Jibun Kakumei > Chapitre 8 : Le début
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**************************first step**********
Elle souffrait de la chaleur qui s'était soudain abattue sur la ville. Tout semblait cuire sous les rayons ardents du soleil. L'air sec asséchait sa gorge malgré l'eau qu'elle buvait le plus souvent possible. Elle semblait ne pas pouvoir se rafraîchir, elle ne se souvenait pas avoir jamais autant transpiré, elle se sentait sâle et vaseuse. Tout ce qu'elle souhaitait maintenant c'était rentrer le plus vite possible chez elle pour pouvoir se jeter sous la douche dès son arrivée. C'était la fin de l'année scolaire et elle en était plus que ravie. Bientôt elle n'aurait plus à supporter toutes ces filles qui n'arrêtaient pas de parler de sujets futiles et sans intérêt qui l'exaspéraient. Bientôt elle n'aurait plus à jouer les filles contentes de tout. Elle était d'un naturel joyeux et ne s'encombrait jamais longtemps l'esprit avec des pensées trop sérieuses mais ça n'allait pas jusqu'à devenir aussi bête que les filles de sa classe. Comparé à elles, elle se trouvait soudain plus mâture et intelligente. Mais cela ne l'empêchait pas de vouloir participer à la vie de la classe et de rester avec elles. Malgré tout cela lui faisait de la compagnie. Depuis son dernier chagrin amoureux elle se sentait désespérément seule et malgré toutes les questions que lui avaient posé ses camarades de classe elle ne parlait jamais de ce garçon à qui elle s'était tant attachée mais qui avait dû partir pour rester avec sa famille. Elle pensait bien aussi qu'il s'était lassé d'elle et de sa spontanéité. Après tout, peut-être s'était-elle trompée dans ses sentiments. Ce n'était sûrement que de l'admiration qu'elle avait ressentit tout ce temps. Et pourtant elle s'était sentie incroyablement triste lorsqu'il l'avait quitté et rien que le fait d'aborder ce sujet avec qui que ce soit la rendait tellement nostalgique que son coeur s'en serrait à l'étouffer.
Elle avait accepté de sortir aujourd'hui en ville avec les filles de la classe pour se changer les idées. Elle détestait vraiment se laisser aller et préférait se distraire le plus possible, relégant toute cette histoire au rang de souvenirs enfouis qui ne devaient plus interférer dans sa vie désormais.
Elles avaient parcourut la ville en tous sens, faisant tous les magasins possibles et imaginables, plus qu'elle ne pensait pouvoir jamais voir en un temps aussi court. Elle avait supporté les minauderies des filles, leurs paroles si futiles et leur manie de vouloir rester indéfiniment dans les magasins pour essayer le plus d'habits possible. Elle avait regardé ça d'un oeil blasé, priant pour que la fin de la journée arrive le plus vite possible.
Malgré tout elle s'était un peu laissé aller et avait bien rit alors qu'elles s'étaient arrêtées pour manger dans un parc tout proche des derniers magasins qu'il leur restaient à faire.
Elle s'était bien aéré l'esprit alors qu'elle s'était plongée dans l'observation de nombreux mangas dont les dessins lui plaisaient. Cela faisait longtemps qu'elle n'en avait pas lu, peut-être cela lui permettrait-il de penser à autre chose. Les filles avaient fini par être épuisées et, ne tenant plus à rester dans la fournaise qu'était devenue la ville, elles avaient préféré se quitter là.
Elle n'attendait que ça et ne s'était pas faite prier pour partir.
Lorsqu'elle était fatiguée son esprit faisait ce qu'il voulait et le meilleur remède c'était soit de dormir soit de s'occuper de son frère. Elle lui avait d'ailleurs rapporté un petit cadeau et même si elle savait qu'il ferait sûrement la fine bouche elle ne pouvait s'empêcher de vouloir lui faire plaisir malgré tout.
Elle arriva enfin à son arrêt de bus, ses pieds la faisant souffrir elle s'assit sur un petit banc proche parmis tous les gens qui patientait calmement.
Cette journée était si chaude, tout le monde essayait de trouver des distractions de l'esprit pour éviter de penser à la chaleur mordante du soleil.
L'air était étouffant, le vent si souvent présent ces derniers temps s'était soudain calmé et on avait l'impression de passer au travers de l'air comme luttant contre l'épaisseur du vide.
Elle laissa ses yeux dériver sur ce qui l'entourait, elle aimait observer les gens, leurs réactions, leurs mimiques. Elle sentait à chaque fois qu'elle était liée à ces gens simplement parce qu'ils étaient des êtres humains. De plus, ils attendaient toujours comme elle qu'un changement advienne. Cette attente pour quelque chose qui pouvait très bien ne pas arriver reposait sur la croyance que ce qui s'était toujours produit devait forcément se produire à nouveau.
C'était une confiance aveugle en l'avenir, elle était similaire à une sorte de foi et les gens ayant la foi se retrouvant à attendre, avaient quelque chose de plus éthéré que les gens qui s'activaient autour.
L'un d'eux pourtant attendait, impatient, sur le bord de la route, quelconque parmis les autres et si différent à la fois. Il arpentait le devant de l'abris-bus, essayant de maîtriser son espace, sûr de lui.
Il rayonnait sous la lumière du soleil, ses cheveux blonds, courts, encadrant doucement son jeune visage, ses yeux bleus si sérieux imposaient le respect. Il semblait vouloir tenir tout le monde à distance de lui.
Il était habillé simplement, une chemise blanche au col ouvert laissant son cou et la naissance de ses épaules découverts à l'air libre, et un jean un peu délavé sur des chaussures souples et sportives. Il semblait vouloir paraître à l'aise et y parvenait remarquablement bien.
Finalement le bus arriva et il se trouva, jeune homme fin et élancé, premier à monter. Elle avait souhaité un peut bêtement qu'il prendrait le même bus qu'elle et son voeu s'était réalisé. Elle le suivit et monta à son tour dans le bus, ne s'empêchant pas de le regarder, comme perdue dans un rêve. Il fut prompt à se diriger vers le fond du véhicule, la laissant coincée derrière un grand dadais encombré de sacs. Celui-ci s'installa grossièrement à côté du jeune homme qui le toisait du regard. Elle s'assit au milieu dans le sens de la marche, tâchant de paraître la plus discrète possible alors qu'elle observait ce jeune homme si lumineux.
Il était si différent de tous les autres usagers, une fleur parmis les orties.
Il semblait quelque peu agacé par la place encombrante que prenait son voisin et tentait en vain de se distraire en regardant par la fenêtre.
Il ne devait pas être habitué à prendre ce bus qui était plein tout le temps, elle se dit qu'il devait sûrement aller chez un ami.
Quand son voisin changea enfin de place il put se décontracter. Il était penché sur la fenêtre l'air pensif.
Cependant, le trajet se poursuivant, il se leva et alla examiner le plan au centre du bus, se tenant du mieux qu'il pouvait, restant énigmatique et concentré. Elle avait commencé à lire, jetant un oeil de temps en temps sur ce jeune homme qui semblait tout droit sorti de son imagination, si irréel et si vrai à la fois.
Malgré sa lecture, toute son attention était tournée vers lui, elle calculait chacun de ses regards pour qu'ils paraiseent anodins et lui permettent de le contempler tranquillement. Puis il alla jusqu'à l'avant du bus et y resta, appuyé contre un siège, de dos, il parraissait encore plus fort et mystérieux. Elle sentait qu'elle avait eu la chance de voir un être rare, le mystère restant entier, son image resterait pure dans sa mémoire.
Elle passa les derniers mètres à regarder la route qui défilait devant le bus, la silhouette tranquille et attentive du jeune garçon s'imposant à son regard. Elle profita de ces derniers instants privilégiés pour se remplir les yeux de ses cheveux blonds et de se chemise blanche qui tombait si bien sur ses jeunes épaules. Elle ne se doutait pas qu'elle devait revoir ce garçon plus tard.
Elle descendit à regret à son arrêt sans se retourner, gardant dans son esprit l'image de ce garçon qui avait illuminé sa journée rien que par sa présence.
Elle rentra lentement chez lle, ressassant ces derniers moments dans sa tête. Malgré le peu de cas que fit son frère à son cadeau, elle y attacha peu d'importance, ce qui étonna ses parents, plutôt habitués à la voir rouspéter dès qu'elle le pouvait. Elle passa le reste de la journée perdue dans ses pensées, le garçon à la chemise blanche et aux cheveux blonds, semblable à un ange, ne la quittant plus.
