Jibun Kakumei > Chapitre 9 : Amitié


<-- Chapitre précédent..Chapitre suivant -->



**************************first step*********

"...Aussi je compte sur toi pour profiter au mieux de ton séjour au Japon. Ne te laisse pas atteindre par ce que peuvent dire tes parents. Tu as l'air d'apprécier énormément ta nouvelle vie et tu sembles t'être fait des amis précieux, c'est l'essentiel. Ce Sano me paraît être quelqu'un d'exceptionnel d'après ce que tu en dis, je suis ravie que quelqu'un s'occupe de toi comme ça. Un jour j'espère pouvoir le rencontrer moi aussi et voir comment vous vous entendez.
J'espère aussi que tu reprends plaisir à jouer au foot, c'était si important pour toi, mais ne te force pas trop non plus.
Le plus important c'est que tu suives ce que dit ton coeur, le reste tu ne dois pas y penser. Je suis toujours là si tu as besoin de quoi que ce soit, n'hésites pas à me le dire.
J'espère bientôt te voir en pleine forme pour les vacances de Noël.
Bises.
Mary-Lou."

Miroku replia les deux feuillets de la lettre et les pressa contre son coeur. Il remercia muettement sa grand-mère de penser autant à lui.
Il avait reçu un paquet venant des Etats-Unis qui avait attiré les regards de convoitise de tous les pensionnaires. Malgré le peu de temps qu'il avait avant d'aller en cours, il était revenu dans sa chambre pour ouvrir tranquillement son colis.
Comme à chaque fois que sa grand-mère lui écrivait, elle envoyait toujours quelque chose en plus. Le plus souvent c'était de la nourriture, elle affirmait toujours qu'il fallait bien manger pour aller bien. Du coup elle n'envoyait que des choses réputées, du moins aux Etats-Unis. Et surtout de nombreux gâteaux ou biscuits qu'elle faisait elle-même et dont elle était sûre qu'ils tiendraient durant le voyage.
Ces lettres étaient un véritable baume au coeur pour Miroku comparées à celles que lui envoyaient ses parents. Il les relisaient toujours pour se donner du courage, les soirs de déprime, qui d'ailleurs se faisaient très rares ces derniers temps.
Il mit sa veste, prit son cartable, laissant à contre-coeur la lettre sur son bureau. Il était sûr de la relire dès qu'il rentrerait ce soir dans sa chambre.
Alors qu'il sortait dans le froid vif du petit matin, enroulant son écharpe rapidement autour de son cou et jusqu'à emmitouffler son nez, son moral étant au beau fixe, il eut une idée qui lui demandait du courage. Sa grand-mère avait parlé de Noël et malgré leur précédente lettre, ses parents l'attendraient sûrement pour passer les fêtes avec eux. Il allait leur écrire. Oui, c'était une bonne idée. Leur demander quand il pourrait arriver à la maison. Il leur laisserait décider pour qu'ils aient une certaine emprise de nouveau sur sa vie. Mais ça se limiterait à ça, c'était de la simple politesse pour ne pas les déranger si par exemple ils travaillaient à ce moment-là. Il ne lui vint pas à l'esprit que d'habitude les parents faisaient tout pour se libérer dès qu'il s'agissait de revoir un enfant qu'ils ne voyaient presque jamais. Il avait toujours essayé de ne jamais les déranger et ne pensait pas qu'il en fut autrement dans les autres familles.
Sa décision prise, il pressa le pas, constatant qu'il était encore loin de l'école alors que l'heure avançait rapidemnet. L'avantage d'habiter sur le campus c'était qu'il pouvait aller à l'école en cinq minutes s'il se pressait vraiment. L'inconvénient c'était qu'être si prêt donnait parfois l'impression d'y arriver rapidement et cela se soldait souvent pas un retard en classe. Nombre de ses camarades qui vivaient aussi au pensionnat se faisaient souvent avoir. Evidemment les profs étaient excédés. Normalement ceux qui habitaient le plus près étaient censés arriver en cours le plus tôt. Leur retard dépassait l'entendement.
Malgré tout, son pas pressant lui permit d'arriver en avance. Il n'était pas de corvée de ménage ce matin mais il aida quand même ses camarades, se sentant d'humeur joyeuse et plus entreprenant que d'habitude.
Alors que le cours allait commencer et que la cloche sonnait, il vit débarquer Sano complètement essouflé qui lui adressa un regard content avant d'aller s'asseoir. Miroku eut l'impression que son ami n'avait cherché que lui du regard, s'assurant qu'il était bien là. Il n'y avait jamais prêté attention mais c'était vrai qu'il se rappelait tous les jours avoir croisé son regard. Il secoua la tête, essayant de se persuader qu'il se trompait, qu'il n'était pas le centre du monde. Et pourtant au fond de lui une petite étincelle, petite chaleur muette restait présente, petit espoir que ce qu'il s'imaginait était vrai.

**************************second step*********

Comme à chaque interclasse, Miroku descendait dans le hall pour y attendre Saya. C'était l'un des seuls moments où ils pouvaient se voir. Sano s'était immédiatement jeté dans ses bouquins, essayant de rattraper le temps perdu. Cette attitude étonnait peu son ami. Lui qui ne le voyait déjà pas souvent, il devait s'obliger à le laisser travailler au lieu de discuter avec lui. Ses regards protecteurs lui suffisaient amplement.
Et puis, même si c'était difficile, il voulait voir ses deux amis et passer du temps avec les deux. Au final il se sentait toujours coupable de ne pas être plus souvent avec l'un ou l'autre, avec l'impression que s'il en négligeait un, il lui en voudrait.
Malgré tout, ils ne lui avaient pas fait de remarques et le traitaient toujours aussi gentiment alors cela voulait sûrement dire qu'il s'en sortait plutôt bien.
Saya l'accueillit comme d'habitude avec son petit sourire et son air malicieux. Malgré ce qu'elle savait elle jeta tout de même un coup d'oeil par dessus l'épaule de son ami pour voir si Sano était venu cette fois-ci. Comme d'habitude elle fut bien déçue mais pensa aussitôt qu'elle pourrait toujours aller le voir là où il travaillait. Pour l'instant il fallait qu'elle se concentre sur Miroku.

"Salut ! Ca va ?
- Bonjour ! Oui ça va bien et toi ?
- Ouep tout baigne. Par contre je dois ddire que je suis un peu déçue Miroku !"

Il se figea, devenant blanc comme un linge.

"Ah ? Et... Pourquoi ?" Toutes les possibilités traversèrent son esprit en un battement de cil. Elle prit un air plus sérieux, baissant sa voix, lui indiquant que le sujet était grave.

"Tu... Tu n'es pas resté au pensionnat cet été..."

Il prit un air contrit qui lui confirma sa supposition. Il lui avait menti. Sûrement pour ne pas l'inquiéter, comme il avait l'habitude de le faire mais tout de même il ne lui avait pas tout dit.

