STRABON ET LES MANDUBIENS

 

 

 

Strabon d'Amasia en Cappadoce vécut aux Iers siècles avant et après JC. Il écrivit en grec une Histoire de Rome, aujourd'hui perdue, qui continuait celle de Polybe, et une Géographie universelle en 17 livres, qui nous sont heureusement parvenus.

 

Le témoignage de Strabon est important car il semble avoir eu des sources autres que La Guerre des Gaules. Il est le seul à parler des Mandubiens en dehors de Jules César.

 

Les extraits sont ceux de la traduction française d'Amédée Tardieu, éditée à Paris, Hachette, en 1867.

 

 

LIVRE IV

Chapitre 2 : DE L’AQUITAINE À LA VALLÉE DU RHÔNE.

 

1. Parlons à présent des Aquitains et de ces quatorze peuples de race galatique ou gauloise, habitant entre le Garounas et le Liger et en partie aussi dans la vallée du Rhône et dans les plaines de la Narbonnaise, qui ont été réunis administrativement à l'Aquitaine. [Je dis administrativement,] car autrement et à prendre les choses comme elles sont en réalité, les Aquitains diffèrent des peuples de race gauloise tant par leur constitution physique que par la langue qu'ils parlent, et ressemblent bien davantage aux Ibères. Ils ont pour limite le cours du Garounas et sont répandus entre ce fleuve et le mont Pyréné. On compte plus de vingt peuples aquitains, mais tous faibles et obscurs ; la plupart habitent les bords de l'Océan, les autres l'intérieur même des terres, où ils s'avancent jusqu'aux extrémités des monts Cemmènes et aux frontières des Tectosages. Ainsi délimitée, l'Aquitaine formait une province trop peu étendue, c'est pourquoi on l'a accrue de tout le pays compris entre le Garounas et le Liger. Ces deux fleuves, à peu près parallèles au mont Pyréné, déterminent, par rapport à cette chaîne de montagnes, un double parallélogramme, dont les deux autres côtés sont figurés par l'Océan et par les monts Cemmènes. Le cours de chacun d'eux mesure à peu près 2000 stades. C'est entre les Bituriges-Vibisques et les Santons, deux peuples de race gauloise, que le Garounas, grossi des eaux de trois affluents, débouche dans l'Océan. Les Bituriges-Vibisques sont les seuls étrangers dont les possessions se trouvent enclavées parmi celles des Aquitains ; mais ils ne font pas partie pour cela de leur confédération. Ils ont leur emporium ou marché principal à Burdigala, ville située au fond d'un estuaire que forment les bouches du Garounas. Quant au Liger, c'est entre les Pictons et les Namnites [ou Namnètes] qu'il débouche. On voyait naguère sur les bords de ce fleuve un autre emporium, du nom de Corbilon ; Polybe en parle dans le passage où il rappelle toutes les fables débitées par Pythéas au sujet de la Bretagne. «Scipion, dit-il, ayant appelé des Massaliotes en conférence pour les interroger au sujet de la Bretagne, aucun d'eux ne put le renseigner sur cette contrée d'une façon tant soit peu satisfaisante, les négociants de Narbonne et de Corbilon pas davantage ; et c'étaient là pourtant les deux principales villes de commerce de la Gaule : on peut juger par ce seul fait de l'effronterie avec laquelle Pythéas a menti». Mediolanium est la capitale des Santons. En général, tout le long de l'Océan, le sol de l'Aquitaine est sablonneux et maigre, et, à défaut des autres céréales, ne produit guère que du millet pour la nourriture de ses habitants. C'est aussi sur les côtes d'Aquitaine que l'Océan creuse le golfe qui forme, avec le golfe Galatique du littoral de la Narbonnaise, l'isthme dont nous avons parlé : comme celui auquel il correspond, le golfe de l'Océan porte le nom de Galatique. Les Tarbelli qui en occupent les bords ont dans leur territoire les mines d'or les plus importantes qu'il y ait en Gaule, car il suffit d'y creuser des puits d'une faible profondeur pour trouver des lames d'or, épaisses comme le poing, dont quelques-unes ont à peine besoin d'être affinées. Mais en général, c'est sous la forme de paillettes et de pépites que l'or s'y présente, et, dans cet état-là même, il n'exige jamais un grand travail d'affinage. Dans les plaines de l'intérieur, ainsi que dans la partie montagneuse, le sol de l'Aquitaine est de meilleure qualité, il est notamment fertile dans le voisinage du mont Pyréné, chez les Convènes, ou, comme nous dirions en grec, chez les Synélydes, peuple dont la capitale se nomme Lugdunum, et qui possède les Thermes Onésiens, sources magnifiques donnant une eau excellente à boire. Le territoire des Auscii est également d'une grande fertilité. [Ajoutons que quelques-uns des peuples aquitains proprement dits, et dans le nombre les Auscii et les Convènes, ont reçu des Romains le droit latins.]