**************************second step**********
Le froid mordant la rappella à la réalité, elle s'emmitouffla le plus possible dans sa veste et enfouit son visage dans son écharpe. Il faisait de plus en plus froid ces derniers temps, l'hiver s'installait tranquillement sans y paraître. Elle était venue jusqu'ici depuis chez elle alors que c'était si loin. Faire le même trajet que quand elle allait en cours était assez déprimant mais en même temps c'était une petite victoire que de passer devant l'école sans y aller.
L'idée lui était venue d'un seul coup, le matin même, alors que sa famille était partie en excursion elle ne savait où. C'était son petit frère qui avait voulu faire une visite et comme il y avait invité un ami à lui, la voiture était pleine. Elle en était bien contente. Pouvoir être tranquille sans sa famille ne lui arrivait pas souvent. Elle s'était sentie libre de faire toutes les folies possibles, mais la première et la plus importante qui lui était venue à l'esprit c'était une chose toute simple à faire, d'ailleurs elle n'avait pas attendu plus longtemps pour la réaliser.
Elle arriva enfin devant le café, attendit un petit moment le temps de respirer un grand coup pour calmer sa nervosité, son coeur commençait déjà à s'emballer. Elle prit son air le plus affable possible et poussa la porte vitrée qui fit tinter la petite cloche suspendue au-dessus. elle ne se doutait pas que seul ce son lui rappellerait toute l'atmosphère de sa première visite, ce sentiment d'être hors du temps, cette douceur de vivre. Elle ne put s'empêcher de regarder partout dans la pièce alors qu'elle défaisait son écharpe. Il faisait bon ici, un petit bout de paradis.
Alors que la peur commençait à étreindre son coeur comme elle désespérait, elle aperçut enfin la silhouette si particulière de celui qu'elle était venue voir.
Il s'approcha aussitôt d'elle avec un immense sourire ce qui, en plus de la joie qu'elle avait ressentie à le reconnaître, d'être tout de suite le centre d'intérêt de ce garçon faisait battre son coeur à vive allure.
"Salut Saya ! Ca va ? Ca fait plaisir de te voir ! Qu'est-ce que tu fais par ici ?
- Bonjour Sano. Ben je faisais rien aujourd'hui, je me suis dit que je passerai te voir !, dit-elle en essayant au mieux de ne pas bégayer, se sentant rougir malgré tout.
- C'est sympa ça !, fit-il en lui indiquant un siègle libre pour qu'elle s'asseye. Tu prends un chocolat chaud, comme la dernière fois ?"
Elle ne put que hocher la tête, tout en enlevant son manteau et il repartit aussitôt pour chercher sa commande. Il n'avait même pas oublié ce qu'elle avait pris la dernière fois. Elle n'y avait pas fait attention la première fois qu'elle était venue le voir mais il portait un costume de serveur qui lui allait parfaitement. Son assurance ressortait beaucoup plus ainsi, lui donnant une allure incroyable. Il était tout simplement classe dans ce costume et elle prit un vif plaisir à l'observer faire son service tout en préparant sa commande. Comme la dernière fois il se retrouvait tout seul à tenir la boutique. Il était rapide et précis dans ses mouvements. Il utilisait au mieux sa jambe valide, ne se servant de la blessée que pour maintenir son équilibre. A force de travailler tous les jours il avait acquis une certaine habileté à maîtriser ses mouvements. Voyant que les clients se faisaient moins nombreux, il profita de l'acalmie pour apporter son chocolat à Saya et s'installer pour discuter tranquillement avec elle. Elle fit du mieux qu'elle put pour paraître la plus normale possible, se pencahnt souvent sur son chocolat pour éviter de trop se perdre dans le regard de Sano. Il était tellement attentif qu'elle sentait qu'il l'observait même quand elle ne le regardait pas. Passé le petit moment de flottement où ni l'un ni l'autre n'avait lancé de réel sujet de conversation, ils commencèrent à se réhabituer l'un à l'autre, se déridant peu à peu et devenant plus familiers, comme s'ils se connaissaient depuis des lustres. Leur bon caractère et leur allant à tous les deux se rejoignaient pour donner une atmosphère bon enfant et joyeuse à leur discussion.
Bien entendu, le sujet qui les fit le plus parler, comme la dernière fois, ce fut Miroku. Leur ami comptait vraiment pour eux et puis Saya ne le voyait pas beaucoup et depuis le dernier match où il avait revu Kotaro, elle ne savait pas si cela l'avait perturbé.
"Ca n'a pas l'air de lui trotter dans la tête. Bon c'est sûr qu'il peut pas oublier ça mais il l'air de s'en être remis. Et pis il s'occupe le plus possible. Quand il est pas à l'entraînement il bosse ou il aide les autres pour leurs devoirs. Il est devenu le sauveur des cancres. Il paraît qu'il est tellement patient et attentif que tous ceux qui ont demandé son aide ont récolté des bonnes notes par la suite.
- Ca c'est étonnant. Avant il ne pouvait pas trop parler avec les autres et encore moins rester seul avec quelqu'un.
- Oui c'est ce que j'ai pensé aussi, il doit faire un gros effort sur lui-même c'est pas plus mal. C'est bien qu'il puisse parler avec les gars du pensionnat ça le sociabilisera un peu plus !
- Oh mais tu sais que rien que depuis qu'il est au pensionnat il a énormément changé ! En quelques mois il a plus changé qu'en deux ans ! A chaque fois que je le vois j'ai l'impression de ne plus le reconnaître. C'est épatant !
- C'est vrai que tu n'es pas en classe avec nous c'est dommage...
- Ben j'arrive à le voir entre les cours par contre tu n'es pas souvent là.
- Ah oui c'est que avec le travail ici je prends du retard avec mes cours alors je le rattrape à ce moment là.
- Mais ça doit être difficile ! Miroku ne t'aide pas ?
- Oh si il a déjà essayé de m'aider mais je ne peux pas lui demander de m'expliquer des leçons évidentes, je préfère qu'il se change les idées.
- Il... Il ne sait pas que tu travailles c'est ça ?", dit-elle doucement.
Il fut surpris mais finalement c'était normal, il fallait qu'il s'y fasse avec elle, elle devinait vraiment tout.
"Et, continua-t-elle, tu préfèrerais que personne ne le sache c'est ça ?"
Il lui sourit, comblé.
"Oui c'est d'ailleurs ce que je voulait te dire... Mais tu es vraiment trop perspicace. Ah ! on me demande je reviens !"
Il n'avait donc rien dit à Miroku pour son travail. Il faisait tout ça sûrement dans un but pré&cis sinon il ne lui aurait pas caché. Elle se sentit tout d'un coup flattée et valorisée car elle était dans la confidence.
Evidemment, la première fois qu'elle l'avait vu c'était ici, il aurait difficilement pu nier qu'il y travaillait. Malgré tout, cela n'enlevait rien au fait que c'était un secret qu'elle était la seule à partager. Elle se sentit soudain plus proche de Sano et n'en reveneait pas d'être aussi bien considérée par ce jeune homme qui lui semblait si parfait.
Il lui fit un petit signe depuis le bar pour lui signifier que son travail allait lui prendre un peu de temps. Elle fut touchée par cette attention et lui fit signe en retour que ça ne la gênait pas et qu'elle pouvait bien attendre. En buvant son chocolat chaud à petites gorgées, elle pensa qu'il était étonnant de pouvoir dire autant de choses rien qu'avec des gestes. Elle avait pris quelque chose de chaud à boire car le froid mordant la tenaillait depuis l'extérieur mais le seul fait d'avoir pu discuter avec Sano l'avait bien plus réchauffée que n'importe quelle boisson chaude. Elle se sentait tellement bien ici, considérée et appréciée. Il ne lui demandait rien, juste de rester elle-même et il semblait aimer être en sa compagnie. Bien que son caractère gentil pouvait en être la cause.
Elle n pouvait pas savoir s'il était gentil comme ça avec tout le monde, cela semblait plus que probable mais elle préférait penser qu'il était spécialement gentil avec elle parce qu'il l'appréciait au moins un peu.
Si elle avait su comment était Sano avec les autres elle aurait été hautement flattée de recevoir autant de considération de sa part.