"Tu m'avais dit que tu y resterais mais Sano m'a affirmé que tu lui avais dit que tu irais chez moi... Pourquoi... Pourquoi nous as-tu caché ça ? On aurait pu t'aider, te soutenir face à tes parents... Je pensais que depuis le temps tu m'en aurais parlé..."

Les yeux de la jeune fille se remplirent de larmes contenues ce qui perturba Miroku encore plus que ses paroles. Il culpabilisait tellement à cet instant là.

"Je voulais essayer de régler les choses par moi-même... Je n'avais plus vu mes parents depuis un moment... Je... Je voulais malgré tout les revoir. Je sais que j'aurai dû vous le dire mais vous auriez sûrement cherché à m'en empêcher et je ne voulais surtout pas que vous vous inquiétiez pour moi. Je suis désolé de vous avoir menti... Je...
- Ca va Miroku arrête. Je ne veux pas tee culpabiliser en plus. C'est juste que... Tu aurais pu m'en parler plus tôt, j'aurai pu t'aider quand tu es rentré.
- Oh ne vous inquiétez pas je vais bien.. Tout s'est arrangé maintenant et ma vie a complètement changé.
- Oui et toi aussi tu as changé..."

Elle lui lança un regard perçant, se sentant pressée par le temps.

"Tu aimes bien Sano n'est-ce pas ?"
Il la regarda, intrigué.
"Euh oui..." Voyant que cette réponse ne semblait pas la satisfaire il essaya d'argumenter son propos.
"Il m'a beaucoup soutenu et aidé à m'intégrer parmis les gars du pensionnat. C'est... C'est comme s'il comprenait tout ce que je pensais d'un simple regard, je ne peux rien lui cacher et depuis que Kotaro est revenu il a promis de m'aider. J'ai beaucoup moins peur grâce à lui et je suis aussi plus à l'aise...
- Au moins ça a le mérite d'être clair. C'est parfait !"
Il leva les sourcils, étonné de cette réponse.
"Tu sais que tu as de la chance. Il n'y a qu'avec toi qu'il est comme ça. Et pourtant il a bien d'autres choses à faire de ses journées entre ses devoirs en retard, sa rééducation et puis son boulot..."
Il la regarda, intrigué. Elle se reprit bien vite cachant mal sa bévue.
"Oui, son boulot pour le club de foot !"
Elle s'était bien reprise et tout ça sans mentir, un vrai exploit.
Mais soit que Miroku ait été plus observateur qu'à l'accoutumé ou que l'esprit d'observation de Sano ne l'ait contaminé, il trouva que quelque chose manquait dans l'explication de son amie. Il s'apprêtait à lui poser d'autres questions mais la cloche de reprise des cours rententit alors, coupant court à toute conversation. Ils se séparèrent un peu sur leur faim tous les deux, remettant à plus tard les questions qu'ils voulaient se poser.
Sano vit rentrer dans la classe un Miroku préoccupé qui ne le chercha même pas du regard alors qu'il le faisait à chaque fois d'habitude. Ces derniers temps il semblait plus pensif qu'avant. Il cachait bien ce qu'il ressentait généralement mais en l'observant de près, Sano avait appris à lire sur son visage tout ce qu'il laissait échapper à son contrôle. Depuis qu'il avait revu Kotaro, il avait quelque peu baissé sa garde. Malgré la bonne humeur et l'insouciance qu'il affichait, il semblait un peu plus perdu dans ses pensées. Cette attitude passait comme une fleur avec les gars du pensionnat, personne ne faisant la différence avec sa timidité et sa retenue habituelles. Mais pour quelqu'un qui s'inquiétait un peu plus et l'observait plus attentivement comme Sano, on notait assez rapidement que quelque chose n'allait pas.
Il n'avait pas parlé de ça avec Saya. Il lui avait décrit ce qu'il avait vu mais il n'avait pas parlé de ce petit titillement au fond de lui qui l'avertissait que quelque chose n'était pas pareil. Il savait qu'elle l'aurait tout de suite cru et qu'elle se serait inquiétée mais il n'était même pas sûr de ce qu'il avait ressenti. Mais aller demander directement à Miroku s'il allait bien ou pas ne l'avancerait en rien, son ami lui assurerait comme toujours qu'il allait très bien, même si au fond de lui il était apeuré ou triste.
Il s'était habitué à cette attitude et faisait de plus en plus confiance à ce qu'il ressentait malgré tout. Avec Miroku, il fallait lire entre les silences pour savoir vraiment comment il allait.
Il ne savait pas comment faire pour amener son ami à en parler sans le brusquer. Le prendre à part ne ferait que l'effrayer et laisser de grands silences dans leurs conversations n'aurait pas plus d'effet que de mettre mal à l'aise le garçon. Non, il faudrait quelque chose qui lui change les idées, quelque chose d'inattendu qui pourrait le divertir et l'amuser. Il ne sortait jamais, même avec Saya, pour aller en ville ou au cinéma. Il restait cloitré sur le campus, entre les cours et l'entraînement. Et il semblait de plus en plus fatigué. S'il travaillait tard tous les soirs c'était évident qu'il devait être exténué tout le temps.

"Hiroyuki !!"

La voix si proche fit sursauter Sano alors qu'il était dans ses pensées. Il releva le nez de ses cahiers, le prof se penchant vers lui, un air mauvais plaqué sur sa figure.

"Avec les lacunes que vous avez vu vos notes récentes peu glorieuses je vous conseillerai d'être plus attentif en cours si vous ne voulez pas stagner à votre niveau. Je vous fait grâce de ne pas vous mettre à la porte alors pourriez-vous s'il-vous plaît répondre à l'exercice 2 maintenant que vous semblez tout à fait revenu parmis nous ?"

Voilà bien la première fois qu'il se faisait attraper pour cause d'inattention. Et pourtant il avait bien besoin de travailler les mathématiques. Mais ce n'était pas une raison pour que le prof le rabaisse devant tout le monde. Jusqu'ici il avait toujours eu de bonnes notes mais c'était parce qu'il avait passé un temps fou à étudier. Maintenant qu'il travaillait au café, il n'avait plus beaucoup de temps de libre pour se plonger dans ses bouquins. A tous les coups la remarque du prof allait alerter Miroku. Il se tourna vers son ami, constatant qu'effectivement il semblait intrigué. Il jura intérieurement, s'il avait été attentif rien ne se serait su. Il entama néanmoins la correction de l'exercice au tableau, l'accomplissant avec brio, se félicitant d'avoir étudié ce cours la veille.
Il alla se rasseoir, toujours avec nonchalance, comme si rien ne l'atteignait. Mais au contraire à l'intérieur il se sentait coupable. Il venait une fois de plus d'inquiéter Miroku pour rien. Il était sûr d'en entendre parler tôt ou tard. A la fin du cours, bien qu'étant pressé, il prit le temps d'aller parler au prof de sa situation, avec son job qui lui prenait beaucoup de temps. Mais évidemment le prof n'était pas très sympathique et lui conseilla de se faire aider plutôt que de venir pleurnicher sur son épaule.
Miroku aurait tellement voulu attendre Sano et lui parler de ses cours de maths mais il devait aller manger avec Saya. Il balança pendant ce qui lui sembla une éternité puis choisit d'honorer son rendez-vous, se promettant de parler à son ami le soir même. Sano se plaignait qu'il ne lui disait rien mais c'était réciproque et Miroku n'allait pas laisser passer cette occasion d'aider son ami.

