Il fait beau
Fait-il beau, mon coeur ?
Le soleil adoucit les fronts, les visages
Mais toi, mon coeur
Sens-tu sa caresse dans l'ombre de mes remparts ?
Jaune, la lumière fait les rues vives
Les yeux de tous pétillent d'envies à partager
Mais est-ce assez, mon coeur
Est-ce assez de lumière pour éclairer ta nuit ?
Est-ce assez d'éclat pour que naissent dans mon sang les
bulles du désir ?
La ville accueille d'un sourire de rue les clémences du
ciel
Mais toi, mon coeur, sais-tu encore ouvrir une porte ?
Sais-tu reconnaitre dans un regard la fraîcheur de la
tendresse ?
Sais-tu éprouver le frisson du dégel quand s'offre le
corps ?
Demain peut-être, une pluie terne posera des verrous sur
les sourires du jour
Demain peut-être, une grèle amère démentira la tiédeur
de l'instant
Sauras-tu t'abriter, mon coeur ?
Ou iras-tu nu encore sous les intempéries
En abandonnant les cirés faussement jaunes de
l'apparence ?
Heure après heure, jour après jour, j'ai construit un
abri de ronces
Mais il ne protège de rien, mon coeur
C'est une cage mensongère qui nous parle de liberté
Et maintenant, le soleil rit de mes torsades d'épines
Il se joue à travers ma peau de mon âme emmurée
Nous serons bien drôles, cher petit coeur
Toi, serré entre mes bras inutiles
Moi, tremblante sous mes parures de vanité
Quand le vent, le blizard des vrais frimas aura pris mon
bel abri pour hochet
Souriras-tu, mon coeur ?
Sauras-tu lire l'ironie froide qui nous transit ?
Oserai-je réciter les couplets dérisoires que souffle
mon âme ?
Saurai-je rire, moi aussi, devant l'approche lente du déclin
?
Il fait beau aujourd'hui, mon coeur
Et nous savons toi et moi que c'est un mensonge
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