Jibun Kakumei > Chapitre 6 : Premier match


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*******************************************first step****

La gelée avait blanchi l'herbe qui craquait sous les pas pressés de Sano. Malgré le beau temps qui semblait s'être installé pour quelques temps, le froid qui n'était qu'un ami de la nuit jusque là, se faisait une place pendant la journée, narguant les rayons du soleil qui n'arrivaient plus à réchauffer l'air. Il se frotta les mains l'une contre l'autre et souffla en plus dessus pour essayer de les désengourdir, un petit nuage de vapeur s'élevant de sa bouche fut balayé par la bise matinale. Il tapa un peu du pied, referma bien son blouson puis se lança courageusement sur le chemin pentu et venté qui le menait à son travail. Il était très tôt et rares étaient les personnes déjà réveillées. Tout le voisinage profitait de ce premier jour de week-end pour rattraper les heures de sommeil perdues pendant la semaine. Il croisa le livreur de journaux qui s'efforçait de grimper la route en bicyclette le plus dignement possible, et lui fit un petit signe de tête. Si ce n'avait été sa blessure, c'est lui qui aurait été sur le vélo ce matin. Heureusement pour lui il allait travailler au chaud et dans un cadre fort sympathique. Bien que ces derniers temps ce soir plus dur. Comme le fils du patron n'était plus là il assurait souvent des services tout seul. Ca ne le gênait pas plus que ça mais quand il rentrait le soir il ne pouvait rien faire d'autre que s'étaler sur son lit et dormir. Il se réveillait tout habillé, en plein milieu de la nuit et se mettait à faire ses devoirs et à réviser ses cours. Il préparait ses affaires pour le lendemain puis se recouchait pour le petit reste de nuit qu'il s'accordait. Malgré le froid, il aurait bien préféré se trouver dehors, dans le coin derrière le pensionnat, histoire de prendre l'air et de s'aérer l'esprit en contemplant les premières étoiles apparaissant à la fin du jour. Pour l'instant il n'en avait pas le temps. Il espérait pouvoir le faire pendant les week-ends, mais seulement s'il finissait de rattraper son retard dans ses leçons. Et puis il ne fallait plus laisser Miroku seul aussi longtemps, çane pouvait que lui nuire.
Il coupa à travers le parc de jeux pour enfants puis par des espaces herbeux et sans s'en rendre compte, se retrouva à trottiner allègrement en sifflotant. Quoiqu'il se passa dans sa vie, dès qu'il faisait un tant soit peu d'exercice physique, il ne pouvait s'empêcher d'être guilleret. Ce qui comptait le plus à ce moment là c'était de voir où se trouvait le meilleur endroit pour poser un pied, puis l'autre, de façon à ne pas fatiguer sa jambe mais à ne pas ralentir son allure pour autant. Ses joues et ses oreilles rougissaient au froid de l'air mais bientôt sa chaleur corporelle prit le dessus et il ne sentit plus de l'extérieur que le mouvement de l'air qu'il fendait dans sa course.
C'est d'un pas assuré et heureux qu'il entra dans le café et entama son travail. Quelques oiseaux s'envolèrent ensemble dans un brouahah de pépiements et de battements d'ailes devant le soleil qui prenait place dans le ciel.

*******************************************second step****

Miroku était un lève-tôt notoire mais il n'avait pas réussi à croiser son sempai. Et pourtant, il avait mis son réveil à sonner une heure plus tôt que d'habitude. Il s'était précipité, à moitié habillé, les yeux encore endormis, les cheveux dépeignés, dans le couloir vres la chambre de Sano. Il s'était repris en s'arrêtant juste devant la porte, avait vainement essayé de rendre sa tenue un peu plus convenable avant de frapper. Lorsqu'il n'avait pas eu de réponse, il avait entrouvert la porte, constatant que le sac de Sano n'était plus à sa place. Il s'était alors précipité à la porte d'entrée, l'avait ouvert à la volée et s'était avancé sur la route mais il n'y avait personne alentours.
Encore une fois son sempai s'était éclipsé et il avait perdu une occasion de passer du temps avec lui. Il avait vraiment peur de perdre ce repère, il s'effritait dans ses mains. Maintenant qu'il était debout, autant en profiter pour travailler. C'était la seule activité qui pourrait lui occuper suffisamment l'esprit. Il se tapa le front de la paume de sa main, en réalisant qu'il était supposé faire le bandage de Sano maintenant. Il faudrait qu'il fasse tout pour arriver à voir son sempai même le matin sinon il ne soignerait pas assez bien sa jambe. Peut-être pourrait-il se rattraper plus tard. Il lui semblait que pendant le week-end il était plus libre. Mais qu'est-ce qu'il pouvait bienfaire si tôt le matin. Il espérait qu'il faisait attention et ne ferait pas d'efforts inconsidérés. Il se rappelait la voix autoritaire du docteur et ne souhaitait surtout pas aller contre ses conseils. Sano n'allait plus s'en sortir aussi facilement. Sa propre résolution et sa détermination l'étonnèrent. Il n'avait plus été aussi sûr de lui depuis des lustres !
Il revint dans sa chambre, ouvrit ses volets, rangea ses affaires et plongea dans ses devoirs de toute la semaine en attendant que le pensionnat s'éveille. Puis il alla partager son petit déjeuner avec le reste de l'équipe qui était remonté à bloc pour le match de l'après-midi. La bonnehumeur régnait dans toutes les pièces, accompagnée d'un brouahah et un tumulte dignes d'un jour de fête.
Plus personne ne s'étonnait de l'absence de Sano, ils y étaient habitués. Ils savaient bien que c'était un gars droit et que s'il ne restait pas avec eux c'est qu'il avait des choses importantes à faire. Il semblait malgré tout toujours aussi ouvert et aidait ses compagnons dès qu'il le pouvait. Seul Miroku s'inquiétait de ce qui se passait et semblait souffrir de cette absence. Mais grâce à ses camarades, tous ces problèmes ne s'apesantiassaient pas sur son coeur. Il se prépara et retrouva toute l'équipe pour un ultime entraînement avant le match de l'après-midi. Tout comme son sempai, son moral remonta en flèche alors que toute sa tête était occupée par le foot.

