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ABONNEMENT GRATUIT, PARCE QUE L'ARGENT ET LA POÉSIE FONT TOUJOURS MAUVAIS
MÉNAGE.
MOT DE L'ÉDITEUR
Envoi
Chères poétesses,
Chers poètes,
Ne
vous méprenez pas, je ne suis pas votre ennemi. L'Art est noble s'il est
inutile. L'utilité ne peut être, aux yeux de l'Art, que de la contrefaçon.
On trouve des tas de produits en boutique qui ressemblent à de l'art et qui
ne sont, somme toute, que des répliques. Il en va ainsi de la poésie. Dès
qu'on la réplique, elle ne vaut plus que le quart du prix. Au bout d'un
mois, on la trouve déjà dans les bazars du livre usagé et dans les dépotoirs
municipaux. Le poète voulait écrire des vers universels qui survivront au
temps, pauvre naïf, et ses poèmes servent maintenant de cale pour balancer
un réfrigérateur ou bien de ramasse-poussière dans quelque bouge malfamé de
la Mauricie ou d'ailleurs. Tous ses vers ont été imprimés pour rien, ou pour
si peu, qu'on se demande pourquoi gaspiller tant d'encre et tant de papier
pour quelque chose qui ne demandait tout au plus qu'un gaspillage de
salive. Je ne crois pas,
alors, que ce ne soit qu'une question de subventions. Le mal du poète est
bien plus profond mais... heu... pas plus profond que n'importe quel autre
type sur cette terre somme toute... C'est donc dire que l'on s'y méprend déjà,
même si la poésie ne sert à rien.
À
quoi bon écrire des poèmes, des vers, des chansons, des rimes, des
onomatopées, des listes d'épicerie ou bien des horaires de chemin de fer? Je vous
le demande et je n'y réponds pas. Je ne suis tout de même pas sur terre pour
fournir toutes les réponses, d'autant plus que je me trompe souvent, ce qui
ne peut que davantage me mériter votre méfiance à mon endroit. Un lecteur
averti en vaut deux et vous ne serez pas de trop, en duo, pour saisir ce que
j'ai écrit ici, facilement, avec les deux doigts dans le nez.
Je
n'ai produit aucun effort pour écrire les vers qui suivent. Ils sont venus
tout seuls, me privant de la possibilité de m'y trouver une quelconque forme
de génie. Ce sont des mots parfaitement inutiles sur un sujet tout aussi
inutile, c'est-à-dire la poésie. Celui qui dira qu'il ne vivrait pas sans
avoir lu un poème d'ici la fin du jour n'a probablement jamais eu mal aux
dents. Les seuls qui peuvent franchement prétendre qu'ils ne vivraient pas
sans avoir lu des vers avant de se coucher sont des édentés ou de fieffés
menteurs.
Soyez heureux, même si vous savez pas lire.
La
poésie est vraiment drôle.
Gaétan Bouchard
Éditeur
PS:
Vous pouvez toujours me faire parvenir vos poèmes par
courriel.
Je dois cependant vous avertir que l'on doit être capable de saisir mon
attention en moins de trois phrases pour me donner envie de lire quelque
chose de nouveau. Je n'apprécie pas beaucoup plus les fautes d'orthographe
ou de syntaxe. Tant qu'à écrire, aussi bien en connaître les règles.
Autrement, il vaudrait mieux retourner sur les bancs d'école au lieu de
jouer au petit futé avec une plume médiocre qui, même révisée par le
dictionnaire du logiciel Word, n'en gardera pas moins des traces indélébiles
d'amateurisme.

Marguerite
G.
Bouchard, Acrylique sur toile 20 X 25 cm, 2006
«L'Art, c'est comme la Poésie
voyez-vous: c'est en majuscules et ça prouve combien c'est important pour
le citoyen, quel que soit son numéro d'assurance sociale.»
Ancien
ministre de la culture d'un quelconque pays
«Je suis un artiste authentique. Je vis
au crochet de l'État et j'en suis fier. Si l'on me demandait de
travailler, je ne suis pas violent d'habitude, mais là je sais que je
pourrais étrangler.»
Artiste qui n'a produit qu'un seul tableau et trois poèmes au cours des 20
dernières années
PRÉDESTINÉ À DEVENIR POÈTE, COMME TOUS LES TRIFLUVIENS
JE SUIS NÉ À TROIS-RIVIÈRES, CAPITALE INTERNATIONALE DE LA POÉSIE
Trois-Rivières est une petite
bourgade de 135 000 âmes d'Amérique du Nord. Cette ville est située sur le
bord de l'autoroute Félix-Leclerc. On y trouve aussi un pont pour ceux qui
souhaitent traverser le fleuve St-Laurent sans se mouiller. L'île
Saint-Quentin, la piste cyclable et les Forges du St-Maurice sont les
seuls endroits qui vaillent vraiment la peine d'être vus. Le reste, c'est
comme partout ailleurs en Amérique du Nord. Et pourtant, cette petite
ville n'est rien de moins que la Capitale internationale de la poésie.
C'est bien pour dire.
POÈTES, DU PAPIER !
Par Gaétan Bouchard,
Trifluvien et amateur de poésie contrefaite
Trois-Rivières,
pour ceux qui ne le savent pas, est la capitale internationale de la
poésie. Ce n'est pas Paris, ni Venise, ni les îles Moukmouk. C'est
Trois-Rivières. Nous, les Trifluviens, écrivons des poèmes pour n'importe
quelle raison. Il est vrai que Trois-Rivières a longtemps été la capitale
des pâtes et papiers. Nous avions les usines Wayagamak, Canadian
International Pulp (CIP) & Paper et Domtar. Ces usines employaient presque
la moitié de la population de la ville dans les années '50.
Quand elles
ont fermées, tout un chacun s'est mis à écrire des poèmes sur des bouts de
papier, des poèmes patriotiques ou
non, pour passer le temps.
On estime
que plus de 89,7% des Trifluviens sachant lire et écrire rédigent des
poèmes. Que ce soit dans leur garage, à la plage de l'île St-Quentin ou
bien au port, à regarder le soleil briller au-dessus du pont Laviolette,
les Trifluviens écrivent des poèmes à toute heure du jour.
Ils les récitent dans la rue, en marchant à reculons. Les étrangers et les
touristes qui osent s'aventurer dans son centre-ville néo-existentialiste,
réplique en tire d'érable des bistros de la Rive Gauche à Paris, n'en
reviennent tout simplement pas: «Quoi? disent-il. C'est ça la capitale de
la poésie? Faites-moi rire!»