**************************third step*********

Allongé dans son lit, il écoute les bruits de la nuit, la circulation des automobiles sur la route toute proche, le vent dans l'arbre du jardin, le bois de la maison qui craque. Puis il essaie de se détendre, se tourne sur le dos et soupire un grand coup. Il est loin de tout ce qui compte pour lui, loin de toute la joie et de cette lumière qui réchauffe le coeur. Il est seul dans sa chambre, son avenir s'étale devant lui, sombre. L'air qui rentre dans ses poumons semble y parvenir avec beaucoup de mal. Il a peur que cette simple action ne s'arrête, tout comme son coeur pourrait s'arrêter de battre. Il plongerait dans le noir, le vide, le néant. Il ne serait plus rien pour personne, il disparaîtrait. Comment seulement imaginer ne plus être rien du tout, ne plus jamais avoir d'existence, comme une lumière qui s'éteint et dont on oublie qu'elle s'est trouvée là avant. Qu'est-ce que cela ferait à sa famille et surtout à ses amis. Il ne veut pas les quitter, pas maintenant alors qu'il pensait s'être construit un véritable petit paradis personnel. Il tourne en rond, ses pensées revenant toujours au plus triste, à l'oubli, la fin.
Les murs de sa chambre l'oppressent et semblent s'être rapprochés. Il a l'impression que la maison ne voudra plus le laisser partir, elle a planté ses griffes en lui et le tient à sa merci. Sa famille semble elle aussi vouloir le retenir de force. Mais il ne veut pas rester, il veut s'en aller le plus vite possible et ne pas revenir.
Il veut retourner dans ce monde qu'il s'est construit, dans sa vraie vie où il se sent vraiment lui-même. Cette vie qui exige de lui beaucoup de sérieux et de prises de décisions mais elle lui offre en échange des amitiés solides, des moments exceptionnels et beaucoup de bonheur. Il désire plus que tout y retourner, sourire si simplement à nouveau, ne plus se préoccuper du regard des autres, faire ce qui lui plaît. C'est à portée de main mais avant ça il faut encore se plier aux règles pour un temps, se conformer à l'image qu'on a de lui pour éviter de faire des remous.
Il faut subir les conversations hautaines et sans intérêt, les allusions et les ordres à peine cachés. Réentendre pour la millième fois les mêmes arguments et hocher gentiment la tête pour signifier qu'on a bien compris de quoi il était question et qu'on a mesuré l'importance de la décision à prendre.
Il supporte mal la chaleur et malgré sa fenêtre ouverte, pas un brin d'air ne semble vouloir rentrer. Il ne peut pourtant pas dormir sans couverture, même au plus chaud de l'été. Il a besoin de se sentir protégé comme dans un cocon lorsqu'il dort. S'il pouvait l'être aussi pendant la journée ça serait parfait mais il ne se fait pas d'illusions. A moins de s'emmitouffler tout le temps dans une couette, la seule façon d'ya rriever c'est de recréer cette atmosphère douce et moelleuse. Mais c'est impossible.
Il se tourne sur le côté, fermement décidé à trouver le sommeil malgré la peur au ventre qui le rend nauséeux. C'est justement le moment que choisit un moustique pour se faire entendre et le crisper encore plus. Les battements du sang dans ses temps couvrent tous les autres bruits, il se sent soudain fiévreux.
Il rejette avec impatience ses draps, se retourne et enfouit son visage dans son coussin où il pleure quelques larmes de désespoir.
"Je veux y retourner... S'il vous plaît, laissez-moi y retourner..."
Sa voix, simple murmure se casse sur la fin de sa phrase et il ne peut que soupirer de toute son âme.
La fatigue le rattrape et il s'endort dans ses larmes, serrant le bout de son coussin.


"Uchiwa, dépêches-toi on va être en retard !"

Sortant de ses souvenirs, Miroku accéléra son allure, traversant le dernier bout de chemin en graviers pour arriver aux vestiaires du club de foot.
Il entra alors avec Kato dans la pièce, sous le regard irrité de l'entraîneur. Il s'excusa rapidement puis se dirigea rapidement vers son casier alors que le discours qu'ils avaient interrompu reprenait. D'après les bribes qu'il perçut, il était question d'un prochain match amical contre une autre équipe de la ville qui avait elle aussi connu des difficultés. N'écoutant que d'une oreille il se changea en tenue de sport comme ses camarades.
Il n'avait presque jamais repensé au dernier séjour qu'il avait fait chez ses parents, il ne comprenait pas pourquoi cela lui revenait à l'esprit maintenant. C'était vrai qu'ila vait beaucoup souffert là-bas, tant au niveau moral que physique. Et pourtant cela lui importait peu maintenant, il était finalement revenu là où il voulait être. En plus il s'était fait un ami particulièrement formidable en la personne de Sano. Rien que pour ça il se félicitait d'être revenu.

"Alors cette semaine on a de la chance les gars !" La voix soudain enjouée de l'entraîneur attira son attention. "Voilà le grand retour de notre défenseur favori, Nakatsu ! Qui après une longue et pénible rééducation a réussit à dompter son genou et nous revient en grande forme !"

Le vestiaire résonna des applaudissements et des cris de joie de tous les joueurs, Nakatsu se faisant traiter comme un héros par ses coéquipiers.

"Et c'est pas tout ! Normalement la semaine prochaine c'est notre milieu défensif qui devrait revenir ! alors va falloir leur montrer à quel point on est bons ok ?"

Le moral de toute l'équipe déjà bien regonflé par les récentes victoires, monta en flèche. Si déjà deux joueurs revenaient dans l'équipe et si Miroku continuait à faire des prouesses, ils ne pourraient plus se limiter à sauver les meubles mais ils pouvaient aussi envisager de se classer parmis les premiers du championnat et pourquoi pas même le gagner ! Toutes les perspectives étaient envisageables désormais. La vue de cette effervescence et de cette joie fit plaisir à Miroku qui s'habituait de plus enplus à sa vie au sein de l'équipe. Il s'y sentait bien, respecté et apprécié pour ce qu'il était. Alors qu'il refermait son casier et se dirigeait avec tous les autres sur le terrain, recevant quelques tapes dans le dos, il réalisa que l'impossible était arrivé. Lui qui pensait ne jamais retrouver cette sensation de douceur dans la journée, il se rendit compte qu'en fait il nageait en plein dedans. Etre avec ses camarades et partager une même passion, c'était son cocon.
Mais il n'était pas encore parfait. Il manquait encore une personne pour que ça soit vrai.
Il s'élança sur le terrain, pensant avec bonheur que cela arriverait bientôt. Oui bientôt son rêve de pouvoir jouer avec Sano se réaliserait, alors il se sentirait réellement à sa place.
Il fallait pour cela que son ami prenne à tout prix soin de lui.

