Poésie pure
Un produit purement et bêtement poétique
Année zéro / Vol. 0 / Numéro 0 / Avant-première édition
 
BIENVENUE À CEUX ET CELLES QUI DÉTESTENT LA POÉSIE
 
ABONNEMENT GRATUIT, PARCE QUE L'ARGENT ET LA POÉSIE FONT TOUJOURS MAUVAIS MÉNAGE.
 
MOT DE L'ÉDITEUR
Envoi
Chères poétesses,
Chers poètes,
Ne vous méprenez pas, je ne suis pas votre ennemi. L'Art est noble s'il est inutile. L'utilité ne peut être, aux yeux de l'Art, que de la contrefaçon. On trouve des tas de produits en boutique qui ressemblent à de l'art et qui ne sont, somme toute, que des répliques. Il en va ainsi de la poésie. Dès qu'on la réplique, elle ne vaut plus que le quart du prix. Au bout d'un mois, on la trouve déjà dans les bazars du livre usagé et dans les dépotoirs municipaux. Le poète voulait écrire des vers universels qui survivront au temps, pauvre naïf, et ses poèmes servent maintenant de cale pour balancer un réfrigérateur ou bien de ramasse-poussière dans quelque bouge malfamé de la Mauricie ou d'ailleurs. Tous ses vers ont été imprimés pour rien, ou pour si peu, qu'on se demande pourquoi gaspiller tant d'encre et tant de papier pour quelque chose qui ne demandait tout au plus qu'un gaspillage de salive. Je ne crois pas, alors, que ce ne soit qu'une question de subventions. Le mal du poète est bien plus profond mais... heu... pas plus profond que n'importe quel autre type sur cette terre somme toute... C'est donc dire que l'on s'y méprend déjà, même si la poésie ne sert à rien.
À quoi bon écrire des poèmes, des vers, des chansons, des rimes, des onomatopées, des listes d'épicerie ou bien des horaires de chemin de fer? Je vous le demande et je n'y réponds pas. Je ne suis tout de même pas sur terre pour fournir toutes les réponses, d'autant plus que je me trompe souvent, ce qui ne peut que davantage me mériter votre méfiance à mon endroit. Un lecteur averti en vaut deux et vous ne serez pas de trop, en duo, pour saisir ce que j'ai écrit ici, facilement, avec les deux doigts dans le nez.
Je n'ai produit aucun effort pour écrire les vers qui suivent. Ils sont venus tout seuls, me privant de la possibilité de m'y trouver une quelconque forme de génie. Ce sont des mots parfaitement inutiles sur un sujet tout aussi inutile, c'est-à-dire la poésie. Celui qui dira qu'il ne vivrait pas sans avoir lu un poème d'ici la fin du jour n'a probablement jamais eu mal aux dents. Les seuls qui peuvent franchement prétendre qu'ils ne vivraient pas sans avoir lu des vers avant de se coucher sont des édentés ou de fieffés menteurs.
Soyez heureux, même si vous savez pas lire.
La poésie est vraiment drôle.
 
Gaétan Bouchard
Éditeur
 
PS: Vous pouvez toujours me faire parvenir vos poèmes par courriel. Je dois cependant vous avertir que l'on doit être capable de saisir mon attention en moins de trois phrases pour me donner envie de lire quelque chose de nouveau. Je n'apprécie pas beaucoup plus les fautes d'orthographe ou de syntaxe. Tant qu'à écrire, aussi bien en connaître les règles. Autrement, il vaudrait mieux retourner sur les bancs d'école au lieu de jouer au petit futé avec une plume médiocre qui, même révisée par le dictionnaire du logiciel Word, n'en gardera pas moins des traces indélébiles d'amateurisme.

 

Marguerite
G. Bouchard, Acrylique sur toile 20 X 25 cm, 2006
 
«L'Art, c'est comme la Poésie voyez-vous: c'est en majuscules et ça prouve combien c'est important pour le citoyen, quel que soit son numéro d'assurance sociale.»
Ancien ministre de la culture d'un quelconque pays
 
«Je suis un artiste authentique. Je vis au crochet de l'État et j'en suis fier. Si l'on me demandait de travailler, je ne suis pas violent d'habitude, mais là je sais que je pourrais étrangler.»
Artiste qui n'a produit qu'un seul tableau et trois poèmes au cours des 20 dernières années
 
PRÉDESTINÉ À DEVENIR POÈTE, COMME TOUS LES TRIFLUVIENS
JE SUIS NÉ À TROIS-RIVIÈRES, CAPITALE INTERNATIONALE DE LA POÉSIE
Trois-Rivières est une petite bourgade de 135 000 âmes d'Amérique du Nord. Cette ville est située sur le bord de l'autoroute Félix-Leclerc. On y trouve aussi un pont pour ceux qui souhaitent traverser le fleuve St-Laurent sans se mouiller. L'île Saint-Quentin, la piste cyclable et les Forges du St-Maurice sont les seuls endroits qui vaillent vraiment la peine d'être vus. Le reste, c'est comme partout ailleurs en Amérique du Nord. Et pourtant, cette petite ville n'est rien de moins que la Capitale internationale de la poésie. C'est bien pour dire.
 
