Jibun Kakumei > Chapitre 10 : Festival


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********************************first step********

Il s'essuya les pieds sur le paillasson avant d'enlever ses chaussures, rabaissant sa capuche qui dégoulinait de pluie. Il avait été surpris par cette averse alors qu'il rentrait après les cours au pensionnat. Il passa rapidement par la salle commune jetant un regard sur le courrier étalé sur la table. Contre toute attente une lettre à son nom l'attendait. Il la prit dans ses mains encore humides, se crispant alors qu'il tâchait l'enveloppe. Il alla à sa chambre d'un pas pressé, y retira sa veste trempée, posa son cartable près de son bureau et s'assit sur son lit pour ouvrir sa lettre. Il lui restait un peu de temps avant d'aller à l'entraînement. Il était assez anxieux de lire ce que ses parents répondaient à sa demande. Il s'imaginait déjà au coin du feu dans sa maison occidentale ou autour de leur grande table devant un festin magnifique.
La pluie battait contre ses volets à demi fermés. Le temps qui ne l'avait aucunement inquiété jusqu'ici semblait avoir su à l'avance qu'il serait accordé à son état d'esprit lorsqu'il lirait la lettre. Les gouttes de pluie qui tombaient semblaient chacune lui asséner un mauvais coup au moral, elles contenaient toute sa tristesse et sa déception qu'il gardait dans son coeur, ne voulant pas se laisser abattre. Quelque part il s'y était un peu attendu. A force d'être déçu il gardait toujours une pensée négative dans un coin de sa tête qui lui rappelait combien il était difficile et même impossible de réaliser ses rêves. Il voulait rester fort malgré les mots durs de ses parents, leur décision irrévocable. Il voulai être fort pour n'inquiéter personne. Il savait qu'il pouvait y arriver même si c'était dur. Mais en même temps sa peine était grande, il pouvait s'accorder un moment de faiblesse lorsqu'il était seul. Il resta assis où il était, le regard dans le vague, ne sachant pas comment réagir. Il était déçu comme d'habitude et pourtant à chaque fois c'était pareil, il ne pouvait s'empêcher d'en être triste.
Il se sentait vide, il avait tellement planifié sa vie en vue des vacances de Noël et maintenant tout lui semblait vain. Comme il le faisait quand il se sentait perdu, il fit les choses au fur et à mesure. Il attrapa sa veste et partit affronter le mauvais temps pour aller aux vestiaires rejoindre ses coéquipiers qui semblaient déjà tous y être. Il voulait mettre toutes ses pensées de côté mais quoiqu'il fasse il semblait ne pas pouvoir effacer tous ces mots durs qui s'imposaient à ses yeux.
Quelque chose lui revint à l'esprit tel un baume.
"C'est un coeur pur."
D'où cela venait-il ?
"Reste près de lui, il t'aidera en toutes circonstances."
Oui c'était sa grand-mère. Il était allé la voir si souvent pendant les dernières vacances, évitant ainsi de rester trop longtemps près de ses parents qui n'arrêtaient pas de le harceler de questions et de conseils qui cachaient des ordres. Il avait passé des moments formidables ches sa grand-mère, des moments de douceur qui apaisaient son esprit tourmenté. Il lui avait tellement parlé de toute sa nouvelle vie qu'elle avait pu sentir déjà à cette époque qu'il serait mieux au Japon avec ses nouveaux camarades de classe. Avec sa soeur elles avaient réussi à le rassurer et le pousser à retourner là où il se sentait le mieux.
Ils avaient établi une correspondance fréquente, s'écrivant presque toutes les semaines. Il lui avait décrit toute sa vie, tous ses progrès, son intégration dans l'équipe, ses doutes et ses peurs. Sans s'en rendre compte il lui avait tout le temps parlé de Sano en des termes flatteurs emplis de reconnaissance. Ses lettres l'avaient déchargé de ses angoisses, elles l'avaient aidé à s'exprimer, à se rendre compte de ce qu'il ressentait. Grâce à elles, il avait trouvé le courage de continuer, sachant qu'il y aurait quelqu'un pour l'écouter et s'inquiéter pour lui.
C'était dans une de ses lettres que sa grand-mère lui avait conseillé de rester près de Sano et ne pas hésiter à s'en remettre à lui. Il aurait bien voulu se confier à lui, il savait qu'il pouvait lui faire confiance pour ne rien dire à personne et surtout il savait qu'il serait le seul à pouvoir apaiser son esprit en le rassurant. Mais il ne voulait pas s'imposer. Il voulait y arriver tout seul, même si c'était dur. Sano n'avait pas à s'inquiéter en plus de lui alors qu'il semblait déjà si débordé. Peut-être lui dirait-il plus tard, quand il aurait encaissé le coup et que le sujet viendrait tout seul dans la conversation.
Il s'était senti heureux pendant deux secondes car alors la proposition de Sano de venir passer les fêtes de Noël chez lui, lui était revenue à l'esprit. Mais quelque chose le bloquait, l'empêchant d'accepter aussi facilement qu'une autre personne. Il ne voulait pas le déranger, pour rien au monde. Et aller chez lui alors qu'il y retrouverait sûrement de la famille lui semblait très malpoli. Noël était fait pour que les familles se retrouvent, il ne pouvait pas aller là-bas, lui, un étranger et gâcher toute la fête. Il se serait senti de trop, comme un poids et ça, il ne le voulait absoluement pas. C'était ce qu'il s'était juré de combattre ne lui, cette impression de trop s'en remettre aux autres.
Sa décision était prise, il resterait au pensionnat pour les vacances et il pleurerait seul sur son sort en ne gênant personne. Son petit espoir évanoui, les mots de ses parents envahirent de nouveau sa tête. Ca n'avait été qu'une accalmie et il sentait qu'il devrait continuer à supporter ça pendant un bon moment. Ca ne l'enchantait guère et il se fit sombre alors que l'entraînement débutait. Maintenant que des joueurs étaient revenus, toute l'équipe était de bonne humeur. Ils semblaient tellement confiants en leur avenir désormais, ils pensaient tous que grâce à Miroku ils gagneraient facilement tous leurs matchs. D'ailleurs le garçon semblait être très concentré, ne parlant à personne et ne quittant pas le ballon des yeux. Personne ne semblait se soucier de savoir pourquoi il était comme ça, aussi renfermé, alors que d'habitude il était beaucoup plus attentif à ses coéquipiers. Ils pensaient que la perspective de nouveaux matchs le rendait plus sérieux et concentré. PErsonne n'avait idée de la tempête qui faisait rage dans sa petite tête blonde. Il se sentait comme dans un rêve, à peine conscient de ce qu'il faisait. Peut-être cette impression d'être écrasé partirait avec le temps. En attendant, tout ce qu'il pouvait faire c'était continuer machinalement à faire ce qu'il faisait tous les jours. Il verrait plus tard s'il pouvait passer à autre chose. Il se sentait seul et de toutes manières il ne voulait pas partager ce qui le tourmentait. C'était mieux ainsi. Et pourtant il se sentait si triste. Il doutait que cela lui passe jamais, il y était englué et ne pourrait sûrement pas s'en sortir de si tôt. Il avait été si heureux quand il avait écris à ses parents, sa journée avait été géniale. Comment pouvait-il se retrouver aussi fatigué et faible en si peu de temps. Il avait vraiment pensé pouvoir tout affronter mais finalement il n'était pas aussi fort et sûr de lui qu'il le pensait.
Il avait l'impression de s'être menti et de mentir à tous ceux qui l'entouraient. Il avait besoin de rester seul, son envie de fuir qu'il pensait disparue à jamais revenait le tarauder. Il arrivait à contenir toutes ses émotions en lui, même si c'était difficile. Il fut réellement soulagé lorsque l'entraînement prit fin. Pendant tout ce temps il avait l'impression d'avoir régressé. Tous ses progrès faits grâce à Sano étaient réduits à néant. Il s'en sentait honteux. Il revint rapidement dans sa chambre, évitant le regard de ses camarades, ne souhaitant plus que s'enfermer et pouvoir laisser libre cours à sa tristesse.