**************************fourth step*********

Sano se retrouva par terre, la douleur mordant âprement sa jambe. Il ne l'avait pas vu venir celui-là et il s'était rapidement déséquilibré, tordant sa jambe dans sa chute. Fermant les yeux il se prit le pied dans ses mains, essayant en même temps de reprendre son souffle.

"Pfff je pensais que tu serais plus coriace que ça. Ton coup de poing de la dernière fois était prometteur."
Le garçon aux cheveux décolorés le regarda de haut, un air dégouté étirant sa bouche. Ne voyant aucune réaction de Sano il se crispa, serrant les poings.

"Minable", jeta-t-il avant de s'en aller, furieux.
Il aurait mieux fait de s'éviter le déplacement.
La douleur s'étant un peu atténuée, Sano regarda le décoloré partir d'un oeil morne. Sa joue le lançait et du sang y perlait. Voilà qui était un prêté pour un rendu. Cette journée était un véritable calvaire.
Il était déjà très fatigué avant d'entamer son service du soir, ses courses de l'école au café s'étaient répétées de nombreuses fois, épuisant ses ressoursces physiques. Et par dessus tout ça il ne savait pas quoi faire pour remonter le moral de Miroku. Du coups c'était le sien qui en pâtissait. Il était sorti exténué de son travail, marchant à pas lents, un mal de tête étreignant son crâne, la tête basse, les yeux dans le vague. Bien sûr c'était ce moment qu'avait choisi le décoloré pour venir lui parler. Et malgré tout ce qu'il avait appris sur lui cela ne changeait rien. Cet imbécile était toujours aussi entêté à vouloir l'éloigner de Miroku et de ses affaires. Mais malheureusement pour lui, Sano était bien décidé à se mêler de cette histoire. Il n'avait plus eu comme solution que le recours à la force.
Sano ne s'était même pas défendu, il avait attendu sagement que le coup vienne et peut-être le réveille un peu. Il était tellement faible qu'il n'avait même pas pu tenir debout et encaisser le choc. Après tout cela lui importait peu de prendre des coups, c'était moins agaçant que de supporter des bavassages sans intérêt.
Décidément c'était loin d'être fini tout ça. Mais d'un coup, ce soir-là, il en eut assez. Il voulait tout envoyer ballader.
Il se releva lentement, s'essuya la joue, reprenant ses affaires tombées par terre avec lui. Il en avait assez de se trimballer avec une jambe blessée, assez de faire tout pour le club. D'ailleurs il s'en fichait pas mal, si ça continuait il ne pourrait plus y jouer. Quelle ironie alors que c'était lui qui donnait le plus de sa personne pour sa survie. Il en avait assez de toutes ces histoires de vengeance minables. Il voulait être tranquille, c'était simple pourtant. Il voulait vraiment se reposer, enfin. Il reprit le chemin du pensionnat, rompu par l'habitude, il courba le dos alors qu'il gravissait de nouveau la grande pente.

**************************fifth step*********

Miroku redressa la tête, finissant de lacer ses chaussures, prêtant l'oreille à la conversation.
"Na mais c'est vrai ! On le voit jamais, il rentre à pas d'heure et on n'a pas d'explications !
- J'suis sûr y'a une fille là-dessous !
- De toutes manières tu vois des filles partout hein Sato le dragueur !
- Oh ça va, jaloux !
- Ben il vient jamais nous voir à l'entraînement non plus. La dernière fois qu'on l'a vu c'était pendant le dernier match et il n'arrêtait pas de nous donner des ordres !"

Sans le remarquer, Miroku s'approcha lentement du groupe qui discutait avec ardeur dans les vestiaires.

"Ouais depuis c'est à peine s'il vient en cours, moi j'dis il s'en fiche de nous...
- Il a pas l'air de s'intéresser à ce qui nous arrive.
- Et pis le foot, ça doit lui passer au-dessus de la tête maintenant.
- Dois plus avoir envie de jouer alors...
- Non, c'est faux !!"

Tout le groupe se retourna vers Miroku, étonnés. Ils ne l'avaient jamais entendu s'énerver comme ça.
"Sano ne s'en fiche pas ! Il n'attend qu'une chose c'est de guérir et de pouvoir jouer de nouveau avec vous ! comment vous pouvez douter de lui après tout ce qu'il a fait pour le club ? Il a toujours été là non ? Vous n'avez pas le droit de dire du mal de lui comme ça."

Il s'arrêta, essoufflé, les joues rouges et petit à petit il réalisa qu'ila vait parlé d'un ton autoritaire qui ne lui ressemblait pas. Mais il ne pouvait pas revenir sur ses paroles, et il ne le voulait pas. Personne ne pouvait parler de Sano comme ça alors qu'il était si dévoué et patient. Le silence gêné qui s'était installé le mit mal à l'aise et il cherchait vainement un moyen de rompre ce vie lorsque la voix trainante de l'entraîneur parvint de derrière la rangée de casiers la plus proche, surprenant tout le monde.

"Sano est bien plus important pour le club que n'importe lequel d'entre vous. Vous ne vous êtes jamais inquiété de savoir pourquoi il bossait en plus au local ? Pourquoi c'est à lui et pas à vous que je fais appel pour les problèmes du club ? Ce club c'est toute sa vie et il donne bien plus que de la sueur comme vous, il donne de ses tripes et de son coeur. Ne recommencez plus jamais à douter de lui sinon je m'occuperai de vous. Allez, fichez-moi le camp d'ici que je puisse fermer !"

Après l'écoute attentive, ce fut un brouahahah gêné et rapide où ne subsistaient que quelques murmures timides. Miroku revint devant son casier et finit d'enfiler ses chaussures. L'entraîneur vint se placer à côté de lui.

