And we will sit upon the rocks
Après une soirée à travailler dans la supérette toute proche, ses idées étaient posées. Seul il ne se sentait plus tourmenté ni indécis. Quand il pensait qu'il allait bientôt pouvoir rentrer chez lui et la revoir il se sentait comblé. Il ne se demandiat pas ce qu'il dirait ni ce qu'il ferait, il ne pensait qu'à rentrer et à être avec elle. A mesure que le temps passait et que la grande aiguille de la pendule qui lui faisait face approchait de son but, il ressentait une impatience telle qu'il se pressait pour servir au plus vite les clients, prévenant même leurs demandes. Toutes les tâches qui lui avaient parues insipides et longues étaient une véritable distraction. Il faisait tout de bon coeur et souriait exagérément à tous les clients. Sa patronne en restait bouche bée. Etait-ce vraiment le même garçon qui avait eu une tête d'enterrement à faire peur à une revenant ces derniers jours ? Il semblait tellement satisfait maintenant, ses traits commençaient à se détendre. Il n'attendit pas plus longtemps et dès qu'il eut finit son service il se changea en un instant, jetant son tablier sans plus de modération dans son casier et retraversa la boutique en souhaitant rapidement le bonsoir avant de claquer la porte derrière lui.
by shallow rivers, to whose falls
Le lendemain, enfin prêts, ils commençaient à sortir lorsqu'une fille arriva essouflée devant leur porte. Yosuke se crispa d'un seul coup, son regard devenant fuyant. Il ne tenait apparemment pas à la rencontrer maintenant.
embroidered all with leaves of myrtle
"Je n'en peux plus !"
The shepherd swains shall dance and sing
Il raccrocha lentement le téléphone et se rendit à la chambre de Nao. Il s'appuya contre le chambranle de la porte, l'air las. Elle se retourna alors, sentant se présence. Son visage si préoccupé l'inquiéta et elle pencha la tête d'un air interrogateur. Elle ressentait que quelque chose n'allait pas et que cette période qui avait été si paisible et magnifique allait être réduite à néant.
for thy delight each May morning
Elle s'étira langoureusement dans son lit, posant une main apaisante sur le réveil qui s'éteignit. Elle s'emmitouffla un instant sous sa couette puis la rejeta d'un seul coup, se levant aussitôt. Elle avait merveilleusement bien dormi et se sentait d'attaque pour une nouvelle journée de cours. Et puis le soir elle devait aller chez son oncle ranger les affaires de son grand-père. Elle traversa le couloir et entra dans la cuisine, lançant son "bonjour!" habituel. Sa voix se cogna contre les murs et fut stoppée net. La cuisine était vide.
If those delight thy mind may move
La trotteuse tournait sur le cadran, marquant une pause à chaque seconde. Ce bruit s'amplifiait et résonnait dans sa tête. Les secondes succédaient aux secondes, lentes, impassibles. Les minutes s'accumulaient, vides. Les heures, tristes, s'allongeaient. Chaque instant ressemblait au précédent. Chaque jour se répétait inlassablement. Le sommeil la quittait quand elle le cherchait et venait la trouver quand elle le fuyait. Le paysage était flou, ses pas la menaient d'un endroit à l'autre sans qu'elle sembla se réveiller. Le téléphone restait mortellement silencieux et cette solution qu'elle attendait à cause de son oncle ne venait pas. Le regard des gens lui donnait la nausée, elle baissait la tête et passait son chemin, elle s'éloignait des autres et se réfugiait dans la solitude. Un geste amicale de Mika lui semblait une agression et elle la repoussait.
Then live with me and be my love.
Poèmes
Sing Madrigals > Sonnet 3
<-- Chapitre précédent
Il voulait rentrer, plus que jamais. Même s'il n'était pas sûr de ce qui allait arriver. Tout ce qui lui importait c'était de retourner dans cet endroit où il pourrait se sentir un peu chez lui. Il ne serait pas à l'aise et chercherait sûrement ses mots mais il rêvai qu'il arrivait à être parfaitement naturel et qu'alors un lien plus fort se issait entre Nao et lui. Cette perspective l'exaltait et il accéléra le pas pour rentrer plus vite et voir de ses yeux ce qu'il pourrait faire.
Il s'arrêta un instant devant chez lui, un rai de lumière chaude perçait par le bas de la porte. Il se pencha en avant, tentant d'écouter ce qui se passait à l'intérieur. Une certaine agitation semblait régner. Il se redressa intrigué, étaient-ce bien des bruits de la cuisine qu'il entendait ? Il ne pouvait attendre plus longtemps, il voulait savoir ce qui se passait. Il respira un grand coup, se donnant du courage.
Il ouvrit la porte en grand et plongea dans l'atmosphère douce et accueillante de son appartement. Avant toute chose il fit savoir à Nao qu'il était rentré. Puis il se déchaussa. Avait-il entendu un fracas et un petit cri de surprise ? Il passa devant le téléphone, aucun message ne l'attendait et il n'avait pas non plus de courrier. Il n'en avait pas besoin, ce qui était important c'était ce qui se passait ici, le reste était trop loin pour lui. Il posa son sac avant de rentrer dans la cuisine. Le spectacle qui l'accueillit avait de quoi l'étonner. Nao était en train d'empiler de nombreux plats qu'elle venait de laver mais ils n'arrivaient pas à tenir en équilibre sur l'égouttoir. Elle gémit alors qu'une grand casserolle échappait à son contrôle, oscillant dangereusement prêt du bord. Alors qu'elle fermait les yeux, s'attendant déjà à entendre le bruit que ferait la casserolle en tombant par terre, elle sentit quelque chose s'appuyer sur son bras et aucun bruit de chute ne se fit entendre. Elle rouvrit lentement les yeux. Ce qui reposait sur son bras était celui de Yosuke qu'il avait rapidement tendu pour éviter une nouvelle catastrophe. Elle tourna la tête vers lui, ne lâchant pas les autres plats. Elle était étonnée de la rapidité avec laquelle il avait réagi. Il souleva la casserolle et se mit à l'essuyer après avoir attrapé un torchon de son autre main. Il rangea le tout alors que Nao avait finalement réussi à tout faire tenir. Elle le remercia doucement, honteuse d'avoir été prise en flagrant délis de maladresse. Il se sentit de nouveau bloqué, ne sachant plus quoi dire. Il tourna son regard vers la table qui était dressée et garnie. Il regarda de nouveau Nao, interrogateur.
"J'ai pensé que ça serait bien si je préparais quelque chose pour que tu n'aies pas à travailler en plus en rentrant. J'ai fait attention à ne faire que des choses simples pour être sûre de ne pas les rater. Je crois que c'est assez réussi mais pour ça il faut qu'on goûte alors passons à table." Le flot de ses paroles déferla sur lui et il se laissa entraîner alors que ses yeux l'observaient attentivement. Elle avait l'air un peu échevelée et avait taché son tablier, elle avait encore de la sauce sur la joue et elle prenait garde à ne pas trop se toucher les doigts. Il y regarda mieux, elle s'était brûlée ! Il espéra intérieurement que ce n'était pas grave et qu'elle faisait attention à elle. Il aurait voulu tout lui dire aussi simplement que cela lui venait en tête et être un peu plus attentionné à son égard mais tout ce qu'il réussit à faire fut de s'asseoir comme elle le lui avait demandé et d'entamer le repas.
Elle le regarda avec des yeux gourmants.
"Alors ?"
Il reprit une nouvelle bouchée pour être bien sûr.
"C'est délicieux ! C'est étonnant..." Il s'arrêta, il ne voulait pas la vexer. Mais apparemment rien n'aurait pu l'assombrir en cette soirée. Sa bonne humeur irradiait d'elle et venait l'envahir doucement.
"C'est vrai ? Ah je suis rassurée ! Avec toutes les bêtises que j'avais faites avant j'avais peur de tout rater."
Elle s'assit en face de lui et commença à manger rapidement, contente d'elle-même.
Alors qu'il s'était arrêté de manger et l'observait, il parla sans se retenir, comme hypnotisé.
"C'est gentil d'avoir préparé le dîner, je n'en reviens pas."
De fait, ses yeux semblaient chercher une explication dans tout ça.
Elle releva lentement la tête, surprise. Il avait dit ces mots si doucement, elle sentait qu'il avait parlé sincèrement et sans se restreindre cette fois-ci. Elle voulut être franche avec lui et ne plus lui donner de raisons d'avoir peur de se confier à elle.
"C'est pour te remercier de toutes les fois où tu l'as fait et puis... Comme tu travailles j'ai trouvé ça normal de l'aider. Je suis contente d'avoir tout réussi sinon cela t'aurait obligé à tout refaire par ma faute."