Des poètes locaux au langage pittoresque rappellent au visiteur qu'il est
bel et bien dans le nombril du Québec, Trois-Rivières, une ville qui a
toujours pété plus haut que le trou sans rien réussir, tout simplement
parce que nous, les Trifluviens, sommes d'abord et avant tout des inspirés
qui avons respiré pendant trop d'années l'odeur sulfureuse des papetières,
odeur qui n'est pas sans rappeler celle des flatulences occasionnées par
une suralimentation en sandwiches aux œufs aux petits oignons et à la
mayonnaise. Cette odeur fétide de pet papetier nous aura servi de phare
olfactif pendant des lustres, tant et si bien que la poésie vint toute
seule, aussitôt que ces usines fermèrent. C'était comme si Trois-Rivières
s'était subitement mise à sentir bon. Et, curieusement, c'est à peu près
au même moment que les papetières fermaient que le Festival de la poésie
faisait son entrée officielle à la rôtisserie St-Hubert ainsi qu'à la
cafétéria de l'UQTR. Il ne restait plus qu'à conquérir le reste du monde,
et pourquoi pas avoir droit à une émission d'une heure sur les ondes de la
radio communautaire.
Les
considérations matérielles nous importent peu, nous poètes et Trifluviens. Rien ne vaut le plaisir de
savourer l'écriture d'un poème, d'entendre des poètes, ça et là, 365 jours
par année. On entend la voix des poètes trifluviens tout aussi bien au
restaurant qu'au travail. Ne vous étonnez pas de circuler dans les rues de
Trois-Rivières et de vous faire tout le temps accoster par des types un
peu excentriques qui, bérets sur la tête et foulard au vent, vous
déclament leurs œuvres complètes. «Bleu ! Mauve ! Rouge ! Les couleurs
des coucous qui caquètent en se cassant la margoulette sur le spleen du
temps qui s'écoule, coule, coule !» Quand vous entendrez ça, vous
comprendrez qu'ici, à Trois-Rivières, nous savons émouvoir.
Vous
trouverez ici la programmation du
Festival international de la poésie .
***
Il y a
plusieurs poèmes affichés en permanence sur les murs de certains bâtiments à Trois-Rivières.
C'est une initiative du Festival international de la poésie. En voici
quelques-uns:
Plus brun que le brun de tes yeux.
Georges Lami, Les sanglots de la destinée, Écrits des Gorges, Longueuil,
1982
Ouf! C'est vrai qu'i' fa' pas chaud!
Étienne Bournival, Les proverbes du destin accablant, Éditions ABC,
Yamachiche, 1981
C'est cuit quand la chair se dégage
de l'os.
Mathilde Larose, Manuel de la parfaite ménagère canadienne-française,
Éditions Pratiques, Montréal, 1951
Ti-Guy Loves Ti-Tine
Anonyme, Graffiti sur un mur à Trois-Rivières
Vers insolites
«J'ai faim.»
Édouard Charpentier, Poète associé à l'école du réalisme plate qui n'a pas
encore reçu son chèque.
«Les chaussettes de la pieuvre
archiduchesse sont-elles des seiches ou des archi-seiches?»
Œuvre
inédite de Reynald Bolduc, un alcoolique notoire de Trois-Rivières qui lit ses poèmes dans
des rôtisseries et des buanderies
Poésie interactive
Écrivez un poème sur l'écran dans la zone blanche indiquée ci-dessous.
Prenez note que cela risque d'endommager l'écran de votre ordinateur si
vous employez du crayon feutre ou de l'aluminium en fusion pour écrire
votre poème à l'écran. En cas de doute, utilisez le clavier.
CONTE
DE LA FÉE TAXIDERMISTE
Une
fée dormait depuis des nuits
Et des
jours
Elle
se guérissait de son ennui
En
languissant quotidiennement
Dans
son lit trop confortable
Un
jour un grand méchant loup
Vint
lui mordre le cou
À vrai
dire
Il ne
fit que lui mordiller le cou
Et
après coup
Il
n'eut pas l'air bien malin
En
descente de tapis de bain
Car la
fée était taxidermiste
Pas
chauffeuse de taxi, non
Taxidermiste
Empailleuse d'animaux quoi
Comme
dans toute bonne famille
Il
faut une taxidermiste
Et
tout le monde dans sa famille
Était
taxidermiste
Donc
le loup n'était pas tombé
Sur
quelqu'une qui s'en laissait imposer
Même
au lit
Même
avec son ennui
Elle
l'a dépecé en moins de deux le loup
De
haut en large
Comme
ça
D'un
coup sec
Le
loup, un peu tard
Jura
qu'on ne l'y reprendrait plus
La
morale de cette histoire
Est
vaine
Mais
advienne que pourra
La fée
est comme ça
Taxidermistes du monde
Unissez-vous
L'homme est un loup pour l'homme
Et le
loup est une descente de tapis de bain
Gaétan Bouchard 2006
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L'éditeur et poète Gaétan Bouchard, unique
rédacteur de cette revue électronique, est aussi un artiste
multidisciplinaire. Il œuvre dans les domaines de la peinture, de la
musique, de la bande dessinée et de la littérature. Il tient un blogue sur
lequel vous trouverez tous les renseignements relatifs à ses prochaines
expositions ainsi qu'à ses productions artistiques en cours.
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La simplicité involontaire
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Ce site a été
conçu par Gaétan Bouchard.
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Rédaction & traduction anglais/français
MANIFESTE DE LA NOUVELLE POÉSIE
La
nouvelle poésie
Sera
comme l'ancienne poésie
Tout
aussi nulle et soporifique
Que
toute la poésie des poètes
Qui se
sont gargarisés d'un titre
Depuis
Pindare jusqu'à Roger Ouellette
La
nouvelle poésie
Sera
comme l'ancienne poésie
Parce
qu'il y aura toujours parmi les poètes
Des
ratés et des insignifiants
Tout
simplement parce que la poésie
Ça se
fait les deux doigts dans le nez
C'est
plus facile d'écrire un poème
Que de
découper une planche
Ou
bien de visser une ampoule
Voire
de se gratter le dos
On a
beau faire des simagrées
Dire
que l'art est ceci ou cela
Que
les poètes finissent toujours
Par
avoir l'air franchement cons
La
nouvelle poésie sera
Ou ne
sera pas
Qu'est-ce qu'on en a à foutre
La
nouvelle poésie
S'appellera
Lapin
Gaétan Bouchard.2006
LAPIN
Un
lapin gambadait dans les champs
Ciel
couvert et nuages méchants
Il est
sorti de son chapeau
Liberté quand tu nous tiens
Et
autres phrases prises
Au
hasard
Dans
ma p'tite tête
Coincoin
Lapin
Ture à l'huile
Lapin
Ture à l'eau
Etc.