Il était foncièrement gentil mais il ne s'attachait jamais vraiment aux gens. Il s'inquiétait vraiment d'eux et s'occupait de résoudre leurs problèmes le plus souvent possible mais il ne se sentait pas obligé de le faire, s'il ne les voyait plus après, cela ne le gênait pas. Il s'était habitué à vivre seul et à donner de sa personne sans forcément recevoir quelque chose en retour.
Mais depuis qu'il connaissait Miroku il s'était découvert un véritable attachement. Il préférait savoir où son ami se trouvait, ce qu'il faisait et s'il allait bien. Ce sentiment s'était élargi à Saya par la force des choses.
Il l'aimait bien mais ne se serait pas inquiété d'elle autant si elle n'avait été importante pour Miroku. Il découvrait tout ça, de s'occuper exclusivement de peu de personnes, de toujours vouloir les voir. Il ne pensait pas autant apprécier cela. Après avoir servit les nouveau clients il revint s'asseoir en face de Saya qui savourait son chocolat histoire de passer le plus de temps possible dans le petit café.
Il aborda tout de suite le sujet dont ils avaient commencé à parler.
"Pour... pour le boulot, j'ai choisi de le faire mais personne ne doit être au courant alors si tu pouvais...
- Eviter de dire quoi que ce soit à qui que ce soit et surtout à Miroku ça t'arrangerait ? T'inquiètes pas, je resterai bouche cousue.
- Merci c'est sympa !"
Il semblait réellement soulagé.
"Mais si tu pouvais me dire au moins pourquoi tu ne veux pas qu'ils le sachent ça me permettrait d'être sûre de ne rien dire.
- Ben en fait le club de foot du lycée a des difficultés en ce moment, on nous enlève nos subventions et il faut qu'on se débrouille pour remonter notre niveau dans le championnat interlycée. Mais bon depuis que Miroku est arrivé on gagne alors on devrait s'en sortir.
- Non... Me dit pas que l'argent que tu gagnes ici va direct dans les fonds du club ?!
- Et si. C'est pour ça que je travaille.
- Mais... Il devait sûrement y avoir d'autres moyens, tu n'es pas seul dans le club, tu aurais pu te faire aider !
- On essaie toujours de contacter des aides extérieures avec l'entraîneur mais pour l'instant c'était la solution la plus rapide et la plus efficace pour permettre au club de continuer à tourner.
- Mais tu ne peux pas faire ça tout seul ! Ce n'est pas... ce n'est pas...
- C'est justement pour ça qu'il faut que personne ne sache ce que je fais, je suis sûr qu'ils voudraient m'aider mais la meilleur façon de le faire c'est encore de gagner le plus de matchs possibles pour que la direction ne décide plus de fermer le club. Je ne peux pas leur demander de faire l'impasse sur l'entraînement ça ne serait pas logique. C'est moi qui ai choisi de faire ça et ils ne doivent rien en savoir d'accord ?
- C'est quand même dur pour toi. Tu n'aurais pas dû choisir de faire ça...
- De toutes manières je ne peux plus m'entraîner à cause de ma blessure, je ne suis bon qu'à ça maintenant.
- Ne dis pas ça !"
Elle s'était exclamée, rougissant aussitôt de sa réaction si vive qui étonne Sano. Il lui sourit gentiment, hochant la tête.
"Tu n'as pas besoin de t'en faire ! Tu es bien comme Miroku à t'inquiéter autant des autres. C'est gentil mais je préfèrerai que tu ne soies pas aussi triste quand tu viens me voir, ok ?"
Elle acquiesça lentement, encore toute retournée de ce qu'elle venait d'entendre. Sano donnait tellement de lui alors que personne ne s'en rendait compte. Il était si dévoué, elle aurait voulu qu'il soit un peu plus considéré mais cela lui semblait inutile. Elle devait se plier à ses exigeances, au moins faire ça pour lui. Et puis, n'avait-il pas sous-entendu qu'il aimerait la revoir ? Rien que cela lui redonna le moral et elle fit un sourire charmant qui lui fit plus plaisir qu'elle ne pouvait s'en rendre compte.
**************************third step**********
Avoir quelqu'un dans la confidence permettrait à Sano d'être plus tranquille, il savait qu'il pourrait lui en parler sans craindre de tout révéler. En plus si elle revenait le voir aussi spontanément qu'aujourd'hui, il se sentirait moins seul, perdu dans ce petit café au bout de la ville.
"Par contre si tu pouvais m'en dire plus sur le décoloré ça m'aiderait bien. Miroku ne m'a rien dit alors que la dernière fois vous sembliez savoir pas mal de choses. Peut-être ça me regarde pas mais j'aime pas rester dans le flou comme ça.
- En fait... ça a rapport avec l'accident qui s'est passé il y a deux ans, je n'en sais pas grand chose mais Miroku m'a dit que depuis ses deux meilleurs amis d'enfance ne voulaient plus lui parler.
- Ah oui, ça je savais...
- Comment ? Miroku t'en as parlé ?
- Oh non mais j'suis tombé sur une lettre de ses parents qui en parlait."
Il vit qu'elle faisait la moue, ce qui confirmait ce qu'il avait imaginé, elle non plus ne devait pas apprécier leur comportement envers leur fils. "D'ailleurs, ils parlaient aussi des dernières vacances d'été qu'il y a passé et ça m'a vraiment horripilé le traitement qu'ils ont dû faire subir à Miroku..." Il s'arrêta devant l'air totalement sidéré de Saya.
"Qu'est-ce qu'il y a ?
- Je... Non ce n'est pas possible !
- De quoi ?" Il la sentait fébrile et choquée, ne pouvant organiser ses pensées.
"Il... Miroku m'avait dit qu'il... qu'il comptait rester au pensionnat pendant les vacances ! Pourtant je lui avais dit de venir chez moi s'il le voulait mais il avait refusé. Je... je pensais qu'il était resté avec toi tout ce temps !" Elle était perdue, comment n'avait-elle eu aucun doutes ? Comment avait-elle pu laisser passer ça ?!
"Eh bien à moi il avait dit qu'il serait chez toi et si je n'avais pas mis la main sur cette lettre je n'aurai jamais su ce qui s'était réellement passé."
Il s'arrêta alors que Saya portait les mains à sa bouche, son regard se faisant lointain, elle semblait prête à pleurer. Son attitude le toucha, elle semblait tellement inquiète pour son ami. Plus que tout il détestait voir les gens pleurer. Il se déplaça et vint près d'elle, la prenant dans ses bras alors que les larmes commençaient à couler sur les joues pâles de la jeune fille.
Quelques clients se tournèrent pour les observer, intrigués, mais retournèrent bien vite à leurs occupations voyant l'air impérieux du jeune homme.
A travers ses sanglots elle continua de parler.
"Je l'ai laissé partir si facilement... J'aurai dû me douter de quelque chose... il a dû souffrir le martyre là-bas et il n'en a jamais parlé... Il faisait comme s'il ne s'était rien passé de spécial durant ces vacances... Comment ai-je pu être aussi inattentive..."
Ses larmes l'empêchèrent de continuer, elle voyait dans sa tête l'image de Miroku tout sourire lui affirmer que ses vacances s'étaient bien passées. Il ne s'était jamais apesanti sur le sujet et puis... oui, maintenant c'était évident... il avait mal partout et avait mis cela sur le compte d'une trop grand activité sportive... Elle se sentit perdue et coupable, elle chercha et trouva un réconfort dans les bras solides de Sano qui lui murmurait des paroles apaisantes et rassurantes qui, une à une la remirent d'aplomb, sa culpabilité fondait à vue d'oeil alors que le flot de ses larmes finissait enfin par s'arrêter.
"Ca va, c'est pas comme si tu l'avais abandonné. Tu es toujours là pour lui et il le sait, c'est à lui de faire un effort et de t'en parler pas à toi à culpabiliser autant. Il n'aimerait pas te voir pleurer, continua-t-il en lui essuyant ses larmes, alors maintenant tu vas me promettre d'oublier ça et me faire un joli sourire, d'accord ?"
Elle ne put s'empêcher d'éprouver une certaine joie à être autant choyée. Il avait raison, elle ne devait pas se laisser aller, Miroku avait besoin de personnes fortes à ses côtés. Elle s'essuya le visage puis fit un petit sourire timide à Sano. Celui-ci sembla satisfait et lui sourit en retour, desserrant son étreinte protectrice.
