Dans le Bellum Gallicum
liber VII, les agissements de Jules César semblent échapper à toutes
logiques. La description du trajet effectué par ses légions entre Gergovie et
Alésia est complètement irrationnelle.
Après le siège
avorté de l’oppidum arverne, César fait franchir l’Allier à ses
troupes puis se dirige vers Nevers qui sera pillé et incendié par les Éduens
avant qu’il puisse rejoindre cette ville. Les légions devront tout de
même traverser la Loire
pour se ravitailler correctement en blé et bétail. Le but de Jules César était
de récupérer une partie des bagages, les surplus et le butin de guerre
entreposés à Nevers puis de regagner la province au sud par le plus sécuritaire
et le plus court chemin possible. Jusque là tout est d’une logique
absolument parfaite. C’est alors que le récit de la suite des événements
devient incohérent. Pour se diriger au sud vers la province, les romains
auraient fait route en direction du nord vers Sens! Jules César avait-il perdu
la boule?
En supposant que
ce soit le cas, les troupes de Jules César, physiquement diminuées, fatiguées
par d’interminables journées de marche supplémentaire, auraient bifurqué
près d’Avallon, direction est, vers le pays des Lingons sans attendre les
légions de Labiénus venues pour les rejoindre! Alors
que toute la Gaule
se soulevait, pourquoi Jules César faisait-il du tourisme en Bougogne?
En supposant
encore que ce soit le cas, les légions romaines en colonne de marche, longent
la frontière extrême des Lingons plutôt que de traverser en toute sécurité la
partie centrale de ce pays resté fidèle! Jules César voulait-il offrir ses
légions en pâture à toute la
Gaule en rébellion?
Avec
l’hypothèse d’Alésia dans le Jura, comment les légions romaines
auraient-elles pu arriver intactes jusqu’à la Saône et la traverser sans
accrochage avec les Gaulois! Les Romains avaient-ils de la potion magique?
En supposant
toujours que ce soit encore le cas, les légions romaines entreprennent la
traversée du Jura vers Genève, alors qu’il leurs serait si facile de
descendre la Saône
pour rejoindre la province! Dans son livre premier sur la guerre des
Gaules, Jules César nous fait part de l’insensée traversée du Jura par
les Helvètes en temps de paix. Imaginez cette même traversée alors que toute la Gaule était en rébellion
contre César! Les Romains étaient-ils plus fous que dans nos bandes dessinées?
Bien que tout cela fasse beaucoup de suppositions, une toute dernière
question: Comment Vercingétorix rassemblant ses troupes stationnées en pays
arverne (Auvergne, mais aussi Bourbonnais, donc à l‘ouest des Éduens),
aurait-il pu les faire camper presque simultanément à quelque dix mille pas
devant les armées romaines? Ces dernières se trouvant à l’est du pays
éduen (plateau de Langres dans le cas d’Alise-Sainte-Reine, Jura dans le
cas d’Alaise ou de Salin). À ce que je sache, les troupes aéroportées
n’existaient pas encore!
lien : extraits commentés…
Trois indices
qui retiennent l’attention:
Les Séquanes,
une tribu gauloise dont le nom est étroitement lié à une divinité celte qui a
aussi donné son nom à la
Seine Sequana et au
cours supérieur de la
Saône Saucona,
présente une apparente similitude avec une autre tribu, les Ségusiaves.
Sequani et Segusiavi
ou Secusiani ont pu être la source de
confusions dans le passé de la part de scribes ou de copistes peu familiers
avec les toponymes.
Sur la Table de Peutinger, on ne
peut s’empêcher de remarquer le double tracé entre Decize Decetia et Saint-Honoré-les-Bains sur
l’itinéraire Decize Autun. Le tracé supérieur joint correctement Decize à
Saint-Honoré, le second tracé, juste en dessous, partant de Decize, semble
inachevé. voir site: Tabula Peutingeriana.
Une autre route
Decize Autun par Alisincum ne passe pas
inaperçue dans l’Itinéraire d’Antonin pour y être inscrite en
double: Deccidae XIII Alisincum
XXII Augustodunum et Decetia
XXIIII Alinsinco XXII Augustodunum . Cette
redondance est d’ailleurs très utile à l’identifications
des villes et des distances réelles qui les séparent. voir
site: Sites and peoples of
Roman Gaul.
La clef du
mystérieux emplacement d’Alésia:
Pour savoir si
Alésia se trouve au centre de la
Celtique ou dans l’est de la Gaule, en Bourgogne ou dans
le Jura, il faut se replonger dans le septième livre du Bellum
Gallicum de Jules César et essayer
d’interpréter le chapitre 66 livre septième, afin de rendre cohérent
l’ensemble du livre. Les pauvres scribes romains peu familiers avec les
patronymes et toponymes celtes, ont du en arracher pour fournir les très
nombreuses copies de ce best seller de l’antiquité que Jules César avait
conçu comme un ouvrage de référence. Il ne faut donc pas se surprendre si un
nom comme Secusiani ou Segusiavi aurait été confondu avec Sequani. Le trop célèbre BG
7.66 pourrait se lire: «Sur ces entrefaites, les forces ennemies qui se trouvaient
chez les Arvernes et les cavaliers de toutes les Gaules s’unissent. En
ayant formé un corps nombreux, Vercingétorix, tandis que César faisait route
vers le pays des Ségusiaves en passant par les bords
de Loire, pour porter à la province un plus facile secours...» voir site: Bellum Gallicum.
Cette erreur est
probablement survenue assez tôt dans les retranscriptions du Bellum Gallicum puisque Plutarque
(45 - 126) et Dion Cassius (160 - 229) citant César, écrivaient: « Il fit
mouvement et traversa le pays des Lingons pour atteindre le territoire des
Séquanes» et «César étant parti pour secourir les Allobroges (la Province) Vercingétorix
l'intercepta sur le territoire des Séquanes».
Strabon, dans sa géographie (livre IV), précise
que les Mandubiens sont limitrophes des Arvernes. Il
aura fallu beaucoup de gymnastique à certains auteurs peu scrupuleux pour
essayer d'accréditer la thèse de l'Alésia Mandubienne
à l'est des Éduens ou dans le Jura. Ayant ainsi repositionné Alésia vers le
centre de la Gaule,
les cinq routes gallo-romaines au départ de Decize communes à la Table de Peutinger et à
l’Itinéraire d’Antonin vont nous permettre de localiser avec
précision Alésia. Les deux premiers chemins, l’un vers Nevers et
l’autre vers Bourbon-Lancy, ne posent aucun problème. Le troisième en
direction de Bourges par Sancoins est un peu moins visible sur la Table car il ne figure
qu’en pointillés. La voie Decize-Autun par
Saint-Honoré et Bibracte a été “maquillée” dans l’Itinéraire
d’Antonin car il n’y a pas si longtemps encore, nos historiens
s’étaient donné le mot pour faire d’Autun
et de Bibracte (Boxum sur la Table de Peutinger) une
seule et même ville! Enfin, le cinquième trajet Decize-Autun
via Alésia, incontournable dans l’Itinéraire d’Antonin, situe très
précisément Alésia Alisincum à douze
lieues gauloises d’Autun et seize de Decize ( Deka exi ) là où se trouve aujourd’hui Luzy, une charmante
petite ville. Sur la table de Peutinger, figure le tracé
et la distance depuis Decize ainsi que la distance jusqu’à Autun, mais la
ville, son nom et le tracé jusqu’à Autun ont été oubliés.
lien : Strabon et les Mandubiens.
lien : Addedum.
lien: carte du pays éduen.
suite :carte du pays Éduen.
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