Gaétan Bouchard.2006
Le Maître et Marguerite
Si vous n'avez pas lu
Le Maître et Marguerite
De Mikhaïl Boulgakov
Vous ne comprendrez pas la signification
De ce poème
Écrire un poème pour rendre hommage
À Boulgakov, un auteur que personne ne lit
Entre St-Roch-de-Mékinac et Chicoutimi
C'est comme se donner un vernis de culture
Pour épater la galerie
Donc je n'écrirai pas de poème
Pour lui rendre hommage
Et ce poème que vous avez sous les yeux
N'est que vent et poursuite de vent
Ponce Pilate s'en laverait les mains
Et Faust dirait à l'homme-chat
Que Boulgakov ne devrait pas envoyer
De lettres à Staline
Gaétan Bouchard.2006
Un poème instantané
«Penser... Rien que d'y penser, j'ai
envie d'écrire un poème sans y penser.»
Autre
ivrogne notoire qui écrit sur des napperons de restaurant aux petites
heures du matin pour donner un peu de consistance à sa déchéance physique
et intellectuelle
«Sapristi ! Ça sent l'ail mariné dans
du jus de chaussettes !»
Poème
inédit d'un célèbre fort en gueule
«J'ai reçu ma subvention.»
Poème
préféré des poètes québécois
ANTI
ADHÉSIF
Je
n'adhère à rien
Je
suis anti adhésif
Le
gras des idées
Et la
Foi bien grasse
Ne
collent pas dans ma tête
Je
n'ai pas de système
Je
n'ai pas de réponses toutes faites
Je
n'ai pas peur
J'ai
seulement de l'amour
Un
phénomène tellement
Déconnecté de la réalité
Qu'il
n'offusque personne
L'amour n'a jamais raison
Et
c'est pour ça que j'aime l'amour
L'amour, même si je n'adhère à rien
L'amour parce que naguère
Sans
l'amour
Je
n'étais rien
Passez
révoltes
Et
guerres civiles
Finissez sermons
Et
incitations au meurtre
Et...
Hee...
Qu'est-ce que je disais déjà?
Gaétan Bouchard.2006
LA MAGIE
DES MOTS
Des
mots de vocabulaire
Il y
en a
Et
pour les fins
Et
pour les fous
Le mot
saucisse
Renvoie à l'art culinaire
Et le
mot râteau
N'est
pas très beau
Faire
une rime
Avec
le mot crime
N'épate plus personne
Pourvu
que le mot soit juste
Pourvu
qu'il résonne
Le
sens on s'en fiche
À
moins que ce ne soit
Pour
le mot fish
Qui
comme on le sait
Provient de l'anglais
L'italien, l'espagnol et le russe
S'écrivent au son
Le
français et l'anglais
Demandent des milliards de leçons
Avant
d'écrire le moindre petit
Paragraphe
Ça
rend dingue le français
And English too
Le
français est tout aussi poétique
Qu'une
grille de mots croisés
Son
orthographe est figé
Depuis
Châteaubriand
Plus
personne ne sait lire en français
Hormis
moi et trois autres clercs
Qui se
donnent de l'importance
Avec
l'usage qu'ils font
Des
langues mortes
Joual
comme je le suis
J'aurais pu tout aussi bien écrire
Mes
niaiseries poétiques
En
copte ou en japonais
Pour
traduire ma réalité
Ma
réalité qui passe aussi
Par la
langue wendate oubliée
Le
montagnais et
Pourquoi pas
Le
japonais
Parce
que j'ai du sang à plumes
Dans
mes veines de balourd francophone
Quand
j'écris en français
Je
sais que j'écris en une langue
Qui
m'est devenue familière
À
force de me faire chier
À la
décortiquer
Nuit
et jour
Mémorisant Grévisse
Et
Edmond Rostand
Comme
si j'étais Démosthène
Avec
la gueule bien remplie
De
cailloux
Pour
me corriger d'être bègue
Ou
Québécois
Ou
Huron-Wendate
La
magie des mots?
Faites-moi rire!
Il n'y
a pas de magie dans les mots
Il n'y
a que de la mémoire
Et de
la syntaxe
Mes
ancêtres ont vu mourir
Leur
langue
Pour
s'approprier
Celle
des curés
Kwé
Kwé
Iro
C'est
tout ce que je me rappelle
Bonjour... kwé kwé
J'ai
dit... iro
Je ne
peux même pas vous dire
Je
t'aime
Dans
la langue de mes ancêtres
Mon
peuple est mort
Nous
sommes des Indiens devenus Blancs
Ou
bien des Vikings devenus Indiens
Par un
curieux hasard de la navigation
Ou
bien des hommes devenus bêtes
Ou
bien des
bêtes devenues hommes
Mon
peuple est mort
Je
n'en suis pas mort pour autant
Alors
ne venez pas me faire pleurer
Avec
votre poésie patriotique
J'écris en français
Parce
que je ne sais pas écrire
Convenablement
En une
autre langue
But just watch me
It could change pretty soon buddy
A language is just a tool
And if my tool is rusten
I'm gonna change it right away
Gaétan Bouchard.2006
|
Ondée
G.
Bouchard, Acrylique sur toile 20 X 25 cm, 2006
Freak
G.
Bouchard, Acrylique sur toile 20 X 25 cm, 2006
Cinq poissons
G.
Bouchard, Acrylique sur toile 20 X 25 cm, 2006
COMMENT ÉCRIRE UN BON POÈME
Il existe
plusieurs méthodes, scientifiquement éprouvées, qui peuvent vous permettre
d'écrire de très bons poèmes les deux doigts dans le nez.