Elle respira un grand coup, reprenant ses esprits tandis que le jeune homme s'asseyait de nouveau en face d'elle. Elle repensa au début de leur conversation et pour se remettre de ses émotions expliqua à Sano ce qu'elle savait des relations entre Miroku et ses amis d'enfance.
"En tous les cas, Kotaro semblait très proche de Yasumi.
- La soeur du meilleur ami de Miroku, c'est ça ?
- Oui mais apparemment elle n'a jamais vraiment accepté son attachement pour elle. Lorsque Hosei, son frère, s'est blessé, il semble qu'elle ne s'en soit pas remise et qu'elle en ait voulu à Miroku, à tel point qu'elle et son frère refusaient de le voir. A ce moment Kotaro les a aidé, s'est si bien occupé d'eux qu'elle a finit par s'y attacher. Mais il semblerait maintenant qu'ils se soient mis en tête de faire encore plus culpabiliser Miroku alors que cela faisait deux ans qu'il avait presque arrêté de vivre normalement.
- Mais Kotaro était un coéquipier de Miroku, il devait bien savoir comment il était et qu'il n'aurait jamais fait ça intentionnellement.
- En fait il semblerait que le geste de Miroku sur le terrain ait été vraiment dangereux. Je suis sûre qu'il ne l'aurait pas fait en d'autres circonstances. Mais à l'époque il était toujours prêt à défier Hosei et tous les deux se donnaient vraiment à fond lorsqu'ils jouaient l'un contre l'autre. Ils aimaient vraiment se défier et ils étaient très doués tous les deux. c'est pour ça que son geste a paru si disproportionné à cette époque.
- Ah... le décoloré a rien du comprendre alors.
- Oui je pense qu'il a dû se sentir trahi en quelque sorte. Et comme ils n'ont jamais voulu parler avec Miroku, entendre ses explications ça n'a rien arrangé...
- Et tu disais qu'en fait le décoloré était venu voir Miroku parce qu'il y était forcé ?
- Oui je pense qu'il est très attaché à Yasumi et qu'il fait tout ce qu'elle lui dit maintenant, même si au bout de deux ans il semble s'être assagi et qu'il commence à douter du bien fondé de ce qu'il fait. Surtout quand il voit à quel point Miroku a changé et est devenu si fragile. Au début ça a du plutôt l'agacer mais je suis sûre qu'il peut se rendre compte que ce qu'il fait ne sert à rien et que c'est simplement méchant.
- Mmoui... J'sais pas s'il est assez intelligent pour comprendre tout ça, il m'a l'air bien borné... mais si tu me dis que ce n'est pas sa seule faute je veux bien te croire", finit-il avant qu'elle ne l'interrompe. La clocette retentit alors. "Je te laisse, je vais m'occuper des clients, prends ton temps ok ? Je reviendrai te voir." Il se leva rapidement et s'éloigna d'elle, abandonnat son air préoccupé et redevenant ouvert et avenant alors qu'i parlait aux nouveaux arrivants.
Tant de sollicitude à son égard elle n'en rêvait pas tant. Elle était venue ici sur un coup de tête, se demandant si elle n'allait pas plus l'ennuyer qu'autre chose et finalement il lui permettait de rester et même semblait désireux de lui accorder du temps malgré tous les clients qu'il y avait dans le café. Elle se laissa engourdir par la douce atmosphère qui y régnait, une petite musique douce enveloppait les bavaradages discrets qui s'élevaient de quelques tables. Elle regarda sa tasse et s'étonna de la voir autant remplie. Avec tout ce qui s'était passé elle pensait que plusieurs heures s'étaient écoulées.
Elle but une nouvelle gorgée de son chocolat qui, après le réconfort de Sano, acheva de la calmer. Elle se perdit alors dans la contemplation du paysage à travers la vitre, regardant les passants se presser dans la rue, emmitoufflés dans leurs manteaux. Elle fit le vide dans son esprit et ne pensa plus à rien. Seule la pression qu'elle avait ressentie sur son dos là où Sano avait appuyé ses bras restait présente, presque réelle. Elle s'y lova, sentant son coeur fondre à la simple évocation de ce qu'il avait fait pour elle.
**************************fourth step**********
Il avait laissé partir Saya après s'être assuré qu'elle s'était remise de ses émotions. Il n'avait pas pensé que toute cette histoire la perturberait autant. Il agissait le plus simplement possible, sans réfléchir. Alors que pour Saya, son geste était précieux et important, pour sa part ce n'était rien du tout et il l'aurait oublié d'ici au soir.
Comme il s'y attendait, cette histoire avec Kotaro était plus compliquée qu'il n'y paraissait. Maintenant qu'il était au courant tout semblait bien plus clair. Pour autant ça ne changerait rien à sa façon de se comproter avec le décoloré, bien au contraire. Comme il l'avait déjà dit peu importait qu'une personne voulut absolument l'envoyer voir Miroku, il avait toujours la possibilité de refuser de lui obéir. C'était simple à dire mais pas si évident à faire, il le savait bien et pourtant cela n'empêchait rien au fait que Kotaro n'avait aucune excuse pour faire tout ce mal.
Il se replongea allégrement dans son travail, heureux de pouvoir oublier ces histoires si compliquées. Le froid qui régnait à l'extérieur amenait beaucoup plus de clients que d'habitude et il lui semblait que désormais ses mains travaillaient toutes seules, machinalement. Il pensa à Miroku, seul au pensionnat en train de tout faire pour éviter de se morfondre dans ses idées noires. Il faudrait vraiment lui changer les idées assez rapidement. Puis il pensa aux prochaines vacances. Qu'allait faire Miroku ? Allait-il encore leur mentir à Saya et à lui et aller malgré tout chez ses parents ? Il fallait qu'il prenne les devants. La prochaine fois qu'il verrait Saya, et il était sûr qu'elle reviendrait au café tôt ou tard, il lui demanderait de le laisser inviter Miroku. Comme ça si celui-ci prétextait d'aller chez Saya il saurait qu'il lui mentait. Oui, c'était une bonne solution.
Il continuait de faire son service, allant d'une table à l'autre, plus disponible qu'on pouvait l'imaginer, glissant légèrement sur sa jambe blessée avec maîtrise. Son patron arriva alors, ouvrant la porte de son bureau à la volée et criant son nom, faisant sursauter tous les clients présents, peu habitués à le voir débarquer dans le café depuis que Sano y travaillait. Celui-ci, pas surpris pour deux sous, finit de servir sa table avant de regarder son patron, à peine curieux. Les éclats de cet homme ne le surprenaient plus, il s'était rapidement habitué à son caractère simple et granc très peu commun.
"Qu'est-ce qu'il y a ?" demanda-t-il alors que l'homme contournait le bar pour se planter devant lui.
"AH ! AH ! C'est mon petit ! Il a été reçu à son école de je ne sais plus trop quoi alors qu'ils n'en prennent presque pas ! Ce soir c'est fête !" dit-il en assénant de grands coups de paluche sur l'épaule pourtant solide de Sano qui se sentit trembler.
Le patron reprit, jetant un regard circulaire sur tous les clients, menaçant.
"Et on ferme le café plus tôt alors que dépêchez-vous de finir vos consommations !"
Un autre que lui aurait protesté qu'il ne fallait surtout pas mettre les clients dehors mais Sano préférait laisser faire son patron.
Il se fichait de savoir si ceela gênait les clients ou pas, il faisait son travail et c'était tout. Il attendit que toutes les personnes finissent leurs boissons et débarassa consciencieusement toutes les tables, préparant la salle pour la fermeture.
"Voilà c'est parfait ! Tu peux t'en aller maintenant Sano, je m'occupe du reste, va te reposer !
- Vous êtes sûr ? J'peux rester y'a pas d'soucis hein.
- Non t'inquiète pas, aujourd'hui c'est jour de fête alors on ferme comme ça on lavera demain !
- Bon bah d'accord. Félicitez votre fils pour moi alors.
- Ah j'y manquerai pas Sano, c'est sympa ! Allez à demain !"