********************************second step********

Cela faisait seulement la troisième fois qu'elle allait au café voir Sano et pourtant Saya se sentait déjà très à l'aise comme si elle faisait ça depuis toujours. Elle savait qu'elle serait toujours bien accueillie et qu'elle passerait un agréable moment et surtout qu'elle serait en très bonne compagnie. Elle ne le voyait pas souvent même à l'école mais elle avait son visage gravé dans sa mémoire, elle se rappelait de tous les détails, même la couleur et la forme de ses yeux, ses oreilles et son cou ; ses larges épaules et ses bras finement musclés. Elle rougissait toute seule rien qu'à l'évocation de son corps parfait. Mais ce qu'elle appréciait peut-être le plus c'étaient ses attentions, ses regars appuyés et son réel intérêt pour elle. Malgré le temps absolument excécrable qui régnait à l'extérieur, rien n'aurait pu l'empêcher de traverser la ville pour aller le voir, pour une fois qu'elle était libre de sa soirée et qu'on ne lui avait pas collé son petit frère à garder. Elle aurait bien voulu accompagner Sano directement à son travail et marcher à ses côtés mais elle avait dû faire semblant de rentrer chez elle pour ne pas réveiller les soupçons déjà présents de Miroku. D'ailleurs son ami avait semblé bien pensif, il faudrait qu'elle s'occupe de lui s'il continuait à paraître si préoccupé. Mais plus tard, maintenant il n'y avait plus que Sano dans ses pensées.
Il l'accueillit avec la même sollicitude que les dernières fois, s'occupant rapidement des quelques clients entrés là pour se protéger de la pluie.
Alors qu'il s'asseyait en face d'elle, un détail qui ne lui avait pas semblé important lui sauta aux yeux.
"Mon dieu Sano, qu'est-ce qui t'es arrivé ?"
Il sourit un peu pensant sans le remarquer vraiment qu'elle avait à peu près la même tête que Miroku quand il avait vu sa marque sur sa joue.
"C'est rien, j'ai juste reçu une visite pas très agréable de c't'imbécile de décoloré. Semblait remonté et j'étais vraiment pas d'humeur à lui parler. C'a pas dû lui plaire, c'est un susceptible faut croire.
- Tu veux dire que Kotaro est revenu te voir encore une fois ? Il manque pas de toupet !"
Elle en restait pantoise. Elle avait parlé à ce garçon, lui avait même trouvé des circonstances atténuantes. Elle était conciliante mais là il dépassait les bornes. Elle s'était imaginé qu'il aurait pu réfléchir à sa situation et évoluer mais apparemment c'était tout le contraire. Qu'il s'en prenne à Miroku l'avait déjà passablement irritée mais alors qu'il ose frapper Sano comme ça, sans raison valable, ça la mettait hors d'elle. Elle devait s'être complètement trompée, ce Kotaro n'était qu'un imbécile fini et rine ni personne ne pourrait y remédier.
Le regard furibond et l'emportement de la jeune fille le firent sourire. Elle avait un caractère fort et vif, qui pouvait rapidement changer, cela lui plaisait bien.
"Si je le croise il va souffrir je te le dis !
- C'est bon Saya, c'est pas la peine. C'est pas toi qui nous disait qu'il n'y était pour rien dans cette histoire ?
- Oui mais là c'est trop ! Il avait pas à te frapper comme ça sans raison !
- Ah mais il m'a dit que c'était parce que je ne me mêlais pas assez de mes oignons. Le fait que je soies ami avec Miroku et que je le défende a dû lui taper sur le système.
- C'est pas une raison ça ! Ah ça m'agace, il pourrait pas fiche la paix à Miroku un peu ? Comme si c'était déjà pas assez difficile pour lui comme ça.
- Oui c'est sûr... D'ailleurs j'ai proposé quelque chose à Miroku, j'espère que tu ne m'en voudras pas trop c'est en pensant à toit que j'ai eu l'idée."
Avec ça il pouvait lui dire tout ce qu'il voulait elle aurait tout accepté. Elle essaya de contrôler sa respiration mais ne put s'empêcher de rougir. Décidément rien qu'une toute petite remarque comme celle-là, qui prouvait qu'il pensait à elle, avait de quoi la chambouler complètement.
"Ah.. o.. oui ? C'est quoi ?
- Voilà j'ai proposé à Miroku de passer les fêtes chez moi au lieu de rentrer chez lui. J'aimerai lui éviter de voir ses parents mais évidemment je sens que ça va être dur de le convaincre, surtout qu'il avait l'air de vouloir réessayer de parler avec eux.
- Quoi ? Encore ? Ah c'est pas vrai, il changera jamais !"
Elle se sentait un peu jalouse d'un coup que ça soit Sano et pas elle qui ait eu cette idée. C'était vrai qu'elle s'inquiétait pour lui tous les jours mais elle n'avait pas réfléchit à ce qu'il ferait ensuite. Cette fois encore elle était battue et puis elle sentait que cette fois-ci ça pourrait marcher. Miroku se laisserait sûrement mieux convaincre par Sano que par elle.
"Ben c'est sûr qu'il peut pas renoncer si vite mais à mon avis c'est trop tôt pour lui d'y retourner."
Elle acquiesça, heureuse de l'entendre dire quelque chose qu'elle pensait également.
"Seulement la dernière fois il nous a eu en nous faisant croire à chacun quelque chose de différent. Mais maintenant qu'on se connaît on pourra facilement le contrecarrer, même si j'aime pas trop cette idée.
- Oui c'est sûr mais au moins il ne restera pas tout seul comme la dernière fois et ça c'est l'essentiel.
- Exactement !" Il était soulagé qu'elle le comprenne. Il savait à quel point elle aurait voulu aider Miroku mais l'idée lui était venue si soudainement, il avait pensé que plus tôt il en parlerait mieux ce serait.
"Alors est-ce que je fais semblant de ne rien savoir ou alors j'essaie de le convaincre d'aller chez toi ?
- Ben ça c'est comme tu veux. Je t'ai avertie pour que tu soies au courant et je te dirai sa réponse aussi. Mais après je ne veux pas te forcer à faire quoi que ce soit."
Par son ton elle sentit qu'il avait compris son état d'esprit. Il savait qu'elle aurait préféré être celle qui inviterait Miroku.
"Ce n'est pas grave. L'important c'est que Miroku ne puisse plus nous mener en bâteau. S'il est avec toi je serai rassurée. Je n'essaierai pas d'en parler, je le laisserai aborder le sujet de lui-même, du moins il le croira. Mais je ferai tout pour le convaincre de rester plutôt que d'aller chez ses parents, c'est le moins que je puisse faire.
- Merci c'est vraiment sympa ! Têtu comme il est j'aurai grandement besoin de ton aide.
- Oh je suis sûre que tu arriveras à le convaincre. Il t'écoute vraiment et ton opinion est très importante pour lui.
- Ah bon ? Il t'a dit ça ?
- Non mais ça se voit. Je sais pas ce qui s'est passé dernièrement mais il n'arrêtait pas d'être joyeux, ça faisait longtemps que je ne l'avais pas vu comme ça.
- C'est vrai ça tiens, j'avais pas trop fait gaffe.
- Il m'a dit qu'il avait eu une conversation assez sérieuse avec toi."
Sano voyait déjà de quoi elle voulait parler. Elle se battait en son for intérieur contre son égoïsme et sa jalousie.
"Et que ce que tu lui as dit l'a rassuré plus qu'aucune autre chose aurait pu le faire. J'ai l'impression de le voir revivre après une période d'hibernation. Dans son coeur c'est le printemps maintenant."
Elle s'arrêta, repensant à Miroku dont les yeux pétillaient pour la première fois depuis qu'elle le connaissait. Peut-être allait-il les épater et leur montrer qui il pouvait être réellement.
Ami. Juste lui dire qu'il était son ami avait suffit pour le rendre bien plus heureux qu'il ne l'imaginait. Si une simple parole comme ça pouvait faire tant alors Sano continuerait à lui parler. Tout ce qu'il pouvait faire pour lui semblait infini. Si avec un rien il le rendait heureux alors il allait lui sortir le grand jeu. Avec Saya de son côté il réussirait sans aucun doute. Miroku n'avait pas fini d'entendre parler de lui, il le convaincrait pour les vacances mais il ne ferait pas que ça.
Remplis d'assurance ils se sourirent à la perspective de voir Miroku vraiment heureux grâce à eux.