 

2. Voici, maintenant, quels sont les peuples compris entre le Garounas et le Liger qui ont été, avons-nous dit, annexés à l'Aquitaine : les Eluens, d'abord, dont le territoire commence à partir du Rhône ; immédiatement après les Eluens, les Vellaves, qui faisaient partie naguère de la nation des Arvernes, mais qui, aujourd'hui, sont indépendants ; puis les Arvernes eux-mêmes, les Lémovices et les Pétrocoriens, auxquels il faut ajouter les Nitiobriges, les Cadurques et les Bituriges-Cubes ; sur le littoral, les Santons et les Pictons, les premiers, riverains du Garounas, les autres, riverains du Liger ; enfin, les Rutènes et les Gabales, sur les confins de la Narbonnaise. Il y a de belles forges chez les Pétrocoriens, ainsi que chez les Bituriges-Cubes ; des fabriques de toiles de lin chez les Cadurques, et des mines d'argent chez les Rutènes et chez les Gabales.

 

3. C'est dans le voisinage du Liger que sont établis les Arvernes : ce fleuve baigne les murs de Nemossus, leur capitale, puis il passe à Cenabum, principal emporium ou marché des Carnutes, dont l'emplacement marque à peu près le milieu de son cours, pour se diriger de là vers l'Océan où il se jette. Ce qui peut donner une haute idée de l'ancienne puissance des Arvernes, c'est qu'ils se sont mesurés à plusieurs reprises avec les Romains et leur ont opposé des armées fortes de 200 000 hommes, voire même du double, car l'armée avec laquelle Vercingétorix combattit le divin César était bien de 400 000 hommes. Déjà auparavant, ils avaient combattu au nombre de 200 000 et contre Maximus Aemilianus, et contre Domitius Ahenobarbus. Avec César, la lutte s'engagea d'abord devant Gergovia, ville des Arvernes, bâtie au sommet d'une haute montagne et patrie de Vercingétorix ; elle recommença sous les murs d'Alesia, ville appartenant aux Mandubiens, nation limitrophe des Arvernes, et située, comme Gergovia, au haut d'une colline très élevée, avec d'autres montagnes et deux rivières autour d'elle ; mais le chef gaulois y fut fait prisonnier, ce qui mit fin à la guerre. Quant à la lutte contre Maximus Aemilianus, elle avait eu lieu près du confluent de l'Isar et du Rhône, lequel en cet endroit, touche presque à la chaîne des monts Cemmènes ; et c'est plus bas, au confluent du Sulgas et du Rhône, que s'était livrée la bataille contre Domitius. Ajoutons que les Arvernes, non contents d'avoir reculé les limites de leur territoire jusqu'à Narbonne et aux confins de la Massaliotide, étaient arrivés à dominer sur la Gaule entière, depuis le mont Pyréné jusqu'à l'Océan et au Rhin. Enfin le fait suivant peut donner une idée de l'opulence et du faste de Luerius, père de ce fameux chef, Bituit, qui livra bataille à Maximus et à Domitius : pour faire montre de sa richesse aux yeux du peuple, il aimait à se promener en char dans la campagne en jetant de droite et de gauche sur son passage des pièces d'or et d'argent, que ramassait la foule empressée à le suivre.