"T'en fais pas pour ça, ils savent bien que Sano reviendra, ils ont juste besoin que quelqu'un écrase le doute qui plane dans leurs tites cervelles de moineaux."
Miroku ne put que hocher la tête, ne sachant pas quoi répondre. Une question lui brûlait les lèvres mais il se retint de la poser.
"Il ne t'a pas dit ce qu'il faisait hein..."
Il releva la tête, regardant l'entraîneur d'un oeil nouveau.
"Non... Et il n'a pas à nous le dire s'il ne veut pas...
- Ouep mais tu peux être rassuré, tout ce qu'il fait, il le fait pour le club. Il l'a pas choisit, ça lui est tombé dessus."
Il raccompagna Miroku à la porte, celui-ci buvait littéralement ses paroles, pensant peut-être arriver à discerner la vérité parmis ces généralités.
"Merci de l'avoir défendu comme ça, ça lui ferait plaisir de savoir que notre nouvelle recrue a du respect pour ses aînés. Ca va pas durer longtemps de toutes manières, bientôt il sera guérit alors je compterai sur vous deux poru vous donner à fond."
Il s'éloigna, laissant le garçon perdu dans ses pensées. Lui aussi avait eu un doute à propos de Sano et le petit sermon avait été efficace. Il avait une totale confiance en son ami, il ne lui avait jamais mentit. C'était d'ailleurs pour ça qu'il ne disait tout simplement rien à propos de ce qu'iil faisait de ses journées. Mais ce secret devait être gênant à porter, peut-être pourrait-il le partager juste avec une personne. Alors qu'il rentrait rapidement au pensionnat pour manger le repas commun, il se rendit compte que l'entraîneur aussi voulait les voir jouer ensemble. Il lui tardait vraiment de s'y mettre. Avec la lettre de sa grand-mère il avait reçu des biscuits, après le repas il irait chercher Sano pour les partager avec lui. Peut-être cela adoucirai-til le fait de le déranger. Il lui avait pourtant dit qu'il ne le gênait jamais mais c'était plus fort que lui, il avait toujours peur de ne pas être désiré et ce qavec qui que ce soit. Mais là, il ferait un effort.

**************************sixth step*********

Il avait hésité un instant sur le pas de la porte, entendant les discussions animées qui venaient de l'intérieur. mais ce soir il ne se sentait pas de taille à affronter le regard des gars du pensionnat, à jouer le brave en faisant semblant d'aller parfaitement bine alors qu'une douleur sourde s'était installée dans sa jambe comme d'habitude. Il avait tourné les talons, contournant le bâtiment pour aller s'installer dnas le petit coin tranquille derrière. Il n'y était plus revenu depuis longtemps, cela lui manquait plus qu'il ne l'avait imaginé. Tant pis pour le repas, il mangerait de nouveau des restes tout seul dans le silence, ignoré de tous. Il posa son sac par terre et se laissa tombre plus qu'il ne s'assit sur le petit bout d'herbe qui subsistait. Malgré le froid qui se faisait de plus en plus mordant à mesure que le jour finissait, il était en nage, la montée de la pente en fin de journée était un réel supplice. Il leva les yeux vers leciel, admirant les étoiles et les couleurs si particulières du crépuscule. Il soupira, sentant enfin un peu de calme l'envahir. Le repos engourdit tous ses membres et il ne bougea plus, fermant à demi les yeux. Il pensait réellement pouvoir rester ainsi longtemps mais ses pensées ne lui obéissaient plus et tournaient inlassablement en rond, revenant toujours au même point, sa rencontre avec Kotaro. Il ne savait pas pourquoi mais elle contenait tous les sentiments et les mauvaises impressions qu'il avait ressentis ces derniers temps. Tout était là, cet abattement, cette fatigue, cette envie de tout laisser tomber.
Il était exténué, il ne s'en rendait vraiment compte que maintenant. Il passait son temps à aider tout le monde mais il avait besoin qu'on s'occupe de lui aussi mais cela personne n'y pensait. Il se retrouvait toujours à devoir croiser cet imbécile de décoloré, ça l'exaspérait. Il sentait ses nerfs qui se hérissaient, il était excédé.
Il était en colère, contre Kotaro, contre tout ce qui arrivait, contre les dirigeants de l'école et surtout contre lui-même, il n'arrivait à rien et ne faisait que s'apitoyer sur son propre sort. Il en avait plus qu'assez.
Il entendit des pas légers derrière lui et se retourna.
Miroku se tenait tout penaud, sa boîte de biscuits à la main, son courage commençant à fondre comme neige au soleil. Il sentait qu'il avait dérangé Sano et ne savait plus quoi faire. S'il restait il l'ennuirait encore plus, mais s'il partait il ne pourrait pas partager son paquet. Son ami semblait préoccupé. Que lui avait dit Saya ? Elle avait parlé de boulot ? Pourquoi ne lui disait-il rien, ça faciliterait tellement les choses.
Il essaya de parler d'une voix assurée.
"Vous êtes encore rentré tard... Qu'est-ce que vous avez fait ?"
Se sentant encore oppressé Sano répondit sèchement.
"Ca te regarde pas ! Te mêles pas de mes affaires comme ça !"
Alors qu'il disait ces paroles il se rendit compte à qui il parlait et fut horrifié de ce qu'il venait de faire. Miroku le regardait avec des yeux ronds, la bouche ouverte, une incompréhension peinée sur le visage. Il avait du mal à comprendre ce qu'il venait d'entendre. Il était rejeté encore une fois, mais là c'était par la personne sur qui il comptait le plus. Il était sur le point de partir, sentant des larmes se former dans ses yeux. Tout basculait, il avait été si impatient de le revoir, toute sa gaieté était en train de disparaître.
Sano se leva d'un coup, méprisant la douleur dans sa jambe et s'approcha de Miroku qui était figé, apeuré.
"Désolé Miroku j'suis fatigué mais j'aurai pas dû te parler comme ça. Je veux pas que tu t'en fasses pour moi c'est tout."
La voix douce et chaude plus que ses mots rassurèrent instantanément le garçon. Maintenant qu'il le voyait de près il constatait la fatigue de son ami, ses cernes, ses yeux fatigués et puis il avait une étrange marque sur la joue, comme une blessure.
"Qu'est-ce qui vous est arrivé ? Votre joue est toute gonflée !
- Ah ça ? C'est rien je me suis cogné à une porte.
- Vous êtes sûr que ça ira ?
- Mais oui t'en fais pas j'suis solide !"
Et pourtant cette blessure ressemblait beaucoup à celle que Kotaro avait récoltée lorsque Sano l'avait frappé. S'étaient-ils de nouveau croisés ? Mais pourquoi son ami le lui cacherait-il ? Il ne voulait pas qu'il s'inquiète, ça devait être pour cela. Il se retint de poser d'autres questions, son ami étant tellement fatigué qu'il ne voulait pas l'épuiser pour un rien.
"Mais qu'est-ce que tu fais dehors à cette heure-ci ? T'as abandonné tes bouquins ?
- En fait j'ai reçu un paquet de ma grand-mère...
- Des Etats-Unis ? Ouah !
- Elle m'a envoyé des gâteaux."
Il ouvrit la boîte de taille conséquente qui révéla un véritable trésor de gourmandise.
"Purée, ça a l'air trop bon !
- Je suis venu partager avec vous si vous en voulez...
- Vrai ? C'est trop gentil ça Miroku !"
Pour un temps sa fatigue et sa morosité semblaient avoir disparus. Il frotta les cheveux du garçon en lui souriant. Il était une véritable bouffée de fraîcheur dans cette journée harassante.