Etait-elle si peu sûre de réussir ? Il se sentait immensément touché. Alors elle souhaitait l'aider ? Elle voulait vraiment participer à leur vie commune. Elle venait de rendre en partie réel son rêve de vivre en harmonie avec elle. S'en rendait-elle compte ? Non, sûrement pas, elle reprenait son repas comme si de rien n'était. Et pourtant à l'intérieur elle bouillait, ce qu'elle venait de dire était ce qu'elle cachait le plus d'habitude, ses peurs, ses angoisses. Vu de l'extérieur c'était ridicule et elle réprimait toutes ses faiblesses sous un masque d'assurance qui trompait tout le monde. Mais bien évidemment avec Yosuke elle n'avait plus aucune raison de se cacher. Il l'avait vue pleurer si pitoyablement qu'elle en avait encore honte.
"Mais tu as tout réussi, il ne faut pas douter de toi comme ça. Ca te restreint."
Elle le regarda, il semblait... Il essayait de l'apaiser, de lui remonter le moral et de la remettre en confiance. Pourquoi était-il si attentionné ? Il avait tout de suite senti où elle avait exprimé ses véritables sentiments. Il la rassurait à chaque fois qu'elle le voyait, comment faisait-il ?
Il se sentait bien, au chaud, emmitoufflé dans la douceur. Il voulait l'aider, la rendre heureuse car si elle allait bien elle l'aiderait à aller bien. Sa présence l'apaisait et le fortifiait. Il avait rejeté les faux semblants et s'était retrouvé, tremblant, perdu et apeuré. Il avait douté de son choix et puis elle était allée vers lui et tout était devenu plus simple. Il ne fallait plus qu'il réagisse comme avant, maintenant il était sûr de lui. Finalement elle rompit le silence qui s'était installé, se rappelant enfin de ce qu'elle voulait lui dire dès le début.
"J'ai eu un message de mon oncle sur le répondeur et il m'a demandé de passer chez lui dès demain. Il est revenu en ville et habite pas très loin d'ici."
Yosuke hocha la tête, se rappelant vaguement que cet oncle avait été la seule personne à être proche de Nao. Il lui devait son retour si rapide et rien que pour ça il le remercia intérieurement.
"Est-ce que tu voudrais venir avec moi ?"
Il pensait avoir mal entendu car il se pencha vers elle en haussant les sourcils.
Elle se répéta et il dut se convaincre qu'il ne rêvait pas. Mais si elle devait voir son oncle ce devait être une question familiale.
"Je ne veux pas vous déranger, vous devez vouloir bavarder en famille.
- Oh ne t'inquiète pas ce n'est pas une réunion de famille. Tu es le bienvenu d'autant plus que mon oncle aimerait vraiment te voir.
- Ah bon ?" Si c'était une requête pour le rencontrer il aurait du mal à refuser.
"Oui, il voudrait s'assurer que je vis avec quelqu'un de bien, c'est son côté paternaliste qui ressort." Elle en parlait avec beaucoup de douceur, elle semblait attachée à lui.
"Mais je ne voudrais pas vous embêter quand même...
- Non, non, ne t'inquiète pas. Alors tu viens ?"
Il hésita encore un peu mais se rappela sa décision. Il voulait faire ce dont il avait envie, tourner les choses à son avantage et affirmer ce qu'il ressentait.
"Oui c'est d'accord. Et puis je t'emmènerai en vélo ça ira plus vite.
- Ah ! Ca serait chouette ! On partira quand tu seras revenu du boulot, je pense qu'on mangera chez lui. C'est un très bon cuisinier, vous allez bien vous entendre.
- Oui sûrement."
L'enthousiasme dont elle faisait preuve le fit douter. Ne semblait-elle pas plus contente depuis qu'il avait accepté son invitation ? Il se laissa pour une fois aller à ses rêveries. Si c'était vrai il était touché et flatté mais en même temps il ne savait pas trop quoi en penser. Il était perdu et retrouvé à la fois. Ce sentiment étrange le grisa et il s'y laissa plonger totalement, savourant toutes ses sensations. Il l'observa attentivement alors qu'elle penchait la tête, quelques mèches de cheveux se posant délicatement sur sa joue. Avait-il jamais vraiment vu comme ses cheveux semblaient fins. Il réprima l'envie soudaine de les toucher et se força à débarasser la table pour se changer les idées.
"Yosuke ! Il faut que je te parle, ça ne peut pas continuer comme ça ! Tu ne me parles plus, je ne sais pas quoi faire. Je t'en prie, dis-moi ce qui se passe !"
Elle n'avait vraiment pas honte de dire ça à voix haute et devant témoin en plus ! Nao rougit pour elle. Elle ne savait pas ce qui se passait mais elle se sentit d'un seul coup de trop. Et quelle était cette pointe de colère qu'elle ressentait tout d'un coup à l'égard de cette fille qu'elle n'avait jamais vue.
"Ce n'est pas le moment !"
Semblait-il gêné ? Alors cette fille avait des raisons de lui en vouloir ? Ils semblaient bien se connaître. Nao eut un pincement au coeur mais se repris bien vite. Elle ne voulait pas les gêner, Yosuke avait droit à un peu d'intimité, sa vie sociale ne se résumait pas à sa vie à l'appart, elle n'avait pas le droit de le réduire à ce qu'elle voyait quand il était avec elle.
"Je dois y aller." Elle n'avait pas voulu paraître si froide à son égard mais c'était plus fort qu'elle. Elle ne s'excusa pas et partit aussitôt sans se retourner, elle voulait juste les laisser seuls au plus vite. Elle descendit prestement les escaliers, essayant de se convaincre que tout ça ne la regardait pas. Mais elle avait peur que Yosuke n'ait finalement pas totalement changé. Il pouvait très bien lui cacher des choses. Elle s'en voulait de prendre tout ça au sérieux. Il avait le droit d'avoir des amis autres qu'elle. Mais elle se rappelait avoir déjà vu cette fille accueillir Yosuke à l'entrée du lycée, même si elle luttait pour effacer tout ça de son esprit il semblait ne pas pouvoir penser à autre chose. Elle se rappela qu'elle devait se presser d'aller chez son oncle maintenant qu'elle était à pieds. Elle oublia tout d'un coup et continua son chemin tranquillement, elle voyait les choses de plus loin et moins égoistement. Elle profita du beau temps pour observer le paysage alentours. Elle entendit alors un bruit continu se rapprocher d'elle et une petite sonnette retentir. Elle se retourna au moment où Yosuke s'arrêtait juste à côté d'elle, un air penaud sur le visage.
"Ben qu'est-ce tu fais ici ? Tu as quitté ton amie si vite ?"
Il n'avait pas trouvé que le temps avait passé si vite au contraire, il s'était étiré, interminable. Il avait douté, s'était interrogé sur la meilleure chose à faire, il avait failli recommencer à raisonner comme avant mais son coeur avait protesté et il l'avait écouté plus que sa raison. Il ne voulait être qu'à un seul endroit et ce n'était certainement pas avec la fille qui était venue jusque chez lui exiger des choses de lui sans même essayer de le comprendre.
Il s'était senti heureux alors qu'il filait à toute vitesse sur son vélo. Pour une fois il avait vraiment choisi ce qu'il voulait faire et pas ce que les autres attendaient de lui.
"Ce n'est pas mon amie. Je lui avais déjà dis de me laisser tranquille mais elle ne veut rien comprendre."
Nao s'en voulu d'avoir eu une once de méchanceté lorsqu'elle avait questionné le garçon avec dédain.
"Je ne veux pas te créer des problèmes, dit-elle d'un ton adoucit. Tu ne dois pas te forcer à venir avec moi, je comprendrais si tu ne voulais pas."
elle lui arrangeai les choses pour qu'il puisse choisir ce qu'il voulait sans s'en sentir obligé. Elle lui redonnai sa liberté, lui permettait de mieux respirer, de s'affirmer en tant que personne, de prendre ses propres décisions. Il lui en était si reconnaissant. Adoucit à son tour, il s'écarta de son vélo et lui désigna le porte-bagages.
"Je t'ai promis de t'y emmener et je respecterai ma promesse."
Il y avait quelque chose de grand et fort dans son allure et sa voix à cet instant, elle en fut subjuguée. Voilà, c'était lui le vrai Yosuke qui ne demandait qu'à sortir de sa chrysalide et s'ouvrir au monde. Elle se sentit rassurée, elle l'avait retrouvé. Elle s'assit docilement sur le véloet ils s'élancèrent sur la route.
Elle se laissa bercer par le mouvement et regarda défiler le paysage avec plaisir. C'était si simple et en même temps tellement apaisant. Le vent sur son visage la rafraîchissait et semblait la laver de tous ses problèmes. Son esprit se vide et elle devint calme. Tout lui sembla simple et elle se laissa aller, redevenant naturelle. Elle appréciait l'instant présent, sans se soucier d'autre chose. Elle était sur le vélo de Yosuke et il aurait pu l'emmener à l'autre bout du pays sans qu'elle dise un mot. Elle était là et c'était tout ce qui importait. Elle tourna la tête et perçut une odeur intrigante. Elle se pencha un peu en avant et se rendit ocmpte que le parfum venait de Yosuke. C'était étrange, elle habitait avec lui mais n'avait jamais prêté attention à son odeur. Elle était douce et fruitée mais elle n'aurait pas pu mieux la définir. Elle lui semblait familière autant que nouvelle et inconnue. Elle ferma les yeux un instant et se laissa envhir par elle. Elle la sentait tout autour d'elle qui l'entourait et semblait la protéger.