 
POÈTES, DU PAPIER !
Par Gaétan Bouchard,
Trifluvien et amateur de poésie contrefaite
Trois-Rivières, pour ceux qui ne le savent pas, est la capitale internationale de la poésie. Ce n'est pas Paris, ni Venise, ni les îles Moukmouk. C'est Trois-Rivières. Nous, les Trifluviens, écrivons des poèmes pour n'importe quelle raison. Il est vrai que Trois-Rivières a longtemps été la capitale des pâtes et papiers. Nous avions les usines Wayagamak, Canadian International Pulp (CIP) & Paper et Domtar. Ces usines employaient presque la moitié de la population de la ville dans les années '50.
   Quand elles ont fermées, tout un chacun s'est mis à écrire des poèmes sur des bouts de papier, des poèmes patriotiques ou non, pour passer le temps.
   On estime que plus de 89,7% des Trifluviens sachant lire et écrire rédigent des poèmes. Que ce soit dans leur garage, à la plage de l'île St-Quentin ou bien au port, à regarder le soleil briller au-dessus du pont Laviolette, les Trifluviens écrivent des poèmes à toute heure du jour.
    Ils les récitent dans la rue, en marchant à reculons. Les étrangers et les touristes qui osent s'aventurer dans son centre-ville néo-existentialiste, réplique en tire d'érable des bistros de la Rive Gauche à Paris, n'en reviennent tout simplement pas: «Quoi? disent-il. C'est ça la capitale de la poésie? Faites-moi rire!»
   Des poètes locaux au langage pittoresque rappellent au visiteur qu'il est bel et bien dans le nombril du Québec, Trois-Rivières, une ville qui a toujours pété plus haut que le trou sans rien réussir, tout simplement parce que nous, les Trifluviens, sommes d'abord et avant tout des inspirés qui avons respiré pendant trop d'années l'odeur sulfureuse des papetières, odeur qui n'est pas sans rappeler celle des flatulences occasionnées par une suralimentation en sandwiches aux œufs aux petits oignons et à la mayonnaise. Cette odeur fétide de pet papetier nous aura servi de phare olfactif pendant des lustres, tant et si bien que la poésie vint toute seule, aussitôt que ces usines fermèrent. C'était comme si Trois-Rivières s'était subitement mise à sentir bon. Et, curieusement, c'est à peu près au même moment que les papetières fermaient que le Festival de la poésie faisait son entrée officielle à la rôtisserie St-Hubert ainsi qu'à la cafétéria de l'UQTR. Il ne restait plus qu'à conquérir le reste du monde, et pourquoi pas avoir droit à une émission d'une heure sur les ondes de la radio communautaire.
   Les considérations matérielles nous importent peu, nous poètes et Trifluviens. Rien ne vaut le plaisir de savourer l'écriture d'un poème, d'entendre des poètes, ça et là, 365 jours par année. On entend la voix des poètes trifluviens tout aussi bien au restaurant qu'au travail. Ne vous étonnez pas de circuler dans les rues de Trois-Rivières et de vous faire tout le temps accoster par des types un peu excentriques qui, bérets sur la tête et foulard au vent, vous déclament leurs œuvres complètes. «Bleu ! Mauve ! Rouge ! Les couleurs des coucous qui caquètent en se cassant la margoulette sur le spleen du temps qui s'écoule, coule, coule !» Quand vous entendrez ça, vous comprendrez qu'ici, à Trois-Rivières, nous savons émouvoir.
   Vous trouverez ici la programmation du Festival international de la poésie .
 
***
 
Il y a plusieurs poèmes affichés en permanence sur les murs de certains bâtiments à Trois-Rivières. C'est une initiative du Festival international de la poésie. En voici quelques-uns:
 
Plus brun que le brun de tes yeux.
Georges Lami, Les sanglots de la destinée, Écrits des Gorges, Longueuil, 1982
 
Ouf! C'est vrai qu'i' fa' pas chaud!
Étienne Bournival, Les proverbes du destin accablant, Éditions ABC, Yamachiche, 1981
 
C'est cuit quand la chair se dégage de l'os.
Mathilde Larose, Manuel de la parfaite ménagère canadienne-française, Éditions Pratiques, Montréal, 1951
 
Ti-Guy Loves Ti-Tine
Anonyme, Graffiti sur un mur à Trois-Rivières
 
 
Vers insolites
 
«J'ai faim.»
Édouard Charpentier, Poète associé à l'école du réalisme plate qui n'a pas encore reçu son chèque.
 
«Les chaussettes de la pieuvre archiduchesse sont-elles des seiches ou des archi-seiches?»
Œuvre inédite de Reynald Bolduc, un alcoolique notoire de Trois-Rivières qui lit ses poèmes dans des rôtisseries et des buanderies
 
 
Poésie interactive
 
Écrivez un poème sur l'écran dans la zone blanche indiquée ci-dessous. Prenez note que cela risque d'endommager l'écran de votre ordinateur si vous employez du crayon feutre ou de l'aluminium en fusion pour écrire votre poème à l'écran. En cas de doute, utilisez le clavier.
 
Zone blanche

 

 

 

 

 

 
CONTE DE LA FÉE TAXIDERMISTE
Une fée dormait depuis des nuits
Et des jours
Elle se guérissait de son ennui
En languissant quotidiennement
Dans son lit trop confortable
Un jour un grand méchant loup
Vint lui mordre le cou
À vrai dire
Il ne fit que lui mordiller le cou
Et après coup
Il n'eut pas l'air bien malin
En descente de tapis de bain
Car la fée était taxidermiste
Pas chauffeuse de taxi, non
Taxidermiste
Empailleuse d'animaux quoi
Comme dans toute bonne famille
Il faut une taxidermiste
Et tout le monde dans sa famille
Était taxidermiste
Donc le loup n'était pas tombé
Sur quelqu'une qui s'en laissait imposer
Même au lit
Même avec son ennui
Elle l'a dépecé en moins de deux le loup
De haut en large
Comme ça
D'un coup sec
 
Le loup, un peu tard
Jura qu'on ne l'y reprendrait plus
 
La morale de cette histoire
Est vaine
Mais advienne que pourra
La fée est comme ça
 
Taxidermistes du monde
Unissez-vous
L'homme est un loup pour l'homme
Et le loup est une descente de tapis de bain
 
Gaétan Bouchard 2006
 
L'éditeur et poète Gaétan Bouchard, unique rédacteur de cette revue électronique, est aussi un artiste multidisciplinaire. Il œuvre dans les domaines de la peinture, de la musique, de la bande dessinée et de la littérature. Il tient un blogue sur lequel vous trouverez tous les renseignements relatifs à ses prochaines expositions ainsi qu'à ses productions artistiques en cours.

