


=> Nelly vu par JP
Daudé
(Extraits consacrés à Nelly
de son texte de souvenirs)
=>
Achille réagit à
l'éloge de JP : Il persiste et signe dans son refus de
l'idolâtrer :
=> Les déboires
de Mauran avec Nelly, racontés par jcf :
Alain nous parle aussi de Nelly Oui,
j'ai tenté de suivre le parcours de Nelly ces derniers temps
sans y parvenir vraiment. Quand tu écris Kierkegaard sur Google,
Altavista ou ailleurs, tu déclenches en même temps une
avalanche de Nelly Viallaneix. Dans toutes les langues... Essaie.
Ne
te souviens-tu pas que Nelly était à deux doigts de la
pâmoison, voire de la jouissance (mystique), lorsqu'elle citait
Kierkegaard.... ou quand elle disait " comme l'affirme Vladimir
Jankélévitch, mon maître...".
Vois-tu,
nous avions certes l'intuition que nous avions
été placés entre les mains d'un maître
d'exception. Mais nous étions bien loin d'imaginer que nous
avions cette énorme chance d'être entre celles de Nelly
Viallaneix.
Pour
ma part j'ai pris bien trop peu du trésor qu'elle nous offrait
car je manquais de la maturité nécessaire et de cette
culture élémentaire dont il aurait fallu que je puisse
disposer pour assimiler et retenir l'essentiel de son cours. Toutefois,
sans même m'en rendre compte un substrat de rigueur et de
méthode s'est constitué en moi comme une empreinte qui
m'a préparé pour la suite de mes études. Alors que
je peinais et piétinais énormément en Philo cette
année-là, tout m'est apparu facile par la suite. Du
fait de cette "prégnance", même les meilleurs ou les
plus fameux que j'aie pu croiser à Strasbourg ou à
Bordeaux me paraissaient tellement fades et approximatifs que je
n'ai jamais songé à les comparer à Nelly.
Nelly
Viallaneix , c'était un autre monde !
Je compte sur la vénération que lui portait Alain Bandiéra pour croire qu'il aura précieusement conservé ses cours de Philo qu'il passait des heures à retaper à la machine après les voir méticuleusement enregistrés en sténo. Je me proposerais alors bien volontiers pour les numériser afin d'immortaliser ce trésor.
Jacques TardifJ’en
étais bien certain !
Sans aucun
doute il suffirait que je fasse une sortie en brandissant ma croix et
ma bannière pour que les hordes sauvages des Huns et même
des Zôtres accourent à brides abattues et abreuvent mes
sillons d’incongruités lacano - trotskistes !...
Ah… ces
vrais faux nouveaux philosophes iconoclastes, sans foi ni lois,
qui mordent le sein de celle qui les a nourris aux premiers jours de
leur babillage philosophique !
Ils osent
s’attaquer à « ma référence à
moi, ma préférence à moi »…
C’est
Achille qui dégaina le premier en exprimant sa révolte et
en claironnant haut et fort qu’il ne considérait pas Mme Nelly
Viallaneix comme étant « notre maître à
tous » car elle ne fut pas sa maîtresse, qu’il
ne l'aimait pas et que son parfum outrancier l'indisposait. Et puis
c’est à ton tour de la rendre responsable de n’avoir pas pu te
trouver d’emblée en phase pour prendre part à la
contestation prolétarienne de 68 au motif que Nelly n’aurait pas
su ou voulu semer les graines de la dialectique marxiste
léniniste dans nos jeunes cerveaux !
Mais que
d’ingratitude quand on sait les efforts déployés et les
ruses employées pour nous préparer, sans que nous nous en
doutions vraiment, à apprendre et à devenir.
Il m’a
été donné de vérifier que je ne suis pas le
seul pour lequel Nelly Viallaneix représente cet amer absolu
sans lequel j’aurais sans doute été condamné
à davantage d’errance. Et pour étayer cette affirmation
je vais te raconter une anecdote qui ne te surprendra pas, d’autant que
tu en détiens désormais la clé. La chute sera
forcément fade ! Tant pis.
J’étais
alors en poste à l’étranger, et je m’étais
organisé pour rentrer en France un peu avant Noël. J’avais
été invité à prendre part au repas de fin
d’année qu’organisent chaque année les collègues
de Monique au Collège Fal de Biarritz. Comme je ne connaissais
pratiquement personne, sinon très superficiellement deux ou
trois collègues, je me contentais d’écouter poliment sans
prendre quelque initiative que ce fût et encore moins me mettre
en avant... ce qui n’est pas dans mes habitudes.
