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Il fait beau...

Il fait beau

Fait-il beau, mon coeur ?
Le soleil adoucit les fronts, les visages
Mais toi, mon coeur
Sens-tu sa caresse dans l'ombre de mes remparts ?

Jaune, la lumière fait les rues vives
Les yeux de tous pétillent d'envies à partager
Mais est-ce assez, mon coeur
Est-ce assez de lumière pour éclairer ta nuit ?
Est-ce assez d'éclat pour que naissent dans mon sang les bulles du désir ?

La ville accueille d'un sourire de rue les clémences du ciel
Mais toi, mon coeur, sais-tu encore ouvrir une porte ?
Sais-tu reconnaitre dans un regard la fraîcheur de la tendresse ?
Sais-tu éprouver le frisson du dégel quand s'offre le corps ?

Demain peut-être, une pluie terne posera des verrous sur les sourires du jour
Demain peut-être, une grèle amère démentira la tiédeur de l'instant
Sauras-tu t'abriter, mon coeur ?
Ou iras-tu nu encore sous les intempéries
En abandonnant les cirés faussement jaunes de l'apparence ?

Heure après heure, jour après jour, j'ai construit un abri de ronces
Mais il ne protège de rien, mon coeur
C'est une cage mensongère qui nous parle de liberté
Et maintenant, le soleil rit de mes torsades d'épines
Il se joue à travers ma peau de mon âme emmurée

Nous serons bien drôles, cher petit coeur
Toi, serré entre mes bras inutiles
Moi, tremblante sous mes parures de vanité
Quand le vent, le blizard des vrais frimas aura pris mon bel abri pour hochet
Souriras-tu, mon coeur ?
Sauras-tu lire l'ironie froide qui nous transit ?
Oserai-je réciter les couplets dérisoires que souffle mon âme ?
Saurai-je rire, moi aussi, devant l'approche lente du déclin ?

Il fait beau aujourd'hui, mon coeur
Et nous savons toi et moi que c'est un mensonge

13 novembre 2000



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Laisse le temps...

Laisse le temps de ma tristesse
Laisse-moi vivre cette durée trop lente
Douce amère
Où des regrets mousseux traînent vaguement

Laisse-moi boire cette coupe ciselée d'élégantes douleurs
Jusqu'à rejoindre une terre d'ivresse vierge
Espace rongé de pluies où s'abolirait la malédiction du temps

Je sourirai aux gens, ces passants ignorants de moi
Je parlerai en toute candeur aux enfants des jardins
Je serai charme et silence face au mur inconnu de l'Autre
Je serai tout cela et plus encore
Mais laisse, laisse couler sur mes yeux-pluie le temps si lourd de la tristesse
Vague de longue puissance née des marées du coeur

Je suis une pierre noire plantée dans un océan de tempête
Mille lunes jouent de leurs reflets argentés sur l'arrête de mon regard
Font resplendir l'écume opaque de mes chagrins
Mais ce sont des lunes
Un millier de lunes suspendues comme des facéties amères
Alors que je sais
(Oh! Comme je le sais)
Il n'en existe qu'une seule

Laisse, je t'en prie, laisse glisser entre mes doigts le sable de la tristesse
Insondable dune de feu, de gel qui me dévore et me dessèche
Je veux sentir chaque grain, chaque morsure
Jusu'à l'épuisement
Je veux apprendre le dérisoire pour en rire
Pour égrener dans le vent du grand Temps d'éblouissantes perles topaze
Qui illumineront d'inutiles promesses de bonheur
Les ruines effondrées de mon coeur

14 novembre 2000




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