********************************third step******* Sano recala le carton dans ses bras alors qu'il remontait la pente vers le pensionnat. Il se sentait faible, ses bras semblaient ne pas pouvoir supporter un tel poids. Il avait l'impression d'être devenu une lopette, même les muscles de ses jambes le tiraillaient. Il se gronda intérieurement, se jurant de reprendre un entraînement un peu plus sérieux. Il devrait en parler avec le doc et le plus tôt serait le mieux. Il avait des fourmis dans les muscles à force de ne rien faire. Il semblait ne pas se rendre compte de tout ce qu'il faisait pendant ses journées. Pour lui, ce n'était rien et s'il se sentait fatigué c'était juste qu'il manquait d'entraînement. Il pensait qu'avant sa blessure il aurait pu affrontrer plus facilement ce qu'il faitsait et sans avoir autant de courbatures.
Ca nelui servait à rien de psner comme ça. Ce qui était fait était fait, on ne pouvait pas revenir en arrière, juste affronter au mieux la situation actuelle et la faire tourner à son avantage. Il était loin d'être en forme et ce qu'il pouvait faire de mieux c'était de se bouger un peu plus. D'autant plus qu'à force d'être loin du terrain il développait une certaine jalousie envers ses coéquipiers qui eux seuls avaient l'opportunité de jouer avec Miroku. De plus ils ne semblaient pas apprécier cette chance à sa juste valeur. A force aussi d'en parler avec l'intéressé, il avait vraiment envie de reprendre le foot et d'enfin jouer avec quelqu'un qui saurait lui faire donner le meilleur de lui-même. Il en était sûr, s'entraîner avec Miroku nepourrait que lui être bénéfique. Vu ce qu'il avait observé lors des derniers matchs, son ami était bien plus doué et brillant qu'il ne voulait bien l'admettre. Il faudrait réussir à le faire sortir de sa modestie et de sa timidité si on voulait voir ce qu'il pouvait vraiment faire. Il devait bien cacher son talenet depuis deux ans qu'il n'avait plus joué, il avait eu le temps de se persuader de sa médiocrité.
Il lui tardait vraiment de s'occuper de tout ça mais avant il devait essayer de ramener son paquet le plus vite possible au pensionnat avant de s'écrouler pour de bon de fatigue. Au moins les têtes réjouies de ses camarades lui payèrent largement l'effort qu'il venait de fournir. Il déballa la télé que lui avait donnée son patron au lieu de la jeter. Il l'installa dans la salle commune sur un meuble bas qui n'avait presque jamais servi et n'avait fait que prendre la poussière seul dans son coin.
Il les laissa s'extasier devant cette merveille de technologie et s'occuper de trouver comment elle fonctionnait, ça serait plus amusant et plus gratifiant pour eux s'ils trouvaient tout seuls plutôt qu'il leur mâcha le travail. Et puis il avait d'autres choses à faire.
D'un coup il était remonté dans leur estime, il avait vraiment fait un beau cadeau cette fois-ci et cela prouvait bien qu'il ne les oubliait pas. Finalement ce n'était pas une aussi mauvaise personne, il paraissait si détaché des choses que c'était difficile de savoir ce qu'il pensait vraiment. Tout cela passait au-dessus de Sano, il ne s'y intéressait vraiment pas.
Il était éreinté et il aurait voulu plus que tout se vautrer dans un coin et ne plus bouger mais pour une fois qu'il rentrait un tant soit peu tôt il devait en profiter pour aller voir le doc. Depuis que Miroku s'était montré optimiste en voyant sa blessure il avait sentit un espoir naître en lui et s'enfler au fur et à mesure qu'il y pensait. Il avait été très patient jusque là mais maintenant il lui tardait qu'enfin on lui dise que ce calvaire aurait une fin et le plus tôt serait le mieux. Il laissa derrière lui les bavardages animés des pensionnaires se bâtant déjà pour savoir qui réussirait à allumer l'antiquité trônant au fond de la pièce.
Il ressortit dans le froid qui se faisait plus mordant à mesure que le jour se finissait. Et cette pluie qui se remettait à tomber était vraiment malvenue. Il pressa le pas et trottina jusqu'à l'infirmerie. Le doc commençait déjà à remballer ses affaires, s'apprêtant à rentrer chez lui. Il ne s'attendait pas du tout à voir Sano débarquer d'un coup. Ca faisait un petit moment qu'il ne l'avait pas vu, il semblait très occupé. Malgré ce qu'il pensait, le doc ne lui fit aucune remarque. Il avait déjà été agréablement surpris lorsqu'il avait constaté que le jeune homme prenait bien soin de sa blessure et c'était bien l'essentiel. Il l'accueillit avec un petit sourire faussement excédé et rouvrit sa trousse de soins en soupirant.
"Je ne m'attendais vraiment pas à te voir avant un bon moment Sano...
- Je ne comptais pas venir non plus."
Au moins il ne mâchait pas ses mots. Le doc préférait cela aux mensonges habituels qu'on lui servait comme excuse. Vraiment Sano était bien particulier.
"Mais en fait Miroku m'a dit quelque chose et je voulais voir si c'était vrai."
Encore le garçon. Il avait bien plus d'influence sur son ami qu'il ne l'avait soupçonné.
"Ah oui ?! Et qu'est-ce qu'il t'a dit de si important ?" Il s'assit sur son tabouret devant Sano.
"Ben c'est pas si important que ça mais quand je lui ai dis que ma blessure commençait à me gratter ça a paru l'étonner."
Le doc se releva aussitôt, ne pouvant croire ce qu'il entendait, c'était impensable, il était trop tôt vu la blessure. Quoi que... Vu le soin avec lequel il s'en était occupé, peut-être était-ce possible.
"Ca te gratte ? Vraiment ?
- Ben oui !" Et voilà, ça recommençait, il réagissait exactement comme Miroku.
"On va voir ça tout de suite."
Sano s'installa et découvrit sa jambe. Le doc l'examina sous tous les angles pendant un temps qui parut incroyablement long à son patient.
Vraiment c'était insupportable, ils étaient bien pareils à ne rien lui dire comme ça avec Miroku.
"Alors ? C'est bon signe ou pas ?"
Le ton pressé du jeune homme le fit sourire. Finalement il devait être plus impatient qu'il ne le laissait paraître.
"Oui c'est bon signe ! Mais ça Miroku a déjà dû te le dire."
Il était soulagé. Il ne s'était pas rendu compte du poids qui avait pesé sur lui depuis la blessure de Sano. Il avait vraiment été inquiet pour lui.
"Oui il me l'avait dit. Alors ça veut dire que je pourrai rejouer bientôt ?
- En fait ça veut juste dire que ta blessure a déjà commencé à cicatriser. Ca te gratte depuis longtemps ?
- Depuis plus d'une semaine oui. Et ça devient vraiment agaçant surtout que je ne peux pas y toucher.
- Ah oui, surtout ne te gratte pas sinon tous tes soins n'auront servi à rien !
- Ouais ouais, je sais. Alors c'est quand que ça sera guéri ?
- Vu la tournure que ça prend je dirai un bon petit mois et après tu pourras reprendre un entraînement tranquille.
- C'est vrai ? Rien qu'un mois ?
- Oui mais il faudra que tu continues à bien t'occuper de soigner ta blessure." Ou plutôt que Miroku continues à te soigner, se dit-il dans sa tête, un rien amusé.
"C'est fou, c'est exactement ce que m'a dit Miroku.
- De quoi ?
- Que la blessure serait guérie en un mois.
- Ah, il me fait vraiment de la concurrence."
Il refit le pansement de Sano, se demandant comment le garçon avait pu réussir des pansements aussi parfaits alors qu'il ne semblait vraiment pas avoir de formation.
"Tu n'auras bientôt plus besoin de mes diagnostics."
Sano ne répondit rien. En fait il s'était douté que Miroku devait avoir raison, il lui faisait confiance, il était tellement consciencieux et attentif qu'il ne pouvait pas se tromper. Mais il ne pouvait s'empêcher d'être admiratif de son talent, il rivalisait si facilement avec le doc.
"Et ta joue, ça va ?"
Sano avait complètement oublié toute cette histoire avec Kotaro, même s'il en avait parlé l'après-midi même avec Saya. Il avait tellement d'autres problèmes en tête que cette histoire lui importait peu.
"Ah ça ? Ouais, pas de problème.
- Je sais que ça me regarde pas mais... qui t'as cogné comme ça ?
- C'est rien, juste un gars un peu trop excité, j'avais la flemme de me défendre sinon j'aurai rien eu.
- Hum oui. Evites de te faire des ennuis tu en as déjà assez fait il faut que tu te reposes."
Sano allait protéster mais il ne lui en laissa pas le temps.
"Oui je sais, même si c'est pour aider tes amis et que ça part d'un très bon sentiment. Ils ne voudraient pas que tu prennes des coups pour eux. Ils se sentiraient responsable de ce qui t'arrives et en seraient sûrement attristés. Tu ne veux pas de ça je suppose."
Il touchait dans le mille, c'est exactement ce qu'il avait pensé. Oui il voulait plus que tout aider Miroku mais ça ne lui ferait pas plaisir si Sano devait toujours avoir à se défendre pour y arriver. Et pourtant il voulait tout faire pour l'aider.