Sachez que,
dans tous les cas, il vous faudra d'abord mémoriser les noms de tous les
poètes officiels du guide prévu à cet effet. Les membres de cette
association sans but lucratif ont été largement subventionnés au cours des
20 dernières années pour nous livrer leurs éructations, leur fatuité ou
tout simplement leurs fautes d'orthographe, que l'on corrigera avec une
autre subvention si nécessaire. De même que le camarade-poète qui manque
d'inspiration se fera aussi octroyer une bourse de voyage, per diem
inclus, pour aller trouver à Paris ou à Rio de Janeiro quelques strophes
pas piqués des vers. Nous ne nous égarerons pas plus en digressions.
Revenons au contenu.
Justement,
le contenu. Il importe peu pour écrire un bon poème. Un bon poème c'est
avant tout un contenant. Que ce soit pour écrire un poème, un communiqué
de presse ou bien une lettre d'affaires, l'écriture se fait toujours en
respectant les normes acceptées par le milieu. Dans le milieu de la
poésie, il faut d'abord écrire un titre (facultatif), un texte
(facultatif) et ajouté sa signature (facultatif).
Voici
l'exemple d'un texte qui pourrait se mériter un prix littéraire, dans la
mesure où le poète suivra les techniques de relations publiques et de
léchage de cul appropriées. Militer pour une cause, quelle qu'elle soit,
peut en effet accélérer la réception des honneurs et des médailles.
Évidemment, il faut savoir choisir une cause au goût du jour pour les gens
du milieu, sans quoi on devra faire des pieds et des mains pour vendre son
inspiration au prix du marché. On sera ravalé au rang de pique-assiettes
des 5 à 7 des arts et de la littérature, rôle peu enviable dévolu aux
«poètes maudits» qui ne valent guère mieux, somme toute, que les fous de
la cour de tel ou tel monarque, faisant mille cabrioles pour épater la
galerie et se mériter un os à gruger.
EXEMPLE:
Titre: Coukou, je soufre
Texte: Facultatatatif facultatifemend facultés
facilité thér vers
Auteur: __________________
Enlevez une syllabe au texte et devenez l'auteur d'un texte original, ce
qui vous permettra d'écrire votre nom sur la ligne prévue à cet effet.
Voilà ! Ce
n'est pas plus difficile que ça ! C'est vraiment à la portée du premier
prof de Cégep venu ou de n'importe quel adolescent attardé. Les fautes
d'orthographe sont essentielles pour conférer de la sincérité à votre
démarche artistique.
Gaétan Bouchard.2006
AUTRES EXEMPLES:
Je les ai
écrits moi-même. Cependant, n'y voyez là aucune marque de talent
particulier pour cet art qui n'évoque chez-moi que ma routine de
Trifluvien.
LES
5 À 7 FINISSENT TOUJOURS MAL
Il est
vernis
Il a
calé un 40 onces de vodka
Comme
s'il était un citoyen soviétique
Invité
au vernissage des artistes officiels
Membres du Parti
C'est
un 5 à 7 patriotique
Avec
des chansons à répondre
Amis
du Régime
Leurs
tableaux c'est de la merde
Des
bâtons de hockey
Des
carrés de couleur
Et des
détritus
Ça pue
C'est
laid
De la
merde
Il
vomit dans les chiottes
Il se
moque des tableaux, des artistes
Et des
vernissages
Il
gueule
On
l'expulse
On le
menotte
On
l'enferme
Il est
dans la merde
Il
dessoûle dans une cellule du poste de police
Le
pauvre type de la cellule d'en face
Lui
demande une cigarette
Merde
! Il n'en a pas
Il est
vernis
Si la
lumière pouvait s'éteindre
Il
aurait moins mal à la tête
Merde
!
Les 5
à 7 finissent toujours mal
Gaétan Bouchard.2006
POÈME PATRIOTIQUE
Ô pays des mille quelques choses
Et des souvenances
Et des vieux dinosaures séniles
Membres du Parti !
Ô pays !
C'est le mois de novembre
C'est le mois d'octobre
C'est le mois de juillet
Et je te ferai Terre de Québec
En me remuant le poulet
Jusqu'à ce que je hurle
Dans une dernière giclée
De jus patriotique
Ô gosses bleues !
Ô nouveaux clergés !
Ô membres du Parti !
Hôpitaux !
Ô Lionel Groulx
Ô Saint-Fumier de la patrie
Ô la bonne odeur de marde du pays !
Ô Laurentie
whiter than white
!
Ô ! Ô ! Ô ! Ô ! Ô ! Ô !
Ô !
Ô ! Ô ! Ô ! Ô !
...I just want to immigrate
Help me !
Gaétan Bouchard.2006
POÈTES, BURP, PROUT
Tu t'en allais
L'herbe sous tes souliers
Pliait
Le vert du gazon était plus foncé de
deux tons
Puisque tes souliers dessinaient une
ombre verdâtre
Sous l'arche de tes pieds
Si tu avais eu les pieds plats
L'ombre aurait été verdâtre quand même
Et quand bien même tu dirais le
contraire
Le vert sera toujours la couleur
De l'espérance
Donc, donc, donc,
Tu t'en allais
Et le gazon pliait
Comme il plie normalement
Sous le poids des pieds bots
Tout comme celui des pieds plats
La poésie, ma foi, n'en faisons pas
tout un plat
Un plat de lentilles
Chez l'optométriste
Ce n'est jamais donné
La poésie sans fautes d'orthographe
Ne saurait être de la poésie québécoise
Poètes, burp, prout
Gaétan Bouchard.2006
JEU DE HASARD
Roger fait
de la monnaie pour cent dollars
Et fout
toute sa menue monnaie
Dans une
Vidéo-Poker
Il le fait
trois, quatre, cinq fois par jour
Tous les
jours
Jusqu'à ce
qu'il n'ait plus rien
Puis quand
il n'a plus rien
Il pleure
Il dit que
Loto-Québec lui a fait perdre son âme
Et moi je
dis qu'il n'en a jamais eu, d'âme
Qu'il n'est
qu'une lopette
Qui dépense
tout son argent
Dans un jeu
stupide
Pour
personnes
Dénuées
D'âme
Bien fait
pour toi, crétin
Loto-Québec
a pris ton bien
Puisque tu
n'y tenais pas tant que ça
Et il ne te
reste que tes jérémiades
Tes pleurs