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La simplicité involontaire
Contes urbains involontaires
 
 
Ce site a été conçu par Gaétan Bouchard.
[email protected]
Rédaction & traduction anglais/français
 
 
MANIFESTE DE LA NOUVELLE POÉSIE
La nouvelle poésie
Sera comme l'ancienne poésie
Tout aussi nulle et soporifique
Que toute la poésie des poètes
Qui se sont gargarisés d'un titre
Depuis Pindare jusqu'à Roger Ouellette
La nouvelle poésie
Sera comme l'ancienne poésie
Parce qu'il y aura toujours parmi les poètes
Des ratés et des insignifiants
Tout simplement parce que la poésie
Ça se fait les deux doigts dans le nez
C'est plus facile d'écrire un poème
Que de découper une planche
Ou bien de visser une ampoule
Voire de se gratter le dos
On a beau faire des simagrées
Dire que l'art est ceci ou cela
Que les poètes finissent toujours
Par avoir l'air franchement cons
La nouvelle poésie sera
Ou ne sera pas
Qu'est-ce qu'on en a à foutre
La nouvelle poésie
S'appellera
Lapin
Gaétan Bouchard.2006
 
LAPIN
Un lapin gambadait dans les champs
Ciel couvert et nuages méchants
Il est sorti de son chapeau
Liberté quand tu nous tiens
Et autres phrases prises
Au hasard
Dans ma p'tite tête
Coincoin
Lapin Ture à l'huile
Lapin Ture à l'eau
Etc.
Gaétan Bouchard.2006
 
Le Maître et Marguerite
Si vous n'avez pas lu
Le Maître et Marguerite
De Mikhaïl Boulgakov
Vous ne comprendrez pas la signification
De ce poème
Écrire un poème pour rendre hommage
À Boulgakov, un auteur que personne ne lit
Entre St-Roch-de-Mékinac et Chicoutimi
C'est comme se donner un vernis de culture
Pour épater la galerie
Donc je n'écrirai pas de poème
Pour lui rendre hommage
Et ce poème que vous avez sous les yeux
N'est que vent et poursuite de vent
Ponce Pilate s'en laverait les mains
Et Faust dirait à l'homme-chat
Que Boulgakov ne devrait pas envoyer
De lettres à Staline
Gaétan Bouchard.2006
 
 
Un poème instantané
«Penser... Rien que d'y penser, j'ai envie d'écrire un poème sans y penser.»
Autre ivrogne notoire qui écrit sur des napperons de restaurant aux petites heures du matin pour donner un peu de consistance à sa déchéance physique et intellectuelle
 
«Sapristi ! Ça sent l'ail mariné dans du jus de chaussettes !»
Poème inédit d'un célèbre fort en gueule
 
«J'ai reçu ma subvention.»
Poème préféré des poètes québécois
 
ANTI ADHÉSIF
Je n'adhère à rien
Je suis anti adhésif
Le gras des idées
Et la Foi bien grasse
Ne collent  pas dans ma tête
Je n'ai pas de système
Je n'ai pas de réponses toutes faites
Je n'ai pas peur
J'ai seulement de l'amour
Un phénomène tellement
Déconnecté de la réalité
Qu'il n'offusque personne
 
L'amour n'a jamais raison
Et c'est pour ça que j'aime l'amour
 
L'amour, même si je n'adhère à rien
L'amour parce que naguère
Sans l'amour
Je n'étais rien
 
Passez révoltes
Et guerres civiles
Finissez sermons
Et incitations au meurtre
 
Et... Hee...
 
Qu'est-ce que je disais déjà?
 
Gaétan Bouchard.2006
 
 
LA MAGIE DES MOTS
Des mots de vocabulaire
Il y en a
Et pour les fins
Et pour les fous
Le mot saucisse
Renvoie à l'art culinaire
Et le mot râteau
N'est pas très beau
 
Faire une rime
Avec le mot crime
N'épate plus personne
 
Pourvu que le mot soit juste
Pourvu qu'il résonne
Le sens on s'en fiche
 
À moins que ce ne soit
Pour le mot fish
Qui comme on le sait
Provient de l'anglais
 
L'italien, l'espagnol et le russe
S'écrivent au son
Le français et l'anglais
Demandent des milliards de leçons
Avant d'écrire le moindre petit
Paragraphe
 
Ça rend dingue le français
And English too
 
Le français est tout aussi poétique
Qu'une grille de mots croisés
Son orthographe est figé
Depuis Châteaubriand
 
Plus personne ne sait lire en français
Hormis moi et trois autres clercs
Qui se donnent de l'importance
Avec l'usage qu'ils font
Des langues mortes
 
Joual comme je le suis
J'aurais pu tout aussi bien écrire
Mes niaiseries poétiques
En copte ou en japonais
Pour traduire ma réalité
Ma réalité qui passe aussi
Par la langue wendate oubliée
Le montagnais et
Pourquoi pas
Le japonais
Parce que j'ai du sang à plumes
Dans mes veines de balourd francophone
 
Quand j'écris en français
Je sais que j'écris en une langue
Qui m'est devenue familière
À force de me faire chier
À la décortiquer
Nuit et jour
Mémorisant Grévisse
Et Edmond Rostand
Comme si j'étais Démosthène
Avec la gueule bien remplie
De cailloux
Pour me corriger d'être bègue
Ou Québécois
Ou Huron-Wendate
 
La magie des mots?
Faites-moi rire!
Il n'y a pas de magie dans les mots
Il n'y a que de la mémoire
Et de la syntaxe
 
Mes ancêtres ont vu mourir
Leur langue
Pour s'approprier
Celle des curés
 
Kwé Kwé
Iro
C'est tout ce que je me rappelle
Bonjour... kwé kwé
J'ai dit... iro
Je ne peux même pas vous dire
Je t'aime
Dans la langue de mes ancêtres
 
Mon peuple est mort
Nous sommes des Indiens devenus Blancs
Ou bien des Vikings devenus Indiens
Par un curieux hasard de la navigation
Ou bien des hommes devenus bêtes
Ou bien des bêtes devenues hommes
 
Mon peuple est mort
Je n'en suis pas mort pour autant
Alors ne venez pas me faire pleurer
Avec votre poésie patriotique
 
J'écris en français
Parce que je ne sais pas écrire
Convenablement
En une autre langue
 
But just watch me
It could change pretty soon buddy
A language is just a tool
And if my tool is rusten
I'm gonna change it right away
 