 

Comment les pontes de l’archéologie française interprètent-ils ce texte de Strabon qui donne les Mandubiens limitrophes des Arvernes ? Motus et bouche cousue. Férus de méthodes hautement scientifiques, Strabon n’a sans doute jamais existé et Amédée Tardieu serait un hurluberlu comme moi qui ne savait pas ce qu’il disait !

 

L’institut Vitruve contournait la difficulté en mentionnant une erreur de traduction et disait : les Mandubiens amis des Arvernes et les localisait entre Lingons et Séquanes. Mais alors pourquoi Strabon aurait fait mention des Mandubiens dans son chapitre 2 : de l’Aquitaine à la vallée du Rhône ? Si les Mandubiens étaient limitrophes des Lingons et des Séquanes ou encore des Lingons et des Aeduens, Strabon les aurait mentionnés dans son chapitre 3 : Lugdunum et les peuples du Rhin !

 

LIVRE IV

Chapitre 3 : LUGDUNUM ET LES PEUPLES DU RHIN

 

1. A la province d'Aquitaine et à la Narbonnaise succède une autre région, qui, partant du Liger et du haut Rhône, autrement dit de la portion du Rhône comprise entre sa source et la ville de Lugdunum, s'étend jusqu'au Rhin et borde ce fleuve dans tout son cours. La partie haute de cette région, j'entends celle qui avoisine les sources des deux fleuves, les sources du Rhin et celles du Rhône, s'étendant ensuite à peu près jusqu'au milieu de la plaine, relève de Lugdunum ; quant au reste du pays, lequel se prolonge jusqu'à l'Océan, on en a fait une autre province attribuée politiquement aux Belges. Toutefois, dans la description détaillée que nous allons donner de cette région, nous nous conformerons aux divisions plus communément suivies par les géographes.

 

2. La ville même de Lugdunum, qui s'élève adossée à une colline, au confluent de l'Arar et du Rhône, est un établissement romain. Il n'y a pas dans toute la Gaule, à l'exception cependant de Narbonne, de ville plus peuplée, car les Romains en ont fait le centre de leur commerce, et c'est là que leurs préfets font frapper toute la monnaie d'or et d'argent. C'est là aussi qu'on voit ce temple ou édifice sacré, hommage collectif de tous les peuples de la Gaule, érigé en l'honneur de César Auguste : il est placé en avant de la ville, au confluent même des deux fleuves, et se compose d'un autel considérable, où sont inscrits les noms de soixante peuples, d'un même nombre de statues, dont chacune représente un de ces peuples, enfin d'un grand naos ou sanctuaire. Lugdunum est en même temps le chef-lieu du territoire des Ségosiaves, lequel se trouve compris entre le Rhône et le Doubs [lis. le Liger]. Quant aux peuples qui succèdent aux Segosiavi dans la direction du Rhin, ils ont pour leur servir de limite, les uns, le Doubs, les autres l'Arar, deux rivières qui, ainsi que nous l'avons dit précédemment, descendent aussi des Alpes et se jettent dans le Rhône, après avoir confondu leurs eaux. Mais il y a encore une autre rivière, le Sequanas, qui prend sa source dans les Alpes et va se jeter dans l'Océan, après avoir coulé parallèlement au Rhin et avoir traversé tout le territoire d'un peuple de même nom compris entre le Rhin à l'est et l'Arar à l'ouest : c'est de chez ce peuple que provient le meilleur porc salé qu'on expédie à Rome. Entre le Doubs et l'Arar ce sont les Aeduens qui habitent : la ville de Cabyllinum, sur l'Arar, et la place forte de Bibracte leur appartiennent. Les Aeduens se faisaient appeler aussi les frères du peuple romain, et ils avaient été effectivement les premiers d'entre les peuples de la Gaule à rechercher l'amitié et l'alliance des Romains. Les Séquanes, au contraire, qui habitent au delà de l'Arar, avaient été de bonne heure en butte à la haine des Romains, comme aussi des Aeduens, pour avoir pris part à plusieurs reprises aux incursions des Germains en Italie, d'autant que ces incursions avaient révélé leur supériorité militaire, ayant toujours été terribles ou impuissantes, suivant qu'ils avaient prêté ou refusé leur concours aux Germains. Avec les Aeduens, la haine était de plus envenimée par des contestations incessantes au sujet du fleuve qui les sépare, chacun des deux peuples prétendant à la possession exclusive du cours de l'Arar et revendiquant la perception des péages. Mais aujourd'hui les Romains sont maîtres de tout.