Elle rouvrit les yeux et le regarda. Comme s'il avait perçu son mouvement, il se tourna vers elle, un peu intrigué, se demandant ce qu'elle faisait. Il ne s'attendait pas à la voir l'observer attentivement sans détourner le regard. Il était pris au dépourvu. Et puis elle fit quelque chose d'incroyable. Elle lui sourit pour la première fois depuis qu'elle était rentrée, un sourire pur et désarmant. Il se demandait pour quelle raison elle réussissait enfin à accomplir ce geste si simple qui demandait pourtant beaucoup. Comme si elle avait compris intuitivement sa question elle lui fournit une explication.
"Tu sais, j'adore être sur ton vélo aussi simplement." Elle devint un peu pensive et comme nostalgique. "J'aimerai rester comme ça tout le temps." Elle avait un peu baissé la tête et pendant quelques instants seul le bruit métallique de la chaîne faisant tourner le roue du vélo se fit entendre. Il revint rapidement à l'observation de la route, essayant ainsi de cacher le rougissement qui venait à ses joues. Il ne savait vraiment pas quoi dire. Elle venait de dire des choses qu'il n'avait jamais imaginé entendre. Elle venait de lui montrer son attachement et qu'elle appréciait être avec lui, cela le rendait incroyablement heureux. Il n'arrivait pas à réaliser tout ça, il se serait pincé s'il avait pu pour vérifier qu'il n'était pas en plein rêve. Il avait peur de la vexer s'il ne répondait rien mais lorsqu'il se tourna de nouveau vers elle, elle avait repris son observation du paysage qui défilait, les taches de soleil passant entre les feuilles des arbres venaient jouer sur son visage durant un instant fugace avant de s'en aller. Il fut subjugué par cette vision mais dû se concentrer sur sa conduite avec regret. Mais l'image de Nao emportée sur son vélo resta gravée dans ses yeux et dès qu'il clignait des paupières il la voyait apparaître. Ils arrivèrent devant une maison cossue de banlieue où le nom de famille de Nao était inscrit. Il la laissa sauter du vélo et ne bougea pas, restant impressionné devant le portail de la maison de son oncle. Elle se retourna pour voir ce qu'il faisait et comme il ne semblait pas esquisser le moindre geste pour la suivre elle fronça des sourcils.
"Qu'est-ce qu'il y a ?"
De nouveau il se sentit de trop, il se sentait étranger.
"Je... Vas-y je t'attendrai..."
Elle s'approcha de lui, essayant de comprendre ce qu'il pensait. Elle l'avait pourtant convaincu de venir chez elle, que redoutait-il ? C'était d'être présenté à un membre de sa famille qui l'embarassait à ce point ? En fait il était timide ? Elle n'y avait pas du tout pensé mais comme il était en train de changer sa perception des choses peut-être avait-il plus d'appréhensions qu'avant.
"Non, tu viens avec moi, c'est trop tard pour revenir en arrière." Elle s'arrêta, elle ne voulait pas lui imposer quoi que ce soit mais elle avait vraiment envie qu'il l'accompagne. Elle serait fière de le présenter à son oncle, maintenant elle attendait ce moment avec impatience. "S'il te plait..."
Il ne voulait pas la voir le supplier, elle n'avait pas à le faire. A son ton elle semblait avoir vraiment besoin qu'il vienne. C'était normal avec tous les souvenirs de son grand-père qui allaient l'assaillir, elle aurait besoin de soutien. Elle aurait pu le demander à Mika mais elle le lui avait demandé à lui et puis cela ne l'engageait à rien finalement.
Il hocha simplement la tête mais cela suffit à satisfaire Nao. Elle se retourna et se dirigea vers la maison, sentant derrière elle Yosuke se décider enfin à la suivre.
Ils montèrent les quelques marches du perron et attendirent patiemment après avoir sonné à la porte. Yosuke dansait un pied sur l'autre, observant la grande bâtisse moderne avec appréhension. Il n'avait jamais ressenti cette attente, il avait peur de ce qui allait se passer, peur de décevoir la personne qu'il allait voir et de ne pas être digne de rester avec Nao. S'il ne l'acceptait pas, que ferait-il ? Il était nerveux, ne sachant plus où mettre ses mains. Finalement la porte s'entrouvrit et la silhouette haute et robuste de l'oncle de nao apparut. Il avait un visage calme et détendu, même accueillant. Il semblait déborder d'une douce gentillesse qui émanait de lui. Il sourit en reconnaissant sa nièce et il sembla à Yosuke que son sourire s'agrandit lorsqu'il vit qu'elle était accompagnée.
Après les présentations il les fit rapidement entrer dans son salon occidental et leur apporta du thé avant de s'asseoir avec eux.
"Alors c'est donc toi qui habites avec Nao. J'attendais depuis longtemps de te rencontrer. Vous êtes dans la même classe c'est ça ? Les études vont bien ?
- Mon oncle ! Je ne suis pas venue parler de ça, c'est déjà assez pénible d'avoir cours toute la journée, il ne faut pas en rajouter.
- Je demandai ça juste comme ça, j'aime bien savoir ce que tu fais."
Yosuke hésita un instant, ne sachant pas trop s'il allait faire une bourde.
"Oh vous n'avez pas à vous inquiéter, Nao est une élève exemplaire."
Il se tourna vers le jeune homme, il semblait vouloir parler de Nao et pour une fois il en avait la possibilité. Il essaya de le pousser à en dire plus.
"Ah bon ?
- Oui, elle est douée dans toutes les matières et elle est très sérieuse. Elle est très efficace dans son travail c'est admirable.
- Ah je m'en doutais quand même, elle tient de moi...
- Qu'est-ce que tu racontes ? Tu étais un vrai cancre !
- Ah mais non, j'étais très sérieux, c'est que travailler m'est apparu de plus en plus inutile.
- Oui et c'est pour ça que tu es parti, quelle belle idée !
- N'est-ce pas ! Mais je sais que tu ne ferais jamais ça !"
Elle sembla réfléchir un moment.
"Je ne sais pas... Je comprends ce qui t'as motivée et je t'admire pour ton choix. Tu as su choisir ce que tu voulais faire malgré les pressions de la famille, ça a dû être dur.
- Nao... Je ne savais pas que tu pensais ça, ça me touche beaucoup. C'est vrai que ça n'a pas été facile mais en même temps je n'avais pas d'autres solutions j'ai juste choisi de faire ce que je voulais, sans me soucier des conséquences. C'est un trait de jeunesse bien déplorable mais qui amène les changements les plus importants dans une vie. Et bien que le résultat ne soit pas toujours celui qu'on attendait, au moins on aura essayé de rester fidèle à soi-même. On en tire plus de leçons que d'un sermon familial."
Ces mots troublèrent Yosuke qui s'y retrouvait représenté.
"Mais je suis content d'être rentré maintenant, je vais pouvoir m'occuper de ma nièce préférée
- C'est facile, je suis ta seule nièce.
- Ah ! Ne dévalorise pas l'attention que je te porte sous prétexte que tu es fille unique.
- Je n'oserai pas !"
Elle sourit à son oncle qui n'en revint pas. Cela faisait à peine quelques jours il l'avait vue effondrée mais maintenant elle semblait s'être complètement remise. Il regarda Yosuke un instant qui lui rendit son regard, un air mi-figue mi-raisin sur le visage qui semblait avouer qu'il était lui aussi étonné de voir Nao sourire si facilement. Cette espèce de petite connivence entre les deux hommes les rapprocha d'un coup et ils se détendirent complètement. Ils s'étaient jaugés et semblaient s'apprécier déjà.
Cela ne lui échappa pas et elle se sentit ravie que tout se passa bien.
"Bon ce n'est pas tout mais je dois te montrer les affaires, Nao."
Sur ce il se leva et s'en alla par le couloir, sa nièce se leva à sa suite mais elle s'arrêta bien vite, ressentant comme un vide. Elle se retourna et vit Yosuke qui essayait vainement de se concentrer sur sa tasse de thé. Elle s'approcha de lui et lui prit le poignet, attirant en même temps son attention.
"Viens !"
Il tressaillit à son contact mais n'arrivait pas à bouger.
"Mais, ça ne me regarde pas, je...
- C'est important pour moi que tu soies avec moi, de toutes façons tu es là alors autant m'accompagner jusqu'au bout."
Vaincu, il se leva lentement et il se laissa emmener par la main de Nao qui s'était lovée dans la sienne. Il rougit à ce contact, il n'en avait pas espéré autant.
Il avait l'impression que tout ce qui lui arrivait était irréel mais en même temps il ne pouvait renier cette main si douce qui l'avait attrapé et ne le lâchait plus. Il ne voyait pas ce qui l'entourait, seule cette main représentait quelque chose de tangible.