*******************************************third step****

Saya était partie bien plus tôt que ce qu'elle avait prévu mais vu l'ambiance chez elle, elle avait préféré mettre les voiles. Ses parrents étaient formidables mais son jeune frère lui cassait vraiment les pieds. Elle se demandait toujours pourquoi il n'était pas un peu plus comme Miroku, si gentil et attentif. Mais elle s'en était rendu compte bien plus tôt, des gens comme Miroku ça n'existait pas à tous les coins de rue. Maintenant qu'elle en connaissait un, elle n'allait pas le laisser filer. C'était vraiment une perle rare qu'elle voulait à tout prix protéger et rendre brillante de mille feux.
Son ami était si fragile et pur comme du cristal, elle ne voulait pas qu'il se brise et pour cela il fallait qu'elle surveille avec qui il passait son temps. Bien sûr il avait le droit d'avoir les amis qu'il voulait mais si ceux-ci lui faisaient du mal, elle s'en voudrait de ne pas s'en être méfiée. C'est ainsi qu'elle essayait toujours de rencontrer les amis de Miroku, même juste une fois c'était suffisant. Elle avait un très bon coup d'oeil, et ne s'était jamais trompée dans ses jugements. Depuis le temps qu'elle entendait parler de Sano elle aurait dû le rencontrer plus tôt mais aucune occasion ne s'était présentée. Elle allait y remédier dès aujourd'hui. Miroku lui avait assuré qu'il serait présent au match. Elle allait pouvoir faire d'une pierre, deux coups : aller encourager son meilleur ami et vérifier que ce garçon dont elle entendait tant de bien se comportait bien avec lui. Toutes ses petites embrouilles familiales nelui encombraient jamais bien longtemps l'esprit, tout serait réglé en deux secondes, le plus important maintenant c'était de s'occuper de son ami.
Elle pressa le pas alors que le vent frais s'engouffrait sous son écharpe et qu'une chair de poule descendait le long de son dos. D'habitude elle détestait ça mais ce petit picotement lui sembla plus amusant qu'autre chose et la fit sourire. En attendant l'heure du match elle se dit qu'elle ferait autant de s'arrêter à un de ces petits cafés sympathiques qu'elle avait entraperçu la seule fois où elle avait accompagné Miroku à sa chambre.
Un peu de chaleur lui ferait du bien. Elle regarda alentours et vit un mignon petit café plus loin sur la droite. Il semblait gai et coloré, tout ce qu'il lui fallait. Elle poussa la porte, une clochette joyeuse tinta doucement et elle pénétra dans une petite salle douillette où la bonne odeur du café chaud embaûmait l'air. Il y faisait bon et quelques personnes discutaient doucement, c'était un murmure discret et cela rendait l'endroit simple et intime. Elle fut tout de suite sous le charme. Elle s'installa sur une banquette dans un coin et eut à peine le temps d'enlever son manteau et son écharpe que déjà le serveur s'approchait d'elle. A peine remise du charme de l'endroit, elle se retrouva à contempler le plus beau jeune homme qu'elle avait rencontré. Elle resta bouche bée devant lui, ne sachant plus quoi faire. Cette journée avait mal commencé mais à cet instant elle lui sembla parfaite.

*******************************************fourth step****

"Tu vas aller le voir ?
- Oui, cet après-midi. Il jour un match de foot, c'est le comble.
- Et il semblait heureux ?
- Hum oui, jusqu'à ce que je lui parle. Il n'a pas oublié et je ne lui permettrai pas d'oublier ce qu'il a fait. Eh, pleures pas comme ça !
- Quand je pense à tout ce que nous avons subi alors que lui...
- Ne t'inquiète pas, on le lui fera comprendre.
- Soies prudent hein.
- T'en fais pas... je te dirai ce soir comment ça se sera passé."

Il fourra les mains dans ses poches, l'air renfrogné et se lança sur le chemin. Kotaro était un garçon simple qui n'aimait pas s'encombrer l'esprit avec des futilités alors maintenant qu'il savait ce qu'il devait faire, tout était clair. Il ne faisait pas ça pour lui et c'était peut-être ce fait qui le rendait bien plus déterminé qu'il ne l'avait été depuis longtemps et qu'il ne l'aurait été s'il avait été le seul impliqué dans cette histoire. Il était assez loin de l'endroit où devait se dérouler le match et s'il voulait y arriver en avance pour tout bien observer il ferait mieux de se dépêcher. Pour raccourcir le chemin, il prit le train juste pour aller à la station suivante. Il n'y avait presque personne à cette heure-ci et surtout le week-end. Une impression de vacances se dégageait de la ville tranquille.
Il ne remarqua même pas à quel point le temps était beau. Il ne se posait pas de questions sur ce qu'il avait à faire mais il restait bloqué sur son objectif, plus rien d'autre ne l'intéressait. Il avait un regard méprisant sur tout ce qui l'entourait, il ne voyait même plus les gens autour de lui. Seuls ceux qui étaient déjà importants à ses yeux restaient présents à son esprit.
Le visage de Miroku, si pâle à la lueur de la lune et des étoiles revenait souvent lui rappeler la maîtrise qu'il avait sur ce garçon, et ce qu'il avait à faire pour continuer à s'imposer auprès de lui.
Il ne remarqua pas la jeune fille assise plus loin qui descendit en même temps que lui. Plongé dans ses pensées, ses pieds le menaient machinalement là où il devait aller. Il était vraiment en avance mais cela lui donnait une sorte de sentiment de puissance sur les évènements à venir. Il se sourti à lui-même et dépassa la jeune fille qui rentrait dans un café.
Il monta la pente abrupte qui l'essouffla quelque peu. Ca faisait bien longtemps maintenant qu'il ne faisait plus de sport, en fait, depuis le jour de l'accident toute sa vie avait été perturbée. L'année d'après il avait quitté le club et était devenu lunatique, méconnaissable. Et maintenant il allait devoir se replonger dans une atmosphère sportive, mais ce n'était pas de gaieté de coeur.
Il arriva devant le terrain où se jouerait le match, en attendant le moment fatidique, il décida de faire un petit tour près du collège tout proche. Il ne tenait pas en place. Il restait des plots d'entraînement sur le terrain. A quelques minutes près, il aurait croisé Miroku. Ca aurait été tentant d'aller lui parler tout de suite, mais il devait attendre de le voir jouer.

************************************************fifth step*******

La matinée était à l'image de son moral : au beau fixe. Les clients habituels étaient venus partager le début de leur journée avec lui. Apparemment le beaut temps qui régnait au dehors avait des effets bénéfiques sur l'humeur de tout le monde. La petite oasis de chaleur qu'était le café attirait plus de clients que d'habitude et tout le monde venait se réchauffer dans la douche atmosphère embaumée par l'odeur du café chaud récemment fait.
Sano ne débordait pas de travail malgré l'absence du fils du patron. Il profitait au mieux de la chaleur ambiante et se reposait dès qu'il pouvait. La petite clochette l'avertit de l'arrivée d'un nouveau client. Il attendit qu'elle s'installa puis se dirigea lentement vers elle, essayant de porter le moins possible son poids sur sa jambe blessée. A force de marcher de cette manière toute la journée son allure ne semblait plus du tout clopinante mais encore un peu chaloupée. On aurait presque pu le prendre pour un marin échappé de son bateau.
La clientèle ne semblait pas du tout s'en rendre compte, c'était si furtif qu'il aurait fallu l'observer très attentivement pour le remarquer, et la plupart des gens qui se trouvaient dans le café étaient bien plus intéressées par ce qui se trouvait dans leurs tasses.