C’est
pourtant ce que j’ai été conduit à faire sans le
vouloir vraiment. Je suis certain que le plus timoré d’entre
nous en aurait fait autant.
Voici
pourquoi.
Bien
entendu, les profs parlaient des élèves. Ce doit
être génétique ! Dès lors qu’on met
deux profs ensemble ils ne peuvent pas s’empêcher de parler des
élèves. Ce qui est plus rare, c’est qu’ils inversent les
rôles… Jusqu’à cet instant là, certains se
demandaient avec une amertume affichée en quoi ils
étaient susceptibles, compte tenu du manque
d’intérêt manifesté par les enfants, de laisser
malgré cela une empreinte.
D’aigreurs
en récriminations quelques uns en venaient à refaire le
monde. Evidemment 68 en prenait pour son grade. La droite, et
« même » la gauche qui ne sait pas faire
mieux, les parents, l’institution, la couardise de l’administration…
Mais aucune place pour la recherche méthodique et
raisonnée des origines de cette dégradation. C’est de la
nature du prof que de rechigner à se remettre en cause.
Jusqu’à ce que quelqu’un se demande enfin, en retournant
la situation, ce qui faisait qu’on se souvienne de manière
indélébile de certains profs qu’on a eus, et ce qui est
responsable du fait qu’on s’empresse d’oublier la plupart des autres.
Démarche
saugrenue ?
Et qui de
raconter sa prof de ceci, son prof de cela, et qui d’en rajouter…
« Les profs, de notre temps, tiens, ma chère, ils
étaient considérés autrement.
Déjà !... Mais on garde en mémoire un prof
dans sa vie, je veux dire en tant que modèle, un
seul. » Et là, un jalon était
planté : la référence absolue.
Une
collègue d’une cinquantaine d’année, à
l’époque, prend la parole et, comme elle a l’assurance et
l’ascendant que lui confère sa position, elle retient
l’attention autour d’elle.
« J’ai
eu la chance d’avoir, en terminale, un professeur de philosophie qui
est parvenue à captiver la classe entière, l’année
durant, sans jamais que l’intérêt qu’on portait à
ses cours ne se relâche. Elle nous a confié un bagage qui,
sans être véritablement considérable, a
constitué pour nous un ensemble suffisamment vaste,
cohérent et structuré pour qu’on puisse y asseoir par la
suite tous les autres savoirs.
« Mais
surtout elle nous a rompus à la rigueur et à la
méthode. Son cours était structuré de telle
manière qu’on pouvait s’y repérer sans avoir d’effort
à faire. Le plan apparaissait spontanément : I… II…
III… A… B… C… 1…2… a)… b)… α-…β-…etc. Elle nous a inculqué l’art
du plan et celui de la démonstration laquelle nécessite
une construction rigoureuse. Et tout cela sans que nous nous en
rendions compte !
« Et
comme les « outils » ne suffisent pas à
former des esprits, elle nous contraignait à alimenter notre
culture en lisant des ouvrages – un par semaine – appartenant au
domaine de la littérature ordinaire avec le souci d’en
dégager les thèmes se rapportant à la philosophie.
« C’était
un personnage. Nous n’avons jamais pu avoir d’échange avec elle.
Et pourtant elle nous a marqués profondément. Et ce qui
est le plus surprenant, pour un professeur de philosophie, c’est
qu’elle était capable de débattre méthodiquement
de tous les courants sans jamais en démolir aucun. Aussi
étions nous incapables de savoir quelles étaient ses
positions propres sinon qu’elle plaçait « le respect
dû à l’être et le progrès humain »
au centre de toute réflexion. »
Là…
je te l’ai fait long pour m’éviter d’avoir à en rajouter
par la suite. En fait je suis intervenu beaucoup plus tôt
– et en disposant de beaucoup moins
d’informations – pour
l’interrompre avec autorité :
« Stop !...