Ils entrèrent dans une petite pièce sans fenêtre remplie de cartons.
Elle se tourna vers lui, un petit sourire d'excuse sur le visage et lui lâcha la main pour explorer les cartons. Il laissa pendre son bras sans mouvement, sentant encore dans sa paume la douceur de la peau de Nao. Sa main était chaude et le temps semblait s'être arrêté, il laissa l'environnement se brouiller et le visage de la jeune fille seul resta net. Sa réalité était là, il savait ce qu'il devait faire, il réaliserait ses rêves, il deviendrait fort et si Nao restait près de lui il resterait fidèle à lui-même. Elle serait sa protectrice et son but. Il ressentit la solidité de sa prise de décision qui l'affermit, il devenait déjà plus fort rien qu'en cet instant.
La voix de Nao le rappela soudain à la réalité. Elle parlait avec son oncle, semblant lui donner des ordres.
"On peut faire trois tas dans ce coin-là de la pièce et y répartir les affaires que l'on veut récupérer et mettre dans le coin le rebus.
- Oui c'est une bonne idée, on verra à chaque fois qui veut avoir un objet. Alors je mettrai mon tas ici, fit-il en désignant un endroit sur leur gauche près du mur du fond.
- Et le mien juste à côté et celui pour Yosuke sera vers le coin à droite."
Il resta interdit un instant, réalisant petit à petit ce que signifiait ce qu'elle venait de dire. Il avança d'un pas vers elle, alarmé.
"Comment ? Mais ! Je n'ai pas à faire ça ! Vous n'y pensez plus !"
Il regarda Nao puis son oncle plusieurs fois à s'en donner le tournis, essayant de discerner un quelconque mouvement qui dirait qu'ils se rendaient compte de ce qu'ils faisaient et que ce n'était pas possible de laisser un étranger partager les affaires hérités de leur ancêtre. Mais rien ne se passa. Ils le regardèrent avec compassion et Nao entreprit de le rassurer.
"Ne t'en fais pas, ça ne nous gêne pas.
- Oui mais, je ne suis pas venu pour vous voler quoi que ce soit, ces affaires sont à vous, je n'ai pas le droit d'y toucher.
- Ecoutes, tu es ici alors autant que tu participes.
- Mais je n'ai aucun droit de faire ça, c'est votre famille, je ne peux pas faire ça.
- De toutes façons soit tu prends ce que tu veux soit ça va finir à la poubelle. Il ne faut pas que tu hésites à choisir ce que tu veux. Peut-être avec mon oncle on pourrait garder des objects juste pour les conserver alors qu'ils peuvent avoir plus de valeur à tes yeux et je suis sûre que grand-père serait plus heureux si tu les prenais. Je suis sûre que vous vous seriez bien entendus."
Son oncle hocha la tête, elle avait trouvé les mots qu'il fallait pour exprimer ce que lui-même ressentait, il était fier d'elle.
"Dans ces conditions, je veux bien participer." Yosuke s'était finalement senti obligé de s'y intéresser. Nao préférait de loin donner ces objets à quelqu'un plutôt que de les voir au rebus, abandonnés, alors qu'ils avaient été si importants pour son grand-père.
Ils s'avancèrent alors vers les cartons et commencèrent à tout déballer, la tâche allait être ardue vu le nobmre d'objets que recellaient les paquets. C'était un vrai trésor où se cachaient de petites merveilles dont certaines ne furent appréciées à leur juste valeur que par Yosuke ce qui le rassura dans son choix. Il se sentait moins honteux alors qu'il fouillait les affaires d'un mort, ces objets qui avaient été admirés et aimés ne resteraient pas cachés ou perdus.
Cela faisait près de deux heures qu'ils déballaient ces affaires, Nao et son oncle se rappellant de nombreuses anecdotes et les partageant avec Yosuke.
Nao appréciait tellement de se remémorer tous ces souvenirs, c'était un bon moyen de dire définitivement adieu à son grand-père. Elle se sentit plus calme que ces derniers jours et en même temps très fébrile et excitée. Elle adorait écouter tout ce que lui révélait son oncle et partager cela avec Yosuke était un excellent moyen pour eux de se rapprocher. Elle s'éclipsa un moment pour aller refaire du thé et laissa son oncle discuter avec Yosuke. L'atmosphère intime était propice aux révélations.
"Tu sais Yosuke je suis vraiment souluagé de voir Nao en si bonne forme si peu de temps après le décès de son grand-père. Je crois vraiment que tes appels téléphoniques la remettaient d'aplomb immédiatement. Ca sautait aux yeux, tu étais son fournisseur d'énergie, dès qu'elle t'avait parlé elle semblait pouvoir tout affronter. Je suis contente que vous soyez ensemble."
Yosuke se mit à rougir, l'allusion de l'oncle l'avait pris au dépourvu. Que devait-il répondre à tout cela ? Il ne savait pas qu'il avait réussi à aider Nao à ce point, il se sentit accroché, comme si tout ce qui la concernait allait avoir une influence sur lui. Il n'eut pas le temps d'y penser d'avantage que Nao revenait déjà avec un plateau et servait le thé. Son oncle observa Yosuke attentivement et eut un petit sourire. Ce qu'il avait dit semblait l'avoir beaucoup affecté. Peut-être cela prenrait-il du temps mais il ne doutait pas de la sincérité du jeune homme et de son attachement. Il regardait Nao si intensément. Ils reprirent bien vite leur tâche et trièrent encore un bon nombre d'affaires avant de s'arrêter. Ils prirent place à table avec soulagement et Yosuke put savourer les plats délicieux que l'oncle de Nao avait préparés. Indéniablement c'était un très bon cuisinier et de plus il était enclin à partager ses petits secrets, chose rare chez les cuisiniers même amateurs. Ils entamèrent une longue discussion animée sur des plats de plus en plus extravagants et recherchés. Nao les observant, amusée. Elle était ravie qu'ils s'entendent aussi bien. Les deux personnes les plus proches d'elle étaient réunies et tout se passait le mieux du monde. Elle n'aurait pas pu demander mieux.
Nao s'assit par terre, exténuée. La nuit était en train de s'installer alors qu'ils n'avaient pas fini leur tâche.
"Bon alors on peut remettre ça à plus tard, ce n'est pas pressé, les affaires peuvent rester ici sans problème."
Il s'approcha de sa nièce et posa un main apaisante sur son épaule.
"Vous n'avez qu'à revenir demain pour finir, rentrez vous reposez maintenant, il est tard."
Yosuke hocha la tête, s'éloignant docilement des carrtons. Il n'avait pas vu l'heure passer, tout ce qu'il trouvait dans ces affaires le passionait, le grand-père de Nao avait accumulé des merveilles qui passaient inaperçues aux yeux des autres comme des instruments de marins. Les bâteaux l'avaient toujours fasciné et il avait découvert un sextant de toute beauté dont il avait admiré les courbes dans la lumière douce de la fin du jour. C'était une de ces créations de l'homme qui semblait si mystérieuse et délicate qu'on osait à peine le toucher. Celui-ci était finement doré et brillait de lui-même. Il l'avait déjà mis de côté avec d'autres affaires de moindre importance mais il semtait qu'il avait encore d'autres trésors à découvrir. Bizarrement il s'était fait à l'idée de fouiller les affaires d'un mort qu'il ne connaissait même pas, il n'avait plus réfléchi à rien sauf à ses recherches, redevenu enfant comme perdu dans un grenier recellant de nombreuses surprises parmis toutes les antiquités. Il sortit de sa stupeur et revint à la réalité. Il eut peur de se faire gronder d'avoir regardé des choses qui ne lui appartenaient pas, il entendait presqu'une voix autoritaire lui faire des remontrances.
"On y va ?"
La douce voix de nao rompit l'illusion. Elle ne lui en voulait pas et n'allait pas le gronder, elle semblait même plutôt satisfaite de le voir là. Il se remémora alors dans quelles conditions il était venu et se détendit complètement. Il n'était pas tout à fait habitué à ce qu'elle lui parler aussi gentiment mais il adorait vraiment ça et voulait plus que tout que cela continue.
Ils quittèrent l'oncle et reprirent le vélo comme à l'aller. Yosuke pédalait en silence, repensant de nouveau à tout ce qui s'était passé. Il lui semblait qu'il venait de vivre deux journées en une. Et maintenant que Nao s'était montrée si amicale il se sentit obligé de faire quelque chose en retour. Il ne fallait pas qu'elle croit que rien ne le touchait jsute parce qu'il ne disait rien. Ce que lui avait dit son oncle l'avait perturbé et en même temps les choses commençaient à s'éclairer dans son esprit. Le vent sifflait à ses oreilles et bruissait dans les arbres qui bordaient la route. Il sentait à peine le poids de Nao sur le porte-bagages, il se sentait filer sur le chemin à grande vitesse, une ivresse le saisit et il se sentit heureux d'un seul coup, capable de tout. Il respira à fond l'air frais et un peu humide de la fin du jour et se tourna un instant vers Nao. Sa voix était ferme et solide et ne semblait plus apeurée.