**************************seventh step*********

Ils s'assirent côte à côte, se tournant vers le paysage, la lumière du pensionnat venant doucement les éclairer. Ils dégustèrent en silence les biscuits, testant tous les parfums, s'émerveillant de leurs goûts. La bonne humeur retrouvée de Sano fit plaisir à son ami qui avait été tellement effrayé par sa mine sombre. Il soutenait difficilement les coups d'oeil malicieux et les petits sourires qu'il recevait. Il n'en demandait pas tant, rien que d'être avec lui était suffisant.
"Je crois que j'en ai mangé assez pour ce soir, ils sont délicieux ! En plus il en reste encore plein ! Tu vas pouvoir te régaler !
- Oui c'est vrai, on pourra encore partager.
- Eh mais faut que t'en profites au lieu de tout donner !
- Mais j'en profite aussi mais il y en a tellement !"
Sano sentait que de nouveau il allait mettre mal à l'aise le jeune garçon. Il ne pouvais pas dire carrément les choses alors. D'un coup tous ses soucis qui semblaient bien plus importants et sérieux lui semblèrent futiles comparé à la tâche délicate de ne pas froisser ou faire du mal à Miroku. Il était si fragile, toutes les paroles étaient importantes, il fallait bien peser ses mots et deviner avant lui ce qu'il voulait. Il commençait à s'y faire et le caractère si généreux du garçon lui plaisait, le touchait beaucoup. Il ne laissa pas plsu longtemps flotter l'indécision et le doute dans l'esprit de Miroku.
"Ben si tu veux que je t'aide à leur faire un sort y'a pas de problème..."
Il lui sourit, attendant de voir sa réaction. Il vit son visage se détendre puis s'éclairer.
"C'est vrai ?
- Evidemment, je plaisante pas avec la nourriture !"
Il lui fit un clin d'oeil pour ponctuer sa phrase.
Miroku ne put s'empêcher de rire à cette remarque si représentative de l'attitude de Sano pendant les repas.
Cette petite voix cristalline s'éleva dans le ciel étoilé, rompant définitivement le moindre malaise qui avait pu subsister entre eux.
C'était bien la première fois que Sano l'entendait, ça l'avait soufflé, il avait un si joli petit rire. Il était sûr qu'il pourrait soigner tous ses états d'âme, anéantir ses pesnées sombres et réchauffer son coeur. Tel un rire d'enfant innocent, il était plus puissant que n'importe quel geste ou parole.
Rien que pour ça il souhaitait rester le plus souvent possible avec lui, rien que pour ne pas rater la prochaine fois où il rigolerait. C'était si facile de s'attacher à lui. Bien sûr c'était Sano qui avait commencé à s'occuper de lui, à prendre pour lui tous ses problèmes mais contrairement aux autres, Miroku avait des petites attentions, des inquiétudes à son sujet qui le touchaient énormément. Rien que ses soins pour sa jambe et puis ce soir il était venu le chercher jusqu'ici pour partager un cadeau de sa famille. D'habitude personne ne voulait céder la moindre part de ce qui'ls recevaient, considérant ces biens comme des trésors.
"Ta grand-mère, elle habite près de chez tes parents ?
- Non, ce n'est pas à côté mais comparé à la distance jusqu'au Japon ce n'est rien.
- Elle est gentille de t'envoyer ça, elle doit être sympathique.
- Ah c'est drôle !"
Miroku sourit, observé par Sano intrigué.
"Elle m'a dit la même chose à votre sujet dans sa lettre.
- Que.. que j'étais sympathique ?
- Oui ! Elle a même très envie de vous rencontrer...
- Ah bon ? Mais comment ça se fait ?
- Elle dit que d'après ce que j'écris vous lui semblez exceptionnel, elle s'inquiète de savoir qui sont mes amis.
- Ah... c'est normal ça mais... tu lui as parlé de moi dans tes lettres ?
- .. Oui.. Pourquoi ? Vous.. Ca vous embête ?
- Non non.. c'est juste.. bizarre.."
Il n'aurait jamais pensé que Miroku puisse parler de lui à sa famille. Et pourtant c'était normal, il n'avait pas beaucoup d'amis. S'il en avait parlé c'est que sa grand-mère s'en était inquiétée, ils devaient bien s'entendre alors c'était plutôt rassurant de savoir qu'au moins une personne dans sa famille était proche de lui.
"Mais qu'est-ce que tu lui as dis sur moi ?"
Ca l'intriguait beaucoup. Le contenu des lettres devait refléter ce que pensait réellement Miroku. Celui-ci se trouva pris de cours, ne sachant pas s'il devait dire escatement ce qui'l avait écrit. Il ne s'en sentait pas capable, il allait élucider la question même s'il savait que Sano n'aimait pas ça, il lui faisait confiance pour comprendre ce qu'il cachait, il y arrivait tout le temps.
"Euh... en fait je lui ai raconté à peu près tout ce qui s'est passé depuis la rentrée. Votre blessure, mon entrée dans le club, le retour de Kotaro... Elle est au courant de tout...
- De tout ? Mais comment elle peut dire si je suis bien ou pas comme ça ?"
Il faisait exprès d'en rajouter voulant pousser sans y paraître Miroku à se dévoiler.
"Elle fait confiance à mon jugement je crois...
- Alors tu penses que je suis quelqu'un de bien ?
- Oh oui, c'est évident !
- Ah bon et pourquoi ? Je ne suis pas si différent des autres pourtant..."
Il n'aimait pas forcer le garçon mais en fait il avait besoin de tout savoir, Miroku ne disait jamais rien, c'était l'occasion et peut-être la seule qui lui était donnée de vraiment connaître ses pensées. Il ne pouvait pas trouver d'escuses pour s'éclipser, c'était lui-même qui était venu le trouver.
Il baissait la tête, se concentrant sur ses mains, il avait peur de se révéler mais en même temps il voulait remercier d'une quelconque manière le jeune homme. Non, ce n'était même pas pour ça. Il voulait que Sano sache qu'il était attaché à lui, même s'il devait combattre le noeud dans son estomac et être déçu par la suite.
"Vous... vous vous êtes toujours occupé de moi et cela depuis le début alors que je n'étais pas très sociable. Alors que les autres passaient leur chemin vous vous arrêtiez toujours pour m'aider ou simplement savoir comment j'allais.
- Ce n'est pas très exceptionnel ça.
- Pour moi ça l'était... Je pensais rester seul toute l'année dans mon coin pour ne gêner personne mais vous êtes venu me chercher et grâce à vous je passe les meilleurs moments de ma vie.
- Eh oh, faut pas exagérer !"
Maintenant qu'il l'avait lancé il commençait à se sentir mal à l'aise face à tous ces compliments ; il ne s'attendait pas à tant de véhémence de la part du garçon. Il semblait impossible de l'arrêter maintenant.
"C'est la vérité ! J'ai repris goût au foot grâce à vous, vous n'arrêtez pas de vous occuper de moi, vous me défendez même face à Kotaro alors que j'aurai été si facilement déprimé et démoralisé sans votre aide.
- Ben c'est normal, j'allais pas te laisser te débrouiller seul face à cet imbécile !
- Mais vous êtes le seul à l'avoir fait...
- Eh..."
Là il était sérieux, il avait un regard intense. Pour la première fois il le regardait dans les yeux, n'évitant plus son regard. Ses yeux clairs et limpides semblaient l'avoir emprisonné.
"Sano" Il tressaillit en l'entendant prononcer son prénom. C'était la soirée des premières fois, décidément !
"Je vous apprécie beaucoup et j'espère que vous accepterez d'être mon ami..."
C'était venu plus facilement qu'il ne l'avait imaginé. Maintenant il n'avait plus qu'à attendre la réponse. Il était moins tendu qu'il ne l'avait pensé.
Sano était impressionné par l'air sérieux du garçon, finalement il avait répondu à ses attentes et lui avait tout dit. C'était si simple.
Il rigola un grand coup, surprenant Miroku.
"T'es bête ! Evidemment que j'accepte ! Et puis on l'était bien avant non ?"
Le garçon se détendit complètement, hochant la tête pour acquiescer. Il aurait voulu ajouter quelque chose mais il ne voulait pas gacher ce moment qui était si important pour lui. Sano le fit à sa place, devinant et partageant ses pensées.
"Mais c'est mieux de le dire non ? Maintenant on est fixés..."
Miroku n'en revenait pas, ils pensaient la même chose alors !