Il poussa Sano dehors d'une poigne solide, lui laissant à peine le temps de prendre ses affaires sans pouvoir se changer. Il avait intérêt à passer discrètement dans la salle commuune au pensionnat sinon c'était sûr, il serait découvert. Pour cacher son costume il enfila un sweat-shirt par dessus, priant pour que cela suffise, le temps d'aller dans sa chambre. Il s'arrêta en plein milieu de la rue vie à cette heure-ci, les yeux écarquillés regardant les manches trop courtes de son sweat qui ne lui arrivaient même pas jusqu'aux poignets. Il se sentait à l'étroit, comme si son pull avait rétrécit d'un coup à la machine. Il fourra du mieux qu'il put le bout des manches sous le sweat, remontant le tout à hauteur des coudes, faisant de son mieux avec ce qu'il avait. Encore intrigué par cette histoire de pull, il n'en reprit pas moins le chmein vers le pensionnat et se concentra sur la pente qu'il avait à remonter comme tous les jours, appuyant tout le poids de son corps sur sa jambe valide, la sentant fatiguer rapidement après tous les efforts faits pendant son service au café.
Il arriva alors que les premiers lampadaires s'allumaient déjà, le ciel s'étant assombri d'un seul coup. Les jours raccourcissaient vraiment ces derniers temps, il n'en voyait d'ailleurs presque plus la couleur, enfermé qu'il était toute la journée. Il rentra dans la cuisine qui sentait encore les effluves du repas du soir. Un petit mot l'attendait comme d'habitude sur la table, de la main de Kosugi qui s'était autodésigné pour toujours s'assurer qu'on lui gardait des restes maintenant qu'il rentrait si tard à chaque fois. D'ailleurs, et ça Sano ne le savait pas, Miroku jetait toujours un regard inquiet vers Kosugi, l'interrogeant silencieusement, vérifiant qu'il pensait toujours à son ami. Une telle sollicitude l'amusait de la part de ce garçon si timide et il faisait exprès d'attendre son appel muet pour réserver une part à Sano. C'était devenu une sorte de rite à tous les repas du soir. Personne d'autre ne le remarquait d'ailleurs. Une fois qu'ils avaient vu leur camarade s'occuper de penser à l'absent ils ne s'en étaient plus inquiété, considérant que s'il l'avait fait une fois, il le ferait tout le temps. Seul Miroku se méfiait de cette façon de penser.
Toujours était-il que dans le frigo se trouvait une part monstrueuse d'okonomiyaki qu'avait préparé Tezuka dont c'était la spécialité.
L'eau lui venait à la bouche mais il se força à aller se changer d'abord.
Bientôt Miroku viendrait frapper à sa porte comme d'habitude et il ne fallait pas qu'il le trouve en habit de serveur maintenant qu'il s'était arrangé pour que personne ne le sache.
Il retira rapidement son sweat trop serré, le jetant sur sa chaise, n'y repensant qu'à l'instant. En y réfléchissant tout en se douchant, il eut une idée. Oui, cela expliquerait pourquoi son sweat était si bizarre. Se séchant les cheveux, il revint dans sa chambre, prit son pull et le porta à son visage pour en sentir l'odeur. Peut-être était-ce aussi simple que cela. Sentant son estomac se cripser il enfila son survêtement et revint à la cuisine où il dévora sa part du repas avec délectation. Il n'oubliait jamais de remercier celui qui avait fait la cuisine à chaque fois qu'il en mangeait des restes.
Ressentant d'un coup le profond silence dans lequel était plongé le pensionnat, il eut son premier vrai coup de blues à ne plus partager les repas avec ses camarades.
Quelques fois il y avait pensé, se demandant quelle tête avaient fait les gars devant des plats qui ne ressemblaient à rien d'après ce qu'il en voyait dans la part qu'on lui avait gardée. Mais cela lui passait vite, il avait d'autres soucis en tête.
Ce soir-là il se sentit vraiment seul pour la première fois depuis longtemps. Pourtant il s'était toujours suffit à lui-même sans aucun problème.
Il se reprit, de toutes manières il ne resterait pas seul bien longtemps, Miroku ne tarderait pas à faire son apparition, s'inquiétant pour lui. Il finit rapidement son plat et revint dans sa chambre, où, malgré l'heure avancée, il se mit à son bureau et sortit la pile de travail qu'il avait en retard. Il s'y plongea assidument, du mieux qu'il pût, sachant pertinemment qu'il devrait tout reprendre entre les cours quand il serait au lycée.
Malgré tout ce qu'il faisait tous les jours, il se sentait en forme, heureux de pouvoir tout assumer sérieusement. L'heure s'avançant rapidment il releva la tête de ses cahiers, regardant d'un oeil étonné son poignet droit où ne se trouvait plus sa montre. Il dut se tourner complètement pour voir son radio réveil. Il fronça les sourcils. D'habitude Miroku passait plus tôt. Ce n'était pas normal. Il s'étira, faisant craquer quelques unes de ses vertèbres au passage. Il se leva, éprouvant la fatigue de sa jambe malgré toutes ses précautions. Il ne voulait pas le déranger mais il éprouvait une sorte de sentiment d'inachevé car il ne l'avait pas vu. Sans réfléchir de trop il sortir de sa chambre et se dirigea vers celle de Miroku.
**************************fifth step**********
Allongée sur son lit, Saya tournait les mêmes idées dans sa tête depuis cet après-midi où elle avait parlé avec Sano. Elle ne pouvait s'empêcher d'être heureuse rien qu'à l'évocation du jeune homme. Il avait été si prévenant avec elle alors que rien ne l'y obligeait. Ses sentiments si forts et confus qui faisaient battre plus fort son coeur étaient tellement nouveaux pour elle.
L'oubli avait enseveli tous ses émois antérieurs dans le fond de son esprit et c'est comme si elle découvrait tout maintenant.
Malgré ces pensées joyeuses elle ne pouvait s'empêcher d'être triste et un peu abattue en repensant à ce qu'elle avait appris sur Miroku. Alors qu'elle était censée être sa meilleure amis, elle avait laissé passer ça sans rien voir.
Elle se rappela sa première journée de cours dans sa nouvelle classe. Ce jour où elle avait revu le garçon du bus et avait trouvé le courage d'aller lui parler. Quelque part elle avait noté un changement chez lui, comme si toute son assurance s'était envolée. Peut-être était-ce pour cela qu'elle avait pu l'approcher si facilement.
Alors qu'elle lui avait adressé la parole elle n'en revint pas de son attitude. Il semblait complètement différent. Elle se demanda même un instant si elle ne s'était pas trompée de personne. Il avait parlé d'une petite voix toute timide, semblant ne pas vouloir engager de conversation avec elle, se repenchant sur son cahier aussitôt après lui avoir dit son nom.
Uchiwa Miroku
Elle avait trouvé ce nom si beau et en même temps son air triste et fermé l'avaient intriguée. Il restait bloqué, seul dans son coin. Elle n'avait pu lui parler plus, leur premier professeur étant arrivé. Elle se sentit frustrée mais déjà elle faisait confiance à sa première impression. Il semblait être un garçon formidable mais il s'était soudain fermé à toute relation avec qui que ce soit. D'un seul coup elle vit cela comme un défis qui lui était lancé.
Après son histoire amoureuse qui avait finit si vite à son goût elle avait eu du mal à reprendre sa vie comme si de rien n'était.
Elle s'était murée dans le silence pendant de longs mois, ne permettant à personne de l'en sortir. Elle s'était finalement rendu compte que cela ne lui apportait rien mais la séparait tellement des gens qui l'appréciaient qu'elle avait finit par ne plus être désirée par personne. Son caractère fort avait repris le dessus et elle s'était fait violence à ne plus paraître maussade et à reprendre contact le plus possible avec ses camarades mais c'était déjà trop tard. Alors pour l'année qui commençait elle voulait faire de son mieux.
Le voyant, lui qui était si sûr de lui la première fois qu'elle l'avait vu, maintenant si faible et triste ; fatigué aussi, comme portant un poids trop lourd sur ses épaules, elle décida soudainement, comme elle avait l'habitude de le faire, de parler le plus possible avec lui et coûte que coûte le rendre plus sûr de lui et pourquoi pas un jour le faire sourire. Elle s'était douté à l'époque que son sourire devait être merveilleux et elle ne s'était pas trompée.
C'avait été une bataille âpre, de tous les jours, rien que pour lui faire accepter sa présence à ses côtés. Finalement son entêtement avait fini par payer et elle avait sentit que le garçon avait commencé à se détendre lorsqu'il était en sa compagnie.