"Tu sais." Il attendit qu'elle le regarde et soit attentive. "Moi aussi j'aime bien être en vélo avec toi."
Devant son regard insistant il ne résista pas longtemps et se concentra de nouveau sur le chemin, sentant ses oreilles rougir. Il avait eu l'audace de révéler ses vrais sentiments. Il se sentait tremblant comme une feuille. En même temps il était fier de ce qu'il avait fait mais il avait peur d'en avoir trop dit, trop révélé sur lui-même. Mais s'il ne l'avait pas fait il s'en serait voulu, il ne voulait pas perdre ses liens avec Nao, il ne voulait plus être seul.
Un long silence s'était installé et le mettait mal à l'aise mais soudain la voix claire et fraîche de la jeune fille lui parvint atténuée par le bruit du vent. Il tourna légèrement la tête pour mieux l'entendre.
"J'en suis contente." Elle n'arrivait pas à dire autre chose. Qu'il lui ait dit cela d'un seul coup l'avait réellement prise au dépourvu. En fait elle venait de se rendre compte qu'elle accordait énormément d'importance à tout ce que pouvait lui dire Yosuke. Elle était rassurée de voir qu'il était assez à l'aise pour lui parler aussi franchement. Elle perdit un instant son équilibre et se raccrocha à Yosuke qui se tourna brièvement pour voir ce qui lui arrivait. Dans la précipitation il agit instinctivement. Il attrap la main de la jeune fille qui s'agitait dans le vide, tentant vainement de l'aider à garder son équilibre, et il la tira vers lui.
"Accroches-toi !"
Elle se retrouva plaquée contre son dos, la respiration coupée, les mains agrippées à son t-shirt, son coeur battant la chamade. Elle sentait son dos se soulever contre sa joue au rythme de sa respiration. Il gardait sa main sur la sienne de peur qu'elle ne lâche. Alors que la bicyclette arrêtait enfin de tanguer il put reprendre son rythme normal, n'osant plus parler. Il ne lâcha la main de la jeune fille que quand il sentit qu'elle était bien accrochée. C'était vraiment étrange pour lui de l'avoir si près, de la sentir contre lui et petit à petit de sentir son dos se réchauffer à son contact. Il respirait encore rapidement, autant à cause du coup de stress qu'il avait ressenti que de la proximité de la jeune fille. Il resta néanmoins stoïque jusqu'au bout et continua son chemin. Elle ferma les yeux, se laissant emporter par le mouvement. Elle venait de plonger en plein milieu de l'odeur qu'elle avait senti avant. Son dos semblait si fort et rassurant, elle s'y agrippait comme à un radeau dans la tempête. Elle se sentait tellement bien qu'elle en oublia où elle était et ce qui s'était passé. Seul comptait l'instant présent. Elle ne se rendit même pas compte que le vélo s'était arrêté et qu'ils étaient arrivés devant leur appartement. Il n'osait pas bouger brusquement et voyant qu'elle semblait endormie il l'appela doucement. Elle sembla réellement sortir d'un profond sommeil, réalisant enfin où ils se trouvaient. Elle relâcha sa prise sur le t-shirt de Yosuke et le regarda un instant toute désolée. Il sentit sa respiration s'arrêter et réprima l'envie soudaine qui lui venait à l'esprit. Elle était pourtant si proche. Au lieu de ça il se dégagea complètement de son étreinte avec un tout petit sourire d'excuse et attendit qu'elle descende du vélo avant de l'accrocher. Il se retourna et la vit qui l'attendait devant les escaliers pour monter. Il sentait qu'il n'en supporterait pas beaucoup d'avantage avant de craquer. Il se força à monter les marches le plus calmement possible alors que dans sa tête tout ce qu'il imaginait le rendait fou. Il n'avait rien espéré jsuqu'ici mais il avait tellement reçu qu'il aurait voulu tout donner à Nao. Mais pour ce soir il sentait qu'il était préférable pour lui d'aller directement se coucher plutôt que de rester devant la jeune fille à être tenté à chaque instant de la prendre dans ses bras.
Nao le rappela à la réalité.
"Téléphone pour toi !"
Il n'avait même pas entendu la sonnerie, perdu comme il l'était dans ses pensées. Il vit la jeune fille s'éclipser discrètement pour lui laisser son intimité alors qu'il entamait la conversation avec sa mère. Ce gest le toucha et lui rappela qu'elle avait toujours respecté son espace et sa vie privée mais maintenant il se sentait prêt à tout partager, il aurait voulu la rappeler et lui dire de rester avec lui comme elle lui avait dit de venir chez son oncle. Sa pensée s'arrêta un instant. Alors elle aussi voulait qu'il fasse partie de sa vie ? Pourquoi ne se rendait-il compte de tout cela que bien après ? C'était évident, il ne la laisserai pas s'échapper, il la voulait près de lui et voulait rester près d'elle, ne plus la laisser affronter de difficultés toute seule. C'est ce qu'il voulait le plus aumonde en cet instant mais il semblait qu'on en avait décidé autrement pour lui. Alors que tout allait si bien il avait fallu que cela arrive maintenant.
Elle s'approcha un peu de lui, attendant qu'il se décide à parler.
Il soupira puis se redressa. Dans sa tête tournait la même phrase en rond, protestation qui ressemblait à sa voix d'enfant alors qu'il se retenait de crier sa colère au visage du monde.
Je veux être avec elle, je ne veux pas rester seul. Je veux être avec elle...
Se sentant dédoublé il parla avec la voix qu'on disait de la raison, celle des soi-disant adultes qui écrassait tous ses voeux les plus chers.
"Je dois retourner chez moi." La froideur l'envahit et il se détacha complètement des mots qu'il prononçait. "Mon père est malade et ma mère vient de se blesser. Je dois aller faire tourner le restaurant avec mon cousin. Je partirai demain matin."
Il avait les yeux vides et perdus dans le vague. Il s'était arrêté de parler, il n'aurait pas pu lui dire quand il reviendrait, il n'était même pas sûr de revenir. Il priait pour qu'elle ne lui pose pas la question, il ne voulait pas être forcé d'admettre qu'il pourrait ne plus rentrer ici.
Elle restait bouche bée, n'en croyant pas ses oreilles.
"Je vais préparer le dîner." Et il s'en alla vers la cuisine, ne supportant plus ce silence. La nouvelle semblait avoir autant perturbé Nao que lui. D'un certain côté cela lui faisait chaud au coeur, elle s'intéressait quand même à lui sinon elle ne se serait pas inquiétée de son départ.
Elle resta un moment dans sa chambre, regardant l'encadrement de la porte qui était vide maintenant. Ca serait toujours comme ça désormais. Elle eut une peut soudaine qui la refroidit d'un seul coup. Il semblait avoir disparu à jamais. Elle frissonna puis secoua la tête pour sortir de sa stupeur. Il devait être encore plus déçu qu'elle de devoir partir. Il avait fait tant d'efforts pour changer et se rapprocher d'elle et tout allait se terminer si vite. Elle se sentait triste pour lui qui allait encore une fois être balloté autre part, ili allait être très déstabilisé. Elle ne savait plus quoi faire et n'osait pas aller lui parler. Elle se sentit couarde et s'en voulait beaucoup mais elle choisit de continuer à agir normalement pour ne pas peser encore plus sur le moral du jeune homme. Elle s'assit à son bureau et prépara ses affaires d'école pour le lendemain. Les sons de la cuisine lui parvenaient, étouffés, lui laissant imaginer Yosuke en train de continuer comme si de rien n'était, tout comme elle. Ils étaient dans une impasse et aucun des deux ne se sentait le courage d'en sortir.
Ils reprirent inconsciemment leurs habitudes d'avant et mangèrent dans un silence gêné seulement perturbé par le bruit des assiettes et des baguettes qu'ils utilisaient. Chacun fixa son regard sur un point et ne le quitta pas. L'atmosphère devint lourde et chacun regretta de se retrouver de nouveau dans cette situation alors que tout avait tellement changé depuis. Nao se sentit ridicule de ne rien dire mais à chaque fois qu'elle ouvrait la bouche rien ne sortait, elle se sentait honteuse et mal à l'aise. Elle aurait bien voulu sortir une phrase tout simple pour demander plus de détails sur ce qui se passait à Yosuke mais elle s'en sentait incapable. Celui-ci semblait renfermé, les traits soucieux. Elle l'aurait pu dire s'il était préoccupé par la santé de ses parents ou s'il était mécontent de partir. Il se leva et débarassa son assiette puis s'occupa de celle de Nao sans un mot, sans même croiser son regard. Il fit rapidement la vaisselle alors que la jeune fille venait à côté de lui pour essuyer les plats. Lorsque tout fut finit il se tourna un instant vers elle, la regardant de nouveau.
"Je dois me lever tôt demain, je vais me coucher."