**************************eighth step*********

Malgré la bonne humeur retrouvée du jeune homme, Miroku le sentait plus fatigué que jamais.
Empli de confiance par ce qu'ils venaient de se dire il proposa à son ami de rentrer alors qu'il faisait de plus en plus froid avec la nuit qui s'installait.
Cela faisait déjà un bon moment qu'ils discutaient après avoir entamé l'énorme boîte de biscuits et Sano commenaçt à ressentir la fatigue qui s'ajoutait à la douleur dans sa jambe. Il avait des fourmis qui couraient tout du long, ravivant ce petit chatouillement qui s'était fait si discret ces derniers temps. Il gratta son pansement furtivement alors qu'il récupérait ses affaires par terre. Sa mauvaise humeur avait été adoucie d'un coup mais il lui restait un vague malaise dans le ventre, témoin de sa lassitude.
Il soupira à fendre la pierre alors qu'il repartait vers le pensionnat avec Miroku. Il se concentra sur ses pieds comme ils contournaient le bâtiment dans la pénombre, essayant d'éviter les cailloux et les trous pour ne pas se tordre la cheville à nouveau.
Alors qu'il pensait avoir passé le plus difficile, sa chaussure se coinça, retenant son pied en arrière. Il fut déséquilibré et pensa en un instant que l'herbe lui semblerait dure quand il serait tombé dessus. Il penchait dangereusement en avant, son pied gauche commençant à glisser sur le sol humide de rosée. Il aurait pu si facilement se rétablir mais il était si fatigué qu'il n'éprouvait aucune envie de forcer sur ses muscles et préférait encore se laisser aller.
Mais une main solide s'aggrippa à son bras, le forçant à se remettre droit. Il n'avait même pas entendu l'appel de Miroku pour le mettre en garde.
Il sembla revenir à lui après une absence. Son ami l'obligea à s'appuyer sur lui et repris son cheminement vers l'entrée du pensionnat, sans un mot.
Il l'accompagna jusqu'à la cuisine, le faisant s'asseoir et s'occupant déjà de réchauffer son repas. Il dreass le couvers pour lui et remplit son verre d'eau.
"Je peux le faire Miroku, laisses ça.
- Tant que je suis là je peux le faire, ça vous facilite la tâche.
- Mais tu dois avoir d'autres choses à faire en plus il est tard.
- Je n'ai rien de plus important à faire je vous assure.
- C'est pas une raison j'vais m'en occuper...
-S'il vous plait !" Son ton l'arrêta aussi sec, il semblait si sérieux.
"Laissez-moi m'en occuper."
Ce n'était même pas une demande mais bel et bien une affirmation. Et bien le petit prenait beaucoup d'assurance, c'était étonnant.
"Vous êtes très fatigué, je ne peux pas vous laisser comme ça, le doc m'en voudrait terriblement."
Il servit le plat dans l'assiette de Sano, la remplissant à ras bord.
"J'espère que ça vous plaira..."
Il hésitait entre attendre de voir ce qu'en pensait le jeune homme ou partir tout de suite. L'attente lui pesait déjà trop au bout de cinq secondes.
"Je vais chercher de quoi vous soigner, je reviens."
Il s'en alla rapidement, son air intrigua Sano qui entama son dîner, se délectant du shoga yaki, un plat simple à faire mais délicieux. Des tranches de porc imbibées de gingembre, de sauce soja et de sake puis cuites à la poelle et accompagnées de riz cuit dans la sauce. Un vrai régal.
Miroku pensait avoir été rapide mais quand il revint chargé de tout le nécessaire pour soigner la blessure de Sano, celui-ci avait déjà finit son assiette et la raclait consciencieusement, n'en laissant pas une miette.
Le garçon resta planté devant la table, bouche bée, jusqu'à ce que son ami remarque son attitude. Il reposa ses baguettes, satisfait.
"C'était délicieux, j'adore ça en plus !
- C'est vrai ? Ca vous a plu ?
- Ben ouais... Ah ça fait du bien de manger !"
Miroku s'approcha, posant la boîte à médicaments, l'air réjoui.
"C'est qui qui a préparé le repas ce soir ? Il faut que je le félicite !
- C'est.. c'est moi..." Il rougit, baissant les yeux, trop heureux.
Sano se redressa.
"Vrai ?! Ah t'aurais pas du me dire ça j'vais te forcer à m'en faire d'autres maintenant !
- Comme vous voulez...
- Et en plus t'es d'accord ? C'est la meilleure !
- Ca ne me gêne pas de cuisiner...
- J'espère que les autres ont apprécié ce festin à sa juste valeur !
- Ils ont eu l'air de bien aimer...
- C'est tout ? Ils t'ont pas fait de commentaires ?
- Non, ils ne m'ont rien dit mais ils ont tout finit...
- Ah ça serait pas passé comme ça si..."
Il se tut se rendant compte qu'il n'y avait pas longtemps il avait hésité à entrer et manger avec les autres. Il aurait pû être présent au repas et complimenter le cuisinier mais il avait choisit de se terrer dans un coin, il avait fuit pour ne rien partager de ses préoccupations. Maintenant qu'il voyait la situation de plus loin il se trouva bête d'avoir fait ça.
"Est-ce que ça va ?"
La voix de Miroku le tira de ses pensées. Il entreprit de prendre un air dégagé autant que possible.
"Ouais, ouais, j'étais dans la lune.
- Alors je vais me dépêcher de vous soigner pour que vous alliez vous coucher le plus vite possible.
- Non c'est bon te presse pas j'ai tout mon temps. Je veux pas te stresser.
- Ca ira, j'ai l'habitude maintenant."
Et ce fut vérifié, en un rien de temps il changea le pansement et appliqua les soins avec précision. Puis il se releva se tournant vers Sano.
"Vous pouvez tourner la tête s'il-vous-plaît ?
- Ben pourquoi ?
- Pour que je vous soigne la joue..."
Avec tout ce qui s'était passé il avait complètement oublié sa pseudo discussion avec Kotaro. Il en faisait du chemin le décoloré rien que pour lui gâcher ses journées.
"Voilà c'est finit."
Miroku était content de lui, ses soins semblaient efficaces et au moins il était utile à quelque chose. Mais l'air renfermé de Sano coupa son entrain. Il semblait de nouveau perdu dans ses pensées suivant une réflexion que lui seul pouvait comprendre. Le garçon sentait bien qu'il lui cachait la vraie raison de sa blessure. Il ne savait pas pourquoi mais le nom de Kotaro lui était tout de suite venu en tête, même s'il n'était pas le principal centre d'intérêt de Sano, il n'avait jamais vu personne d'autre se fâcher avec lui au point d'en venir aux mains.
Il finit de ranger la cuisine et rejoint Sano qui se levait lentement. Ils se dirigèrent vers le couloir menant à leurs chambres.