********************************fourth step*******

Il quitta le doc, plongé dans ses pensées alors qu'il rentrait lentement au pensionnat. Il s'arrêta un instant, la pluie ayant enfin cessé, les nuages étaient repoussés au loin, laissant quelques étoiles apparaître. Pour lui Miroku était vraiment important il s'en rendait compte. Mais finalement c'était égoiste de sa part.
Le protéger c'était comme se protéger lui-même, c'était protéger sa part d'innocence, l'enfant qui était en lui.
Il voulait à tout prix le préserver pour qu'à travers lui il puisse conserver son innocence, pour qu'il puisse se rappeler qu'elle existait toujours en lui, qu'il la lui montre quand il l'oubliait et qu'il la protège de ses mots attentifs, de sa simple gentillesse qui le désarmait si souvent.
Il voulait le protéger pour se protéger lui-même, pour qu'il soit toujours là pour l'écouter doucement. C'est grâce à son innocence que la sienne pouvait exister, elles se faisaient échos et résonnaient.
Il se sentait comme un enfant face à lui, tous les préjugés, les souillures du monde adulte s'éclipsaient devant sa pureté. Un simple sourire de sa part et c'était comme si un ange le couvait de son aile.
Il n'était qu'un rustre, simple et matérialiste ; avoir des pensées aussi spirituelles ne lui arrivait presque jamais. Mais une fois qu'il y avait pensé cela ne le quittait plus. Ainsi il se rappelait toujours de sa chance. Se sentir ainsi choyé et reconnu était incroyable et très rassurant. C'était comme une petite flamme qui restait tout le temps allumée dans son coeur et lui permettait de continuer à avancer dans la vie malgré tous les problèmes qu'il rencontrait. Il pensait que personne ne pouvait avancer sans avoir quelque chose de très précieux qui le rendait fort.
C'était souvent un petit rien, un gest, un souvenir, une atmosphère mais cela suffisait pour redonner du courage.
Quelques fois on le perdait et tout s'effondrait. On n'était plus que l'ombre de soi-même, avançant en aveugle dans un brouillard épais où plus rien ne semblait lumineux. Mais on pouvait toujours en retrouver, il en existait toujours et pour tout le monde, ce n'était pas évident de le trouver. Parfois on ne se rendait pas compte qu'il était tout proche et parfois on était tellement perdu qu'on n'osait espérer en chercher un. On tournait souvent en rond, prenant des signes artificiels pour quelque chose d'important. Puis finalement on s'arrêtait, on réfléchissait un instant et la solution apparaissait toute seule. Plus besoin de courir éperdument en avant, la réponse se trouvait souvent déjà dans notre coeur.
Elle nous attendait, nous ouvrait les bras et nous accueillait dans sa chaleur apaisante. Il se dit alors que c'était évident. Tout ce dont il avait besoin c'était du sourire de Miroku. Rien de plus. Rien de moins.
Et ce sourire, il ferait tout pour le préserver. Une chose à laquelle il n'avait jamais pensé venait de traverser son esprit. Au lieu de rentrer directement il fit un détour par le local du club de foot. L'entraîneur avait essayé d'y garder un certain ordre mais il préférait être sur le terrain plutôt que derrière un bureau. L'amas bancal des dossisers en témoignait et Sano ne pouvait pas y aller aussi souvent qu'avant pour tout nettoyer. Sans parler de Tezuka qui était débordé par tous ses cours supplémentaires.
Il se fraya un chemin jusqu'au bureau, repoussant les vieux équipements récupérés par l'entraîneur et qui n'avaient pas encore de place.
Il souleva quelques dossiers, observant attentivement les piles, se rappelant de la couleur de celui qui l'intéressait. Il le trouva enfin bien caché sous deux énormes piles qu'il déplaça le plus consciencieusement possible. Elles tenaient en équilibre mais c'était pas pure chance. Il feuilleta le dossier, se repérant aux photos d'identité de chaque page. Il s'arrêta enfin, regardant rapidement les informations qui y étaient inscrites. Un petit sourire lui étira les lèvres, il avait encore de la marge, de quoi trouver un idée de fête et de cadeau. S'il se débrouillait bien ça serait une réelle surprise. C'était étonnant, la date était presque la même que la sienne, au moins il ne l'oublierait pas.
Satisfait, il abandonna tout comme il l'avait trouvé, ça ne changerait pas trop de ce que c'était d'habitude. Il rentra enfin au pensionnat où ses camarades étaient tous installés devant la télé, des paquets de biscuits et des boissons les accompagnant.
Ils avaient réussi à capter une chaîne régionale qui retransmettait un match de football du championnat national. C'était un évènement des plus importants pour eux qui étaient si passionnés par le foot. Personne ne manquait à l'appel. Ah non, ce n'était pas exact.
Alors que les gars l'appelaient pour venir les rejoindre, il les laissa et se dirigea vers le couloir.
Comme il l'imaginait Mirokku était encore en train de réviser lorsqu'il l'interrompit.
"Ben qu'est-ce que tu fais là ? T'as pas entendu les gars ou quoi ?"
Cette entrée en matière le prit au dépourvu.
"Euh si mais je... j'avais du travail et... enfin..."
Sano le regarda attentivement. Saya avait affirmé qu'il allait mieux ces derniers temps mais ce soi il y avait quelque chose de perdu dans ses grands yeux verts. C'était comme si il regardait le Miroku qu'il avait rencontré il y avait des mois de ça, tous ces efforts n'avaient donc servi à rien ? Qu'est-ce qui lui était arrivé ?
Ce n'était pas le moment de lui poser ce genre de questions. Aux grands maux les grands remèdes.
"On me la fait pas à moi Miroku. Fini de te terrer comme ça ! Allez viens, tu vas pas rater ça !"
Liant le geste à la parole il attrapa le garçon par l'épaule et le força à passer devant lui alors qu'il le menait dans la salle commune d'où provenaient des rires et des cris d'encouragement. Miroku tentant vainement de protester mais la force et le charisme de Sano lui imposèrent le silence. Il avait prévu de rester cloitré dans sa chambre depuis qu'il était rentré de l'entraînement. Il avait tellement voulu s'éloigner des autres et maintenant il ne pouvais pas refuse, pas à Sano. Il se sentait étranger et mal à l'aise d'un seul coup alors qu'il voyait ses camarades tous les jours et les connaissait très bien. Il s'en vouluait d'avoir des pensées comme ça, il redevenait comme avant et cela ne lui plaisait pas du tout.
Il fut accueilli par des bravos de ses camarades, heureux que tout le monde soit réunit pour profiter de cet évènement. Alors qu'ils discutaient tous à propos du match, chacun donnant son pronostic, ils furent frappé par la manière dont Sano parlait tout d'un coup. Ils se regardèrent un peu tous, perplexes, sous le regard intrigué des deux derniers arrivés. Sano, fidèle à lui-même, alla droit au but.
"Ben alors, qu'est-ce qu'il y a ?"
Personne n'osait trop répondre. Tous se regardaient pour voir qui oserait parler en leur nom. Finalement ce fut Tezuka qui s'y colla.
"Ca fait bizarre la manière dont tu parles... On t'avait jamais vu parler ausis bien..."
Sano les regarda les uns après les autres, les voyant hocher la tête pour confirmer ce que leur camarade avait dit.
"Comment ça bien ?"
Miroku ne comprenait pas pouquoi ils disaient ça, il avait toujours entendu Sano parler comme ça. Quoi qu'en y repensant au début il parlait plus familièrement, coupant ses mots et utilisant des mots d'argot.
Mais il avait vite changé sa manière de parler, comment les autres ne s'en étaient pas rendu compte avant ?
"En fait, reprit Tezuka, tu parles de manière plus polie et t'évites les mots d'argots. Avant on avait presque du mal à comprendre ce que tu disais. Là c'est clair comme de l'eau de roche.
- Mais ça il le fait pas tout l'temps, renchérit Kosugi.
- Oui c'est vrai qu'on dirait qu'il change de façon de parler suivant où il est. M'enfin avec nous d'habitude il parlait assez familièrement, répliqua Sato.
- On a appris pas mal d'expressions bizarres avec lui, ajouta Nakatsu.
- Z'avez fini de parler de moi comme si j'étais pas là ?! s'exclama Sano sans colère. Vous avez pas d'autres choses à faire que de m'étudier ?
- Moi j'dis c'est toujours quand y'a Miroku pas loin qu'il fait des efforts pour bien se faire voir hein !"
Ils se tournèrent tous vers Kachi, cette idée leur avait tous traversé la tête mais ils n'avaient pas osé le dire. Cette remarque eut le don de plonger Sano dans des réflexions intenses où il essayait de se rappeler de la manière dont il parlait à son jeune ami comparé à ses conversations habituelles. Miroku qui se retrouvait de nouveau le centre de l'attention se sentait très mal à l'aise, ne sachant pas quoi dire. En même temps si ce qu'ils avaient dit était vrai, il se sentait flatté. Sano faisait des efforts pour bien lui parler et le faisait avec lui seul. Il en oublia presque sa gêne qui était revenue l'envahir.
Sortant enfin de ses pensées, Sano vit dans quelle situation se trouvait son ami et détourna tant bien que mal la conversation histoire de le laisser tranquille. Il lui accorda un regard ampli de reconnaissance auquel il répondit par un petit sourire un rien forcé. Pourquoi fallait-il que tout le monde se rende compte de quelque chose qui le concernait avant lui ? Et pourquoi faisait-il ça d'abord ? Pourquoi seulement avec Miroku ? Evidemment il s'était occupé de lui très tôt, lui parlant le plus possible et essayant de le mettre à l'aise au pensionnat. Et maintenant ils se retrouvaient amis, comme si c'était la chose la plus naturelle qui soit. Comme s'ils l'avaient toujours été. Maintenant il appréciait plus que tout passer du temps avec lui. Il n'était plus simplement une aide, il était quelqu'un qui partageait des problèmes ou des bonheurs, un confident mais qui pouvait lui aussi confier ses pensées.
C'était réciproque. Il n'avait pas vraiment connu ça avant et pourtant il y était très à l'aise. Ce n'était pas étonnant s'il parlait particulièrement à Miroku, il ne le considérait pas du tout comme les autres, il avait beaucoup de respect et d'attention pour lui. Il savait que chacun de ses mots avait du poids et pouvait avoir des conséquences importantes. Avec ses autres camarades ce qu'il disait semblait bien plus futile. Là il mesurait ses paroles, ne voulant pas troubler son jeune ami déjà fragile. Il s'était voulu rassurant pour lui et d'une certaine manière sa façon de parler avait suivi cette décision.
Ils étaient tous revenus au match et le suivaient avec attention. Les rires et le cris avaient repris. Au milieu de ce brouahah Sano regard Miroku, le voyant faire des efforts pour s'accorder avec la bonne humeur de ses camarades. malgré tout il n'arrivait pas à cacher une certaine lassitude et de la tristesse aussi. Sano se demanda pourquoi il n'y avait que lui qui le remarquait. Cette question lui sembla futile. C'était le moral de son ami qui lui importait.
Quelque chose n'allait pas. Il devait s'en occuper.
Miroku sentit qu'il était observé et se tourna vers Sano, un peu surpris. Celui-ci lui accorda un sourire rien que pour lui, la bienveillance s'en dégageait, réchauffant d'un coup le coeur tourmenté de son ami. Il aurait voulu sourire, le souhaitait énormément, rien que pour le remercier de son attention mais il n'y arrivait pas. Dès qu'il essayait de relever les bords de sa bouche ils semblaient se rebeller et vouloir redescendre. Cela lui donnait une bouille mi-figue, mi-raision qu'il préférait effacer rapidement alors qu'il retournait à l'observation du match. c'était touce qu'il pouvait offrir à son ami, une grimace. Il se sentait pitoyable.
Sano de son côté fit une légère moue inquiète quand il vit la réaction du jeune garçon. Ca le refroidissait d'un coup. Il fallait qu'il fasse quelque chose et le plus tôt serait le mieux. Il ne serait pas tranquille tant qu'il ne saurait pas ce qui trottait dans cette petite tête blonde.