Il sentait dans son coeur une irrépressible envie de lui parler encore plus, de partager toute son histoire avec elle, mais il avait le sentiment que cela serait mal venu. Il sentait qu'en ce moment ils ne pouvaient rien faire de plus, la journée était définitivement finie, tout comme le rêve qu'il avait vécu. Son regard s'attarda un instant sur le cou de Nao et se remplit d'une tristesse infinie. Avant qu'elle n'ait pu dire quoi que ce soit il était déjà parti dans sa chambre, la laissant seule debout au milieu de la cuisine, incapable d'effacer les yeux de Yosuke de ses pensées. Il transmettait réellement toutes ses émotions par le regard et elle n'arrivait pas à y rester indifférente. Elle tendit l'oreille un instant, entendant les bruits familiers de la porte du placard de la chambre de Yosuke qui s'ouvrait, du futon qu'il dépliait et posait par terre avant de s'y glisser rapidement. Il éteignit aussitôt la lumière et la maison retomba dans le silence. Elle leva lentement la main et éteignit la lampe de la cuisine.
Quelque chose n'allait pas mais elle n'arrivait pas à mettre le doigt dessus. Elle se dirigea vers la chambre de Yosuke, une appréhension l'étreignant. Elle frappa à la porte puis l'entrouvrit. La chambre était vide. Elle s'avança rapidement vers le placard et l'ouvrit brusquement. Des affaires manquaient. Elle tourna la tête vres le bureau et constata que le sac à dos n'y était plus. Elle courut vers le porte d'entrée et se penchant par dessus la rambarde, elle vit que le vélo habituellement rangé sur le côté ne s'y trouvait plus. Elle regarda sur la rue qui allait vers le centre ville mais n'y vit personne. Elle resta un long moment là, le vent matinal jouant avec ses cheveux défaits. Elle réalisa finalement ce qui se passait et sa gorge se noua.
Il était parti et même sans lui dire au revoir.
Ses yeux la piquèrent mais elle se retint de pleurer. Il était rentré chez lui comme si de rien n'était, comme s'il n'avait pas de compte à lui rendre. Mais c'était vrai. Elle avait tout fait pour le laisser libre de ses actes, c'était de sa faute si ça tournait comme ça. Et puis il n'était parti que pour un moment, il reviendrait sûrement quand ses parents se seraient remis.
Mais il lui avait dit qu'il ne savait pas s'il rentrerait. C'était au tour de l'angoisse de l'envahir et elle se sentit mal. Elle rentra lentement et referma la porte dont le bruit métallique lui parut cassant. Elle regarda l'heure et alla se préparer machinalement, elle réfléchirait plus tard, il fallait qu'elle se dépêche d'aller en cours.
Elle arriva seule au lycée, supportant toutes les questions des élèves qui se demandaient où était passé Yosuke. Elle alla avertir les professeurs de son absence mais ils semblaient déjà au courant. Yosuke les avait contacté avant de partir, s'occupant de tout. Elle se sentit inutile et puis considéra qu'il avait été bien présomptueux de faire ça. Comme si elle n'aurait pas pu s'en occuper. En plus du fait qu'il soit parti sans rien dire, ça la mettait hors d'elle. Elle ignora et écourta toutes les discussions que Mika tentait de lancer sur ce sujet. Elle était exaspérée et tout ce qui lui importait c'était de suivre les cours tranquillement, sans être dérangée.
Elle se cacha la vérité toute la journée, se tournant de temps en temps vers la place vide de Yosuke. Il manquait quelqu'un, elle s'était habituée en si peu de temps à lui parler et à marcher avec lui. Maintenant elle était seule avec Mika et cela lui semblait trop étrange. Quelques jours passés avec Yosuke avaient suffi pour qu'elle s'habitue à sa présence.
Elle quitta rapidement Mika après les cours et se dirigea d'un pas résolu vers chez son oncle. Il était parti si vite et pourtant la veille il avait dit qu'il aimait être avec elle, elle l'avait bien entendu, elle n'avait pas rêvé. Elle regarda les arbres secoués par le vent et éprouva un sentiment de nostalgie intense pour cette simple ballade qu'elle avait faite avec lui. Maintenant elle allait devoir continuer seule. Se lever et manger seule, aller en cours toute seule, n'avoir plus personne à saluer quand elle rentrerait à l'appartement. Cet appartement qui serait désespérément silencieux et vide et froid. Et pourtant elle avait toujours su s'adapter à toutes sortes de situations, pourquoi s'en sentait-elle incapable maintenant qu'il n'était plus là ?
Elle se sentit vide et fatiguée, tout lui sembla vain et fade. Toute l'énergie qu'elle avait eu ces derniers jours n'était plus nécessaire. Tout son enthousiasme et ses efforts ne servaient plus à rien. Elle ne servait plus à rien. Qu'allait-elle faire alors ? Continuer toute seule ? Avait-elle vraiment le choix ? Elle arriva chez son oncle encore plus perdue et bouleversée qu'avant. Il la fit rapidement entrer, son air si triste l'inquiétant. Il la fit s'asseoir et lui raconter ce qui se passait et où se trouvait Yosuke.
Elle expliqua tout ça d'une voix monotone sans s'en rendre compte. Elle lui assurait qu'elle allait bien mais ne réussit pas du tout à le convaincre. Elle semblait si pâle, ce n'était que le reflet de la jeune fille vive et enjouée qu'elle avait été. Il lui proposa de rentrer chez elle se reposer mais elle préférait rester et continuer ce qu'elle avait commencé.
Elle se rendit dans la pièce remplie de cartons, regardant le tas d'objets de Yosuke sans cligner des paupières, s'y brulant les yeux. Elle se secoua et se dirigea vers les cartons encore remplis et commença à les trier lentement.
"Je ne sais pas ce qu'aurai voulu garder Yosuke mais on peut toujours lui mettre de côté des objets comme ceux qu'il a déjà pris."
Il acquiesça à la demande sous-entendue de Nao et la regarda choisir avec application ce qui conviendrait le mieux au jeune homme. Elle semblait si attachée à ce qui restait de ses affaires, comme si elle sentait un peu sa présence en faisant ça. Il reviendrait au moins pour récupérer tous ces objets précieux. Mais se sentait-elle capable d'attendre encore longtemps ?
Elle rangeait et triait machinalement tout ce qu'elle trouvait mais cela lui sembla vain et inutile. Elle s'arrêta et se sentit bien seule. Tout avait paru si amusant la veille mais maintenant c'était plus fatigant qu'autre chose. Elle se sentit lasse. Même si elle gardait les affaires pour Yosuke ça ne la motivait pas assez. Son oncle s'approcha d'elle et la prit par l'épaule.
"Ecoute, je vais pas laisser ces cartons comme ça, il faut qu'on finisse tout ce soir. Après on en sera débarassé. Et puis ils recellent tellement de trésors..."
Il lui désigna le pendentif qu'elle portait. "On ne peut pas perdre ça." Il lui fit un sourire encourageant avant de se replonger dans le tri des affaires.
Nao porta la main à son cou. Tout s'était passé comme dans un rêve. Elle sentait encore les doigts hésitants de Yosuke lui attachant le collier. Elle avait été très touchée de son attention, c'était son premier cadeau, même s'il venait de sa propre grand-mère, c'était lui qui avait pensé que le bijou lui irait. Si à son tour elle trouvait quelque chose pour Yosuke elle pourrait lui offrir. Elle voulait vraiment conserver leur lien. Elle se remit à la tâche, consciencieusement, sous le regard protecteur de son oncle. Enfin elle emballa tout ce qu'elle avait gardé pour Yosuke et elle dans un carton. Une fois cela fini elle n'avait plus rien d'autre à faire. Elle se sentit démunie et de nouveau perdue. Elle avait besoin d'une attache sinon elle continuerait à être ballotée par ses émotions comme un radeau en dérive dans une tempête, ne sachant plus dans quelle direction aller. Elle s'assit, harassée, le regard cherchant quelque chose qui n'existait pas, sa détresse commençant à l'étouffer et ses yeux se remplissant de larmes.
"Nao !" Son oncle était vraiment alarmé par son état. Elle qui était si forte et souriante s'effondrait devant lui.
"Je ne sais pas quoi faire." Sa petite voix plaintive lui brisa le coeur. Il voulait la sortir de là, la secouer mais il ne savait pas quoi faire. Il s'assit auprès d'elle et prix une voix apaisante.
"Il ne faut pas que tu restes comme ça..." Il chercha ses mots un instant. "Appelle-le."
"Mais je n'ai pas son numéro, je ne sais pas où il est... Et de toutes manières, qu'est-ce que je pourrai lui dire ?"
Donc c'était vraiment le départ de Yosuke qui la perturbait à ce point, elle était vraiment attachée à lui, c'était une première !
"Tu pourrais juste parler avec lui, prendre de ses nouvelles. N'a-t-il pas laissé un numéro où le joindre ?
- Non, il est parti si vite...
- Tu ne sais pas où il est alors ?
- C'est pitoyable hein. On habite ensemble depuis près d'un an et je ne sais rien de lui...
- Ne dis pas ça, vous ne vous êtes vraiment rencontrés que récemment..."