Tes larmes
Et le monde
entier se fout de ta gueule
Parce qu'il
faut être vraiment con
Pour mettre
tous ses gages
Dans une
putain de machine
Cesse de
pleurer Roger
Et deviens
un homme
Gaétan Bouchard.2006
L'HOMME DU RESSENTIMENT
Il rage
Cherche ses
raisons
Et sombre
dans sa déroute
Il jure
Il sacre
Il crie
Et flotte
aux commissures de ses lèvres
Des
humeurs, de la morve ou de la glaire
De quoi
vous rappeler
Qu'il n'est
pas homme à ricaner
L'esprit de
sérieux le dévore
Tout est
sérieux
Et son
éducation malfaite
Et ses
idées surestimées
Font de lui
l'homme qui ne chante pas
L'homme qui
rage et crie
Pour des
causes qui lui font oublier
Qu'il est
le roi des cons
Le dernier
des ratés
L'homme du
ressentiment
Dont
Nietzsche parlait
Tout en se
nourrissant
De ses
propres ressentiments
L'homme du
ressentiment
Il est
partout de nos jours
Il est in,
il est chic et branché
Il est
partout parce qu'il crie
Les médias
ne font pas de bonnes recettes
Avec des
sages qui se taisent
On doit
donc se taper
L'homme du
ressentiment
Tous les
jours
Tout le
temps
Et tenir
pour des vérités
Ses cris
puérils
Qui
camouflent les gargouillis d'estomac
De son
féroce appétit
Appétit de
fauve
Où toutes
les causes
Ne sont que
des tremplins
Pour mieux
se nourrir
Que
voulez-vous
C'est comme
ça
On n'y peut
rien
Gaétan Bouchard.2006
À LA GUERRE COMME À LA GUERRE
Pif
Crac
Boum
À la guerre
comme à la guerre
On se tape
On se cogne
On s'étripe
Et on se
donne toutes les raisons
Pour taper
encore plus fort
Pif
Crac
Boum
Pour le
fric
Pour le
crack
Pour la
baise
On
s'éventre
On s'élance
On
s'éviscère
C'est la
guerre
Que
voulez-vous y faire
Les
affaires sont les affaires
Les
barrières sont les barrières
Les
territoires sont les territoires
Les
parrains sont les parrains
Je contrôle
le chou rouge
Tu
contrôles le navet
Il contrôle
l'opium
Chacun
contrôle son jardin
Et ceux qui
n'ont pas de jardin
Détruisent
tous les jardins
Pour en
faire des stationnements
Pour le
matériel militaire
Pif
Crac
Boum
Et ça
recommence
Et ça
saigne
Et ça crie
À la guerre
comme à la guerre
À Rome on
fait comme les Romains
Et passer
sous une échelle
Un vendredi
13
Ça porte
autant malheur
Qu'un
vendredi 12
Un vendredi
14
Un vendredi
saint
Et ce n'est
pas une raison
Pour que la
vie et ses énigmes
Trouvent
tout leur sens
Dans les
proverbes
À la guerre
comme à la guerre
Mots
futiles pour justifier
L'injustifiable
Pif
Crac
Boum
Gaétan Bouchard.2006
Hommes des cavernes
G.
Bouchard, Acrylique, 20 X 25 cm, 2006
AYEZ
PITIÉ
Toutes les
raisons sont bonnes
Surtout les
mauvaises raisons
Pour faire
abdiquer sa logique
Pourquoi ne
pas raccourcir les faits
On ne peut
pas toujours être là
Pour
souffler les réponses qui conviennent
Pour chaque
situation nouvelle
Qui se
présente à la masse anonyme
Des
misérables
Ayez pitié
Tout le
monde a le droit
À l'erreur
Tout le
monde a le droit
Du plus
faible
De son côté
Gaétan Bouchard.2006
BEDING BEDANG
Beding
bedang
Saoul raide
Il remonte
l'escalier
Avec son
vélo
Il est
trois heures du matin
Et c'est la
canicule
Bedang
bedang
Les guidons
dans les airs
Les roues
autour du cou
La chute
inévitable
D'un
ivrogne célibataire
Des
quartiers malfamés
Beding
bedang
Et c'est
comme ça
Tous les
jours
Et restera
ainsi
Jusqu'à ce
qu'on le mette
En tombe
Beding
bedang
Beding
bedang
Ayoye
Ayoye
Gaétan Bouchard.2006
Mystérieuse chimie
G.
Bouchard, Acrylique, 20 X 25 cm, 2006
VERS À VENDRE
À tous les
ans
Le mois de
Marie
Jean-Marie
Marcotte
Place avec
précaution
Sa pancarte
Vers à
vendre
Dans la
fenêtre
De son
salon
Vers à vendrent
10 cents
C'est
griffonné au crayon feutre
Sur un
vieux bout de carton
Du carton
de boîtes de bananes
Avec les
trous d'aération
Où même les
lettres se perdent
Ver à vend ent
10 c nts
On ne voit
pas le s, le r
Et le e
Jean-Marie
n'est pas poète
L'écriture
est la partie
Qui lui
semble la plus visqueuse
Dans le
monde des affaires
Jean-Marie
nous prouve
Qu'il est
plus facile
De cueillir
des vers
Que de les
vendre
Que ceci
nous serve de leçon
Nous,
poètes sans lesquels
Les vers à
vendre
Ne seraient
que du domaine
Des
invertébrés
À tous les
ans
Le mois de
Marie
Jean-Marie
Marcotte
Placera
avec précaution
Sa pancarte
Vers à
vendre
Dans la
fenêtre
De son
salon
Tous les
ans
Toujours
Jusqu'à ce
qu'il crève
D'avoir
extirpé de la terre grasse
Ces vers
qui, tels des comédons
Ravagent le
tendre visage
Des
terrains de golf
Et autres
lieux ennuyants
Vers à vendrent
10 cents
Gaétan Bouchard.2006
Couac !
G.
Bouchard, Acrylique, 20 X 25 cm, 2005
Pourquoi j'écris
J'écris
Pour voir
Si les touches
de mon clavier
Sont propres
Mes premiers poèmes
J'ai écrit mes
premiers poèmes
Pour des femmes
Parce que je
croyais que ça faisait plus propre
De présenter
mon rut sous cette forme
Quand j'ai
compris qu'un bon poème
Ça ne valait
pas une belle gueule
Et que je
n'étais pas si laid
Pour perdre mon
temps
À me dépenser
en vers
J'ai dépensé
pour boire
J'ai bu dans
des verres
Et les femmes
ne m'ont pu sembler
Des créatures
inaccessibles
Et éthérées
Mais de la
chair, du sang et des désirs
Comme moi
Avec des zones
où les émois
Valaient mieux
que toutes mes lettres d'amour
Et tous mes
petits poèmes d'adolescent
Les femmes
m'ont libéré de la poésie
Si j'en écris
encore aujourd'hui
C'est pour voir
Si les touches
de mon clavier
Sont propres
Mes poètes préférés...