Gaétan Bouchard.2006
 
 
Ondée
G. Bouchard, Acrylique sur toile 20 X 25 cm, 2006
 
 
Freak
G. Bouchard, Acrylique sur toile 20 X 25 cm, 2006
 
 
Cinq poissons
G. Bouchard, Acrylique sur toile 20 X 25 cm, 2006
 
COMMENT ÉCRIRE UN BON POÈME
 
Il existe plusieurs méthodes, scientifiquement éprouvées, qui peuvent vous permettre d'écrire de très bons poèmes les deux doigts dans le nez.
   Sachez que, dans tous les cas, il vous faudra d'abord mémoriser les noms de tous les poètes officiels du guide prévu à cet effet. Les membres de cette association sans but lucratif ont été largement subventionnés au cours des 20 dernières années pour nous livrer leurs éructations, leur fatuité ou tout simplement leurs fautes d'orthographe, que l'on corrigera avec une autre subvention si nécessaire. De même que le camarade-poète qui manque d'inspiration se fera aussi octroyer une bourse de voyage, per diem inclus, pour aller trouver à Paris ou à Rio de Janeiro quelques strophes pas piqués des vers. Nous ne nous égarerons pas plus en digressions. Revenons au contenu.
   Justement, le contenu. Il importe peu pour écrire un bon poème. Un bon poème c'est avant tout un contenant. Que ce soit pour écrire un poème, un communiqué de presse ou bien une lettre d'affaires, l'écriture se fait toujours en respectant les normes acceptées par le milieu. Dans le milieu de la poésie, il faut d'abord écrire un titre (facultatif), un texte (facultatif) et ajouté sa signature (facultatif).
   Voici l'exemple d'un texte qui pourrait se mériter un prix littéraire, dans la mesure où le poète suivra les techniques de relations publiques et de léchage de cul appropriées. Militer pour une cause, quelle qu'elle soit, peut en effet accélérer la réception des honneurs et des médailles. Évidemment, il faut savoir choisir une cause au goût du jour pour les gens du milieu, sans quoi on devra faire des pieds et des mains pour vendre son inspiration au prix du marché. On sera ravalé au rang de pique-assiettes des 5 à 7 des arts et de la littérature, rôle peu enviable dévolu aux «poètes maudits» qui ne valent guère mieux, somme toute, que les fous de la cour de tel ou tel monarque, faisant mille cabrioles pour épater la galerie et se mériter un os à gruger.
    EXEMPLE:
Titre: Coukou, je soufre
Texte: Facultatatatif facultatifemend facultés facilité thér vers
Auteur: __________________
 
Enlevez une syllabe au texte et devenez l'auteur d'un texte original, ce qui vous permettra d'écrire votre nom sur la ligne prévue à cet effet.
 
Voilà ! Ce n'est pas plus difficile que ça ! C'est vraiment à la portée du premier prof de Cégep venu ou de n'importe quel adolescent attardé.  Les fautes d'orthographe sont essentielles pour conférer de la sincérité à votre démarche artistique.
 
Gaétan Bouchard.2006
 
 
AUTRES EXEMPLES:
 
Je les ai écrits moi-même. Cependant, n'y voyez là aucune marque de talent particulier pour cet art qui n'évoque chez-moi que ma routine de Trifluvien.
 
 
LES 5 À 7 FINISSENT TOUJOURS MAL
 
Il est vernis
 
Il a calé un 40 onces de vodka
Comme s'il était un citoyen soviétique
Invité au vernissage des artistes officiels
Membres du Parti
 
C'est un 5 à 7 patriotique
Avec des chansons à répondre
Amis du Régime
Leurs tableaux c'est de la merde
Des bâtons de hockey
Des carrés de couleur
Et des détritus
Ça pue
C'est laid
De la merde
 
Il vomit dans les chiottes
Il se moque des tableaux, des artistes
Et des vernissages
Il gueule
On l'expulse
On le menotte
On l'enferme
Il est dans la merde
 
Il dessoûle dans une cellule du poste de police
Le pauvre type de la cellule d'en face
Lui demande une cigarette
Merde ! Il n'en a pas
 
Il est vernis
Si la lumière pouvait s'éteindre
Il aurait moins mal à la tête
Merde !
Les 5 à 7 finissent toujours mal
 
Gaétan Bouchard.2006
 
 
POÈME PATRIOTIQUE
 
Ô pays des mille quelques choses
Et des souvenances
Et des vieux dinosaures séniles
Membres du Parti !
 
Ô pays !
 
C'est le mois de novembre
C'est le mois d'octobre
C'est le mois de juillet
Et je te ferai Terre de Québec
En me remuant le poulet
Jusqu'à ce que je hurle
Dans une dernière giclée
De jus patriotique
 
Ô gosses bleues !
Ô nouveaux clergés !
Ô membres du Parti !
Hôpitaux !
 
Ô Lionel Groulx
Ô Saint-Fumier de la patrie
Ô la bonne odeur de marde du pays !
Ô Laurentie whiter than white !
 
Ô ! Ô ! Ô ! Ô ! Ô ! Ô !
Ô !
Ô ! Ô ! Ô ! Ô !
 
...I just want to immigrate
Help me !
 
Gaétan Bouchard.2006
 
 
 
POÈTES, BURP, PROUT
 
Tu t'en allais
L'herbe sous tes souliers
Pliait
Le vert du gazon était plus foncé de deux tons
Puisque tes souliers dessinaient une ombre verdâtre
Sous l'arche de tes pieds
Si tu avais eu les pieds plats
L'ombre aurait été verdâtre quand même
Et quand bien même tu dirais le contraire
Le vert sera toujours la couleur
De l'espérance
 
Donc, donc, donc,
 
Tu t'en allais
Et le gazon pliait
Comme il plie normalement
Sous le poids des pieds bots
Tout comme celui des pieds plats
 
La poésie, ma foi, n'en faisons pas tout un plat
 
Un plat de lentilles
Chez l'optométriste
Ce n'est jamais donné
La poésie sans fautes d'orthographe
Ne saurait être de la poésie québécoise
 
Poètes, burp, prout
 
Gaétan Bouchard.2006
 
 
JEU DE HASARD
 
Roger fait de la monnaie pour cent dollars
Et fout toute sa menue monnaie
Dans une Vidéo-Poker
Il le fait trois, quatre, cinq fois par jour
Tous les jours
Jusqu'à ce qu'il n'ait plus rien
Puis quand il n'a plus rien
Il pleure
Il dit que Loto-Québec lui a fait perdre son âme
Et moi je dis qu'il n'en a jamais eu, d'âme
Qu'il n'est qu'une lopette
Qui dépense tout son argent
Dans un jeu stupide
Pour personnes
Dénuées
D'âme
Bien fait pour toi, crétin
Loto-Québec a pris ton bien
Puisque tu n'y tenais pas tant que ça
Et il ne te reste que tes jérémiades
Tes pleurs
Tes larmes
Et le monde entier se fout de ta gueule
Parce qu'il faut être vraiment con
Pour mettre tous ses gages
Dans une putain de machine
Cesse de pleurer Roger
Et deviens un homme
Gaétan Bouchard.2006
 