 

Quelques auteurs latins, citant Jules César, ont mentionné que les Séquanes étaient amis des Romains ; Ici, Strabon nous prouve le contraire.

 

3. Des différents peuples, maintenant, qui bordent le Rhin, les Helvètes se présentent à nous les premiers : c'est sur leur territoire, en effet, au mont Adulas, que se trouvent les sources du fleuve. De la même montagne, laquelle fait partie des Alpes, descend, mais dans une direction opposée, c'est-à-dire dans la direction de la Gaule cisalpine, le fleuve Adduas qui, après avoir formé le lac Larius, sur les bords duquel s'élève Côme, s'en va s'unir au Padus. Nous parlerons plus loin de ce dernier fleuve et de ses affluents : pour le Rhin, il forme également dans son cours, et de vastes marais, et un grand lac qui marque la limite extrême des possessions des Rhoetiens et des Vindoliciens, peuples établis en partie dans les Alpes, en partie au-dessus des Alpes. Asinius affirme que la longueur du cours du Rhin est de 6000 stades ; cependant il n'en est rien. Mettons en effet que ce fleuve puisse avoir en ligne droite un peu plus de la moitié de cette longueur ; assurément ce sera assez d'ajouter mille stades pour les sinuosités qu'il décrit. On sait quelle est sa rapidité, bien qu'il coule dès sa sortie des montagnes dans des plaines presque sans pente, et combien il est difficile à cause de cette rapidité même d'y établir des ponts ; or, je le demande, se pourrait-il qu'il conservât cette rapidité et cette force de courant, si, avec le peu de pente qu'il a, nous lui faisions décrire encore une infinité de longs détours ? Asinius veut aussi que le Rhin n'ait que deux bouches, et il taxe d'ignorance ceux qui lui en prêtent davantage. Comme le Rhin, le Sequanas embrasse une certaine étendue de pays dans ses sinuosités, mais il s'en faut bien aussi que ces sinuosités aient le développement qu'on a dit. Les deux fleuves coulent du sud au nord et débouchent l'un et l'autre en face de la Bretagne, le Rhin assez près pour que de son embouchure on aperçoive distinctement le cap Cantium, extrémité orientale de l'île, le Sequanas un peu moins près : aussi est-ce dans le voisinage de l'embouchure du Rhin que le divin César établit le rendez-vous de sa flotte, quand il fut pour passer en Bretagne. Ajoutons que le trajet qu'ont à faire par le Sequanas les bateaux qui ont reçu les marchandises venues de l'Arar est un peu plus long que le trajet par le Liger ou par le Garounas, sans compter qu'il y a bien 1000 stades de Lugdunum au Sequanas et le double ou peu s'en faut des bouches du Rhône à Lugdunum. Fort riches eux-mêmes, à ce qu'on prétend, les Helvètes ne s'en étaient pas moins laissé tenter par la vue des richesses des Cimbres, et c'est ainsi qu'ils se tournèrent vers le brigandage : ils eurent dans la guerre des Cimbres deux de leurs tribus, sur trois, exterminées ; mais on put voir, lors de la guerre contre le divin César, qu'une grande nation s'était déjà reformée des débris de l'ancienne, puisque les Helvètes perdirent 400.000 hommes dans cette guerre, et que César en épargna encore 8000, pour éviter que leur pays, une fois dépeuplé, ne tombât au pouvoir des Germains, leurs voisins.