Blaise Cendrier
Louis-Georges Brassens
Victor-U. Gaux
Fernando Pesso-Hah
Arthur Rintintin
Jacques Prévert
Charles Baudelairfrais
Tristan Corbeille
Isidore Loquace
Oualte Ouittemanne
Charles Bukowsky
Un
russe anonyme
Une
concierge
Un
plongeur
Un
équarrisseur
Au Québec:
St-Denys-Garni
John The Wolf
Jean-Fier Fernand
Soeur
Ongèle
John Smith
Poètes et poétesses du monde entier, faites-moi
parvenir vos commentaires, des fois où ça m'intéresserait:
[email protected]
|
|
Floraison printanière sur l'île de Pâques
G.
Bouchard, Acrylique, 20 X 25 cm, 2006
UNE FRIME, UNE MOUSSE
ET UNE FRIMOUSSE
Petits poèmes automatiques
Par Gaétan Bouchard
Ma
préface
Préface-moé donc ça toé chose
Qu'j'lui ai dit pour mon livre
I' m'a
dit correct
Mais
tu corrigeras
Mes
fautes d'orthographe
J'sais
pas écrire
Même
si j'su's un grand poète
Un
poète qui fait partie du programme
Des
lectures obligatoires du Cégep
Un
poète qui a son nom dans toutes
Les
anthologies de la poésie québécoise
Un
poète qui goûte aux réceptions officielles
Au
Mexique, en France, au Zanzibar
Partout où se réunissent des poètes
Quand
l'gouvernement veut bien payer
L'billet d'avion et l'per diem
Bref
un poète avec des papiers
Comme
un travailleur de la construction
Qui a
lui aussi ses cartes
Pour
travailler sur les chantiers
Si
t'as pas tes cartes tu travailles pas
Si
t'as pas tes papiers
T'es
pas poète
Poète,
tes papiers
C'est
mon seul conseil
Donc
le poète officiel
Voulait bien préfacer mon livre
Mais
le problème c'est qu'moé
Ça
m'tentait plus
Rien à
foutre au fond
Pas
besoin de faire partie d'un troupeau
De
branleurs
Donc
donc donc
J'lui
ai dit qu'la poésie
C'était rien qu'd'la marde
Pis
j'ai écrit ça sur mon ordi
Même
si cette histoire-là
N'est
jamais vraiment arrivée
Juste
un rêve
Un
délire de l'imagination
Ça
doit être ça, ce qu'on appelle un poème
Tabarnak
Un
jour
Ce
poème sera dans une anthologie
Et
tous les autres qui figurent ici
Le
seront aussi
Juste
d'y penser
J'ai
envie de dégueuler
Je
sais trop bien que l'on finit toujours par honorer
Les
insignifiants
Donc
donc donc
J'attends les honneurs
Les
billets d'avion et le per diem inclus
L'anthologie
Le
grand prix de la Société Machin
Et la
médaille de la Légion d'Honneur
Les
lauriers
Et les
beaux dollars
Je
suis un grand poète
Je ne
suis pas pire que ces grands poètes
Qui
écrivent des vers nuls à chier
Des
mots creux
Des
phrases évanescentes
Des
hosties d'haïkus
Que
n'importe quel tarlais
Peut
écrire
En
moins de deux
Je
suis un grand poète
Parce
qu'au fond
Je ne
vaux pas pire
Que
les autres
Si
l'on ne croit pas en soi
Qui va
croire en nous
À
notre place
Alors
aussi bien y croire
Ciboire
C'est
pas sorcier
Pour
être un grand poète
Il
faut savoir nager
Nager
sur la bedaine
Sans
se mouiller la graine
Ah!
Poésie Pure!
Gaétan Bouchard.2006
Respiration
Respirons
Inspirons
Respirons
Inspirons
(Répéter
l'exercice pendant 2 heures)
Ah! poésie
pure!!!
Gaétan Bouchard.2006
La vie pue
Bon,
qu'est-ce que j'écrirais bien
Hum
Le
gars n'a pas d'inspiration ce matin
Pas du
tout
Et pas
plus qu'hier ou demain
Donc
La vie
pue
Et je
dis ça pour paraître profond
Ça
fait profond et fin d'esprit
De
dire que la vie pue
J'aurais tout aussi bien pu dire
Que le
fond de l'ère est vraie
Ou
bien qu'il y a de la rage dans l'ère
N'importe quoi pourvu que ça pue
Et que
ça ait l'air violent
C'est
tout ce que demandent
Ces
crétins de nihilistes
Qui
accordent des subventions
Aux
poètes incultes
Qui ne
savent dire que
La vie
pue
Gaétan Bouchard.2006
Haïku dans
l'cul
Aïe!
Il s'est rentré un haïku
Dans
le cul
N'est
pas poète
Qui
veut
Thank you for your haiku
But I've got pain in the ass
Gaétan Bouchard.2006
Un haïku pour Kérouac
Kérouac
était un fichu menteur
Il n'a
jamais voyagé en train
Et n'a
fait qu'un voyage en stop
Le
reste du temps
Sa
mère payait pour tout
Alors
ne faites pas chier avec Kérouac
C'est
de la frime
Et
puis c'es tout
Gaétan Bouchard.2006
L'amour
Je dis
à ma blonde
Que je
l'aime
Au
moins cent fois par jour
Je ne
lui écris pas souvent des poèmes
Parce
que ça demande du temps
L'amour
Et
j'aime mieux l'aimer, elle,
Que de
faire des simagrées sur le papier
Comme
un pauvre con
Qui se
prend pour un autre
Et ce
n'est pas le je qui est un autre
Mais
bel et bien un autre pauvre con
Un je
mal assumé
Qui
écrit des poèmes d'amour
Au
lieu d'être en amour
Donc,
je suis en amour
Et ne
m'emmerdez pas
Avec
votre guimauve
Je
n'ai pas besoin d'y croire
L'amour vrai
Vaut
bien tous ces poèmes nuls
De la
paperasse
À
peine plus imaginative
Qu'un
calendrier
Gaétan Bouchard.2006
La pluie
La
pluie tictaque
Sur
une boîte de Tic-Tac vide
Qu'un
quidam a jeté sur le trottoir
Comme
si la rue était un
Putain
de dépotoir
Si je
le trouve
Je lui
arrache la tête
Promis
Gaétan Bouchard.2006
Dada
Le
dadaïsme de Tristan Tzara
C'est
comme du steak de rat
C'est
insolite et inutile
Dada,
dada disait Tzara
Et
coincoin fait le canard
On
n'est pas plus avancé
Cuicui,
cuicui
Le
petit oiseau va sortir
Gaétan Bouchard.2006
Poésie québécoise
Pour
être un grand poète québécois
Il
faut être professeur de Cégep
Et
avoir vendu deux recueils de poésie
Dont
un à sa mère
Tout
le reste n'est que question
De
talent
Gaétan Bouchard.2006
Abîme
Abîme
insondable abîme
Trou
profond
Puits
sans fond
Chèque
sans fonds
Ski de
fond
Fonds
de placement
Abîme
insondable abîme
Gaétan Bouchard.2006
Lueur
L'eau
luit sur le fleuve
Et
vous voudriez que je conduise
Une
foutue motomarine
Qui
pollue l'eau et le silence
Pas
question
Les
motomarines sont pour les cons
Et je
veux voir luire
L'eau
sur le fleuve
Voilà
Gaétan Bouchard.2006
Assez des rodomontades !