Elle venait à peine d'enlever son écharpe lorsqu'il se retrouva devant elle, attendant qu'elle soit attentive. Elle se tourna vers lui et resta à le fixer bouche bée. Il eut un moment de doute, se demandant si c'était bien lui qu'elle fixait ainsi, sans pouvoir parler. Il se demanda pourquoi elle le regardait comme ça mais il décida de ne pas s'en préoccuper et de prendre sa commande.
Après de nombreux bégaiements et un rosissement de ses joues elle se décida enfin pour un chocolat chaud, une commande peu commune ici où le capuccino était le roi.
Il lui accorda un joli sourire bienveillant, certain de l'avoir déjà vue quelque part mais trop occupé pour prendre le temps d'y réfléchir. Elle lui sourit en retour, ne cessant de le fixer intensément. Pour échapper à son regard il alla chercher son chocolat rapidement. Elle se sentait redevenue petite fille à rosir à chaque fois qu'il la regardait. Comment se faisait-il qu'elle rencontra quelqu'un d'aussi intéressant maintenant ? Elle pensait être dure et froide et ne pas se laisser impressionner par les garçons et pourtant en un instant elle s'était sentie fondre devant le doux regard de celui-ci. Elle essaya de se redonner une contenance en attendant son retour.
Il ne fut pas long et alors qu'il déposait la tasse devant elle un souvenir revint à son esprit, un soir où il avait attendu Miroku après les cours il avait été surpris de le voir en compagnie d'une jeune fille. Ils avaient semblé très proches. Et aujourd'hui il retrouvait ce regard lumineux et compréhensif qui avait observé Miroku avec attention. Son regard appuyé fit rougir la jeune fille. Il se reprit et avant qu'elle ne s'imagina des choses il lui demanda si par hasard elle ne connaîtrait pas Miroku. Elle fut bien étonnée de l'entendre prononcer ce nom si familièrement.

"Vous le connaissez ?"
- Oui je suis en classe avec lui. Je vous ai vue une fois avec lui, je me disais bien que je vous avais reconnue.
- Oh alors vous devez aussi être avec lui au pensionnat, non ?
- Oui, c'est ça. Normalement je devrais être avec lui au club de foot aussi.
- Ah oui ! Il a un match cette après-midi... C'est pour ça que je suis venue d'ailleurs... Mais vous n'irez pas le voir ?
- Je raterai ça pour rien au monde !"

Son regard se fit un instant lointain alors qu'il repensait pour la première fois de la journée à l'entrevue qu'il aurait certainement avec l'ex-coéquipier de Miroku.

"Et votre travail ?
- Oh le patron est sympa et me laisse du temps libre quand c'est exceptionnel. Excusez-moi on m'appelle..."

Il partit vers de nouveaux clients alors que Saya sentait bien que c'était lui dont son ami n'arrêtait pas de lui parler. Un visage si franc, un regard si attentif et surtout une aisance et une assurance si rassurantes pour tous ceux qui l'entouraient. Il était vraiment gentil et elle était sûre de ne jamais se lasser de parler avec lui. Pour sa part il était content d'enfin rencontrer une connaissance amicale de Miroku, qu'elle vienne le voir jouer au foot était très important, cela montrait aussi qu'elle savait l'enjeu de ce match et qu'elle s'inquiétait pour lui.
Elle pourrait sûrement l'aider à protéger Miroku. Il pensait bien s'entendre avec elle. Elle semblait franche et simple, cela lui plaisait.
Après avoir servit les nouveaux arrivants il revint vers elle pour lui proposer de rester manger à midi et qu'ils aillent ensuite ensemble jusqu'au terrain de foot. Elle ne se fit pas prier et rougit de plus belle ce qui le fit sourire d'amusement.

"Ah mais je ne me suis pas présenté !
- Je pense savoir qui vous êtes. Si Miroku vous a bien décrit vous devez être Sano.
- Ah ben... c'est fou ça... il parle de moi comme ça ?
- Ah si vous saviez à quel point j'ai entendu parler de vous...
- C'est un peu bizarre... il n'a pas trop dit de mal ?
- Oh non c'étaient surtout des éloges. A l'entendre vous êtes vraiment exceptionnel.
- Ah... c'est...
- Je n'suis pas loin de le penser également.
- Ah bon ? Si vite ?
- Je saisis assez rapidement le caractère des gens et ma première impression ne me trompe jamais.
- Alors j'ai passé l'examen ?
- On peut dire ça comme ça. Je me méfie des gens qui tournent autour de Miroku. Si vous aviez été faux ou méchant je l'aurai tout de suite vu et je ne vous aurai pas permis de vous approcher de lui. Il est tellement pur et gentil qu'il ne se rend pas compte des gens qui lui veulent du mal. Et j'essaie avec mes maigres forces de le protéger."

Sano acquiesça, comprenant exactement ce qu'elle voulait dire.

"C'est bien que vous soyez là pour lui. J'essaie de mon mieux de lui faciliter la vie tout en le mettant en garde contre ce qui pourrait lui arriver mais malheureusement le temps me manque. Si vous pouviez combler les moments où je ne peux pas l'avoir à l'oeil j'en serai rassuré.
- C'est entendu. Nous serons les gardes de Miroku."

Ils se sourirent mutuellement, le mur qui les séparait comme tous les inconnus qui se rencontrent à peine venait de s'effonder et ils se regardaient maintenant comme deux égaux, des amis déjà, unis par la même préoccupation, celle de protéger Miroku.

"Moi c'est Saya, je suis enchantée de te rencontrer enfin." dit-elle en tendant sa main vers Sano. Ce geste inhabituel le prit un peu au dépourvu mais il l'apprécia à sa juste valeur. Une poignée franche pour celle une amitié autant qu'une résolution. Il serra brièvement sa main avec fermeté.
"Ravi de te connaître."