Il ne savait pas quoi dire d'autre. Il pensa alors à son père, à son regard intelligent et à sa patience. S'il pouvait arriver à être aussi rassurant que lui pour Nao il se sentirait comblé.
"Tu ne peux rien faire pour l'instant et tu es exténuée. Ne t'en fais pas. Retourne chez toi et mets-toi au lit. Il n'y a rien de mieux qu'un bon sommeil réparateur pour tout arranger. Une solution te viendra sûrement à l'esprit dans ton sommeil. Allez !"
Il se leva et l'incita de la main à en faire autant. Elle se leva péniblement, le dos courbé, la tête penchée. Il la prit par les épaules et l'emmena jusqu'à l'entrée. Il voulait lui transmettre de son énergie mais il ne savait pas comment faire. Il lui sourit doucement et lui répéta des mots apaisants. Il la vit s'éloigner lentement, semblant lasse. Elle allait arriver chez elle à la nuit. Il n'aimait pas trop ça mais il ne pouvait pas faire grand chose de plus. Il retourna dans sa cuisine se servir une tasse de thé. Il ne s'était jamais senti l'âme d'un père et il ne savait pas comment s'y prendre. Il avait toujours voulu que sa relation avec sa nièce soit amicale et non respectueuse à l'excès comme c'était souvent le cas dans d'autres familles. De toutes manières il n'avait pas souvent été là. Il était l'éternel absent de la famille et comme on le disait, les absents ont toujours tort. Il était considéré comme un paria, un excentrique qui allait se perdre dans des pays à l'autre bout du monde où on n'avait pas de nouvelles de lui pendant des mois. Il y travaillait et se débrouillait comme il pouvait. Mais à la mort de son père il avait soudain voulu se poser et s'installer. De nombreux pays l'avaient charmé et il avait souvent rêvé de s'y installer mais en revenant chez lui il lui était apparu évident qu'il resterait ici. Il ne pensait pas encore à fonder une famille même s'il aurait aimé déjà en avoir une mais il commençait à faire son petit nid dans la ville. Ses relations établies au cours de ses voyages lui avaient permis de monter une société d'import-export à échelle humaine qui avait étonnament bien marché. Il était à l'abris du besoin et n'avait plus qu'à s'occuper de sa vie privée. Nao était très importante à ses yeux. Un esprit vif et jeune aussi compréhensif que son grand-père. S'il devait faire quelque chose maintenant ça serait de l'aider à résoudre ses problèmes. Et en ce moment elle semblait en avoir un de taille. Elle était tombée amoureuse d'un garçon qui avait disparu sans rien laisser derrière lui. S'il ne l'avait pas rencontré, il aurait cru que c'était un vrai charlatan mais ce n'était pas le cas, c'était un jeune homme très intelligent et qui avait été touché par Nao. Il ne l'aurait pas abandonnée sous de faux prétextes. Il devait avoir de réels problèmes et s'il n'appelait pas sa nièce c'est qu'il ne le pouvait pas.
Avec un profond soupir il contempla le silence de sa grande maison. Nao devait supporter ça elle aussi alors qu'elle n'avait pas été seule ces derniers temps. Lui était habitué à sa solitude mais il se rappelait des nuits interminables qu'il avait passées à se retourner dans son lit, cherchant désespérément une pensée pour le rassurer. Il ne voualit pas qu'elle passe par là mais cela semblait inévitable. La seul solution serait que ce Yosuke revienne...
"Tu es invivable ! Ca ne sert à rien de t'enfermer comme ça ! Tu es pareille que lui..."
Mais il est parti... Il est si loin maintenant
"Je t'en prie, ne reste pas comme ça ! Fait quelque chose au moins ! Ca fait une semaine que tu n'est plus que l'ombre de toi-même !"
Une semaine ? Elle ne s'était même pas rendue compte du temps qui s'était écoulé. Ca faisait beaucoup. Elle pouvait faire quelque chose mais quoi ?
Seule dans cet appartement vide qui lui semblait étranger elle repensait à ce que lui avait fait pour elle. Yosuke s'était donné énormément de mal pour rester en contact avec elle, il l'avait appelée souvent, lui assurant son soutien dans cette période difficile. Il serait même venu la rejoindre s'il avait pu. Et elle ne faisait rien, elle restait à se morfondre sur son sort, assise dans sa chambre froide qui semblait vouloir la rejeter. Il était trop gentil, trop prévenant pour elle. Il l'avait regardée avec attention, s'inquiétant réellement de son état. Elle se leva d'un seul coup. Son regard revenait sans cesse dans sa tête, semblant l'appeler. Elle se sentit d'un seul coup réveillée. Elle s'en voulait d'avoir été aussi passive pendant tout ce temps, elle ne supporta plus de rester cloîtrée dans sa chambre à tourner en rond.
Il était parti loin d'elle mais il aurait tout fait pour la voir alors qu'attendait-elle pour faire pareil ?
Elle se dirigea dans l'entrée et remit ses chaussures. Elle n'entendait pas le vent et la pluie qui s'étaient installés dehors en une tempête sauvage. Elle savait une chose et elle aurait dû se rendre compte bien plus tôt que ce renseignement suffisait largement. Elle se précipita au dehors alors qu'un éclair zébrait le ciel. Elle se mit à courir, perdue dans ses pensées. Elle échaffaudait déjà un plan qui ne pourrait que marcher. Elle fut trempée en deux secondes mais s'en moqua totalement. Elle sentait son esprit clair et elle avait de nouveau un but vers lequel tourner tous ses espoirs. Elle mettrait toute son énergie à le réaliser. Elle entendait à peine le tonnerre alors que l'orage grondait au-dessus d'elle. Vive et rapide, se sentant légère, elle arriva devant la porte et frappa violemment dessus. Après un moment qui lui parut infiniment long elle s'ouvrit. Elle était trempée et malgré son air assuré elle tremblait et ses larmes se fondaient avec la pluie.
"Je suis désolée d'arriver comme ça mais. S'il-te-plaît mon oncle, emmène-moi là où est Yosuke je t'en prie !"
Seul le bruit de la pluie sur le toit et coulant dans les gouttières se fit entendre. Puis d'un geste vif il l'attrapa par le bras et la fit rentrer prestement.
Il lui prêta des vêtements et la fit essorer ses cheveux dans une serviette. Il servit un thé bien chaud. Ce qu'elle venait de lui dire l'avait totalement réveillé. Voilà donc l'occasion qu'il avait tant attendue de pouvoir l'aider. Elle semblait vouloir tout déballer au plus vite.
"Je n'ai pas son numéro mais je sais où il est censé traviller, je sais dans quelle ville il se trouve ! Si tu peux m'y emmener on partirait tout de suite !
- Calme-toi ! Il est trois heures du matin ! On ne fera rien pour l'instant !
- Mais je ne peux plus attendre, je n'ai rien fait jusqu'ici, j'ai perdu mon temps. Maintenant il faut que je me dépêche !
- Oui, oui, je comprends mais de toutes manières on ne va pas aller le surprendre en pleine nuit !
- Ah... C'est vrai...
- Bon indique-moi où il est puis demain on partira.
- Tu veux bien m'y emmener ?!
- Evidemment ! Tu sembles t'être décidée et si je peux t'aider ça me fait plaisir.
- Merci !" Elle lui sauta au cou, trop heureuse et excitée pour pouvoir songer à dormir.
Cependant, après avoir arrangé le trajet avec son oncle elle l'écouta et se coucha dans la chambre d'amis et sombra délicieusement dans un sommeil réparateur. Elle ne s'était pas rendue compte à quel point elle était fatiguée, elle avait allégrement sauté des nuits durant la semaine et son air émacié n'aurait séduit en rien Yosuke.
Son oncle l'avait persuadée de se coucher pour être en forme et un peu plus présentable pour le jeune homme, cela avait tout de suite marché. Il l'avait sentie plus vivante d'un seul coup, elle était un peu fébrile et fiévreuse à cause de sa sortie sous la pluie mais c'était surtout cette décision soudaine, sûrement prise sur un coup de tête, qui devait la griser. Elle n'avait jamais fait ce genre de folie avant, elle avait pénétré dans un monde interdit qu'elle ne connaissait pas du tout mais cela lui importait peu. Son sommeil fut profond et sans rêves.
Ils étaient partis très tôt le lendemain matin. Le froid matinal avait un peu calmé l'enthousiasme de la jeune fille mais maintenant qu'elle s'était décidée et avait dérangé son oncle, elle ne pouvait plus revenir en arrière. Elle s'installa raidement dans la voiture et ne bougea plus d'un pouce durant tout le trajet. Elle était tendue, ses mains se crispaient sur ses genoux.