Jacqueline, vous étiez à l’Ecole Normale de Clermont, et
votre prof de philo était Nelly
Viallaneix !... »
Notre
Jacqueline, que je ne connaissais pas encore, se montra
ébranlée puis médusée… Et moi tout autant
d’avoir eu ce culot et la grossièreté d’interrompre ce
prof d’anglais dans ce qu’elle souhaitait manifestement être
« son morceau de bravoure ». Elle a
été stoppée net et prit un air si
décontenancé et effrayé que je suis allé la
trouver pour lui permettre de se ressaisir.
Je
n’avais aucun mérite. C’est vrai. Il n’y en avait qu’une seule
au monde comme Nelly, si bien que je ne risquais pas de me ridiculiser
(je ne m’étais même pas posé la question de savoir
si je risquais de me vautrer…Quel dégât autrement !).
Bien
sûr que Nelly ne nous a pas tout montré ! Bien
entendu, elle ne nous a pas tout appris ! Evidemment elle ne nous
a pas donné tous les outils ! Il est clair aussi qu’elle
n’a pas su ou voulu établir avec nous le contact qui aurait
peut-être déclenché une démarche
différente et plus active de notre part. Assurément aussi
elle est restée retranchée derrière son
personnage et perchée sur son piédestal ! Mais oui,
elle n’avait rien compris de la docimologie et nous balançait
des « lattes » à faire déprimer les
plus entêtés à réussir !
Mais tout de
même !... Nelly, nul ne peut prétendre sans
blasphémer qu’elle n’a pas joué un rôle essentiel
dans ce que nous sommes aujourd’hui. Sans doute même à
cause de tout cela, parce ce faisant elle a fait germer
l’insatisfaction et le doute qui sont nécessaires pour alimenter
la volonté de progresser.
Nous ne
devons pas oublier que nous sommes arrivés à Clermont
pratiquement vierges de toute vraie culture. Souviens-toi du
questionnaire qu’elle nous avait invités à remplir lors
de son premier cours et du malaise que nous avons ressenti lorsqu’il a
fallu indiquer le titre des ouvrages (se rapportant à la
philosophie) que nous avions déjà lus… Fournier avait-il
seulement lu « Le grand Meaulnes » ? Nous
étions incultes, pour la plupart.
Consciente
de cela, Nelly avait institué son fameux et rusé
système de « Carnet de Lectures » qui nous
contraignait à lire, d’abord. Mais aussi à lire
intelligemment, ce qui n’est pas donné à tout le monde…
J’avoue que j’avais du mal ! Et ensuite à débusquer
des thèmes, à les analyser, à les mettre en
relation les uns avec les autres !... Puis situer l’ouvrage
lui-même dans un courant, …etc. Enfin il nous revenait de
rédiger le fruit de nos réflexions. Ce n’était pas
rusé, ça ? Et redoutablement efficace, car je
n’aurais jamais imaginé qu’on puisse trouver autant de choses
dans Anna Karénine, moi…
C’est de
cette contrainte, au début irritante et pénible, que j’ai
appris à lire en survolant le superflu, l’anodin, le
remplissage, le décorum, pour aller à l’essentiel, le
cerner, m’en imprégner et prendre les notes indispensables
à une bonne mémorisation. C’était donc aussi un
outil qu’elle visait à nous donner, et non pas seulement le
goût de lire pour rattraper notre inévitable retard
culturel.
Pour ce qui
concerne le contenu de ses cours, elle s’en est tenue, c’est vrai
à un survol historique des courants philosophiques. Pour une
première année de philo avait-elle un autre choix que
celui de viser à ancrer solidement les connaissances
élémentaires qui nous permettraient de nous situer
nous-mêmes, de nous repérer dans nos lectures, et, par la
suite, de situer nos connaissances nouvelles ?
Pour un
« survol »… la matière était
pourtant copieuse. Des philosophes de l’antiquité, elle n’a rien
amputé ni négligé, je crois, et nous en avons
conservé l’essentiel. Des philosophes classiques non plus, je
crois, ni de ceux dits « des
Lumières » dont il n’y avait pourtant pas tant
à dire que cela. Les courants contemporains, l’existentialisme,
Camus, Beauvoir, Sartre, le structuralisme, Claude Lévy Strauss
(oui, Monsieur…), la psychanalyse (sans Lacan, je te le
concède !)… Quoi que tu en dises, Kant, Hegel, Spinoza,
Heidegger, Schoppenauer et
les autres y sont passés aussi. Nous étions prêts
à parler de tout et de tout ce beau monde pour le bac.