************************************************sixth step*******

L'heure s'avançant rapidement, le patron libéra Sano de son travail, l'assurant qu'il pourrait s'occuper tout seul du peu de clients qui venait au café en ce moment. Le jeune homme n'hésita pas longtemps, sa promesse faite à Miroku de venir le voir étant bien plus importante à ses yeux. Il rejoint Saya qui l'attendait dehors, profitant du beau soleil qui brillait, réchauffant à peine l'air froid automnal. Se lançant un petit sourire ils partirent sur la route, parlant peu ,pensant tous les deux au match, sentant une légère appréhension étreindre leurs coeurs.
Saya d'habitude si loquace ne désserrait les dents que très rarement, elle essayait de remettre ses idées en place. Apparemment le pouvoir d'attraction que Sano avait sur elle était une nouveauté. Elle sentait son coeur battre la chamade et malgré le soucis qu'elle s'était faite pour son meilleur ami, inconsciemment elle avait remis ce problème entre les mains de Sano. Sa présence et sa force de caractère qui transparaissaient de son comportement la laissaient admirative. Maintenant elle allait faire de son mieux pour l'aider à s'occuper de Miroku mais elle sentait bien qu'elle ne serait plus la seule et unique amie dans le coeur du jeune garçon, elle ne ferait pas le poids.
D'une certaine manière, c'était pour le mieux et elle se réjouissait que quelqu'un comme Sano s'occupa de son ami. Et en ce qui concernait ce qu'elle ressentait... Elle tourna un regard timide vers le grand jeune homme qui marchait à ses côtés, elle aurait pu le regarder toute la journée même s'il ne s'en rendait pas compte. Mais Sano était très attentif à tout ce qui l'entourait. Il se tourna vers elle et lui sourtit gentiment. Cela fit rougir les joues de la jeune fille qui, ne voulant pas être prise au dépourvu, commença à poser des questions sur la rencontre qui allait se passer et sur l'état d'esprit de Miroku ces derniers temps.
Ne se faisant pas prier Sano se lança dans un exposé passionné de tout ce qui se passait en ce moment avec son ami. Trop heureux pour une fois de pouvoir parler de ce qui l'inquiétait ces derniers temps et occupait son esprit.
D'habitude il ruminait tout seul dans son coin ses idées noires, ne pouvant rien partager avec les gars du pensionnat qui n'étaient pas des plus discrets et subtils ; surtout qu'il ne pouvait pas raconter à tout le monde les secrets de son ami. Ca ne l'embêtait pas de garder pour lui toutes les histoires qu'il entendait. Il préférait largement se retrouver seul devant ces problèmes plutôt que trahir la confiance que Miroku avait en lui. Cette peite tête semblait se reposer entièrement sur lui et rien que cela lui imposait une certaine discrétion. Il était plus flatté qu'il n'osait se le dire de l'attitude de son ami à son égard. Il était devenu quelqu'un d'important dans sa vie, quelqu'un à qui il demandait de l'aide et parlait librement de ses problèmes personnels.
Maintenant qu'il se sentait libre de parler, il le faisait plus que d'habitude, partageait ses opinions avec quelqu'un prêt à l'écouter et même très attentif et concerné. Cela lui soulagea l'esprit et le coeur de pouvoir discuter des problèmes familiaux de Miroku, de ses craintes concernant cet ancien co-équipier qui refaisait son apparition et des conséquences que cela aurait sûrement sur le moral si fragile de son ami.
Une fois lancés sur le sujet ils n'arrêtèrent plus de parler, arrivant sans s'en rendre compte au bord du terrain où le match allait avoir lieu dans quelques instants. Etant responsable du club, Sano se rendit au local, Saya à sa suite, lui montrant toutes les infrastructures. Il y retrouva l'entraîneur qui s'apprêtait à partir pour les vestiaires encourager son équipe et régler les dernières tactiques.
L'équipe adverse s'était installée dans les petits vestiaires de fortune réservés aux visiteurs. Ils étaient arrivés en avance et avaient pu faire un petit échauffement sur le terrain avant de se préparer pour le match.
L'arbitre était déjà arrivé et Sano dû s'occuper de toute la préparation du terrain avec lui, laissant Saya visiter seule les environs. Elle le regarda s'en aller, si sérieux et concentré, appliqué et efficace. Si elle ne se trompait pas c'était de l'admiration qu'elle lisait dans les yeux de l'arbitre qui semblait pendu aux lèvres du jeune homme. C'était d'ailleurs ce qu'elle ressentait, elle semblait hypnotisée. Tout en lui semblait si rassurant, personne nepouvait y rester indifférent. Ses yeux perçants balayaient tout le terrain et lorsqu'ils se posèrent sur elle, il lui accorda un merveilleux sourire avant de retourner à son inspection. Elle se sentit fondre sur place et pour se remettre de ses émotions et arrêter d'y penser elle fit demi-tour et se lança à la découverte du campus autour du pensionnat. Bien qu'elle passa beaucoup de temps avec Miroku en cours, elle n'était venue qu'une seule fois le voir chez lui et ça datait du début de l'année alors que personne n'était encore installé, tout avait été désert et sans vie. Maintenant qu'elle pouvait enfin voir où il habitait, elle se sentait rassurée. D'une part elle sentait qu'elle se rapprochait un peu plus de son ami et d'autre part elle constata pendant se petite visite que le coin était vraiment sympathique. Elle croisa notamment plusieurs garçons du pensionnat qui, quoique joyeux et soucieux de pouvoir l'aider n'en étaient pas moins pressés par l'évènement qui alalit bientôt se dérouler. Elle goûtait à cette atmosphère si calme et accueillante, un air tranquille apaisant ses traits si malmenés depuis le matin entre le soucis et l'embarras. Elle revint vers le terrain et s'apprêtait à s'asseoir sur les gradins lorsqu'elle vit que quelqu'un s'y trouvait déjà.

************************************************seventh step*******

Attirée par la curiosité alors qu'elle pensait être la seule supportrice à être venuse aujourd'hui, elle se fia à son instinct et se dirigea vers le jeune homme qui semblait perdu dans ses pensées.

"Bonjour !" fit-elle doucement avec un gentil sourire. Il sembla sortir alors de sa torpeur et tourna un visage intrigué vers elle.
"Tu es venu regarder le match ?"
Son ton joyeux semblait si incongru à ses oreilles. Lui qui n'arrêtait pas de penser à ce qu'il allait faire se trouvait un peu pris au dépourvu.
"Moui..." Il avait perdu l'habitude de parler à des inconnus. Il aurait bien préféré rester seul maintenant. C'était un moment important et il ne fallait pas qu'il se laisse divertir. Apparemment la fille ne semblait pas vouloir le laisser tranquille.

"Moi aussi ! Je m'appelle Saya. Je dois dire que ça va être le premier match que je vais voir. Je ne m'y connais pas du tout, je vais être toute perdue. Et toi tu t'y connais ? Peut-être tu y joues ?"

Cette question pourtant si simple devint soudain épineuse sur le vif. Il se retrouva à ne plus savoir que dire. Il pouvait toujours la rembarrer, après tout ce n'étaient pas ses affaires. Mais quelque part en lui sa fierté se réveilla et ne supporta pas de devoir garder le silence. Il ne sut pas trop par où commencer. Evidemment qu'il s'y connaissait mais maintenant ce n'était plus pareil. Y jouer... Jouer au foot... C'était une phrase qu'il avait oubliée.
Voyant qu'il ne répondait pas et semblait perturbé, elle s'assit à côté de lui, inquiète, et lui parla doucement.

"Est-ce que ça va ?"

Il la regarda vraiment pour la première fois. C'était un joli brin de fille avec des yeux malicieux et un sourire doux. Elle semblait forte et rassurante en même temps que fragile et retenue. Quelqu'un qu'il ne connaissait pas lui portait de l'attention. Il ne pensait pas ça possible. Se pouvait-il qu'elle soit vraiment gentille et intéressée à ses problèmes ?
Il chassa ces doutes avant qu'ils ne l'envahissent. Non ce n'était pas le moment de s'en faire pour ça.

"Oui pas d'problème. J'suis juste un peu dans la lune."

S'il voulait rester jusqu'au match sans se faire remarquer autant rester cool avec cette fille.

"Oh, je suis désolée, je ne voulais pas te déranger..."