********************************fifth step*******

Il avait peu de temps avant que Sano ne s'éclipse, il lui fallait être rapide. Il remballa rapidement ses affaires dans son cartable sans regarder ce qu'il faisait puis il vint se placer à côté de son ami qui se levait à peine de sa chaise. Il ne fallait pas qu'il laisse paraître sa tristesse, il n'était là que pour Sano, pas pour se plaindre. Mais malgré cette résolution cela n'empêcha pas son ami de remarquer les mêmes choses que la veille dans ses yeux. Il n'eut pas le temps de lui en faire la remarque que déjà Miroku lui parlait.
"Si vous avez besoin d'aide je peux vous aider en mathématiqes ?"
Il avait fait un gros effort pour venir lui demander ça c'était évident. Il savait depuis la dernière fois où il s'était fait remonter les bretelles que Miroku le prendrait pour lui et s'inquièterait beaucoup. Ca le touchait qu'il vienne le voir pour l'aider, il sentait qu'il pouvait à tout moment se reposer sur lui. Mais cette fois-ci ce n'était pas possible, bien qu'il eût apprécié son aide à sa juste valeur, ayant réellement besoin de se remettre à niveau en mathématiques.
Il lui fit un petit sourire reconnaissant alors qu'il se levait, rangeant ses affaires.
"C'est gentil mais je ne peux pas maintenant, je dois partir."
La déception s'abattit sur Miroku qui se reprit assez vite.
"Oh... Alors peut-être... peut-être plus tard ? Ou un autre jour ? Vous n'aurez qu'à me dire quand vous voulez.
- D'accord, d'accord. Mais te prend pas la tête avec ça, ok ?
- Oui !"
Il lui ébouriffa les cheveux, son attitude à la dois timide et passionnée l'amusant.
Il s'en alla, laissant Miroku satisfait, enfin heureux d'avoir pu proposer son aide à son ami. Ce sentiment ne resta en lui qu'un instant, aussitôt remplacé par ce poids sur son coeur, cette déception dont il ne semblait pas pouvoir se défaire. Il avait été si heureux ces derniers temps, il espérait pouvoir dissimuler son humeur le plus longtemps possible, comptant sur ses amis qui ne se souviendraient sûrement que de son bonheur et sa joie de vivre récentes et ne remarqueraient pas sa tristesse et son accablement. Ca avait l'air de marcher avec Saya car elle ne lui posa aucune question et ne le regarda pas curieusement alors qu'ils rentraient après les cours. Et pour Sano, on ne pouvait pas dire qu'il le voyait souvent, ça lui évitait de lui mentir, chose qu'il détesait vraiment par dessus tout. Il rentra seul au pensionnat, presqu'en traînant des pieds. Il eut un moment de vide où il resta assis sur son lit à ne plus savoir que faire. Il n'était plus motivé du tout, rien de spécial n'arriverait de toutes manières, il passerait Noël seul au pensionnat à se morfondre sur son sort en espérant que cela se passerait mieux pour ses amis. Il ne voulait pas gâcher le seul moment où ils pouvaient être en famille.
De toutes manières il ne pouvait qu'être de mauvaise compagnie, il ne pourrait s'empêcher de penser à ses problèmes et Sano s'en apercevrait aussitôt, il était impossible de lui cacher des choses bien longtemps. Il ne serait qu'un poids mort, il ne servirait à rien sauf à gêner les gens chez qui il serait. Rien que l'idée de rencontrer la famille de Sano l'intimidait et ne lui donnait envie que de fuir. Il se doutait qu'elle devait être sympathique et très gentille mais ça l'impressionnait tellement de s'imaginer devant eux alors qu'il ne les connaissait pas, il préférait autant rester dans un environnement qu'il avait fini par apprivoiser après tant d'efforts. Il serait mieux au pensionnat même seul, même pour Noël. Il essayait de s'en convaincre mais même à ses oreilles toutes ces paroles semblaient d'horribles mensonges. Il aurait préféré se libérer complètement de ses doutes et de ses appréhensions poru pouvoir passer du temps avec son ami et ne plus se sentir si seul.
Il se serait amusé comme tous les autres faisaient. Il se demandait s'il n'y avait que lui qui se posait tant de questions avant de faire quoi que ce soit. Il se sentait étranger et bizarre par rapport aux autres. Il ne savait pas comment faire pour être plus à l'aise sans se forcer. IL ne semblait pas y avoir de solution à ce problème, il se résolut à l'idée qu'il allait encore rester seul. Il quitta son lit en soupirant, étouffant ses espoirs sous une brume dans son esprit.

