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Adjao



A l'oreille des chevaux, le maître des vents souffle un air de liberté
Ivresse
Maîtresse parole dans la résonance tremblante des corps fumants

Mais où est passé mon petit enfant?
Dort-il?
Rêve-t-il ?
Il sourit, il éclaire les ombres de la nuit

A l'oreille des chevaux, le maître des vents souffle le feu de l'évasion
Ivresse
Dérobade sans fin des saisons dans le galop du temps
Maîtresse chanson sur la peau saoule de sueurs

Mais où est passé mon petit enfant ?
Dort-il ailleurs?
Rêve-t-il à ces ailleurs aux mille couleurs
Où des lions nostalgiques marchent sur la voûte des arc-en-ciel?

À l'oreille des chevaux, le maître des vents souffle les tempêtes de la peur
Folie
La brûlure des orages accroche un milliard de cheveux
Maîtresse colère contre le fracas du néant

Mais où est passé mon petit enfant?
Où le mène le pas lent du sommeil?
Il rêve le vent, les chevaux ivres d'hier à jamais
Il rêve les prairies où des lynx veillent sur les ors du destin

Sans cesse le maître des vents souffle sur l'âme des chevaux sauvages
Et mon petit le suit
Les vents sont sa monture
Les chevaux sa parure
Il rêve, si petit, si grand
Il rêve l'ivresse éperdue de demain

Quel maître, quel disciple saurait apprendre?
Quel maître ou quel disciple saurait rejoindre le vent
Dans le claquement lumineux des sabots qui sonnent le rire
Dans les courses furieuses où s'abîment les pleurs?

Il rêve et je suis nacelle
Je suis pour mon petit cette épaule de flanelle
Et le maître des vents murmure dans mon cou les secrets du sommeil enfui
Là-bas
Très loin
Là où va mon petit enfant

Mon petit cheval fou de vent

1er août 2000



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L'enfant sable


L'enfant de sable surgit de la mer
Pâle de poussière, il irradie l'infini
Des grains de dureté lui font des perles sauvages
A son front chante le glissement d'une main étrangère

Vêtu d'or éphémère, il est sable
Son corps s'enfuit sous le vent qui assèche sa robe
La lumière éclabousse de reflets l'arrondi de sa grâce
Chacun de ses gestes verse dans l'air
Des éclats fiers de roche originelle

Enfant, ganté de la poussière des commencements
Nu et drapé
Il est le premier à venir
Il se déverse dans l'insatiable vent
Et je contemple une invisible traîne dans son sillage au goût de sel

Viens, enfant-sable !
Viens jusqu'aux rives des eaux qui me charrient !
Accroche à mes cheveux les crissements de ton rire minéral
Tresse une natte d'écume dans mes cheveux-crépuscule
Et raconte moi le poids des mers
La saveur des marées
L'enroulement secret des nacres
Le déploiement des vagues

Viens à moi, enfant-sable
Pose tes mains sur mes épaules, qu'elles écartent les silences
Pose sur mes yeux ton regard de grand large
Que fuient les démons de l'aurore
Que s'épanouisse la limpidité de la nuits

Viens et je me lèverai
Femme-sable rendue au vent

Viens et j'irai d'où tu viens
Me couvrir d'or sans gloire
Mais vrai
Mais vraie
Entre pâleur et lumière
Détachée en chacune de mes particules
Émiettée en syllabes
Mille cris pour redire le monde

Je me rendrai au temps
A ses boucles folles, folles acrobaties
Et vieille enfin
Et sable enfin
Morte aussi
Je serai cette paix entrevue un soir abandonnée à l'aube
Je serai ce silence, cette clameur
Je serai l'enfant-sable surgie des marées oubliées.

8 août 2000

 

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