Il y avait quelque chose chez lui qui l'empêchait de le laisser seul. Comme un poussin abandonné il semblait être perdu ou avoir perdu une partie de lui-même. Elle ne s'encombra pas l'esprit et laissa toutes ses sensations remplir sa tête. Elle se ferait un avis directement sans réfléchir. Il ne fallait surtout pas qu'elle impose des barrières ou des manières d'être à ses pensées. Il valait mieux les laisser volet et s'associer d'elles-mêmes. Depuis qu'elle était petite elle avait toujours eu de bonnes intuitions. Elle se faisait un plaisir de cerner rapidement les gens. C'est ainsi qu'elle avait saisit la meilleur façon d'y parvenir juste en se mettant dans de bonnes conditions. Elle resta tranquille à côté de lui, ne voulant pas le forcer mais essayant de paraître suffisamment attentive pour qu'il sache qu'elle était prête à l'écouter quand il le voudrait.
Cette attitude intriga le jeune homme, lui qui pensait qu'elle n'arrêterait pas de lui parler, il se retrouvait un peu impressionné par son calme.
Il la regarda et sentit que ses retenues s'effritaient et que sa bouche s'apprêtait à parler toute seule sans lui demander son avis.
Elle ne bougeait pas, restant juste assise à côté de lui, regardant le terrain et s'imprégnant de la douce atmosphère paisible d'un samedi à la campagne. Un petit vent frais venait les faire frissonner alors que de son côté le soleil les réchauffait pleinement.
Il se sentit bloqué, ne cessant de la regarder, quelque chose en lui s'éveillant.
Avait-il jamais connu un moment de repos ? Il n'aurait jamais cru pouvoir rester aussi détendu et naturel à côté de quelqu'un. C'était étrange et en même temps c'était comme s'il avait tout le temps cherché cet instant. Il oublia pourquoi il était ici et redevenant sans le savoir le jeune garçon qu'il était au collège, il se laissa aller à parler, quoique de manière retenue tout de même.

"J'ai fait du foot un temps. J'étais dans un club et ça marchait plutôt bien. Aujourd'hui je suis venu voir un ami avec qui je jouais avant."

Un "ami" oui ç'avait été un véritable ami à une époque. Mais elle était révolue. Il n'en restait rien, sauf des souvenirs douloureux et d'effroyables regrets.

"Tu ne joues plus ?"

Elle ne voulait pas trop le brusquer, elle comprenait à quel poin ça devait être difficile pour lui de parler comme ça. Son ton soudain plus doux et ses petits accents du Nord lui conféraient une mélodie vocale attachante, comme si sa vraie voix ne se faisait entendre que maintenant.

"Non, j'ai arrêté il y a deux ans déjà. A cause... d'un incident..."
- C'est dommage...
- Comment ça ?
- Tu as l'air d'être un vrai athlète qui ne renonce pas facilement, tu devais être un adversaire coriace.
- ... Oui c'est ce qu'on me disait..."

Il resta un peu abasourdi. Comment avait-elle fait pour savoir ça ? Pourtant elle ne le connaissait pas du tout. Il la regardait de plus en plus intrigué. En même temps qu'il cédait à la curiosité, ses doutes et ses craintes s'apesantissaient sur son coeur. Il ne faisait confiance qu'à une seule personne, il ne pouvait pas se permettre de parler trop librement sans se protéger. Et la meilleure arme dans ce cas-là était le silence.
Et pourtant cela le gênait plus que la fille. Elle semblait se contenter d'être là et ne pas vouloir compliquer les choses. Lui qui pensait être habitué à se taire, éprouva une irrésistible envie de combler le vide, de faire parler cette fille qui l'avait si bien cerné.

"Et toi ? Pourquoi es-tu là ?"

Elle ne cacha pas son plaisir de le voir lui parler et lui accorda un joli sourire avant de répondre.

"Oh ! Je viens voir mon meilleur ami jouer. Il vient à peine d'entrer dans l'équipe et il n'est pas encore à l'aise alors je vais essayer de le supporter au mieux. J'ai hâte de le voir jouer, il est réputé être un très bon joueur mais ça fait longtemps qu'il n'a pas joué un vrai match. Au dernier il a juste fait un remplacement alors ça ne compte pas vraiment."

Elle sentit alors que son voisin se tendait, crispant ses poings sur ses genoux.

"Qu'est-ce qu'il y a ?"

Toute l'ironie de la situation s'abattit sur lui et sur ses foetus d'espoir qu'il avait ressentis en parlant avec cette fille. Evidemment ça aurait été trop facile. Il s'était préparé à être déçu à un moment ou à un autre mais certainement pas de cette manière là et surtout pas encore à cause de "lui".
Il sourit à sa propre bêtise, ferma un instant les yeux, prenant toute la mesure de ce qu'il venait d'apprendre.

"C'est rien... C'est juste que j'avais oublié quelque chose d'important mais je viens de m'en rappeler..."

Elle l'observa perdre son regard tranquille et reprendre son expression dure et sérieuse qu'il avait qaund elle l'avait abordé. Au même moment elle perdit le cours des pensées sur lui et ne reconnut plus du tout le jeune homme avec qui elle avait parlé si simplement.
Une étrange impression l'envahit, une sorte de froideur liquide qui tombait de son coeur à son estomac. Que s'était-il passé ? Ce n'était rien qu'une coquille vide, sans vie, qui se trouvait à ses côtés. Inquiète, elle ne savait que faire. Elle n'eut pas le temps de s'y intéresser puisqu'en plus des quelques rares supporters qui s'installaient dans les petits gradins, les joueurs des deux équipes avaient fait leur entrée sur le terrain et entouraient maintenant l'arbitre. Elle chercha rapidement et trouva Sano occupé à motiver les gars de l'équipe avec l'entraîneur. Plus loin Miroku ajustait son t-shirt, visiblement assez impressionné par son tout premier vrai match depuis deux ans.
Elle était en train de se demander si elle ne ferait pas mieux d'aller le voir lorsqu'elle vit Sano aller vers lui et lui parler. Elle vit le visage de son ami se détendre et même esquisser un sourire. Il savait vraiment y faire. Soulagée, elle jeta un petit coup d'oeil vers son voisin qui observait attentivement la discussion entre Sano et Miroku. Quelque chose de féroce était soudain apparu sur son visage qui lui fit peur. Elle se retourna vers son ami qui allait rentrer sur le terrain, il rencontra son regard et lui sourit mais alors il croisa celui du jeune homme à côté d'elle et il se figea.
Il sembla soudain se rapetisser, craintif, sous les yeux perçants du garçon aux cheveux décolorés. Remarquant le changement soudain de l'attitude de son ami, Sano se retourna et se rendit enfin compte de la présence de Kotaro sur les gradins. Cet imbécile avait eu l'audace de venir jusqu'ici et enquiquiner son monde. Mais ce qui le choqua le plus fut la présence de Saya à ses côtés. Le connaissait-elle ? Pourtant si elle savait qui il était elle devait bien se rendre compte du mal qu'il pouvait faire à Miroku ! Mais elle lui avait affirmé qu'elle voulait plus que tout le protéger. Et son histoire d'intuition sur les personnes alors, c'étaient des paroles en l'air ?
Malgré sa rage il vit que le visage de Saya exprimait l'indignation et la peur. Elle semblait aussi perdue que Miroku. Elle n'avait pas dû se rendre compte à qui elle parlait, elle semblait si ouverte et généreuse, l'air tranquille du jeune homme avait dû la berner.
Mais ce n'était pas le plus important pour le moment.
Il se tourna vers son ami, toujours pétrifié, et l'attrapa par les épaules, essayant de capter son attention.

"Regardes-moi."

Il le secoua, appuyant un peu plus son ton.