 
L'HOMME DU RESSENTIMENT
 
Il rage
Cherche ses raisons
Et sombre dans sa déroute
Il jure
Il sacre
Il crie
Et flotte aux commissures de ses lèvres
Des humeurs, de la morve ou de la glaire
De quoi vous rappeler
Qu'il n'est pas homme à ricaner
L'esprit de sérieux le dévore
Tout est sérieux
Et son éducation malfaite
Et ses idées surestimées
Font de lui l'homme qui ne chante pas
L'homme qui rage et crie
Pour des causes qui lui font oublier
Qu'il est le roi des cons
Le dernier des ratés
L'homme du ressentiment
Dont Nietzsche parlait
Tout en se nourrissant
De ses propres ressentiments
 
L'homme du ressentiment
Il est partout de nos jours
Il est in, il est chic et branché
Il est partout parce qu'il crie
 
Les médias ne font pas de bonnes recettes
Avec des sages qui se taisent
 
On doit donc se taper
L'homme du ressentiment
Tous les jours
Tout le temps
Et tenir pour des vérités
Ses cris puérils
Qui camouflent les gargouillis d'estomac
De son féroce appétit
 
Appétit de fauve
Où toutes les causes
Ne sont que des tremplins
Pour mieux se nourrir
 
Que voulez-vous
C'est comme ça
 
On n'y peut rien
Gaétan Bouchard.2006
 
 
À LA GUERRE COMME À LA GUERRE
 
Pif
Crac
Boum
À la guerre comme à la guerre
On se tape
On se cogne
On s'étripe
Et on se donne toutes les raisons
Pour taper encore plus fort
Pif
Crac
Boum
Pour le fric
Pour le crack
Pour la baise
On s'éventre
On s'élance
On s'éviscère
C'est la guerre
Que voulez-vous y faire
Les affaires sont les affaires
Les barrières sont les barrières
Les territoires sont les territoires
Les parrains sont les parrains
Je contrôle le chou rouge
Tu contrôles le navet
Il contrôle l'opium
Chacun contrôle son jardin
Et ceux qui n'ont pas de jardin
Détruisent tous les jardins
Pour en faire des stationnements
Pour le matériel militaire
Pif
Crac
Boum
Et ça recommence
Et ça saigne
Et ça crie
À la guerre comme à la guerre
À Rome on fait comme les Romains
Et passer sous une échelle
Un vendredi 13
Ça porte autant malheur
Qu'un vendredi 12
Un vendredi 14
Un vendredi saint
Et ce n'est pas une raison
Pour que la vie et ses énigmes
Trouvent tout leur sens
Dans les proverbes
À la guerre comme à la guerre
Mots futiles pour justifier
L'injustifiable
Pif
Crac
Boum
Gaétan Bouchard.2006
 
 
Hommes des cavernes
G. Bouchard, Acrylique, 20 X 25 cm,  2006
 
AYEZ PITIÉ
 
Toutes les raisons sont bonnes
Surtout les mauvaises raisons
Pour faire abdiquer sa logique
Pourquoi ne pas raccourcir les faits
On ne peut pas toujours être là
Pour souffler les réponses qui conviennent
Pour chaque situation nouvelle
Qui se présente à la masse anonyme
Des misérables
Ayez pitié
Tout le monde a le droit
À l'erreur
Tout le monde a le droit
Du plus faible
De son côté
Gaétan Bouchard.2006
 
 
BEDING BEDANG
 
Beding bedang
Saoul raide
Il remonte l'escalier
Avec son vélo
Il est trois heures du matin
Et c'est la canicule
Bedang bedang
Les guidons dans les airs
Les roues autour du cou
La chute inévitable
D'un ivrogne célibataire
Des quartiers malfamés
Beding bedang
Et c'est comme ça
Tous les jours
Et restera ainsi
Jusqu'à ce qu'on le mette
En tombe
Beding bedang
Beding bedang
Ayoye
Ayoye
Gaétan Bouchard.2006
 
 
 
Mystérieuse chimie
G. Bouchard, Acrylique, 20 X 25 cm,  2006
 
 
VERS À VENDRE
À tous les ans
Le mois de Marie
Jean-Marie Marcotte
Place avec précaution
Sa pancarte
Vers à vendre
Dans la fenêtre
De son salon
 
Vers à vendrent
10 cents
 
C'est griffonné au crayon feutre
Sur un vieux bout de carton
Du carton de boîtes de bananes
Avec les trous d'aération
Où même les lettres se perdent
 
Ver à vend ent
10 c nts
 
On ne voit pas le s, le r
Et le e
Jean-Marie n'est pas poète
L'écriture est la partie
Qui lui semble la plus visqueuse
Dans le monde des affaires
 
Jean-Marie nous prouve
Qu'il est plus facile
De cueillir des vers
Que de les vendre
 
Que ceci nous serve de leçon
Nous, poètes sans lesquels
Les vers à vendre
Ne seraient que du domaine
Des invertébrés
 
À tous les ans
Le mois de Marie
Jean-Marie Marcotte
Placera avec précaution
Sa pancarte
Vers à vendre
Dans la fenêtre
De son salon
Tous les ans
Toujours
Jusqu'à ce qu'il crève
D'avoir extirpé de la terre grasse
Ces vers qui, tels des comédons
Ravagent le tendre visage
Des terrains de golf
Et autres lieux ennuyants
 
Vers à vendrent
10 cents
 
Gaétan Bouchard.2006
 
 
Couac !
G. Bouchard, Acrylique, 20 X 25 cm,  2005
 
Pourquoi j'écris
J'écris
Pour voir
Si les touches de mon clavier
Sont propres
 
Mes premiers poèmes
J'ai écrit mes premiers poèmes
Pour des femmes
Parce que je croyais que ça faisait plus propre
De présenter mon rut sous cette forme
Quand j'ai compris qu'un bon poème
Ça ne valait pas une belle gueule
Et que je n'étais pas si laid
Pour perdre mon temps
À me dépenser en vers
J'ai dépensé pour boire
J'ai bu dans des verres
Et les femmes ne m'ont pu sembler
Des créatures inaccessibles
Et éthérées
Mais de la chair, du sang et des désirs
Comme moi
Avec des zones où les émois
Valaient mieux que toutes mes lettres d'amour
Et tous mes petits poèmes d'adolescent
Les femmes m'ont libéré de la poésie
Si j'en écris encore aujourd'hui
C'est pour voir
Si les touches de mon clavier
Sont propres
 