Elle ne se rappelait plus très bien quand il avait réellement considéré Saya comme une amie, patientant à la fin des cours pour l'attendre, restant avec elle aux interclasses, acceptant simplement sa présence à ses côtés.
Il était resté longtemps très silencieux, ne faisant que l'écouter, hochant de temps en temps la tête pour lui signifier qu'il était attentif.
Elle avait fini par réellement s'attacher à ce petit bout d'homme si frêle et discret.
Bribe par bribe, réussissant finalement à le faire parler, elle en apprit plus sur sa vie et ce qui lui était arrivé. Ca n'avait pas été facile mais elle devenait bonne confidante et l'avait poussé doucement à se révéler à elle.
Se murer dans le silence avait été un moyen efficace pour lui de ne pas partager ses problèmes, il s'était éloigné volontairement des autres, ne voulant impliquer personne, se sentant tellement mélancolique qu'il aurait été de mauvaise compagnie de toute manière.
Elle ne pouvait pas le blâmer d'avoir voulu rester seul après ce qui lui était arrivé. Il avait un immense sentiment de culpabilité qui s'apesantissait sur son coeur. Mais pour autant ça n'aurait pas dû le pousser à autant se retrancher des autres. Elle fit de son mieux pour lui égayer la vie, restant le plus souvent possible avec lui, ne négligeant pas pour autant sa propre vie sociale. A force de s'occuper de lui elle s'ouvrit de nouveau à l'amitié et retrouva son éclat et sa gaieté d'antan.
Elle communiqua toute sa joie à Miroku, ne le laissant jamais se morfondre longtemps sur ses problèmes.
Et finalement le jour tant espéré arriva enfin. Elle l'avait vu sourire !
Il avait sourit à sa bêtise, au moins cela payait de jouer au clown. Le temps s'était arrêté alors pour elle, soudain, le visage de son ami avait paru tellement calme et reposé, défait de toute entrave, de tout soucis. Ce petit haussement du bord de ses lèvres avait été charmant. Elle avait manqué un battement de coeur et retenu sa respiration. L'impression de retrouver fugacement cette aura si pure et lumineuse telle celle des anges ne l'avait plus quittée. Elle s'en était doutée mais à cet instant elle en avait été sûre, elle vivait aux côtés d'une personne exceptionnelle qui recellait mille trésors et bontés. Elle ne voulait pas le gêner alors elle s'était tue. Elle n'avait fait aucune remarque sur son sourire, le laissant continuer comme d'habitude son chemin. Maintenant qu'il s'était lancé elle ne voulait surtout pas le freiner et encore moins l'arrêter.
Ils étaient restés inséparables pendant deux ans, acquerrant une confiance incroyable l'un envers l'autre. Petit à petit elle l'avait apprivoisé, apprenant à déchiffrer l'énigme de son visage pour savoir ce qu'il pensait. Elle l'avait soutenu pendant ces moments où ses parents devenaient pressants avec lui, ne lui laissant aucun répis, tourmentant ses pensées. Puis elle l'avait regardé, admirative, se dresser contre eux, prendre un peu d'assurance, juste ce qu'il fallait pour se libérer du joug parental.
A cette époque Saya s'était toujours arrangée pour passer le plus de temps possible avec lui, pour qu'il ne soit jamais tou seul à se morfondre sur toutes les remarques que lui jetaient ses parents. Elle avait passé son temps à l'encourager, lui rappelant que c'était sa décision et que son calvaire prendrait bientôt fin.
Elle avait partagé tant de choses et donné tant de son temps et de sa personne, elle croyait acquis le fait qu'il lui dise tout. Et pourtant alors que sa vie changeait du tout au tout il n'avait pas osé lui dire qu'il était retourné dans sa famille pendant l'été. Il avait dû être si seul. Elle avait eu le malheur à l'époque de rencontrere ses parents. Ils avaient dû être des gens charmants avant mais pour une raison obscure elle les avait trouvé si méchants et peu inquiets du bonheur de leur fils.
Peut-être était-ce à cause de leur travail, de la pression qu'ils subissaient chaque jour, de leurs obligations, mais ils n'accordaient plus du tout de temps à leur famille et la considéraient comme un problème administratif de plus à ajouter à tous ceux qu'ils traitaient déjà toute la journée. Ils étaient si froids et hautains, comment avaient-ils pu avoir un enfant aussi gentil que Miroku.
Et il y était retourné, seul. Il avait dû subir toutes sortes de traitements qu'elle préférait ne pas imaginer. RIen que la pensée de le savoir là-bas suffisait à la rendre immensément triste. Elle aurait voulu pouvoir le protéger, lui éviter d'y aller, ne plus voir son air renfermé, ses yeux tristes, ses gestes timides. Elle aurait voulu ne plus le voir pleurer mais il avait dû être si triste, loin de sa nouvelle vie, de ses amis. Il avait peut-être oublié qu'il avait pu ses entir un tant soit peu à l'aise et insouciant ici. Elle ne savait pas ce qui lui serait arrivé s'il avait capitulé et qu'il était resté dans cette atmosphère étouffante et destrucrtice produite par ses parents.
Mais comment avait-elle pu laisser passer ça ? Peut-être avait-elle relâché son attention depuis que Miroku se trouvait dans le pensionnat, entouré, jamais seul pour se morfondre longtemps sur son sort. Elle l'avait senti prêt à affronter son nouvel environnement malgré sa fragilité. Et voilà que tout allait de travers !
Ah ! Elle n'allait plus se laisser abattre. Ruminer sans cesse des actes manqués ne menait strictement à rien. Miroku était revenu et il allait mieux que jamais. Il avait beosin de son soutien pour continuer. Malgré tout elle savait encore lire ses regards remplis de prières qui l'avaient cherchée. Bien qu'ils s'adressassent beaucoup plus souvent à Sano maintenant, elle sentait avec reconnaissance qu'il avait toujours des petites attentions à son égard.
Et puis malgré tout elle appréciait beaucoup sa compagnie et ne pourrait certainement pas s'en séparer. Finalement c'est elle qui avait le plus besoin de sa gentillesse.
Elle soupira un grand coup, ravalant ses dernières larmes. Elle était tellement attachée à Miroku, elle se sentait capable de tout pour lui. Peut-être était-ce ça l'instint maternel. Elle sourit à cette pensée puis éteignit la lumière, songeant avec gratitude que Sano était là maintenant et que tout irait bien dorénavant.
**************************final step**********
Voilà que maintenant sa blessure le grattait ! Il s'était habitué à avoir mal mais ce petit titillement chatouillant qui s'était installé était d'une certaine manière bien pire. Il avait la solution pour le calmer mais il ne pouvait pas l'utiliser, son bandage empêchant tout contact avec l'extérieur.
Il sentait que dans peu de temps ça le ferait enrager. Il essaya d'oublier pour un instant qu'il avait une jambe et toqua à la porte de Miroku. Ah si seulement il pouvait juste se pencher et gratter cette fichue blessure tout irait mieux. Réprimant le mouvement de sa main il la força à frapper la porte de nouveau. N'ayant pas de réponse malgré le léger rai de lumière qui filtrait sous la porte, il entreprit de l'ouvrir le plus doucement possible, appelant son ami. Une impression de déjà vu lui vint à l'esprit accompagnée d'un étrange malaise. Il passa la tête dans l'ouverture et la tourna pour voir toute la pièce. Il découvrit un spectacle assez étonnant. La tête blonde de Miroku reposait sur ses bras. Il s'était endormi alors qu'il était en train de réviser. Ce n'était pas très étonnant vu le nombre d'heures qu'il passait à travailler il devait être épuisé. En plus il avait des entraînements de foot de plus en plus fréquents, la saison étant bien entamée.
Oui il était bien tard, Sano ne s'en était pas tellement rendu compte. Il avait prit l'habitude de dormir peu étant donné que son boulot lui prenait tout son temps. Il s'approcha du garçon, ne sachant pas trop quoi faire. Il l'observa un peu, remarquant ses cernes profondes. Malgré tout son visage était complètement détendu dans le sommeil.
Il se retint de lui pincer les joues, n'aimant pas lui-même être réveillé brutalement, ça le rendait encore plus grognon que d'habitude, déjà qu'il était assez asocial et terrible au lever du lit.