Qu'est-ce qu'une rodomontade
Y'en
a-t-il une seule
Ou
plusieurs
Dit-on
une rodomontade
Ou des
rodomontades
La
connaissance du mot juste
Est-elle fanfaronnade
Fanfares et fifres
Tonnez
au loin
Ce ne
sont que des
Rodomontades
Gaétan Bouchard.2006
Nietszchéens je vous plains
Nietszchéens
Je
vous plains
Nietszche n'était pas un surhomme
Son
infirmière devait le nourrir
À la
petite cuiller
Et
changer sa couche aussi
Pendant qu'il se contentait
De
fixer le vide au-dedans de lui
En se
faisant pousser sa moustache
Nietzschéens
Vous
qui parlez de volonté
Et de
dureté
De
renversement de la morale
Et de
philosophie à coups de marteau
Je
vous emmerde
Vous
tous
Nietszche
Zarahoustra
Richard Wagner
La
domestique qui torchait le cul de
Nietszche
Vaut
bien trois millions de commentaires
De
nietszchéens hermétiques
Qui
ont mal assimilé
Leur
lecture
Du
grand barde germanique
Qui se
croyait un prince polonais
Gaétan Bouchard.2006
Chasse-galerie
Une
bande de bûcherons
Perdus
loin dans les bois
Font
une incantation au Diable
Pour
célébrer Noël
Avec
leur famille
Le
Diable leur dit d'embarquer
Dans
le canot
Et le
canot s'envole
Ils
frappent le clocher d'une église
Ou un
sapin
Je ne
suis plus trop
Et
c'est pas plus compliqué que ça
L'hostie de légende de la chasse-galerie
Je
m'en crisse d'aplomb
Gaétan Bouchard.2006
Snik snak
Snik
snak
Font
mes sandales
Sur le
plancher de céramique
Snik
snak
Snik
snak
Gaétan Bouchard.2006
Les poètes chanteront ce début
Jadis
Au
temps de mon enfance
Je
jouais au hockey
En
bottes de skidoo
Mes
bottes faisaient des
Sqwik
sqwik
Dans
la vieille neige glacée
Je
portais une tuque l'hiver
Parce
qu'il fait froid l'hiver
Sqwik
sqwik
Je ne
pensais pas que j'étais
Guy
Lafleur
Et je
n'écoutais jamais le hockey
À la
télévision
Sqwik
sqwik
Je
jouais au hockey
Parce
qu'il le fallait bien
Le
hockey c'était
Une
activité sociale plate
Parmi
tant d'autres
Activités sociales
Plates
Gaétan Bouchard.2006
Alchimie de l'onomatopée
Ho!
Ho! Ho!
Voyelles qui s'étirent sur un son haut
Haut-de-forme chloroformé
Et
toutes ces sortes de choses
Ha!
He!
Hi!
Ho!
Hu!
Hy!
(Il
ne faut jamais mettre de paranthèses dans un poème. Je ne sais pas
pourquoi d'ailleurs. Aussi bien en faire à ma tête.
Je
voulais tout simplement dire que ce poème s'est écrit tout seul,
facilement, sans nécessiter une seule calorie d'effort mental. C'est dire
que la poésie est un art accessible. N'importe quel imbécile peut devenir
un grand poète en moins de deux. Pour ce faire, l'imagination n'est pas
tant essentielle qu'on ne le croit. Il ne suffit que d'avoir une bonne
technique. On peut par exemple découper des mots dans un catalogue des
produits de Canadian Tire pour ensuite les piger au hasard.)
Ha!
Gaétan Bouchard.2006
Mots pigés au hasard dans un catalogue
des produits de Canadian Tire selon la technique indiquée dans mon poème
intitulé «Alchimie de l'onomatopée»
(NDLR:
Titre du poème)
L'existence serait sublime
Si la
nature nous était accessible
En
toutes circonstances
Si
nous pouvions nous ébattre
Comme
des amoureux fous
Sur
des plages aux sables blonds
À
contempler le soleil qui brille
Sur
les eaux calmes d'un lac
Jusqu'alors inconnu des hommes
Mastercraft
Black
& Decker
Rabais
000893445
Gaétan Bouchard.2006
1-2-3-4
Un
Principe premier
De
toutes choses
En
principe
Comme
si les principes
N'étaient pas interchangeables
Selon
les saisons
Pour
survivre
Deux
À deux
c'est mieux
Moi et
ma rigoleuse d'amour
Trois
Trinité
Trois-Rivières
Quatre
Frères
Dalton
Ah!