 
 
Mes poètes préférés...
Blaise Cendrier
Louis-Georges Brassens
Victor-U. Gaux
Fernando Pesso-Hah
Arthur Rintintin
Jacques Prévert
Charles Baudelairfrais
Tristan Corbeille
Isidore Loquace
Oualte Ouittemanne
Charles Bukowsky
Un russe anonyme
Une concierge
Un plongeur
Un équarrisseur
 
Au Québec:
St-Denys-Garni
John The Wolf
Jean-Fier Fernand
Soeur Ongèle
John Smith
 
 
Poètes et poétesses du monde entier, faites-moi parvenir vos commentaires, des fois où ça m'intéresserait:
[email protected]
 
 
 
 
Floraison printanière sur l'île de Pâques
G. Bouchard, Acrylique, 20 X 25 cm,  2006
 
UNE FRIME, UNE MOUSSE ET UNE FRIMOUSSE
Petits poèmes automatiques
 
Par Gaétan Bouchard
 
Ma préface
Préface-moé donc ça toé chose
Qu'j'lui ai dit pour mon livre
I' m'a dit correct
Mais tu corrigeras
Mes fautes d'orthographe
J'sais pas écrire
Même si j'su's un grand poète
Un poète qui fait partie du programme
Des lectures obligatoires du Cégep
Un poète qui a son nom dans toutes
Les anthologies de la poésie québécoise
Un poète qui goûte aux réceptions officielles
Au Mexique, en France, au Zanzibar
Partout où se réunissent des poètes
Quand l'gouvernement veut bien payer
L'billet d'avion et l'per diem
Bref un poète avec des papiers
Comme un travailleur de la construction
Qui a lui aussi ses cartes
Pour travailler sur les chantiers
Si t'as pas tes cartes tu travailles pas
Si t'as pas tes papiers
T'es pas poète
Poète, tes papiers
C'est mon seul conseil
 
Donc le poète officiel
Voulait bien préfacer mon livre
Mais le problème c'est qu'moé
Ça m'tentait plus
Rien à foutre au fond
Pas besoin de faire partie d'un troupeau
De branleurs
 
Donc donc donc
J'lui ai dit qu'la poésie
C'était rien qu'd'la marde
Pis j'ai écrit ça sur mon ordi
Même si cette histoire-là
N'est jamais vraiment arrivée
Juste un rêve
Un délire de l'imagination
Ça doit être ça, ce qu'on appelle un poème
Tabarnak
 
Un jour
Ce poème sera dans une anthologie
Et tous les autres qui figurent ici
Le seront aussi
Juste d'y penser
J'ai envie de dégueuler
 
Je sais trop bien que l'on finit toujours par honorer
Les insignifiants
Donc donc donc
J'attends les honneurs
Les billets d'avion et le per diem inclus
L'anthologie
Le grand prix de la Société Machin
Et la médaille de la Légion d'Honneur
Les lauriers
Et les beaux dollars
 
Je suis un grand poète
Je ne suis pas pire que ces grands poètes
Qui écrivent des vers nuls à chier
Des mots creux
Des phrases évanescentes
Des hosties d'haïkus
Que n'importe quel tarlais
Peut écrire
En moins de deux
 
Je suis un grand poète
Parce qu'au fond
Je ne vaux pas pire
Que les autres
 
Si l'on ne croit pas en soi
Qui va croire en nous
À notre place
Alors aussi bien y croire
Ciboire
C'est pas sorcier
Pour être un grand poète
Il faut savoir nager
Nager sur la bedaine
Sans se mouiller la graine
 
Ah! Poésie Pure!
 
Gaétan Bouchard.2006
 
Respiration
Respirons
Inspirons
Respirons
Inspirons
(Répéter l'exercice pendant 2 heures)
Ah! poésie pure!!!
Gaétan Bouchard.2006
 
La vie pue
Bon, qu'est-ce que j'écrirais bien
Hum
Le gars n'a pas d'inspiration ce matin
Pas du tout
Et pas plus qu'hier ou demain
Donc
La vie pue
Et je dis ça pour paraître profond
Ça fait profond et fin d'esprit
De dire que la vie pue
J'aurais tout aussi bien pu dire
Que le fond de l'ère est vraie
Ou bien qu'il y a de la rage dans l'ère
N'importe quoi pourvu que ça pue
Et que ça ait l'air violent
C'est tout ce que demandent
Ces crétins de nihilistes
Qui accordent des subventions
Aux poètes incultes
Qui ne savent dire que
La vie pue
Gaétan Bouchard.2006
 
Haïku dans l'cul
Aïe! Il s'est rentré un haïku
Dans le cul
N'est pas poète
Qui veut
Thank you for your haiku
But I've got pain in the ass
Gaétan Bouchard.2006
 
 
Un haïku pour Kérouac
 Kérouac était un fichu menteur
Il n'a jamais voyagé en train
Et n'a fait qu'un voyage en stop
Le reste du temps
Sa mère payait pour tout
Alors ne faites pas chier avec Kérouac
C'est de la frime
Et puis c'es tout
Gaétan Bouchard.2006
 
 
L'amour
Je dis à ma blonde
Que je l'aime
Au moins cent fois par jour
Je ne lui écris pas souvent des poèmes
Parce que ça demande du temps
L'amour
Et j'aime mieux l'aimer, elle,
Que de faire des simagrées sur le papier
Comme un pauvre con
Qui se prend pour un autre
Et ce n'est pas le je qui est un autre
Mais bel et bien un autre pauvre con
Un je mal assumé
Qui écrit des poèmes d'amour
Au lieu d'être en amour
Donc, je suis en amour
Et ne m'emmerdez pas
Avec votre guimauve
Je n'ai pas besoin d'y croire
L'amour vrai
Vaut bien tous ces poèmes nuls
De la paperasse
À peine plus imaginative
Qu'un calendrier
Gaétan Bouchard.2006
 