********************************sixth step*******

Il sortit de la salle-de-bains commune, serrant ses affaires dans ses bras, l'esprit vide. Sa douche avait fait passer cette amertume qui lui avait enserré le coeur, il restait comme déconnecté de la réalité. Il entra dans sa chambre la tête basse et ne remarqua pas Sano qui était assis sur son lit en train de l'attendre.
"Ah ça y'est t'es là !"
Il sursauta et se tourna vers son ami, étonné.
"Désolé, j'voulais pas t'effrayer mais comme tu semblais pas au courant j'suis venu te le dire. Dans quinze jours on organise un match amical contre l'équipe du lycée de l'autre côté de la ville et j'voulais savoir si t'étais partant. C'est pas obligatoire alors tu fais ce que tu veux. Faut juste que tu me donnes ta réponse assez rapidement pour que je fasse l'équipe.
- Ah, euh, oui je veux bien y participer.
- Tu pouvais y réfléchir si tu voulais.
- Non, c'est pas la peine, je n'ai rien d'autre à faire."
Il restait planté debout, combattant la brume de ses pensées. Il avait accepté par réflexe, sans réfléchir. Il ne pouvait rien refuser à Sano de toutes manières. Il ne se voyait vraiment pas en train de lui dire "non", qu'il ne pouvait pas se libérer. Il n'aurait pu supporter l'air déçu et contrarié de son ami, c'était au-dessus de ses forces. Il ne voulait gêner personne, si au contraire il pouvait servir à quelque chose il le ferait.
Sano le savait bien mais cela lui importait peu que Miroku ait des états d'âme, il saurait s'en occuper, l'essentiel était qu'il ne reste surtout pas seul et qu'il fasse des activités avec d'autres personnes, ça ne pouvait lui être que bénéfique.
Il regardait ce garçon qui restait planté debout, ses affaires toujours dans ses bras, les cheveux encore mouillés, l'air penaud. Quelque chose n'allait pas c'était certain. Cela faisait un petit moment qu'il avait arrêté de réagir aussi timidement et pourtant ça le reprenait maintenant. Sano était sûr de sa décision maintenant, il ne s'arrêterait pas.
Il se leva et posa un sweat sur les épaules du garçon et le fit s'asseoir sur le lit.
"Couvres-toi sinon tu vas attraper froid avec tes cheveux mouillés."
Miroku était impressionné par son attitude, il sentait qu'il avait quelque chose d'important à lui dire. Il se fit tout petit, prenant un air contrit sans s'en apercevoir. Dès que Sano lui touchait l'épaule c'était pour avoir son attention. En même temps il aimait la sensation mitigée qu'il ressentait à cet instant. Il n'aurait pu l'expliquer mais il la conservait précieusement.
"En fait dans quinze jours c'est la journée portes ouvertes du lycée pour les parents. C'est pour ça qu'on organise le match, histoire que les parents puissent s'extasier des prouesses de leurs gosses."
Miroku ne put s'empêcher de faire la moue à l'évocation de l'image parentale.
Ca n'échappa pas à son ami qui s'empressa de lui rappeler que lui non plus n'avait pas ses parents mais que s'il lui demandait, Saya viendrait sûrement et c'était l'essentiel.
"Oh.. vos parents...
- sont morts et ça fait très longtemps alors n'essaie surtout pas de t'apitoyer sur mon sort !"
Miroku ne s'était jamais posé la question au sujet de la famille de Sano. Il ne lui avait presque jamais rien demandé. En fait il ne le connaissait pas du tout et cela l'attrista. En même temps il pourrait découvrir plus de choses sur lui maintenant qu'ils étaient amis. Mais alors avec qui allait-il fêter Noël s'il n'avait plus ses parents ? Vu comme ça il se sentait honteux de vouloir décliner son offre, il avait l'impression de l'abandonner, de l'ignorer alors qu'il avait été toujours présent pour lui. Un doute germa dans son esprit. Ne devrait-il pas accepter sa proposition maintenant ? Mais il se rendrait compte qu'il faisait ça plus pas pitié. Il voulait le faire venir de son propre gré et ne pas le forcer.
Il était en plein dilemne lorsque Sano se releva d'un coup.
"Bon allez, habilles-toi, j'dois t'emmener quelque part.
- Quoi, maintenant ? Mais il est tard !
- C'est pas grave, il faut vraiment que tu viennes alors tu te couvres un peu, il fait frais dehors. Je te retrouve à l'entrée d'ici cinq minutes le temps que je m'habille aussi ok ?
- Euh... Oui..."