"Regardes-moi !"

Enfin Miroku reporta son regard vers lui, apeuré et perdu. Il sembla à Sano qu'il pouvait le sentir trembler comme une feuille sous ses mains.

"Il faut que tu te concentres sur ton jeu ! L'équipe a besoin de toi, tes coéquipiers ont besoin de toi."

Il appuyait chacune de ses phrases en serrant les épaules du jeune garçon.

"Si t'es pas à ce que tu fais, ça va perturber toute l'équipe. Ils peuvent plus rien faire sans toit. Il faut que tu te ressaisisses !"

Hésitant, Miroku regarda de nouveau Kotaro. Leur dernière rencontre ne cessait de lui revenir à l'esprit, toute cette obscurité et sa peur, si forte qu'elle l'étouffait. Ses pieds semblaient enfouis dans du coton alors qu'il perdait tous ses repères. Mais Sano ne le laissas pas lui échapper si facilement. Il le ressaisit aux épaules et se penchant vers lui, plongea son regard dans le sien. Miroku sembla sortir de sa torpeur et lui être plus attentif que jamais.

"Eh ! Si tu veux regarder quelqu'un, regardes-moi ! Tu me verras t'encourager. Oublie-le l'autre, il ne peut rien te faire ! Montre-lui ce dont tu es capable, montre-nous à tous comme tu peux nous épater. Je suis là alors il peut rien t'arriver. Tu m'fais confiance hein ?"

Miroku hocha la tête.

"Alors ne t'inquiète de rien et éclates-toi sur le terrain !"
Remonté à bloc le jeune garçon acquiesça, lançant un regard plein de courage à son sempai avant de rentrer sur le terrain.
Sano détourna un instant son regard et le braqua, haineux, directement vers Kotaro qui le toisait, un affreux sourire malfaisant s'étalant sur son visage.
Le maudissant à voix basse il s'assit près de l'entraîneur et se concentra sur le match.
Il fallait qu'il efface toute préoccupation de son visage pour ne pas inquiéter Miroku et le supporter du mieux qu'il le pouvait. Il avait besoin de lui plus que jamais. Le match se déroulait à la perfection et Miroku faisait de véritables prouesses.

************************************************eighth step*******

Saya était sidérée. Comment un garçon pouvait autant changer en si peu de temps ? Et il semblait connaître Miroku. Le regard effrayé de son ami avait glacé son sang. Elle n'avait rien pu faire pour l'aider et Sano s'en était occupé tout seul de nouveau. Elle se sentait de plus en plus inutile. Mais le pire était qu'elle avait cru bien cerner son voisin mais elle s'était lourdement trompée.

"Qui es-tu ?"

Apparemment rien n'aurait pu faire plus plaisir à son voisin que cette question. Son sourire mauvais l'effraya mais alors qu'il se tournait vers elle et lui répondait, elle fit plus attention à ce qu'elle lisait dans ses yeux et y vit de la tristesse derrière l'indifférence et la dureté. Ses paroles prirent alors un double sens qui l'intrigua.

"Takaiwa Kotaro. Ancien co équipier de Miroku. Et je suis venu ici pour lui rafraîchir quelque peu la mémoire. Toi tu sembles bien le connaître, c'est dommage. Je te trouvais pourtant sympathique."

Il retourna à l'observation du match.
Son ancien coéquipier ? Elle n'en revenait pas. Quelqu'un de l'époque si sombre et triste de la vie de Miroku revenait le voir. Le simple fait de le voir avait dû préoccuper Miroku bien plus que quiconque ne pouvait l'imaginer.
Et Sano avait réagit si rapidement, était-il au courant ? Dans ce cas elle avait un train de retard sur tout le monde. Elle se entit mise à l'écart de la vie de son ami. Elle savait que ce n'était pas fait exprès mais apparemment il avait choisi d'en parler à Sano plutôt qu'à elle. Décidément elle ne faisait vraiment plus le poids. Et cette haine contenue qui émanait du jeune homme à côté d'elle n'arrangeait rien. Ses yeux disaient le contraire de ce que son corps exprimait. Malgré la peur qu'il lui inspirait elle ne pouvait s'en désintéresser maintenant. Elle ne pouvait plus aider Miroku mais peut-être son caractère rassurant et son attention pourraient aider d'autres personnes.

"Pourquoi...Pourquoi fais-tu ça ?
- Ca, ça ne te regarde pas.
- Tout ce qui concerne Miroku me regarde."

Malgré tout elle restait son amie. Elle ne laisserait plus personne lui faire du mal, même si en fin de compte c'est Sano qui le protègerait le mieux. Il se tourna vers elle, un air de dédain et de dégoût sur le visage.

"Personne n'a le droit de penser pouvoir s'immiscer dans la vie de quelqu'un sans son autorisation. Tu penses peut-être être assez proche de lui pour pouvoir te permettre de régler ses problèmes à sa place ? Mais quelle générosité ! Te l'as-t-il seulement demandé ? Es-tu vraiment d'une quelconque utilité à ton soi-disant ami ? C'est à lui seul de décider si ça te regarde ou pas. D'ailleurs si tu ne le sais pas déjà c'est qu'il ne t'as rien dit de son problème. Et pourtant on dirait que son nouvel ami, lui, est déjà au courant de tout, et ça sans m'avoir questionné. On dirait que Miroku lui a permis de s'immiscer dans sa vie. Ainsi ce problème le concerne lui et pas toi !
- Non ! C'est pas vrai !"

Elle voulait plus que tout croire que tout ce qu'il lui disait n'était que mensonges. Et pourtant elle l'avait vu de ses propres yeux. Sano semblait si proche de Miroku, oui, il avait dû tout lui raconter. Il ne le connaissait que depuis quelques mois et pourtant il lui en avait plus dit qu'à elle qu'il connaissait depuis des années. Quelque chose de rassurant se brisa en elle.
Quelque chose qu'elle pensait garder tout le temps, qui n'aurait jamais disparu. L'assurance que Miroku viendrait toujours la voir en premier si jamais il avait des problèmes, qu'il lui parlerait plus qu'à n'importe qui d'autre. Elle si forte sentit son monde intérieur se fragiliser puis s'effriter et tomber en morceaux sans qu'elle put rien faire. Elle regardait ses mains, perdue, ne sachant plus à qui elles appartenaient. Tout lui semblait vain et étranger. Son esprit se vida totalement. Elle ne pensa plus qu'à l'instant présent et au fait que malgré sa dureté de ton et ses manières détestables, son voisin semblait aussi perdu qu'elle. Malgré sa tristesse elle se rendit compte que sa détermination et sa force de caractère étaient intacts. Elle continuerait à aider les gens dont elle ressentait le désarroi, même si elle n'était pas la première dans leur coeur elle s'en fichait pas mal. Si elle pouvait ne serait-ce que leur apporter un tant soit peu de réconfort elle en serait heureuse, cela lui suffirait.
Le désespoir de Kotaro lui semblait bien plus important que sa propre dépression passagère. Ses mots acides qu'il lui avait dit lui semblaient maintenant évidents. C'était sa seule défense. Sans ça, il semblait incapable de surmonter le tourment de son esprit. Il n'était pas bête, il s'était servi de sa faiblesse pour la blesser. Mais il était tombé juste, il était très bon observateur. Alors peut-être verrait-il à quel point ses mots pouvaient blesser mais ne pas déstabiliser pour autant les autres. Ce qu'il avait fait était inutile, elle ne se sentirait pas moins concernée par les soucis de son ami pour autant. Son amitié était bien plus solide que ça.