 
La pluie
La pluie tictaque
Sur une boîte de Tic-Tac vide
Qu'un quidam a jeté sur le trottoir
Comme si la rue était un
Putain de dépotoir
Si je le trouve
Je lui arrache la tête
Promis
Gaétan Bouchard.2006
 
 
Dada
Le dadaïsme de Tristan Tzara
C'est comme du steak de rat
C'est insolite et inutile
Dada, dada disait Tzara
Et coincoin fait le canard
On n'est pas plus avancé
Cuicui, cuicui
Le petit oiseau va sortir
Gaétan Bouchard.2006
 
 
Poésie québécoise
Pour être un grand poète québécois
Il faut être professeur de Cégep
Et avoir vendu deux recueils de poésie
Dont un à sa mère
Tout le reste n'est que question
De talent
Gaétan Bouchard.2006
 
 
Abîme
Abîme insondable abîme
Trou profond
Puits sans fond
Chèque sans fonds
Ski de fond
Fonds de placement
Abîme insondable abîme
Gaétan Bouchard.2006
 
 
Lueur
L'eau luit sur le fleuve
Et vous voudriez que je conduise
Une foutue motomarine
Qui pollue l'eau et le silence
Pas question
Les motomarines sont pour les cons
Et je veux voir luire
L'eau sur le fleuve
Voilà
Gaétan Bouchard.2006
 
 
Assez des rodomontades !
Qu'est-ce qu'une rodomontade
Y'en a-t-il une seule
Ou plusieurs
Dit-on une rodomontade
Ou des rodomontades
La connaissance du mot juste
Est-elle fanfaronnade
Fanfares et fifres
Tonnez au loin
Ce ne sont que des
Rodomontades
Gaétan Bouchard.2006
 
 
Nietszchéens je vous plains
Nietszchéens
Je vous plains
Nietszche n'était pas un surhomme
Son infirmière devait le nourrir
À la petite cuiller
Et changer sa couche aussi
Pendant qu'il se contentait
De fixer le vide au-dedans de lui
En se faisant pousser sa moustache
 
Nietzschéens
Vous qui parlez de volonté
Et de dureté
De renversement de la morale
Et de philosophie à coups de marteau
Je vous emmerde
Vous tous
Nietszche
Zarahoustra
Richard Wagner
 
La domestique qui torchait le cul de
Nietszche
Vaut bien trois millions de commentaires
De nietszchéens hermétiques
Qui ont mal assimilé
Leur lecture
Du grand barde germanique
Qui se croyait un prince polonais
Gaétan Bouchard.2006
 
 
Chasse-galerie
Une bande de bûcherons
Perdus loin dans les bois
Font une incantation au Diable
Pour célébrer Noël
Avec leur famille
Le Diable leur dit d'embarquer
Dans le canot
Et le canot s'envole
Ils frappent le clocher d'une église
Ou un sapin
Je ne suis plus trop
Et c'est pas plus compliqué que ça
L'hostie de légende de la chasse-galerie
Je m'en crisse d'aplomb
Gaétan Bouchard.2006
 
 
Snik snak
Snik snak
Font mes sandales
Sur le plancher de céramique
Snik snak
Snik snak
Gaétan Bouchard.2006
 
 
Les poètes chanteront ce début
Jadis
Au temps de mon enfance
Je jouais au hockey
En bottes de skidoo
Mes bottes faisaient des
Sqwik sqwik
Dans la vieille neige glacée
Je portais une tuque l'hiver
Parce qu'il fait froid l'hiver
Sqwik sqwik
Je ne pensais pas que j'étais
Guy Lafleur
Et je n'écoutais jamais le hockey
À la télévision
Sqwik sqwik
Je jouais au hockey
Parce qu'il le fallait bien
 
Le hockey c'était
Une activité sociale plate
Parmi tant d'autres
Activités sociales
Plates
Gaétan Bouchard.2006
 
 
Alchimie de l'onomatopée
 
Ho! Ho! Ho!
Voyelles qui s'étirent sur un son haut
Haut-de-forme chloroformé
Et toutes ces sortes de choses
Ha!
He!
Hi!
Ho!
Hu!
Hy!
 (Il ne faut jamais mettre de paranthèses dans un poème. Je ne sais pas pourquoi d'ailleurs. Aussi bien en faire à ma tête.
 
Je voulais tout simplement dire que ce poème s'est écrit tout seul, facilement, sans nécessiter une seule calorie d'effort mental. C'est dire que la poésie est un art accessible. N'importe quel imbécile peut devenir un grand poète en moins de deux. Pour ce faire, l'imagination n'est pas tant essentielle qu'on ne le croit. Il ne suffit que d'avoir une bonne technique. On peut par exemple découper des mots dans un catalogue des produits de Canadian Tire pour ensuite les piger au hasard.)
 
Ha!
Gaétan Bouchard.2006
 
 
Mots pigés au hasard dans un catalogue des produits de Canadian Tire selon la technique indiquée dans mon poème intitulé «Alchimie de l'onomatopée»
(NDLR: Titre du poème)
 
L'existence serait sublime
Si la nature nous était accessible
En toutes circonstances
Si nous pouvions nous ébattre
Comme des amoureux fous
Sur des plages aux sables blonds
À contempler le soleil qui brille
Sur les eaux calmes d'un lac
Jusqu'alors inconnu des hommes
Mastercraft
Black & Decker
Rabais
000893445
Gaétan Bouchard.2006
 
 
1-2-3-4
Un
Principe premier
De toutes choses
En principe
Comme si les principes
N'étaient pas interchangeables
Selon les saisons
Pour survivre
Deux
À deux c'est mieux
Moi et ma rigoleuse d'amour
Trois
Trinité
Trois-Rivières
Quatre
Frères Dalton
Ah! les chiffres
C'est plein de poésie aussi
C'est bien pour dire
Gaétan Bouchard.2006
 
 
4-3-2-1
Il demeurait
Au quatre mil trois cent vingt-et-un
De la rue De La Couronne
C'était un petit bonhomme chauve
Célibataire
Qui buvait de la bière
Tous les jours
Je sais qu'il demeurait
Au quatre mil trois cent vingt-et-un
J'étais au quatre mil trois cent vingt-trois
Juste au-dessus
Et je l'entendais écouter
Il va mouiller dans l'hostie de poulailler
Toute la journée
Il me faisait royalement chier
Gaétan Bouchard.2006
 