********************************seventh step*******

Miroku restait debout dans sa chambre, pris de court. Il ne savait pas par quoi commencer, il se tourna d'un côté et de l'autre puis s'arrêta devant son lit où était retombé le sweat qu'il avait eu sur les épaules. Sano avait oublié de le reprendre. Il fallait qu'il lui rende. Rien que pour ça il devait aller le retrouver. Il se changea rapidement, pensant à prendre un pull bien chaud, l'hiver était bien isntallé et il était impensable de sortir sans s'emmitouffler sous des épaisseurs de vêtements. Il se pressa pour aller à l'entrée rejoindre Sano.
"Ca y'est t'es prêt ?
- Oui. Ah, tenez je vous rend votre pull, merci."
Sano ne fit pas un geste pour essayer de le reprendre, ce qui intriga Miroku.
"Vous ne voulez pas le reprendre ?
- Miroku, c'est le tien.
- Ah ?"
Il regarda mieux le sweat et vit qu'il était semblable ausien mais que la taille était plus petite.
"Mais j'ai déjà un sweat comme ça...
- Je crois qu'on les a échangé à un moment ou à un autre alors celui que tu as ça doit être le mien.
- Ah !"
Tout s'éclairait enfin dans la tête de Miroku. Voilà pourquoi son pull était si grand et puis... Cette odeur, maintenant qu'il pouvait faire le rapprochement... Evidemment le pull avait gardé l'odeur de Sano. C'était devenu une senteur familière, il aurait dû s'en rendre compte plus tôt.
"Alors il va falloir que je vous rende le votre.
- Ca serait sympa oui."
Pour une raison qu'il ne connaissait pas Miroku semblait amusé par cette situation. Bien sûr, arriver à s'échanger des sweats comme ça c'était peu commun. Au moins ça ne l'avait pas embêté et il ne faisait pas la tête. Mais il ne fallait pas s'y fier avec lui, le jeune garçon cachait très habilement son état d'esprit véritable. Mais une pensée revenait dans la tête de Miroku, il avait porté le pull de Sano, une personne pour qui il avait tant de respect. C'était comme s'il avait souillé ce vêtement en le portant. En même temps il savourait maintenant ce petit privilège qu'il avait eu pendant tout ce temps. D'une certaine manière il avait trouvé un refuge protecteur à chaque fois qu'il le portait et maintenant tout s'expliquait. Il ne resta pas plus longtemps plongé dans ses pensées, Sano l'appellant pour qu'ils se mettent en route. Ne sachant pas quoi faire de son pull il l'accrocha à la taille pour ne pas qu'il le gêne. Rien que ce petit geste ne passa pas inaperçu. Son ami apprécia qu'il ne reste pas indécis pour une chose aussi simple. Finalement, il n'avait pas complètement régressé dans ses attitudes. Peut-être serait-il plus simple de lui redonner sa confiance. Il lui dit de se dépêcher, ne lui expliquant toujours pas où ils devaient aller. Miroku bien entraîné arrivait à peine à suivre le pas ample et souple de son ami. Il ne paraissait aucunement blessé mais il se doutait que la douleur se ferait ressentir tôt ou tard. Il craignait pour la santé de son ami et voulait lui éviter tous ces désagréments. Mais Sano semblait si pressé qu'il ne voulait pas entraver sa progression. Il ne savait pas du tout où ils se rendaient ni ce qu'ils allaient faire. Il aurait eu peur il y a quelques temps mais l'air un peu réjoui et mystérieux de son ami ne l'effrayaient pas du tout. Au contraire ils l'incitaient à le suivre. Sa curiosité était piquée et de toutes manières, les moments qu'il passait avec Sano étaient si rares qu'il ne voulait pas les gâcehr, n'y pensait même pas. Il était à côté de lui, avec lui, si simplement. Bien que son coeur lui sembla des plus lourds il arrivait à le soutenir et redressait la tête, fier d'être là.
Ils se rapprochaient de la ville et alors qu'ils passaient dans les premières petites rues, Miroku observa les lampions multicolores qui se balançaient dans la brise du soir, suspendus au-dessus de la rue. Une musique festive leur parvenait depuis plus avant dans la ville. Sano s'avançait prestement, rencontrant les premiers badauds qui se regroupaient. Il s'arrêta brusquement, se sentant tout seul d'un coup. Il se retourna pour voir où était Miroku et le trouva à une centaine de mètres, la tête renversée, en train de s'emplir les yeux avec les lumières colorées qui illuminaient la rue. Il eut un petit sourire attentionné et patienta quelques instants, laissant son ami profiter de ce moment. Finalement celui-ci rabaissa la tête, cherchant Sano du regard et le trouvant bien loin. Gêné, il courut pour le rejoindre et s'apprêtait à s'excuser mais Sano ne lui en laissa pas le temps, reprenant sa progression vers tout le bruit qui leur parvenait. Miroku le suivait, émerveillé, ne voulant plus que savoir ce qui se passait, son esprit s'étant vidé et petit à petit le poids sur son coeur se fit plus léger et finalement il l'oublia. Alors qu'ils entraient sur la petite place où se tenait une scène avec des grandes marionnettes, une foule amassée devant pour voir le spectacle, Sano vit s'éclairer le visage de son ami et ses yeux briller, reflétant toutes les lumières suspendues tout autour de la scène. Il n'en resta pas là et s'avança rapidement à travers la foule, se frayant un passage grâce à sa haute stature. Il se retourna et par-dessus les têtes de toutes les personnes attroupées il vit que Miroku se retrouvait bloqué derrière à ne rien y voir. Il essayait tant bien que mal de se mettre sur la pointe des pieds, passant sa tête entre les espaces qui restaient, sa taille relativement petite était un handicap dans cette foule.
Sano n'y avait pas pensé, il revint en arrière pour le chercher. Il le prit par les épaules sans un mot et le mena devant lui jusque devant la scène, au premier rang. Miroku n'aimait pas lui causer des soucis mais l'animation était telle qu'il n'y pensa plus en un instant. Ils se retrouvèrent serrés, coincés par la foule toute la durée du spectacle. Sano essayait tant bien que mal de donner de l'espace à son ami, le tenant par les épaules. Il était heurex de l'avoir sous la main, au moins il protégeait réellement, ce n'étaient plus juste des paroles. Et puis cela lui faisait plaisir de le voir complètement captivé par le spectacle. Lorsqu'il n'était pas bouche bée, il souriait comme un enfant. Toutes ces attitudes lui réchauffaient le coeur. Il avait eu l'air si morose pendant toute la journée. Il l'avait observé à son insu pendant les cours et aux interclasses alors qu'il pensait être tranquille et qu'il se relâchait. Il avait vu ses yeux tristes, perdus dans le vide. Et puis il y avait ses commissures de lèvres qui n'arrêtaient pas de descendre, lui faisant un visage des plus tristes et misérables. Il avait eu du mal à supporter cette vision qui lui rappelait la dernière soirée devant la télé. Ca l'avait conforté dans son idée, il ne pouvait plus le laisser faire comme ça tout seul, il se sentait responsable de lui et dorénavant il ne le laisserait plus résoudre ses problèmes seul. Du moins, il voulait lui offrir toute l'aide possible mais il ne voulait pas non plus l'empêcher de prendre ses propres décisions.
Le spectacle prit fin et ils applaudirent avec passion, émerveillés de ce qu'ils avaient vu. Sano dû lâcher les épaules de son ami et celui-ci se rendit compte du vide qu'il sentait alors qu'il n'avait pas remarqué que les grandes mains du jeune homme y étaient restées tout le temps. Ayant peur de se faire semer encore une fois et voulant partager ses impressions, il se retourna rapidement, son sourire resplendissant sur ses lèvres. Il était tellement reconnaissant à Sano de l'avoir emmené là mais avec tout le bruit qu'il y avait il ne pourrait jamais se faire entendre. Il préféra faire confiance à ce qui'l montrait par ses yeux et son sourire. Ce devait être suffisant pour qu'il comprenne. Sano vit tout cela, il avait passé tellement de temps à observer ses réactions qu'un tel message était évident à comprendre. Pourtant il ne le laissa pas continuer à applaudir et lui fit signe de le suivre alors qu'il traversait la foule qui commençait à s'éparpiller. Ils partirent par une rue comme beaucoup d'autres personnes. Miroku suivait du mieux qu'il pouvait son ami. Lorsqu'ils arrivèrent sur un terrain herbeux il le vit se décaler sur le côté, s'isolant du reste des gens qui se pressaient à leur suite.
Le garçon s'arrêta à côté de lui, se demandant bien pourquoi ils ne suivaient pas les autres et surtout qu'est-ce qu'ils étaient venus voir si loin du centre. Mais comme la première fois ç'avait été une bonne surprise, il se dit que cette fois-ci également ça ne pouvait qu'être bien.
"Il faut attendre un peu ça va bientôt commencer.", lui assura Sano, confiant.
Miroku ne put s'empêcher de se retourner pour admirer les nombreux éclairages de la ville et les ruelles animées. Il se laissa envahir par l'atmosphère festive qui les entourait. Il observait toutes ces peronnes rassemblées, ces familles qui étaient tout sourire, et semblaient si soudées et complices. Les enfants qui montraient du doigt les attractions qui les intéressaient, regardant avec espoir leurs parents qui les observaient avec bienveillance et leur accordaient tous leurs désirs. Une immense tristesse l'envahit alors, ainsi qu'une pointe de jalousie. Il se rappela les bons moments alors qu'il était jeune et qu'il allait à des fêtes semblables lorsque son père travaillait encore au Japon. A ce moment-là ils avaient formé une vraie famille unie. Sa mère posait des regards protecteurs sur lui. Il se rappelait sa douceur et son odeur de fleurs. Elle avait été belle et patiente.
Une boule se formait dans sa gorge et ses yeux commençaient à le piquer mais d'un coup Sano se pencha vers lui et l'attrapa par l'épaule, le forçant à se retourner, surpris. Il pointait l'index vers le ciel, pressant. "Regarde !"
Miroku obéit et leva les yeux, encore engoncé dans ses souvenirs.
Il se retrouva à contempler un feu d'artifice de toute beauté qui le débarrassa de toutes ses pensées tristes. Il sursautait quand il était surpris mais le reste du temps il s'extasiait sur la couleur ou la forme que prenaient les feux d'artifice dans le ciel. Il s'emplit les yeux de toutes ces lumières et son corps résonnait de toutes les explosions. Il était grisé par tout ce qui se passait. Il se sentit repu et comblé lorsque tout s'arrêta.
"Il reste encore une chose à faire pour que ça soit parfait."
Cette voix grave et chaude lui rappelait qu'il n'était pas seul et le rassurait d'un seul coup. Il revenait à la réalité, dans son monde où tout lui était permis, le monde qui lui correspondait le mieux, où il se sentait vraiment lui-même.

