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Chevelure

Chevelure
Chevelure insensée déversée dans l'infini du vent
Tentacules de soie épandus aux confins de l'univers

Ma main glisse sur les cheveux si fins
Perdue, éperdue de douceur
Sous un écheveau de tendresse

Une chevelure
La mienne, la tienne
S'étend
Et langoureuse, aimante
Elle est drap lumineux sur les blessures de la conscience
Voilé dénoué sur les chemins du songe

Immenses cheveux rouges
Velours d'ombre aux reflets de sang
Un vent pulse la vie au creux de chaque boucle
Il délace d'un souffle les nœuds de l'arrogance
Amère austérité de l'orgueil
Et fluide
Liquide
Une liberté pourpre embrase l'horizon

Mais amoureuse
Très noire
Fumée furieuse gorgée d'essence
Une chevelure obscure délivre les tumultes
Bouleversante brutalité des joies et peines mêlées
Orage aimant et fort
Laine de nuit emmêlée aux fils de lumière

Oh chevelures !
Souffles mêlés de noeuds défaits
Bruissement de silence ou flammes de nuit
Chevelures si chaleureuses sur la lassitude de mon âme
Vous déposez des baisers de soie entre mes doigts offerts

Chevelures mes douces, mes tendres
Hamac de toutes mes peines
Bercez encore ma solitude immense
Bercez moi lentement, infiniment
Dans la nacelle parfumée d'univers
Où s'est abandonnée mon corps


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10 octobre 2000



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L'exilée

L'exil me parle
Hors d'invisibles contours qui me dessinent
L'exil s' éveille le long du fleuve des soupirs
L'étrave d'une barque sans âme file un étrange destin
L'exil, l'exil absorbe tous mes désirs

J'ai fui !
L'exil m'a prise
L'ongtemps statue sur des promontoires de détresse
J'étais un phare éteint
Inutile balise dans le silence du mal

Et blanche
Et rouge
Me voici loin de toute rive
Exilée dans l'instable de l'errance

Existe-t-il au monde un lieu vierge qui soit terre d'accueil ?
Existe-t-il un terreau noir où semer mes racines?
Aurai-je la force d'y croire ?
Je n'ai pas vu de pays accepter de rester nu sous mon regard
Je n'ai pas entendu de pays proclamer que rien
Non, rien, n'a jamais souillé son eau, son air, ses cendres

Mon coeur s'éveille seul
Mon petit coeur d'exil
Cet ailleurs en mon centre

Mille et mille voix résonnent
Et leur puissance vient de si loin
Elle est si proche aussi
Qu'elle sait disloquer les rouages de mon armure
Qu'elle sait dissoudre l'absurde panache de mon heaume

Rien ne me reste qu'un nu fragile et fort
Rien que ce nid de paradoxes
Où vivre
Aimer
Mourir
Tout à la fois

Alors, l'exil a dévoilé pour moi un pan de sa nuit infinie
J'ai croisé un regard d'enfant
J'ai croisé un regard de femme
J'ai lu des horreurs lointaines
J'ai appris des atrocités voisines
Tous ces silences méconnus
Et l'impossible exil du monde traversait ma solitude

Présente et hors de moi
J'étais là !

Ce mal s'affale encore dans ma poitrine
Il me détruit
Il me porte au loin
Si loin aussi
Sur une nef tonitruante

Oh je suis l'exilée !
Entre les rives de nulle part
Je vais
Et lente
Et lourde
Je laisse une trace de marcheur incertain
Recouverte de sable gris
Cette poussière échappée de mes mains
Ce sel d'hier
Semance sauvage de ma douloureuse liberté d'exilée

23 octobre 2000


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