Il se pencha sur les cahiers de cours qui s'étalaient sur le bureau. Miroku devait vraiment s'ennuyer pour déjà avoir lu les trois quart des cours de l'année. Il avait pris une avance incroyable sur les autres. De plus il maîtrisait réellement ce qu'il apprenait. Par contre ça l'épuisait apparemment et cela ne plaisait pas à Sano.
Il posa sa main sur l'épaule du garçon endormi et l'appela doucement. Cela ne suffisait pas alors il essaya de le secouer doucement, posant ses deux mains sur ses épaules.
"Miroku ! Il faut que tu te lèves. Miroku ! Allez, tu ne peux pas rester comme ça."
Petit à petit les signes du réveil apparaissaient sur le visage de son ami, il clignait des paupières, se redressait lentement. L'air endormi et les cheveux en bataille il semblait perdu, ne sachant plus trop où il se trouvait.
Il vit tous les livres sur son bureau et fut rassuré, il était bien dans sa chambre. Mais quelque chose semblait différent, il ressentait un vide sur ses épaules. Il tourna la tête et fut bien surpris de voir Sano debout devant lui, un petit sourire moqueur sur ses lèvres. Il resta bouche bée, regardant rapidement si quelque chose d'autre était arrivé dans sa chambre, puis, ne constatant aucun changement il se retourna vers son ami qui s'éloignait du bureau et s'asseyait sur son lit. Si Sano était venu c'était qu'il s'était sûrement passé quelque chose. Et pourtant il ne semblait pas pressé, à peine semblait-il un peu irrité mais son attention était plus tournée vers sa jambe.
Mais bien sûr ! Miroku réalisa qu'il n'avait pas encore changé le pansement de son ami, c'était sûrement pour ça qu'il était venu. Et pourtant il s'arrangeait toujours pour se déplacer chez lui pour le soigner. Sano devait bien s'en être rendu compte. Ne trouvant pas d'explication il ne put que l'interroger.
"Qu'est-ce que... qu'est-ce qu'il y a ?"
L'air perdu et à moitié réveillé de Miroku était vraiment marrant à voir. Il ne put s'empêcher de rire devant la tête déconfite du jeune garçon.
Il se reprit bien vite avant que Miroku ne soit trop perdu.
"T'inquiète pas, y'a pas de problème. C'est juste que... Ben je voulais voir si t'allais bien."
Après le soulagement, le visage du jeune garçon refléta l'incrédulité. Pourquoi Sano s'était-il inquiété comme ça ? Devant cette interrogation silencieuse il dut expliquer plus clairement sa présence ici.
"D'habitude tu passes toujours par ma chambre le soir pour voir si j'y suis mais comme tu l'as pas fait ce soir je me demandais ce qui se passait. Mais bon tu faisais juste la marmotte tout en bavant sur tes cours.
- Hein ! Mais non je..."
Il s'arrêta, comprenant qu'on se moquait de lui. Il rosit un peu de honte d'avoir été surpris dans cette situation. Puis un détail l'intrigua.
"Mais je comptais venir vous voir mais il était encore tôt pour cela. Vous rentrez toujours très tard...
- Miroku... regarde ton réveil..."
Il était intrigué, il était pourtant sûr de son emploi du temps mais peut-être... Il mit du temps à vraiment réaliser l'heure qu'il était. Pas étonnant qu'il se sente très fatigué.
"Généralement je suis largement rentré à cette heure non ?"
Il ne put que hocher la tête, les yeux arrondis. Il n'en revenait pas que l'heure ait pu passer aussi vite. Il avait manqué à sa promesse de soigner son ami. Il se tourna vers lui, s'apprêtant à s'excuser mais celui-ci levait une main pour l'empêcher de parler.
"Ah non ne t'excuses pas hein. Personne ne te force à tout faire, tu es libre de faire ce que tu veux de tes soirées.
- Mais je devais vous soigner, je vous l'avais promis...
- Je ne veux pas de ce genre de promesse !"
Miroku resta interdit devant le ton sec de son ami. Il sentait qu'il avait fait quelque chose de mal mais pourquoi ça le gênait tant ? Il s'était proposé pour l'aider avec sa blessure, personne ne l'avait forcé. Alors pourquoi refusait-il ?
"Miroku je ne veux pas de promesse qui soit si dure à tenir. C'est déjà trop gentil de ta part de m'avoir aidé, je ne veux pas que tu te sentes obligé de continuer. Tu as le droit de faire ce que tu veux de tes journées et je n'ai pas le droit de t'imposer quoi que ce soit et surtout ma présence donc sur ce, je vais te laisser."
Il semblait ne pas pouvoir placer une seule phrase quand Sano était lancé. Il était rassuré au moins rien dans son attitude ne l'avait contrarié. Son ami était très prévenant et gentil mais il ne pouvait le laisser faire.
"Non attendez !"
La véhémence de son ton plus que ses paroles l'arrêta. Lui d'habitude si calme semblait agité.
"Je vous ai dit que je vous aiderai et je le ferai... Non ce n'est pas parce que je l'ai dit mais bien parce que je veux le faire. Je sais que vous ne me forcerez jamais à faire quoi que ce soit si je ne le souhaite pas.
- C'est vrai...
- Alors si ça n'est pas trop tard est-ce que je pourrai... vous soigner ?
- Tu es sûr ? Tu sais ce n'est pas trop grave si ça reste comme ça hein.
- Ne dites pas ça ! Votre blessure guérira d'autant plus vite si on s'en occupe bien."
Il était si passionné dans ses propos que Sano ne put se résoudre à la décevoir.
"C'est d'accord mais tu sais que les fois où t'as pas envie ou que t'as d'autres choses à faire c'est pas la peine de t'inquiéter hein.
- Oui, oui."
Mais au fond de lui Miroku se jura qu'il ne raterait plus un seul soir et qu'il soignerait assidument la blessure de son ami. Il sentait que sa guérison reposait sur lui et il voulait plus que tout qu'il se remette sur pieds et vienne jouer avec lui dans l'équipe. C'était son but le plus cher.
Il n'en parlait pourtant jamais, se contentant d'être assidu aux entraînements et de bien s'entendre avec ses coéquipiers. Mais il ressentait un vide sur le terrain à chaque fois qu'il jouait malgré tout ce à quoi il devait penser pendant ce temps. Il ajustait son jeu à l'équipe, il réfrénait sa façon de jouer du mieux qu'il pouvait mais ça le démangeait tellement de se jeter à coeur perdu dans le jeu et d'oublier toutes les tactiques, toutes ses précautions qu'il prenait envers les autres joueurs. Il voulait de plus en plus retrouver l'aisance naturelle qu'il avait à l'époque où il jouait au collège ; ce souffle, cette énergie qui l'avait transporté à chaque fois. Il sentait qu'en ayant Sano pour coéquipier ce serait possible. Oui, jouer ne lui faisait plus peur du moment qu'il pensait pouvoir jouer un jour avec son ami.
Et pour cela il fallait absolument soigner sa blessure.
Ils s'étaient rendus dans la chambre de Sano où se trouvait tout le nécessaire pour le soigner. Miroku s'appliqua à la tâche avec sérieux comme à chaque fois.
Au moment où il enlevait l'ancien bandage, le picotement se fit plus intense dans la jambe du blessé. Mais quand il vit l'endroit où cela le démangeait, il constata qu'il ne pouvait vraiment rien faire. Il rejeta la tête en arrière, se mordant la lèvre pour réprimer l'envie pressante qu'il avait de se gratter.
Son ami dû mal interprêter ce mouvemnt. Il releva la tête, inquiet.
"Ca vous fait mal ?"
Pris de cours par cette question il le regarda, essayant de faire le lien entre sa phrase et ce qu'il était en train de faire.
"Oh non t'inquiète pas, c'est juste que ça me gratte depuis tout à l'heure..."
Miroku regarda de nouveau la blessure, un air contente naissant sur son visage.
"Ben qu'est-ce qu'il y a ?
- Oh c'est rien mais... ça vous a déjà gratté avant ?
- Non c'est la première fois... Pourquoi ?
- Il faudrait que vous en parliez avec le docteur..."
Il laissa passer un silence puis voyant que son ami ne faisait pas mine de continuer il s'impatienta.
"Pourquoi ?"
Miroku le regarda en souriant avant de reprendre sa tâche, badigeonnant de crème la jambe du jeune homme.
"Parce que d'habitude les démangeaisons comme ça c'est signe de cicatrisation.