 

4. Aux Helvètes, le long des bords du Rhin, succèdent les Séquanes et les Médiomatrices, et, compris parmi ces derniers, les Tribocques, peuple germain, enlevé naguère à ses foyers et transporté là de la rive opposée du fleuve. Le mont Jurasius, situé dans le pays des Séquanes, sert de ligne de démarcation entre ce peuple et les Helvètes. Au-dessus, maintenant, des Helvètes et des Séquanes, dans la direction du couchant, habitent les Aeduens et les Lingons, et dans la même direction, au-dessus des Médiomatrices, les Leuques et encore les Lingons. Puis, entre le Liger et le Sequanas, dans la contrée qui s'étend par delà le Rhône et l'Arar, juste au N. des Allobriges et du territoire de Lugdunum, habitent différents peuples : les plus célèbres sont les Arvernes et les Carnutes dont le Liger traverse les possessions. Le Liger est tributaire de l'Océan, et, comme le trajet qui sépare la côte de Bretagne de l'embouchure des fleuves de la Gaule n'est que de 320 stades, en partant le soir avec le reflux, on peut aborder le lendemain dans cette île vers la 8e heure. Au-dessous des Médiomatrices et des Tribocques sur le Rhin, à la hauteur du pont, que les généraux romains, qui opèrent actuellement contre les Germains, viennent de jeter sur ce fleuve, habitent les Trévires. Juste vis-à-vis, sur la rive opposée, étaient établis les Ubiens, avant qu'Agrippa les eût transportés de leur plein gré de ce côté-ci du fleuve. Les Nerviens, qui succèdent immédiatement aux Trévires, sont aussi d'origine germanique. Puis viennent les Ménapes, qui habitent, eux, aux bouches mêmes et des deux côtés du Rhin, parmi des marais et des bois, ou pour mieux dire, vu le peu d'élévation des arbres, parmi des halliers touffus et épineux. Les Sugambres, autre peuple germain, sont établis dans le voisinage immédiat des Ménapiens. Enfin, au-dessus de la vallée même du fleuve, et tout le long de sa rive droite, habitent les Suèves, Germains aussi l'origine, mais qui surpassent de beaucoup les autres peuples de la même race par leur nombre et leur puissance militaire : ce sont les armes des Suèves, en effet, qui ont expulsé le peuple que nous avons vu tout récemment chercher asile sur la rive citérieure, et, règle générale, à mesure que les peuples placés devant eux déposent les armes et traitent avec les Romains, les Suèves ne manquent jamais de prendre violemment leur place ; comme pour faire renaître la guerre de ses cendres.

 

5. A l'O. des Trévires et des Nerviens habitent les Sénons et les Rèmes, auxquels il faut ajouter les Atrébatiens et les Eburons ; puis, à la suite des Ménapes, sur le littoral même, viennent les Morins, et, après eux, les Bellovaques, les Ambianiens, les Suessions et les Calètes jusqu'à l'embouchure du Sequanas. Le pays des Morins, des Atrébatiens et des Eburons offre le même aspect que celui des Ménapes, l'aspect d'une forêt, mais d'une forêt d'arbres très peu élevés, qui, tout en présentant une superficie considérable, n'a pourtant que les 4000 stades d'étendue que les historiens lui donnent. On désigne cette forêt sous le nom d'Arduenne. Habituellement, en cas de guerre et d'invasion, les gens du pays entrelaçaient ensemble les branches de ces arbustes, qui sont épineux et rampants comme des ronces, pour que l'ennemi trouvât tous les passages obstrués ; dans certains endroits même ils enfonçaient en terre de gros pieux, après quoi ils allaient se cacher eux et leurs familles au plus profond des bois dans les petites îles de leurs marais. Seulement, s'ils trouvaient là, durant la saison des pluies, d'impénétrables retraites, il devenait aisé de les y atteindre quand commençait la sécheresse. Actuellement, toutes ces populations en deçà du Rhin ont déposé les armes et obéissent aux Romains. Nous nommerons encore dans le bassin même du Sequanas les Parisii qui occupent une île du fleuve et ont pour ville Lucotocia, les Meldes, les Lexoviens dont le territoire borde l'Océan ; mais ce sont les Rèmes qui forment la nation la plus considérable de cette partie de la Gaule, et comme Duricortora, leur capitale, est en même temps la ville la plus peuplée du pays, c'est elle naturellement qui sert de résidence aux préfets envoyés de Rome.

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