle se sentait vraiment de retour chez elle. Le voyant du répondeur clignotait. Elle s'en approcha, appuyant sur la touche pour écouter les messages. Il n'y en avait qu'un, ce qui était vraiment bizarre comparé au nombre hallucinant qu'ils recevaient avant. Elle écouta attentivement la voix qui lui était familière, acquiesçant en silence aux questions posées. Le message était court, aussitôt fini elle décrocha le combiné et composa le numéro qu'on venait juste de lui donner, l'indicatif signifiant que la personne se trouvait tout prêt. Elle parla un instant seulement, après avoir accepté la proposition qui lui avait été faite. Elle s'était un peu inquiétée à ce sujet mais n'en avait pas parlé. Maintenant elle se sentait rassurée. Elle raccrocha et, remontée à bloc, elle décida de préparer un bon repas pour Yosuke et elle. Elle ferait de son mieux et n'essaierait pas de faire des choses trop compliqués, ça ne lui réussissait pas. Et puis elle proposerait à Yosuke de venir avec elle. C'était une excellente idée !
Elle s'affaira, réjouie, dans la cuisine, faisant un vacarme de tous les diables.



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