"Miroku est mon ami. Quoi que tu en dises s'il a des problèmes ça me concerne aussi. Je ne sais pas ce que tu luiveux mais crois-moi, je ne te laisserai pas lui faire du mal."

Kotaro fut pris de cours. Après tout ce qu'il lui avait dit il pensait l'avoir ébranlée bien plus que ça. Il avait même eu un début de remord à voir ce si joli visage soudain renfermé et triste. Et voilà maintenant qu'elle semblait plus déterminée que jamais. Tout allait de travers. Le pire c'était qu'elle ne le regardait pas avec haine ni aucun ressentiment mais juste de la résolution et une sorte d'interrogation, de défis. Croyait-elle réellement qu'il allait devenir tout gentil et cesser son petit jeu avec Miroku rien que pour ça ? Elle était loin d'imaginer sa détermination.
Il eût un sourire dédaigneux et se retourna vers le terrain. Son regard se fit plus dûr quand il vit Miroku.

"Tout ce que tu pourras dire n'y changera rien, ce problème ne concerne que Miroku et moi. Je n'ai que faire de parasites qui semblent se prendre pour des gardes du corps. Quoi que vous fassiez, cela ne m'empêchera pas de faire ce que j'ai à faire."

Elle le regarda attentivement. Il semblait déterminé, bien plus que s'il s'occupait d'une histoire qui le concernait lui seul. Mais bien sur ! S'il était si prêt à tout et si peu attentif au mal qu'il pouvait faire aux autres c'est que quelqu'un d'autre reposait ses espoirs sur lui. C'était pour cela qu'elle le voyait en même temps si faible, comme s'il portait sur ses épaules une lourde charge, et en même temps si dur et implacable. C'était comme s'il prêtait juste son corps et sa parole pour que quelqu'un d'autre puisse s'exprimer. Mais cette personne se rendait-elle compte du dilemne dans lequel elle le plongeait ? Toute cette souffrance à cause de pensées contraires qui se battaient dans son esprit. Cette personne n'avait-elle donc aucune considération pour Kotaro ? Maintenant elle y voyait bien plus clair. Sa première impression avait été la bonne comme toujours. Ce jeune homme n'était pas foncièrement mauvais, il obéissait juste à quelqu'un qui ne souhaitait que faire le mal et cela sans considération pour les conséquences que cela pourrait avoir. Kotaro était pieds et poings liés, il était dans une situation inextricable. Non, ce n'était pas juste de dire ça. Il avait fait un choix et pouvait très bien s'en sortir s'il le voulait vraiment. C'était ce qu'elle croyait le plus fort. On avait toujours le choix, quelles que soient les circonstances. Le plus dur n'était pas le choix en lui-même mais les conséquences qu'il pouvait entraîner. La souffrance, la séparation, la tristesse ou l'abandon. Et pourtant pour rester la personne qu'on voulait être c'était nécessaire. Mais d'après ce qu'elle voyait, Saya se rendit compte qu'il n'était pas encore prêt à faire un choix. Il n'avait même pas pris la mesure de la situation dans laquelle il se trouvait. Il fallait d'abord qu'il s'en rende compte pour ensuite pouvoir prendre une décision.

************************************final step******

Elle aurait voulu lui parler, eclaircir le problème tout de suite. Mais elle devait aussi s'intéresser au match et à son ami qui se débrouillait particulièrement bien.
D'ailleurs les acclamations des joueurs retentirent à ce moment-là sur le terrain, attirant momentanément son attention. Elle vit Sano debout, applaudissant à tout rompre, un grand sourire aux lèvres. Miroku se trouvait devant les buts adverses, entouré de toute l'équipe, rougissant et souriant timidement. Il était tellement adorable quand il faisait son timide. Elle ne pouvait s'empêcher de penser vouloir le prendre dans ses bras quand il était comme ça. Entouré comme il l'était là elle était sûre qu'il allait s'épanouir rapidement. Elle le vit reprendre sa place sur le terrain et tourner un regard hésitant vers elle. Elle lui sourit en retour, toute fière de lui. Rien que le fait de le voir essayer de faire sonmieux sur le terrain, de se lier à ses coéquipiers, c'était un tel progrès qu'elle en était épatée. Il parut rassuré et se reconcentra pour la suite du match. Elle sentit que son ami reprenait ses repères sur le terrain et au sein de l'équipe. Encore que lors du précédant match, il semblait véritablement briller sur le terrain. Son aisance et sa facilité dégoûtèrent les membres de l'équipe adverse alors qu'elles donnaient plus d'entrain à sa propre équipe.
Elle vit que Miroku cherchait souvent Sano du regard, comme si quelqu'un manquait sur le terrain pour recevoir ses passes. Malgré la pointe de jalousie qu'elle ressentait, elle aussi aurait souhaité voir jouer Sano avec lui. De tous les joueurs il semblait le plus apte à soutenir le niveau de son ami. Elle ne s'y connaissait pas du tout mais quelque chose lui disait que quand Sano serait guéri et jouerait de nouveau, il y aurait des étincelles sur le terrain.
Rassérénée elle retrouva son allant et sa bonne humeur naturels et suivit attentivement le match.
Quoiqu'attentivement fut un bien grand mot étant donné le nombre de fois où elle laissait son regard trainer du côté de Sano. Elle n'arrêtait pas de trouver de nouvelles choses à observer chez lui. Ce qu'elle pouvait admirer le plus pour le moment, c'était sa nuque fine et solide ainsi que son profil harmonieux et franc. L'idée de se rapprocher de lui n'arrêtait pas de lui trotter dans la tête mais elle ne pouvait pas faire ça d'un coup. Elle était encore intimidée. De toutes manières, dès le début du match elle s'était assis ici, elle n'allait pas s'en aller alors que le match arrivait à son terme. Et puis d'une certaine manière, elle se sentait responsable de Kotaro. C'était une menace pour Miroku mais plus que tout c'était un jeune homme perdu qui avait besoin de son aide. Elle le voyait du coin de l'oeil, ses yeux fascinés par le match et comme envieux mais sa bouche crispée était tordue par un rictus de colère mêlée à une sorte de déception.
Comment un visage pouvait-il montrer autant d'émotions à la fois ?
Ses mains se serrèrent en poings sur ses genoux, devenant blanches sous la pression.
Malgré toute sa peur elle ne put s'empêcher de poser unem ain qu'elle voulait apaisante sur son épaule. Elle le sentit se figer à ce contact.

"Même si tu as des comptes à régler il ne faut pas que ça t'empoisonne autant la vie."

Il tourna un regard haineux et dédaigneux vers elle, comme si elle avait sortir la plus grosse bêtise du siècle.

"Je n'ai pas besoin de ta pitié, rien de ce que tu feras ne m'arrêteras."