 
POUTINE
L'Inca plein d'orgueil
L'Aztèque et le Maya
Cultivaient des patates
 
Pour faire pousser des patates
Ils firent ce que firent leurs ancêtres
Et chaque année
Ils récoltèrent
De belles patates
 
L'art de faire pousser des patates
Monta au Nord
Chez les Iroquois
Chez les Hurons
Et chez les Québécois
Qui apprirent à faire frire
De belles patates bien graisseuses
Découpées en juliennes
Ou en gros doigts du pays
 
René Lévesque lui-même
Dit un jour à un quidam
D'essayer sa recette
Du fromage en crottes
Déposé sur des patates graisseuses
Frites dans du saindoux
Arrosées d'une sirupeuse couche
De sauce brune
 
Le quidam a demandé à René
Quel était le nom
De cette infâme mixture
Digne d'une auge à cochons
Et René a répondu
Que c'était de la
Poutine
 
René Lévesque lui-même
A inventé la poutine
Et le Québec n'est toujours pas
Un pays indépendant
 
Quelle cruelle injustice
L'ONU devrait être saisi de cette affaire
La poutine c'est une affaire
De souveraineté
Comme la marelle
Le souque à la corde
Le parchési
Et les falafels
 
Le président de la Russie
S'appelle Poutine
Pour nous faire rire
Le roi de la poutine
C'est Roger, au restaurant
Ou Maude, à la cafétéria
Vladimir Poutine ne sera toujours
Qu'un pâle imitateur
Du mets des mets
Québécois
Gaétan Bouchard.2006
 
 
IN COD WE TRUST
Les vieilles croyances finissent par sentir mauvais
Elles sont comme le poisson
Oublié sur la rive
Par le pêcheur distrait
In cod we trust
La morue c'est la morue
Et l'Amérique c'est l'Amérique
Qui sommes-nous pauvres pêcheurs
Pour prêcher au monde que la morue
C'est la mort
Hu?
Du poisson frais, c'est du poisson vrai
Du poisson mort, c'est du poison frais
Il faut manger la moule
Avant qu'elle ne nous mange
L'essence de la vie
C'est un mot de trois lettres dans tous les cas
God or cod
That's the same thing
In cod we trust
En la morue nous croyons
La morue est éternelle
Même la petite morue
Le poulamon
Que l'on pêche l'hiver
À Ste-Anne-de-la-Pérade
Saoul mort avec des morceaux de foie de lard
Gelant sur les hameçons
La morue d'eau douce
La morue dodue
La morue c'est la morue
L'Amérique c'est l'Amérique
Et mon coin d'Amérique à moi
Il sent le poulamon
Le poulamon frais
Que l'on fait bouillir en gibelote
Avec des petites patates
Et des oignons
In cod we trust
Cod is the only thing
Thand you cod
It's the Thanksgiving Day
And the Great Cod is saying
See you soon buddy
We're going to dance a limbo rock
Des pensées aussi pures
Ne pouvaient être rendues
Que dans la langue
De George Orwell
Gaétan Bouchard.2006
 
 
 
TROIS PETITS OISEAUX
Trois petits oiseaux
Font des cuicuis ordinaires
Sur un perron sale
Du centre-ville
Je ne sais pas le nom de ces oiseaux
Parce qu'en ville
Les oiseaux n'ont pas de nom
Qu'ils soient gris, bruns ou verts
 
Daltonien comme je suis
Je n'entends que leur chant
Cuicui cuicui
Font les trois oiseaux
Qui ne sont ni gris, ni bruns, ni verts
Un peu blanc foncé
Avec des reflets d'asphalte
Ce sont des oiseaux sans nom
Mais ça
Je l'ai déjà écrit
 
Ce sont des oiseaux charmants
Et je n'ai plus assez d'inspiration
Pour en parler plus longtemps
D'autant plus que je ne nourris
Aucun intérêt
À décrire ces trois oiseaux ordinaires
Ni gris, ni bruns, ni verts
Qui par un hiver monotone
Chantaient leur chant
Comme si les chats
Étaient tous sourds
 
Gaétan Bouchard.2006
 
CÉRÉALES
Ce matin en mangeant mon bol de céréales
Je ne pensais à rien
Je ne faisais que manger
Mon bol de céréales
Et cela me suffisait
Il m'arrive souvent de ne penser à rien
Tout autant sinon plus souvent qu'il ne m'arrive
De manger des bols de céréales
Si je suis bien mon raisonnement
Les flocons de maïs tue la pensée
Si je l'avais su avant
J'y aurais penser à deux fois
Avant de manger
Des céréales
 
Gaétan Bouchard.2006
 
L'ANGOISSE DE LA PAGE BLANCHE
Je n'ai jamais eu l'angoisse de la page blanche
Et je suis tout de même un artiste du dimanche
La majeure partie de mes poèmes
Ont été écrits en alexandrins
Parce que j'aime mieux métamorphoser mes mots
En airs de guitare
Que de faire semblant d'entendre de la musique
Derrière une suite de mots sans rimes
Où les refrains sont absents
Quand j'ai du papier devant moi
J'écris, je dessine, je barbouille
Jusqu'à ce qu'il n'y ait plus le moindre espace
Pour y apposer ma signature
Cela ne vaut pas la peine
De signer des brouillons
Noircir les pages
Est bien la seule façon
D'en faire parfois jaillir
Du feu
 
Gaétan Bouchard.2007
 
Etc.
 
Ce n'est pas fini. Mon recueil de poésie frelaté est un work in progress. J'écris un poème insignifiant au gré du temps. Lorsque j'en aurai suffisamment, je vais les publier. Si je gagne le prix littéraire du Gouverneur général du Canada avec ça, je pourrai enfin dire à tout le pays que la poésie n'a pas de sens de nos jours. Ça ne m'aura même pas pris une heure
pour écrire ce recueil. Le génie, je laisse ça à d'autres. Tout n'est que question d'influences et de 5 à 7 bien arrosés en compagnie de la right person at the right place, comme le dit la locution anglaise.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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