les chiffres
C'est
plein de poésie aussi
C'est
bien pour dire
Gaétan Bouchard.2006
4-3-2-1
Il
demeurait
Au
quatre mil trois cent vingt-et-un
De la
rue De La Couronne
C'était un petit bonhomme chauve
Célibataire
Qui
buvait de la bière
Tous
les jours
Je
sais qu'il demeurait
Au
quatre mil trois cent vingt-et-un
J'étais au quatre mil trois cent vingt-trois
Juste
au-dessus
Et je
l'entendais écouter
Il va
mouiller dans l'hostie de poulailler
Toute
la journée
Il me
faisait royalement chier
Gaétan Bouchard.2006
POUTINE
L'Inca
plein d'orgueil
L'Aztèque et le Maya
Cultivaient des patates
Pour
faire pousser des patates
Ils
firent ce que firent leurs ancêtres
Et
chaque année
Ils
récoltèrent
De
belles patates
L'art
de faire pousser des patates
Monta
au Nord
Chez
les Iroquois
Chez
les Hurons
Et
chez les Québécois
Qui
apprirent à faire frire
De
belles patates bien graisseuses
Découpées en juliennes
Ou en
gros doigts du pays
René
Lévesque lui-même
Dit un
jour à un quidam
D'essayer sa recette
Du
fromage en crottes
Déposé
sur des patates graisseuses
Frites
dans du saindoux
Arrosées d'une sirupeuse couche
De
sauce brune
Le
quidam a demandé à René
Quel
était le nom
De
cette infâme mixture
Digne
d'une auge à cochons
Et
René a répondu
Que
c'était de la
Poutine
René
Lévesque lui-même
A
inventé la poutine
Et le
Québec n'est toujours pas
Un
pays indépendant
Quelle
cruelle injustice
L'ONU
devrait être saisi de cette affaire
La
poutine c'est une affaire
De
souveraineté
Comme
la marelle
Le
souque à la corde
Le
parchési
Et les
falafels
Le
président de la Russie
S'appelle Poutine
Pour
nous faire rire
Le roi
de la poutine
C'est
Roger, au restaurant
Ou
Maude, à la cafétéria
Vladimir Poutine ne sera toujours
Qu'un
pâle imitateur
Du
mets des mets
Québécois
Gaétan Bouchard.2006
IN COD WE TRUST
Les
vieilles croyances finissent par sentir mauvais
Elles
sont comme le poisson
Oublié
sur la rive
Par le
pêcheur distrait
In cod
we trust
La
morue c'est la morue
Et
l'Amérique c'est l'Amérique
Qui
sommes-nous pauvres pêcheurs
Pour
prêcher au monde que la morue
C'est
la mort
Hu?
Du
poisson frais, c'est du poisson vrai
Du
poisson mort, c'est du poison frais
Il
faut manger la moule
Avant
qu'elle ne nous mange
L'essence de la vie
C'est
un mot de trois lettres dans tous les cas
God or cod
That's the same thing
In cod we trust
En la
morue nous croyons
La
morue est éternelle
Même
la petite morue
Le
poulamon
Que
l'on pêche l'hiver
À
Ste-Anne-de-la-Pérade
Saoul
mort avec des morceaux de foie de lard
Gelant
sur les hameçons
La
morue d'eau douce
La
morue dodue
La
morue c'est la morue
L'Amérique c'est l'Amérique
Et mon
coin d'Amérique à moi
Il
sent le poulamon
Le
poulamon frais
Que
l'on fait bouillir en gibelote
Avec
des petites patates
Et des
oignons
In cod we trust
Cod is the only thing
Thand you cod
It's the Thanksgiving Day
And the Great Cod is saying
See you soon buddy
We're going to dance a limbo rock
Des
pensées aussi pures
Ne
pouvaient être rendues
Que
dans la langue
De
George Orwell
Gaétan Bouchard.2006
TROIS PETITS OISEAUX
Trois
petits oiseaux
Font
des cuicuis ordinaires
Sur un
perron sale
Du
centre-ville
Je ne
sais pas le nom de ces oiseaux
Parce
qu'en ville
Les
oiseaux n'ont pas de nom
Qu'ils
soient gris, bruns ou verts
Daltonien comme je suis
Je
n'entends que leur chant
Cuicui
cuicui
Font
les trois oiseaux
Qui ne
sont ni gris, ni bruns, ni verts
Un peu
blanc foncé
Avec
des reflets d'asphalte
Ce
sont des oiseaux sans nom
Mais
ça
Je
l'ai déjà écrit
Ce
sont des oiseaux charmants
Et je
n'ai plus assez d'inspiration
Pour
en parler plus longtemps
D'autant plus que je ne nourris
Aucun
intérêt
À
décrire ces trois oiseaux ordinaires
Ni
gris, ni bruns, ni verts
Qui
par un hiver monotone
Chantaient leur chant
Comme
si les chats
Étaient tous sourds
Gaétan Bouchard.2006
CÉRÉALES
Ce
matin en mangeant mon bol de céréales
Je ne
pensais à rien
Je ne
faisais que manger
Mon
bol de céréales
Et
cela me suffisait
Il
m'arrive souvent de ne penser à rien
Tout
autant sinon plus souvent qu'il ne m'arrive
De
manger des bols de céréales
Si je
suis bien mon raisonnement
Les
flocons de maïs tue la pensée
Si je
l'avais su avant
J'y
aurais penser à deux fois
Avant
de manger
Des
céréales
Gaétan Bouchard.2006
L'ANGOISSE DE LA PAGE BLANCHE
Je
n'ai jamais eu l'angoisse de la page blanche
Et je
suis tout de même un artiste du dimanche
La
majeure partie de mes poèmes
Ont
été écrits en alexandrins
Parce
que j'aime mieux métamorphoser mes mots
En
airs de guitare
Que de
faire semblant d'entendre de la musique
Derrière une suite de mots sans rimes
Où les
refrains sont absents
Quand
j'ai du papier devant moi
J'écris, je dessine, je barbouille
Jusqu'à ce qu'il n'y ait plus le moindre espace
Pour y
apposer ma signature
Cela
ne vaut pas la peine
De
signer des brouillons
Noircir les pages
Est
bien la seule façon
D'en
faire parfois jaillir
Du feu
Gaétan Bouchard.2007
Etc.
Ce n'est pas fini. Mon recueil de poésie
frelaté est un work in progress.
J'écris un poème insignifiant au gré du temps. Lorsque j'en aurai
suffisamment, je vais les publier. Si je gagne le prix littéraire du
Gouverneur général du Canada avec ça, je pourrai enfin dire à tout le pays
que la poésie n'a pas de sens de nos jours. Ça ne m'aura même pas pris une
heure
pour écrire ce recueil. Le génie, je laisse ça à d'autres. Tout
n'est que question d'influences et de 5 à 7 bien arrosés en compagnie de
la right person at the right place,
comme le dit la locution anglaise.
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