Karl Marx…
Oui, c’est vrai, j’admets bien volontiers qu’il a été
survolé et même bâclé quand on sait ce que la
pensée marxiste et ses retentissements ont
représenté. Toutefois, avec le marxisme on sait quand on
entre dans un « machin » pareil… sans savoir ni
quand ni surtout comment on en sort de cette aventure !
Devait-elle accepter le risque de s’y prendre comme beaucoup de profs
de philosophie l’ont fait (par démagogie ?) en s’y
consacrant pratiquement exclusivement et en négligeant
délibérément le reste ?
Non. Nelly
nous a permis d’acquérir ce savoir initial et fondamental sans
lequel nous aurions été handicapés pour la suite
de nos études. Je ne peux pas imaginer qu’on ait pu ressentir
cette formation comme jouant le rôle d’un
« carcan » susceptible d’avoir limité nos
acquisitions ultérieures, comme tu sembles le prétendre.
Je ne pense
pas qu’on puisse dire non plus qu’elle aurait
délibérément « occulté un pan
important de la pensée moderne » car c’était
à nous d’aller l’explorer. De même j’estime que ce serait
lui faire un mauvais procès que de lui reprocher d’avoir
« trop orienté son cours vers l’existentialisme
chrétien ». Peut-être le filtre de ma
mémoire n’a retenu que le bon et rejeté le moins bon.
Mais alors comment se fait-il que personne, à l’époque,
n’était capable de dire dans quel courant nous aurions pu situer
Nelly ?
Et
même si c’est vrai et que je me trompe, je serai toujours de
mauvaise foi pour la défendre !
Car c’est
moins le contenu de ses cours et des idées qui y ont
été développées, mises en valeur ou
combattues, qui importe à mes yeux dans les traces qu’elle a
laissées en moi plutôt que l’esprit de rigueur et de
méthode qu’elle est parvenue à susciter en nous.
A-t-on pu
oublier que lorsqu’elle « disait » son cours, les
phrases se déroulaient en spirales de telle sorte que les
premiers mots que nous avions écrits à toute vitesse,
même si nous ne pouvions pas enregistrer la suite, pouvaient
trouver leur enchaînement dans la phrase suivante comme si nous
ne rédigions qu’une seule et même phrase. Cela
fonctionnait presque à tous les coups. Par quelle
magie ?... J’ai tenté de le faire moi-même sans
jamais y parvenir.
Et puis
cette limpidité et cette rigueur du plan ! Cet art
consommé de la démonstration qui en découle !...
Je pense que c’est le meilleur « outil » qu’elle
ait pu nous léguer.
Il me
suffisait, des années après, de dresser le squelette de
ce que je m’efforçais de démontrer, d’y rattacher les
références qui me seraient nécessaires pour
appuyer mes propos, de réviser un peu la posture de l’ensemble
après mûrissement de la réflexion,
d’ébaucher ce qu’il me faudrait mettre en valeur dans ma
conclusion… Et le tour était pratiquement joué !
Restait seulement à ne pas trop rater l’intro :
définitions, problèmes posés, plan suivi… De cette
manière, même si des aspects avaient pu nous
échapper lors de la recherche des idées, ils
déboulaient tout à coup au détour du plan.
Forcément…
A l’occasion
d’un oral du Capes, j’ai été pratiquement sauvé
par mon plan à
Si je
n’avais pas disposé de mon « plan »… je
n’aurais sans doute pas obtenu la note de rêve qui m’a
été décernée à cette occasion. Il
est vraisemblable que je me
serais même vraiment
« vautré ».
Alors, hé !... Les hordes sauvages trotskistes récriminatrices !... Sans foi ni lois !... Parricides sanguinaires ! Mécréants ! Camembert !... Laissez-moi brandir bien haut la lumineuse bannière de Nelly Viallaneix, « notre maître à tous » !
Voilà…
« ma révérence à moi » !
Beau
morceau de bravoure.
Je te ferai cependant remarquer que mon mail n'était pas, loin
de là, une descente en flèche de Nelly. J'y reconnaissais
volontiers, si tu relis ma réponse à ton courriel,
qu'elle ne pouvait peut-être pas aborder avec nous, à ce
stade et eu égard à notre inculture, les auteurs que je
mentionnais.