**************************final step*********

Miroku ne trouvait plus rien à dire pour rompre le silence qui s'était installé entre eux. Il n'aimait pas ça mais il allait devoir quitter son ami sur une mauvaise impression. Il lui souhaita bonne nuit, espérant que le sommeil le remettrait sur pied. Il s'en allait lorsque Sano lui prit la main, le retenant un instant. Il était encore un peu plongé dans sa torpeur, pour une fois il n'avait plus son aire nonchalant mais semblait tout penaud. Il semblait hésitant, il n'avait jamais eu à faire ça.
"Je... merci pour toute..." Il semblait ne rien pouvoir dire de plus.
Mais rien que le geste avait bien plus touché Miroku qu'il ne le pensait, la main si grande, solide et chaude étreignait la sienne avec douceur. C'était tellement rassurant. Toutes ses paroles étaient déjà importantes mais il avait besoin d'avoir une prise sur le réel, de savoir qu'il ne rêvait pas tout ce qui lui arrivait. Ce contact c'était le plus important.
Touché par cette attention de la part de Sano, il se sentit comme soulgé et fit un de ces sourires que peu de personnes pouvaient se targuer d'avoir vu.
Un sourire si franc et honnête, reflétant tout le bonheur et lajoie qui gonflaient son coeur.
"De rien !" Sa petite voix résonna dans la tête de Sano bien après qu'ils soient rentrés chacun dans leur chambre. Il ne pensait pas que ce sourire pouvait avoir autant d'effet sur lui et pourtant il avait beau chercher dans sa tête il ne trouvait plus aucune ombre. Il se sentait léger et apaisé. Alors comme ça le grand Sano qui avait tellement l'habitude de se débrouiller tout seul pouvait se laisser aller de temps en temps, quelqu'un était là pour veiller sur lui. Il était un peu étonné de voir qu'il n'avait pas besoin de toujours tout faire et qu'il pouvait se reposer sur son ami. Il avait été tellement fatigué jusque là et maintenant qu'il pouvait enfin dormir il n'avait plus sommeil.
Il tourna en rond dans sa chambre, le temps de se changer, hésitant à se mettre à son bureau ou au lit. Finalement il s'assit près de sa fenêtre, observant le petit bout de ciel en laissant ses pensées s'apaiser. Il ne garda plus en mémoire que les derniers instants passés avec Miroku. Il lui avait prit la main par hasard, sans réfléchir, il avait juste voulu le retenir. Mais ç'avait été si doux, il avait de petites mains fines et fraîches, telles des mains de bébé. Ce geste involontaire l'avait ramené à la réalité, le sortant des brumes de la fatigue. Et alors son sourire l'avait illuminé, le réchauffant totalement. Le sommeil commençait à s'installer de nouveau en lui. IL se coucha, gardant à l'esprit le sentiment qu'il avait ressenti devant se sourire, serein.
Rentré dans sa chambre Miroku se sentait empli de courage, cette journée avait été si forte en émotion, il ne pensait pas pouvoir se sentir aussi bien.
Il jeta un coup d'oeil sur son bureau. La lettre de sa grand-mère l'y attendait mais il ne s'y intéressa pas. Il la mit de côté, s'installa sur sa chaise et sortit une feuille blanche. Il réfléchit un instant, mesurant ses phrases dans sa tête avant de les mettre sur le papier. Il allait écrire à ses parents et comme à chaque fois il ne savait pas vraiment comment s'y prendre. Mais cette fois-ci il avait quelque chose à leur demander, c'était plus facile à écrire. La proposition de Sano l'avait vraiment touché mais cela lui avait rappelé qu'il aurait voulu arranger la situation avec ses parents malgré tout ce qui s'était passé. Et puis il voulait revoir sa grand-mère et sa soeur, elles lui manquaient beaucoup. Surtout maintenant qu'il allait bien il voulait leurmontrer pour les rassurer. Mais ses parents étaient des gens occupés aussi il ne savait pas s'ils fêteraient Noël cette année, il fallait qu'il vérifie ça en leur écrivant. Il mit dans cette lettre tous ses espoirs de réconciliation, il attendait beaucoup de leur réponse. Il s'imaginait déjà revenant chez lui pour un court séjour où tout se passerait bien, tout le monde souriait et était content de le voir. Une douce torpeur s'installerait en lui et il regarderait d'un air absent les lumières clignoter dans le sapin de Noël. Enchanté par cette vision, il plia la lettre et la mit tout de suite dans une enveloppe prête à partir.
Il avait hâte d'avoir une réponse positive. Ses parents voudraient certainement qu'il revienne et reste le plus longtemps possible, cela leur permettrait encore une fois de le convaincre de rester.
Il se leva et alla se changer. Il observa les marques sur ses épaules et son dos, elles commençaient enfin à s'estomper, les autres étaient parties plus vite mais c'était vrai qu'elles s'étaient trouvées à des endroits sur lesquels "il" s'était peu acharné.
Il avait peur que tout recommence s'il rentrait une nouvelle fois mais il avait cet espoir fou à chaque fois que ses parents auraient changé et accepteraient soudain sa décision. C'était une illusion, il s'en rendait compte, mais il ne voulait pas croire que ses parents étaient mauvais. Ils avaient beaucoup de travail et étaient souvent fatigués, il ne pouvait pas leur en vouloir.
Bientôt ses marques ne seraient plus qu'un souvenir et il se sentait assez fort pour rentrer chez lui et tout affronter, même s'il n'y avait pas Sano à ses côtés pour l'aider et lui redonner confiance. IL voulait arrêter de toujours se reposer sur lui même s'il ne savait pas s'il y arriverait aussi vite. Les vacances n'étaient pas si éloignées, le temps qui lui restait était court. Il chassa le début d'appréhension qu'il commençait à ressentir et se peletonna dans son lit, bien au chaud.
Il s'endormit bien plus vite qu'il ne s'y attendait, plongeant dans le sommeil réparateur avec soulagement.

**************************the end*********

<-- Chapitre précédent..Chapitre suivant -->