********************************final step*******

Ils repartirent dans une nouvelle rue où plusieurs stands s'étaient installés. Il y avait foule et Miroku une fois de plus se trouvait à la traîne, essayant de tout regarder à la fois et de suivre la tête haute de Sano qu'il apercevait par dessus les autres. Il avait de plus en plus de mal à le suivre et les gens qui le dépassaient lui bloquaient le passage. Il perdait du terrain et commençait à paniquer, il craignait de perdre définitivement de vue son ami et de se perdre. Sano s'arrêta et se retourna, se laissant volontairement doubler. Il réussit à repérer la petite tête blonde noyée dans la masse, hésitante. Il s'en approcha, remontant le courant. Son ami le regarda, confus et gêné, comme si ç'avait été sa faute. Son attitude timide lui fit penser à un gamin perdu. Il voulut effacer ça, y remédier rapidement. Il n'aimait pas le voir aussi perdu.
"Viens !" Il lui prit le bras et repartit dans la rue, le traînant à sa suite.
Miroku se laissa faire, un peu impressionné et ému par ce geste. Il pensait avoir agacé son ami mais il n'avait vu que de l'attention sur son visage lorsqu'il était venu le chercher. Il ne continua pas son analyse puisqu'ils passaient devant des stands de jeux qu'il n'arrêtait pas de regarder. Maintenant que Sano le tenait il pouvait sans crainte porter son attention sur tout ce qui l'entourait. A les voir tous les deux, ils auraient facilement pu passer pour un grand frère ramenant son petit frère qui traînait. Sano n'était pas tellement typé, cette hypothèse était tout à fait plausible. Cette pensée amusa Miroku mais en même temps il trouvait ça très juste. De toutes manières Sano l'avait toujours protégé tel un grand frère, il ne s'en rendait compte que maintenant mais c'était exactement ce qui se passait. Il se reposait sur lui, lui faisait confiance, c'était lui qui détenait toujours la clé de ses problèmes. Il le poussait à devenir celui qu'il voulait vraiment être mais sans le forcer. Il était un vrai modèle pour lui et d'ailleurs il se sentait toujours plu fort quand il était avec lui. Il était heureux d'être là, il s'amusait beaucoup et se sentait léger. Sano avait dû faire exprès de l'emmener ici, il avait sûrement voulu lui changer les idées et ça marchait à merveille. Alors il avait remarqué son changement d'humeur. Lui qui pensait avoir été assez haible pour cacher sa déception il devait admettre qu'il ne pouvait réellement rien lui cacher.
La pression sur son bras se relâcha et Sano s'arrêta devant un petit stand où se dégageaient de bonnes odeurs de nourriture. Il l'observa avec des yeux ébahis, il y avait tellement de choses étalées de toutes formes et qu'il ne connaissait pas du tout. Sano lui tendit deux petites brochettes sans rien dire.
"Ah mais... je.. je n'ai pas d'argent, je ne peux pas en prendre..."
Son ami ne répliqua rien mais lui prit la main et y fourra les brochettes de force sans plus de formalités.
"On a qu'à manger en visitant les stands."
Il s'éloigna ce qui obligea Miroku à le suivre sans poser de questions. Il goûta à la première boule blanche accrochée à sa brochette et la trouva délicieuse.
"C'est des takoyakis ils en font souvent lors des festivals. C'est bon hein ?
- Oui !"
Miroku observait son ami en train de manger et il lui sembla avoir rajeuni d'un seul coup. Il ressemblait à un petit garçon glouton qui dévorait ses brochettes. Ca changeait de l'image sérieuse qu'il représentait. C'était comme lorsqu'il était endormi, il changeait complètement de visage. Il se sentait privilégié de pouvoir le voir aussi souvent et pendant ses moments intimes, ceux que personne d'autre ne voyait. Et puis il était mignon comme ça, ça le fit sourire. Il le suivit à travers tous les stands et finalement ils s'arrêtèrent. Sano se doutait que s'il posait la question, son ami déclinerait son offre par peur de le gêner. Aussi il le fit jouer de force, payant ses tickets et le plaçant devant les stands. Ils les firent presque tous, Miroku n'étant pas habitué il ne réussissait pas au début mais il finit par mieux s'en sortir. Il était agile et avait un bon coup d'oeil, une analyse rapide et efficace. Ils étaient entourés par de nombreuses lycéennes qui s'extasiaient de ses prouesses. Aussi il leur offrit chaque cadeau qu'il gagnait, ne sachant pas quoi en faire lui-même. Cela attira une foule assez conséquente alors que les deux garçons gagnaients tous les prix. Un peu intimidé par tout le monde autour de lui, Miroku lança un regard interrogateur vers Sano qui compris tout de suite le malaise dans lequel se trouvait son ami. Avec un petit sourire narquois il perdit exprès son dernier tour pour pouvoir s'en aller. Miroku finit son tour et offrit son dernier cadeau avant d'essayer de partir. La foule exprima sa désapprobation et quelques filles essayèrent de lui parler pour le faire rester. Il s'excusait du mieux qu'il pouvait, ne voulant pas être malpoli mais cela lui prenait trop de temps alors Sano lui tapota l'épaule, lui disant qu'ils devaient y aller. Son air sérieux et mâture imposa sa décision et le silence alors qu'ils s'en allaient. La stature et la silhouette de Sano avaient bien séduit toutes les filles présentes qui ne semblaient pas pouvoir se remettre de cette vision. Miroku n'était pas rassuré et fut bien content de s'éloigner à la suite de son ami. Ils s'arrêtèrent au bout d'une place, à côté d'un arbre et regardèrent la fête se dérouler devant eux. Miroku allait se tourner pour remercier son ami pour son aide mais celui-ci lui tendit un ballon d'eau qu'il avait gagné et réussit à conserver comme souvenir pour lui.
"Ca va mieux ?"
Miroku le regarda étonné, ne sachant pas trop de quoi il voulait parler. Puis il se dit que Sano devait penser à la même chose que lui. Qu'il devait l'avoir mieux observé qu'il n'y pensait. Il voulait ne pas avouer qu'il allait mal, renier ce qu'il sentait et ce qu'avait vu son ami. Mais c'était inutile, il était trop tard pour tout nier, il aurait fallu le faire bien avant. Sano était trop impliqué et en savait trop sur lui, il ne pouvait pas lui cacher quelque chose comme ça. Il regarda longuement le profil aliter et fin de son ami qui semblait détaché de tout ça, ne voulant pas s'apesantir sur le sujet. Il fut touché de son tact. Il se retourna et replongea son regard dans les lumières de la fête alors qu'il se libérait du poids sur son coeur d'une voix timide qui s'affermit au fur et à mesure qu'il parlait.
"J'ai... J'ai reçu une lettre de mes parents."
Tout de suite Sano se douta que le contenu n'avait pas dû être très joyeux. Il ne l'interrompit pas, attendant qu'il se libère à son rythme.
"Je leur avais parlé des vacances de Noël. Je voulais savoir ce qu'ils faisaient et quand je pourrai y aller..." Il fit une pause, respirant à fond pour reprendre courage. Sano, voyant qu'il hésitait et avait du mal à poursuivre, l'aida de son mieux et posa une main patiente sur son dos. Miroku sentit la chaleur de cette main protectrice et se sentit ragaillardi.
"Je pensais pouvoir les rejoindre et voir ma grand-mère ainsi que ma soeur, pouvoir profiter de notre ville à Noël et des illuminations..."
Il respira de nouveau, repoussant la boule dans sa gorge et sentant ses lèvres s'affaisser malgré lui.
"Mes parents m'ont dit qu'ils préféraient ne pas me revoir." Sa voix se cassa un peu sur la fin de la phrase. Sano retint sa colère et se concentra sur la réaction de son ami. Il l'engagea à continuer en hochant la tête, resserrant son étreinte sur son épaule.
"Ils veulent bien continuer à m'envoyer de l'argent pour que je puisse continuer à vivre au Japon mais pour les vacances de Noël ils ne veulent pas que je rentre."
Il s'arrêta de nouveau, essuyant ses larmes qui menaçaient de tomber sur ses joues.
"Moi qui m'étais fait une joie de rentrer en famille, même si j'ai eu des difficultés avant, je voulais arranger les choses cette fois-ci, je voulais vraiment que tout se passe bien, j'aurai fait des efforts..." Il renifla un coup, ne voulant surtout pas commencer à pleurer.
"Je voulais revoir ma grand-mère et ma soeur mais je ne peux pas me payer le voyage sans l'aide de mes parents. Je ne pourrai pas les voir, je suis indésirable là-bas..."
Il se tu alors, ses parlant pour lui en versant de chaudes larmes.
Sano ne supporta pas ça, que quelqu'un arrive aussi facilement à faire pleurer un garçon aussi gentil que Miroku il ne le comprenait pas. Alors que c'était lui qui faisait manifestement le plus d'efforts. Il détestait voir le coeur de son ami malmené et ses yeux emplis de larmes.
Il le prit par la tête doucement et l'appuya contre lui pour essuyer ses larmes autant que pour le consoler. Miroku tressaillit à peine, il se sentait trop fatigué pour réagir. Il avait déballé toute son histoire et il se sentait vidé, épuisé. Toutes ses émotions s'étaient rassemblées en lui d'un seul coup le vidant de toute son énergie.
"Tu sais que tu aurais dû m'en parler plus tôt au lieu de tout garder pour toi pendant tout ce temps. Tu n'espérais tout de même pas t'en sortir avec un faux sourire face à moi ?!"
Miroku sentait la main grande et forte de Sano sur sa tête, il était si solide, il pouvait se raccrocher à lui sans problème. Il voulut d'un seul coup tout partager avec son ami et ne plus rien lui cacher. Il voulait ne plus lui mentir car de toutes manières il arrivait toujours à savoir la vérité. Sano voulait l'aider et tout ce qu'il faisait c'était d'aller contre lui. Il se laissa aller et pleura tout son saoul.
Sano ne voulait pas en rajouter et le culpabiliser encore plus. Il sentait qu'enfin son ami capitulait et se laissait aller. Toutes ces fois où il avait dû affronter seul ses problèmes ne seraient plus qu'un mauvais souvenir. Il lui parla alors doucement pour l'apaiser.
"Ca va, calmes-toi... Ne t'en fais pas. C'est déjà très courageux de ta part de vouloir te réconcilier avec tes parents... Ils ne voient pas à quel point ils ont un fils formidable... Laisses-les parler, ta grand-mère et ta soeur comprendront tout... Tu ne dois pas te miner juste pour ça. Tu dois leur montrer que tu vas bien même sans eux, tu dois être plus heureux qu'eux. Arrêtes de penser à eux et penses un peu plus à toi ! La fête bat son plein il faut t'amuser !"
Il l'écarta de lui et lui essuya ses larmes avec sa manche.
Tu sais que j'aimerai beaucoup t'avoir chez moi pour Noël. C'est simple comme fête mais au moins tu ne serais pas seul. Et puis je serai plus rassuré comme ça, je saurai où tu es, je t'aurai sous la main. Qu'est-ce que tu en dis ?"
Miroku qui jusqu'ici avait attendu d'avoir la réponse de ses parents n'avait désormais plus aucune raison d'hésiter. Il se sentait capable de dire vraiment ce qu'il ressentait sans se sentir gêné. Il était face à son ami et il pouvait tout lui dire.
"J'aimerai beaucoup venir chez vous pour Noël. J'accepte votre offre généreuse."
Il se sentit soudain si heureux qu'il en sourit. Son avenir lui semblait de nouveau dégagé et en plus son amitié avec Sano devenait plus solide. Il se sentait immensément rassuré et l'esprit dégagé il put profiter au mieux du reste de la fête.

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