Quant au marxisme ou neo-trotskisme, tu as déjà pu te
persuader, je pense, qu'il n'y a pas plus anti-marxiste (en tout
cas anti-communiste) que moi désormais. Mais je persiste
à penser, que sans faire de la propagande marxiste
déguisée, il était possible de moins caricaturer
les thèses du courant de pensée disons, pour faire trop
rapide, "matérialiste", aussi bien le matérialisme
moderne du 19ème que l'antique. Voir à ce sujet le
succès que rencontrent les conférences et les ouvrages
d'Onfray, qui réhabilite des penseurs comme Démocrite et
Spinoza (j'avoue avoir oublié ce qu"elle nous avait dit sur lui.
comme j'avais oublié qu'elle nous eût parlé de
Heidegger, Schoppenauer et Levi-Strauss, Kant, Hegel. Dont acte. Tu as
sans doute une meilleure mémoire que moi. La pensée
de ces auteurs n'a quand même pas été aussi
développée que celle des classiques et des
existentialistes, tu me le concèderas peut-être, sinon, je
me souviendrais peut-être mieux de ce qu'elle en a dit....
Et pourtant, il est question de ces philosophes
beaucoup plus que des existentialistes, chrétiens ou non,
aujourdhui. Mais je reconnais que cela n'est pas nécessairement
un critère pour juger de l'importance respective des auteurs en
question.
Je ne me souviens toujours pas non plus de développements
marquants sur la sociologie et ce bon vieux Durkheim (sans doute lui
aussi un positiviste comtien selon elle), à qui je dois pourtant
plus tard une bonne compréhension de l'anthropologie et
notamment du totémisme et des religions dites
"archaïques".
Mais, comme je l'ai dit dès mon premier courrier, je peux
comprendre que tout n'ait pas été vu. Ce qui me
gêne plus, c'est ce parti pris un peu systématique
à expliquer l'histoire des idées autour de la trilogie :
idéalisme classique, puis scientisme/matérialisme et
enfin renaissance moderne existentialiste, réalisant une
synthèse idéale au profit de la réhabilitation
d'un certaine forme d'idéalisme (ou plutôt humanisme)
athée qu'aurait été, selon elle, l'existentialisme
de Sartre, cet exisentialisme étant complété
spirituellement, toujours selon elle, par l'existentialisme
chrétien.....
Mais on se calme, si tu relis mon "je m'souviens" sur mon plantage en
philo, tu verras que j'attribue mon échec à mon auguste
personne d'abord et surtout, et non à la prof. Ne pas
l'idéaliser comme tu le fais, ne signifie pas que je ne la
considère pas comme une excellente enseignante.
Elle m'a marqué, bien sûr, ne serait-ce que parce qu'elle
fut la première à me parler de choses dont d'autres
auraient pu me parler, un peu moins bien ou tout aussi efficacement, en
tout cas différemment.....
Quant à la méthode qu'elle nous a inculquée (et
qui correspondait de toutes façons à ce qui était
enseigné partout à l'école française de
l'époque), la fameuse thèse antithèse
synthèse, j'avoue l'avoir vécue plutôt comme un
carcan m'empêchant de construire ma pensée propre (si j'en
avais une il est vrai...). Tu dois savoir que cette manière de
construire la pensée, imposée à des
générations de petits français n'est pas
universelle, qu'elle n'existe presque que chez nous (est inconnue chez
les anglo-saxons...), qu'elle fut critiquée en son temps, par
les gauchistes marxisants de 68 je te l'accorde, comme un des postulats
non démontrés de la pensée bourgeoise, selon
laquelle les contradictions devraient se résoudre dans une
synthèse modérée entre les extrêmes. C’est
plutôt ce que je pense maintenant, mais je crois que cette
contrainte, toute légitime qu'elle fût alors - et de toute
façon certainement conforme aux programmes en vigueur - et
qu'elle soit encore aujourd'hui, m'a gêné pour construire
mes devoirs et développer ma pensée comme elle
s'ébauchait à l'époque, sans doute de
manière réductrice et trop binaire. C'est, je crois, en
partie parce que l'université a accepté que mes plans ne
se conforment pas strictement à ce schéma organisationnel
en trois parties, que j'ai peut-être mieux réussi mes
études universitaires.