Elle ôta sa main et eut un petit sourire compréhensif.

"Ca je le sais bien. Je n'ai pas l'intention de te sermonner ou qoui que ce soit. C'est juste que si tu es convaincu de ce que tu dois faire, tu n'as pas besoin d'être stressé comme ça. Apparemment c'est très important pour toit mais je n'aime pas voir les gens qui m'entourent soumis à de telles pressions. Oui, même si tu es venu pour faire du mal à mon ami, ça ne m'empêche pas de voir que tu en souffres. Je sais que je ne peux pas t'empêcher de lui parler, comme je sais que je ne pourrai pas le défendre. Tout ce que je pourrai faire sera de la consoler du mieux que je pourrai. Je ne me demande pas ce qui est le mieux mais ce que je peux réellement faire maintenant. Et c'est de t'aider toi qui me semble important en ce moment. Je sais que tu te contrefiches de mon aide mais tu n'as rien à y perdre. Je ne pourrai rien utiliser contre toi, je ne suis qu'un moyen pour toi de mieux appréhender ta situation. Si tu le veux toutefois."

Elle le regarda droit dans les yeux et le vit frémir à ce contact.
Elle avait senti qu'elle avait dit des mots qui l'avaient touché et que malgré tout ce qu'il pensait et croyait devoir penser, il avait un réel besoin d'être aidé. Elle le vit redevenir un petit garçon perdu qui posait un regard craintif et implorant vers elle. Il était incapable de formuler oralement une demande d'aide qui signifierait qu'il reconnaissait être faible et ne pas pouvoir s'en sortir seul. Cela le perturbait. Des pensées contraires s'accumulaient dans son esprit. Voyant dans son silence une légère soumission et un accord tacite elle prit sa main dans les siennes et lui fit un doux sourire qui sembla l'ébranler encore plus. Elle le sentait tendu, pris au dépourvu mais petit à petit ses paroles je ne me demande pas ce qui est le mieux mais ce que je peux réellement faire maintenant lui revenant à l'esprit il se détendit tu n'as rien à y perdre.
Personne ne lui avait jamais parlé comme ça auparavant. Cela ne pouvait pas lui nuire. Elle l'avait dit elle même, ça ne changerait rien à ce qu'il devait faire. Et pourtant ça changeait totalement toute son appréhension de l'évènement. Il se sentit indigne d'être considéré comme cela. Il avait toujours pensé pouvoir se débrouiller seul, que les tourments de son esprit n'étaient dûs qu'à une faiblesse de sa part. Pour une fois il allait s'accorder une parenthèse dans sa vie et se reposer entièrement sur cette jeune fille pendant le peu de temps qu'il lui restait avant la fin du match.
Il inspira profondément et se laissa aller sur le banc. Ses épaules se détendirent d'un coup alors que la main de la jeune fille réchauffait la sienne, lui offrant un petit havre de paix qu'il sentait solide et éternel.
Quoiqu'il fasse il sentait que cette main serait toujours là pour le rassurer. Il respira plus lentement, calme et serein. Le changement était flagrant. Saya découvrit alors le vrai visage de Kotaro, si doux et charmant.
Elle fut soulagée, son aide avait été acceptée et avait servi à quelque chose.
Elle sentit la main du jeune homme se resserrer dans la sienne, comme s'y agrippant pour ne pas sombrer. Rien que cela lui fit plus plaisir que n'importe quelle autre expression de reconnaissance. Il était soumis à une telle pression et une telle tension qu'il en semblait extrèmement fatigué. La suite allait être difficile pour lui autant que pour Miroku mais elle apprécia cet instant si simple avec bonheur. Malgré tout elle pouvait réussir ce qu'elle entreprenait.
Elle reporta son attention sur le match alors qu'il se terminait et que les joueurs quittaient le terrain. Une nouvelle fois Miroku fut porté en triomphe par ses coéquipiers qui n'arrêtaient pas de crier leur joie. Elle vit Sano occupé à serrer la main de l'entraîneur et à le féliciter puis se diriger vers le groupe des joueurs pour participer à la fête.
Enfin ils reposèrent leur jeune recrue par terre, la laissant un peu souffler et ils se dirigèrent vers leurs vestiaires, suivis de leur entraîneur, après avoir salué l'autre équipe.
Miroku se retrouvait échevellé, tout rouge d'émotion alors que Sano se plantait devant lui, une expression ravie sur son visage. Il ébouriffa les cheveux de son jeune ami qui ne put que sourir. Saya resta interloquée. Voilà pourquoi Miroku avait été heureux qu'elle lui ébouriffe les cheveux la dernière fois, cela lui avait rappelé ce geste que Sano semblait si habitué à faire.
C'est alors que la pression dans sa main se relâcha. Elle vit Kotaro reprendre son regard sérieux et soupirer. Il était triste que cet instant d'apaisement s'acheva déjà. Il regarda la jeune fille d'un air contrit, ne sachant pas lui-même pourquoi il faisait ça mais il lui sembla qu'elle comprendrait ce qu'il voulait lui transmettre et qu'à la fois cela ne l'impliquait pas tropd ans ce qui venait de se passer. Il était là à attendre sur la corde raide, voir quelle réaction elle aurait. D'habitude dans ces cas-là il se faisait toujours rabrouer, aucune compassion ne lui avait été accordée mais aujroud'hui, à ce moment précis il avait soudain envie d'y croire. Lui qui s'était interdit toute affabulation depuis près de deux ans, s'autorisait pour la première fois à croire à l'impossible. Il la dévorait du regard, attendant une quelconque réaction de sa part. Etonnée de le voir la regarder si intensément, elle prit toute la mesure de ce que pensait Kotaro.
Plus que toute autre chose elle remarqua qu'il avait gardé sa main dans la sienne malgré tout. Un peu émue elle contempla ses yeux si sombres et s'y perdit momentanément. Alors il cligna des yeux et cela suffit à la rappeler à la réalité. Un sourire naquit sur ses lèvres sans qu'elle ait à y penser, toute la compassion qu'elle pouvait avoir pour le jeune homme s'exprimant par ce simple geste. Rassuré, il eu tun regard tendre involontaire pour elle avant de se lever et reprendre son air imosant et menaçant. Un peu hébétée, Saya resta scotchée sur le banc ne pouvant que regarder Kotaro descendre vers Miroku et Sano. Elle ne pouvait plus rien faire maintenant. Tout dépendait de la nouvelle force de caractère de son ami et de la protection de Sano. Elle s'appuya contre le banc derrière elle, basculant la tête en arrière, contemplant le ciel de fin d'après-midi où quelques nuages s'ammoncelaient, annonciateurs d'un prochain changement de temps.
Elle laissa la brise froide la décoiffer et attendit là en vidant au mieux son esprit. Bientôt elle devrait affronter la relation privilégiée entre Sano et Miroku. Elle allait devoir accepter d'être reléguée en deuxième position.
Son coeur se resserra dans sa poitrine. Elle ferma les yeux pour s'empêcher de pleurer et aspira à grandes goulées l'air qui s'obstinait à la refroidir.

****************************************the end********

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