- Ce qui veut dire ?
- Ca veut dire qu votre blessure est vraiment en train de guérir, c'est bon signe !
- Ah bon ?
- Oui, mais par contre je dois vous dire que la démangeaison ne va faire qu'empirer maintenant et il ne faudra surtout pas vous gratter.
- Oh non c'est pas vrai ! J'vais jamais y arriver !
- Oh mais vous pourrez toujours gratter autour si vous voulez, ça aide parfois...
- Mais c'est du supplice ça ! Autant avoir mal !
- Ne dites pas ça ! c'est mieux comme ça. Normalement d'ici à un mois la blessure sera complètement cicatrisée ! Mais ça il faudra le demander au docteur, je ne suis pas un spécialiste.
- Ben tu t'y connais déjà pas mal. Un mois tu dis ? Ca serait génial ! J'pourrai enfin reprendre l'entraînement et jouer avec toi ! Ah j'attends ça avec impatience !
- Ah bon ?
- Oui ! A te voir jouer sur le terrain ça me donne vraiment envie de voir ce que ça peut être d'être ton coéquipier. J'espère qu'on s'entendra bien !
- ... Oui !"
Cachant le rosissement de ses joues en baissant de nouveau la tête, Miroku tenta de calmer les bondissements de son coeur en essayant de contrôler sa respiration. Comment son ami faisait-il pour toujours dire les choses qu'il ressentait au plus profond de son coeur ? Il disait toujours les mots qu'il rêvait d'entendre. Il ne pouvait pas être plus heureux qu'aujourd'hui !
Il se sentait si facilement à l'aise avec Sano, il se surprenait à parler librement sans passer du temps à ressasser les phrases avant de les dire, il n'avait pas peur de paraître ridicule ou de trop s'avancer. Son ami avait tellement été attentif et patient qu'il pensait que ça serait ça tout le temps. Il voyait tant de sollicitude dans son écoute, cela lui donnait du courage et il parlait plus de lui. Il aimait dire ce qu'il pensait, voyant que son ami était si content de ce qu'il entendait. Il voulait vraiment partager ce qu'il ressentait, éviter les malentendus ou les non dits qui pesaient si souvent sur sa conscience. Il pouvait y arriver, il suffisait de se lancer...
"Moi aussi je..." Il avala sa salive, repris un peu courage, sentant son corps se nouer comme pour l'empêcher d'en dire plus. "Moi aussi j'ai vraiment hâte de jouer avec vous."
Voilà, il l'avait dit c'était fait. Il regarda son ami pour voir sa réaction.
Incroyable, Sano n'en revenait pas, pour une fois que le garçon disait clairement ce qu'il voulait ! Cela lui fit énormément plaisir c'est pourquoi son visage s'illumina. Et, oubliant tout de sa blessure il fit un sourire de pure gentillesse, se sentant fier d'avoir été d'une quelconque utilité dans cette aisance toute nouvelle que lui montrait son ami.
"Ah ouais ?" Le garçon hocha la tête, reprenant son attitude timide habituelle. C'était une petite victoire mais c'était déjà ça de gagné.
"C'est cool."
Peut-être pourrait-il le demander ce soir, cela semblait le bon moment pour ça.
"Elle a raison, tu es en train de changer plus vite qu'on ne le pensait...
- Ah ? Qui ça ?
- Saya... Elle a l'air de bien te connaître, bien plus qu'elle ne le laisse voir. Ca fait longtemps que vous vous connaissez maintenant.
- Oui, c'est vrai que ça fait plus de deux ans qu'on est ensemble à l'école...
- C'est quand même marrant que vous vous soyez trouvés comme ça...
- Ah... Il faut dire que ce n'était pas une période très.. facile pour moi."
Il baissa la tête mais se ressaisit bien vite, envoyant la tristesse au loin.
"Et Saya m'a beaucoup aidé. Elle est d'une patience et d'une force de persuasion impressionnantes.
- Ca je l'ai remarqué. Heureusement qu'elle s'est occupé de toi dis donc, t'as de la chance.
- Oui, je le sais et je lui en serait toujours reconnaissant. Grâce à elle j'ai pu affronter mes problèmes de cette époque, et ce n'était pas facile pour elle.
- Apparemment ça lui a fait plaisir de t'aider et elle a continué à le faire comme cet été où elle t'a hebergé chez elle pour t'éviter de rentrer chez toi."
Sano n'aimait pas les insinuations mais il ne pouvait pas dire à son ami qu'il avait lu la lettre que lui avaient envoyée ses parents. Mais il aimait encore moins que Miroku lui ait menti même s'il comprenait pourquoi il l'avait fait. Maintenant il essayait de lui ouvrir des portes de sortie, espérant qu'il réctifierait de lui-même ces erreurs.
Miroku avait levé un regard inquiet, sentant que cette phrase n'avait pas été dite au hasard. Il ne savait pas comment mais Sano se doutait qu'il mentait. Evidemment il ne pourrait pas lui cacher ça très longtemps mais pour l'instant il ne se sentait pas capable de tout lui avouer. Il termina lentement le pansement, n'osant plus regarder son ami. Celui-ci en fut attristé, maintenant tout était dit, il n'avait plus qu'à lancer son appât et espérer que le fait de le faire si tôt pourrait permettre à Miroku de s'y habituer et d'y réfléchir tranquillement. Cela lui donnerait aussi plus de temps pour le convaincre.
Il se pencha vers lui, le prenant par les épaules, attirant son attention. Le voyant froncer les sourcils, il relâcha un peu la pression, se rappelant des traitments que lui avaient fait subir ses parents.
"Je voudrais faire la même chose à mon tour. Je voudrais t'éviter de rentrer chez toi pour les prochaines vacances."
Il marqua une pause, prenant lui aussi un peu de courage en inspirant longuement.
"Je voudrais que tu viennes chez moi pour les vacances de Noël."
Un long silence s'installa entre eux, les yeux perdus de Miroku se heurtant au regard décidé de son ami. Enfin, ne résistant plus à cette situation, le garçon se força à parler.
"Je...", commença-t-il en secouant la tête.
Sano le relâcha, il avait dit ce qu'il avait à dire, il ne voulait pas de réponse immédiate.
"Non, je veux que tu y réfléchisses d'abord. Sache seulement que tu n'est obligé à rien et qu'il n'appartient qu'à toi de choisir. Que tu acceptes ou non ne changera rien à mon programme aussi tu es libre de venir ou pas à la dernière seconde."
Les paroles si sérieuses de Sano étonnèrent son ami, il ne l'avait jamais entendu parler comme ça. Il comprit que c'était voulu pour qu'il ne prenne pas cette proposition à la légère.
"Allez, il est tard maintenant, il faut que tu ailles dormir et m'effacer ces cernes sous tes yeux."
Miroku porta la main au haut de ses joues, perplexe.
"Et oui t'es crevé et moi j'suis vanné alors il faut qu'on récupère un max."
Il reconduisit son ami, lui souhaita rapidement bonne nuit, le mettant presque à la porte. Il n'aimait pas voir son ami aussi perdu devant un choix mais il ne pouvait pas faire grand chose de plus. Maintenant c'était à lui seul de décider. Il n'en parlerait plus au moins pendant quelques temps. La patience n'était pas son fort même s'il s'y soumettait de plus en plus souvent ces derniers temps notamment à cause de sa blessure. Il lui tardait déjà de savoir à quoi méneraient les réflexions de Miroku. Bien sûr il ferait tout pour le persuader à un moment ou à un autre mais seulement s'il sentait que l'hésitation venait du fait que son ami ne voulait surtout pas le déranger. Il était sûr que c'était ce qui allait arriver. Il était contente de lui-même, il sentait qu'il comprenait de mieux en mieux ce garçon et qu'il disait les choses qu'il fallait même s'il n'y réfléchissait pas beaucoup. Il préférait tout miser sur sa spontanéité et sa manière de dire carrément les choses, sans tourner autour du pot. Cette journée avait été particulièrement remplie et pourtant il en ressortait comme vivifié. Une vraie sensation de plénitude. Il avait fait tout ce dont il avait envie, tout ce qui lui tenait à coeur.
Dorénavant, il ne quitterait pas Miroku des yeux. C'était le début d'une nouvelle phase dans sa vie, il le sentait. Et celle-ci reposait sur le bien-être de son ami. Le reste lui importait peu.
**************************the end**********
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