Voilà, c'est tout ce que je voulais dire. Pas de quoi faire un
infarctus. Avec l'âge, je suis plutôt enclin à
privilégier une synthèse raisonnable (middle of the road)
à la Nelly, qu'à me complaire dans l'extase des
affrontements binaires adolescents, et je ne suis pas en train de dire
que Nelly avait tort méthodologiquement. Mais de ton
côté, il ne faudrait peut-être pas bloquer les
compteurs en 62. Essaie d'admettre sereinement qu'il y a eu à
cette époque d'autres très bons profs de philo
n'enseignant pas comme Nelly. Celui ayant sévi à Moulins
par exemple était très apprécié par mes
copains non "philosophes" bourbonnais. Et la méthode qu'elle a
su inculquer à certains (pas à moi je l'avoue
honteusement, cela ne m'a pas empêché de faire un bout de
chemin..) aussi rigoureuse fût-elle, n'est peut-être pas la
seule que l'on puisse utiliser pour rédiger ou simplement penser.
PS. Je connaissais bien Alain Fournier, quand même, il est
né à ... Meaulnes, près de
Montluçon... (Ou y a passé quelques années de sa
première enfance avant d'aller dans le centre... )
J'étais également un admirateur de Camus, ceci avant
d'arriver à Clermont, et j'avais lu les pièces politiques
de Sartre ainsi que les chemins de la liberté. Les copains se
foutaient d'ailleurs de ma gueule à ce sujet. Ils avaient sans
doute raison, car je l'avais probablement mal compris et
digéré (Camus), à en juger par la note obtenue
à la disserte dont je parle dans un de mes souvenirs.
Et pourtant, sa thèse principale, (révolte oui,
révolution non), me convient parfaitement maintenant que
je suis mieux capable intellectuellement de la recevoir et de la
comprendre. Son livre "l'homme révolté" est l'un des mes
livres de chevet. Il m'aide à y voir clair et à
mieux penser un engagement possible au milieu des débats
sectaires actuels. Le chapitre sur le procès de Louis XVI, par
exemple, est, je pense, l'un des plus achevés de
l'ouvrage....... A lire et à relire pour qui veut comprendre les
procès en sorcellerie qui sont faits à des hommes
politiques ou intellectuels (de gauche modérée ou de
droite, parfois de gauche tout court..) censés être par
essence - ou être devenus - les suppôts de l'hydre ultra
libérale ou du fascisme imminent. Nos St-
Just post-modernes, oubliant les leçons du passé,
diabolisent en effet toute vélléité de dissidence
par rapport à la "ligne" qu'ils estiment être
politiquement correcte. Pire encore, s'érigeant en "Big
brother", ils "vaporisent" - pour reprendre l'expression d'Orwell
dans 1984, l'un
des romans du siècle à mon avis - en deux lignes
ou phrases vengeresses tous ceux qui osent s'écarter,
serait-ce d'une demi-pensée, de cette ligne. Ces inquisiteurs de
tribunal révolutionnaire me font craindre de futurs goulags si
les
gens qui les prononcent venaient par malheur à prendre le
pouvoir. L'enfer totalitaire est parfois pavé de bonnes
intentions progressistes.....
Salut, continuons à débattre, c'est très stimulant
et peut-être quelques autres se joindront-ils à nous, si
nous mettons ces échanges en ligne........
jcf
Tardif,
encore :
Où
se cachent les avocats du Diable ?
Des ces propos feutrés qui me sont parvenus, je sens sourdre pourtant la sourde indignation de ceux qui n’ont pas voulu conserver de Nelly l’image que je me suis efforcé de faire ressortir. La fronde gronde !... Je la perçois. Les avocats du Diable ne vont plus tarder à se montrer, j’espère, pour chiffonner rageusement ma si pieuse image.
Qu’ils clament haineusement au grand jour ce qu’ils ruminent traîtreusement tout bas ! Qu’ils se déclarent enfin ! Qu’ils viennent sur le pré s’ils ne craignent mes foudres !
Jacques Tardif. 5/1/2006
jcf pas
intimidé par les menaces du teuton :
Même pas peur !!!!
Quant
tu veux, où tu veux, comme tu veux pour le duel sur le
pré... des idées.....
Allez-y les gars... et les filles.... On va quand même pas
se laisser intimider par un intégriste de l'ETA qui essaie de
faire passer ses idées dangereuses sous couvert de ralliement
à l'existentialisme chrétien.........
Non mais alors .............
jcf 5/1/2006