Elle doutait, elle se demandait si elle faisait réellement une bonne chose. Elle s'était décidée si vite, peut-être faisait-elle une énorme bêtise, elle aurait dû y réfléchir plus longtemps au lieu de foncer tête baissée. Ce qu'elle faisait lui sembla ridicule, et pourtant son oncle ne l'en avait pas empêchée alors pourquoi se sentait-elle fautive ? Elle avait agi comme une gamine et s'en voulut. Peut-être Yosuke ne voudrait-il pas la voir. S'il ne l'avait pas appelée ce n'était pas pour rien. Elle n'allait faire que le gêner et le mettre mal à l'aise, elle était inconsciente. Et pourtant elle n'arrêtait pas de se rappeler son visage, elle voulait tellement le revoir, c'était plus fort qu'elle. Elle ne pouvait se cacher combien cela lui ferait plaisir de le revoir, pouvoir lui reparler et réduire à néant toutes ses interrogations sceptiques qui la taraudaient. Elle saurait en le voyant s'il était vraiment content de la revoir au ou contraire s'il se sentirait poursuivi. De toutes manières elle devait le revoir, même si ça ne tournait pas comme elle le voulait, elle avait besoin d'être fixée. Elle était bien décidée et elle oublia tous ses doutes. Malgré tout elle redoutait le moment où elle se retrouverait devant lui et ne pourrait plus fuir. Elle était tendue, stressée et anxieuse, ses mains devenaient moites et elle avait du mal à contrôler sa respiration. Son coeur battit la chamade dès qu'elle vit le panneau annonçant l'entrée de la ville où il se trouvait. Ses yeux regardaient partout à la fois, espérant et redoutant en même temps de reconnaître la silhouette de Yosuke. Son oncle sentait sa tension mais resta concentré sur la route, prenant la bonne direction et trouvant plus rapidement qu'il n'aurait cru le restaurant dont il avait relevé l'adresse sur internet. Il n'étais pas fan de technologie mais quelques fois ça rendait de grands services, comme cette fois-ci. Il se garra à distance raisonnable et coupa le moteur. Le reste, c'était à sa nièce de le faire. Elle contemplait la bâtisse à travers le pare-brise. Sa bouche était scellée, elle ne pourrait aligner deux mots si elle commençait à parler. Elle reconnut le dos si large et fort, vit un instant son profil. Elle s'arrêta de respirer un instant puis, bien déterminée, elle soupira un grand coup et sortit de la voiture. Elle resta un instant près de la portière, le regardant s'afférer, passant d'un client à un autre, ses cheveux bruns venaient lui chatouiller les yeux d'une manière absolument charmante dès qu'il baissait un tant soit peu la tête. Elle s'approcha lentement, luttant pour faire chacun de ses pas. Elle s'arrêta devant l'entrée, essayant de respirer calmement et de tenir le coup face à toute la tension qu'elle avait accumulé. Elle attendit qu'il se retourne pour accueillir cette nouvelle cliente. Il était penché, son plateau à la main, en train de servir une table. Il se releva lentement en la regardant. Cette forme lui était familière et pourtant elle ne pouvait pas se trouver à cet endroit, c'était impossible. Pourtant il recconut son visage, ce ne pouvait pas être un rêve. Il n'y croyait pas et resta un moment interdit, ses yeux s'agrandissant sous le coup de la surprise. Comme cette apparition ne disparaissait pas, il réalisa que Nao se trouvait réellement devant lui. Il lâcha son plateau qui s'abattit dans un bruit sourd par terre. Il se sentit envahi d'une joie pure et s'avança vers elle, tout sourire. Elle se sentit fondre à cette vision et s'approcha de lui avec un petit sourire timide. Tout se passa tellement vite, elle se rendit à peine compte qu'ils étaient tombés dans les bras l'un de l'autre pour la première fois, si heureux de se retrouver enfin. C'était exactement là où elle voulait être et nulle par ailleurs. Il la souleva légèrement et la fit tourner avec lui, ce qui les fit rire. Ils étaient grisés par ce sentiment si fort qu'ils éprouvaient à se revoir après ce qui leur avait semblé une éternité. Il la reposa enfin et l'écarta un peu de lui our la regarder dans les yeux.
"Je suis si heureux de te revoir ! Je pensais être utile chez mes parents mais je ne supporte plus de rester ici. Pourquoi ne m'as-tu pas appelé ? Ah !" Il grogna de s'entendre poser tant de questions et la reprit dans ses bras pour s'assurer qu'elle était bien là. Un peu essouflée par cette agitation, elle avait les joues toutes roses.
"Je n'avais pas ton numéro, je savais seulement que tes parents tenaient un restaurantici mais c'était tout. Mais pourquoi tu n'as pas appelé ? Je pensais que tu ne voulais plus me voir.
- Oh non ! J'aurais tellement préféré rester là-bas. Avec tout le travail que j'ai eu ici je n'ai pas eu un moment à moi. Les rares fois où j'appelais tu n'étais pas là, ça me démoralisais. Je n'osais pas te laisser de message, et d'ailleurs qu'aurai-je pu te dire ? J'avais peur d'être ridicule...
- Eh bien c'est moi qui ai eu l'air ridicule à venir ici sans savoir si ça te ferait plaisir ou si je passerai pour une parfaite imbécile...
- Evidemment que ça me fait plaisir ! J'aurais tellement préféré éviter de partir si vite mais mes parents m'ont pressé de venir. Je voulais te dire au revoir et je n'ai même pas pu le faire. Mais maintenant ça ne sert plus à rien. Je ne veux plus rester ici, je veux rentrer avec toi... Si tu le veux bien.
- Bien sûr que je le veux ! Je ne pensais à rien en venant ici mais tout ce que je sais c'est que je ne pourrai plus repartir sans toi désormais."
Elle se lova dans ses bras, s'assurant de sa présence, s'amplissant de son odeur. Elle réalisa seulement à cet instant combien il lui avait manqué et des larmes de joi se mirent à couler sur ses joues. Voyant qu'elle pleurait Yosuke tenta de la consoler, il ne voulait pas la voir si triste.
"Ne t'inquiète pas je vais bien... C'est juste que je n'avais pas réalisé à quel point je tenais à toi."
Yosuke commença à rougir. Il avait passé ces derniers jours désespérément seul, ne pensant qu'à elle, ne voulant que la retrouver. Et voilà qu'elle aussi souhaitait plus que tout être avec lui. Il la serra contre lui, posant sa joue sur ses cheveux si doux. Il n'était plus seul, le coeur de Nao battait si fort près du sien, ils semblaient se répondre. Il se sentit d'un seul coup complet, uni, un. Rien que pas sa présence il se sentait retrouvé, il commençait enfin à avoir confiance en lui-même. Elle avait réussi à le faire redevenir lui-même, il ne pourrait plus la quitter. Elle, si fragile, qui avait eu le courage de venir jusqu'à lui et parler si ouvertement de ce qu'elle ressentait.
Ils semblaient ne plus pouvoir se séparer.
L'oncle de Nao sortit de sa voiture et claque la portière, s'y appuyant ensuite. Il sortit une cigarette de sa poche et l'alluma lentement, savourant le petit sentiment de victoire qu'il ressentait au fond de lui.
Tous les gens du restaurant observaient le jeune couple, le cousin de Yosuke s'appuyait sur le bar pour tout observer, les yeux ronds et la bouche bée. Plus un son ne sa faisait entendre à part la petite musique de fond venant d'une petite rado réglée sur une station locale.
Le temps semblait s'être arrêté. L'oncle rejetta de la fumée par la bouche, la regardant s'élever doucement dans l'air, étalée par la brise légère.
Et maintenant, qu'allait-il faire ?
Quelques oiseaux mélodieux chantèrent un madrigal qui semblait représenter le charme et la pureté des deux jeunes gens enlacés. Il s'éleva dans l'air et se répandit dans le ciel.
Edgard Allan Poe
It was many and many a year ago,
In a kingdom by the sea,
That a maiden there lived whom you may know
By the name of Annabel Lee
And this maiden she lived with no other thought
Than to love and be loved by me.
The angels, not half so happy in heaven,
Went envying her and me -
Yes ! that was the reason (as all men know,
In this kingdom by the sea)
That te wind came out of the cloud one night,
Chilling and killing my Annabel Lee
But our love it was stronger by far than the love
Of those who were older than we -
Of many far wiser than we -
And neither the angels in heaven above,
Nor the demons down under the sea,
Can ever dissever my soul from the soul
Of the beautiful Annabel Lee.
Christopher Marlowe "The shepherd to his love"
Come live with me and be my love,
And we will all the pleasures prove,
That valleys, groves, hills and fields,
Woods, or steepy mountain, yields.
And we will sit upon the rocks,
Seeing the shephers feed their flocks,
By shallow rivers, to whose falls
Melodious bird sing madrigals.
And I will make thee beds of roses,
And a thousand fragrant posies,
A cap of flowers and a kirtle
Embroidered all with leaves of myrtle.
A gown made of the finest wool
Which from our pretty lambs we pull :
Fair lined slippers for the cold,
With buckles of the purest gold ;
A belt of straw and ivy buds,
With coral clasps and amber studs ;
And if these pleasures may thee move,
Come live with me and be my love.
The shepherd swains shall dance and sing
For thy delight each May morning ;
If these delight thy mind may move,
Then live with me and be my love.