L'exil me parle
Hors d'invisibles contours qui me dessinent
L'exil s' éveille le long du fleuve des soupirs
L'étrave d'une barque sans âme file un étrange destin
L'exil, l'exil absorbe tous mes désirs
J'ai fui !
L'exil m'a prise
L'ongtemps statue sur des promontoires de détresse
J'étais un phare éteint
Inutile balise dans le silence du mal
Et blanche
Et rouge
Me voici loin de toute rive
Exilée dans l'instable de l'errance
Existe-t-il au monde un lieu vierge qui soit terre
d'accueil ?
Existe-t-il un terreau noir où semer mes racines?
Aurai-je la force d'y croire ?
Je n'ai pas vu de pays accepter de rester nu sous mon
regard
Je n'ai pas entendu de pays proclamer que rien
Non, rien, n'a jamais souillé son eau, son air, ses
cendres
Mon coeur s'éveille seul
Mon petit coeur d'exil
Cet ailleurs en mon centre
Mille et mille voix résonnent
Et leur puissance vient de si loin
Elle est si proche aussi
Qu'elle sait disloquer les rouages de mon armure
Qu'elle sait dissoudre l'absurde panache de mon heaume
Rien ne me reste qu'un nu fragile et fort
Rien que ce nid de paradoxes
Où vivre
Aimer
Mourir
Tout à la fois
Alors, l'exil a dévoilé pour moi un pan de sa nuit
infinie
J'ai croisé un regard d'enfant
J'ai croisé un regard de femme
J'ai lu des horreurs lointaines
J'ai appris des atrocités voisines
Tous ces silences méconnus
Et l'impossible exil du monde traversait ma solitude
Présente et hors de moi
J'étais là !
Ce mal s'affale encore dans ma poitrine
Il me détruit
Il me porte au loin
Si loin aussi
Sur une nef tonitruante
Oh je suis l'exilée !
Entre les rives de nulle part
Je vais
Et lente
Et lourde
Je laisse une trace de marcheur incertain
Recouverte de sable gris
Cette poussière échappée de mes mains
Ce sel d'hier
Semance sauvage de ma douloureuse liberté d'exilée
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