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L ' A C O N C A G U A LE MAL AIGU DES MONTAGNES |
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Le MAM, mal aigu des montagnes, fait partie des risques inhérents aux expéditions en altitude. À mon avis, l'andinisme n'est pourtant pas le plus dangereux des sports: qu'on en juge!Des médecins résident en permanence aux camps de base de Plaza Argentina et de Plaza de Mulas. Ils procèdent à un examen sommaire sur chaque grimpeur dès son arrivée à ces camps (environ 4200m): mesure du pouls et du taux d'oxygène dans le sang. Ces deux mesures permettent de diagnostiquer l'acclimatation et l'altitude. Si le taux d'oxygène est supérieur à 80% et le pouls est inférieur à 80, c'est que l'acclimatation se passe bien. Un deuxième examen effectué 4 ou 5 jours plus tard, au moment de quitter définitivement le camp de base pour les camps d'altitude fournira un bon pronostic du comportement au delà de 5000m. Pour ma part, ces mesures ont donné 84% et 77 au premier examen, 89% et 74 au deuxième: «bon pour le service». Tous ceux dont les paramètres étaient inférieurs à 80% et 80 ont du abandonner tôt ou tard.![]() Visite médicale; à gauche, Anne-Marie,Torontoise, l'index droit inséré dans un appareil servant à mesurer le poul et le taux d'oxygène dans le sang, au centre Christina, guide qui prendra la relève de "Pollo" comme chef d'expédition, et le médecin.
Outre ces examens, les médecins ont fort à faire. Pendant notre séjour, notre médecin a du constater deux décès, passer des heures au chevet d'un asthmatique évacué ultérieurement par hélico, grimper de toute urgence au camp 2 pour secourir quatre valeureux Américains qui avaient méprisé le mauvais temps (deux d'entre eux, pieds et mains gelés, ont du être redescendu en civières-traîneaux, les hélicos n'intervenant pas au-delà des camps de base), soigner de nombreuses engelures, céphalées, nausées, entorses, etc. La meilleure référence disponible en matière de MAM est le protocole du lac Louise publié par santé Canada (eh oui! le Canada a parfois du bon). Ce texte répond notamment d'une façon précise à la lancinante question qui meuble les conversations des alpinistes: Diamox (acétazolamide) ou pas Diamox? Ce médicament possède d'étonnantes propriétés tant préventives que curatives contre le MAM. La réponse est simple, et le meilleur conseil est le suivant: en prendre 125mg (un demi comprimé) avant de dormir, et ce dès le début de l'expédition. Mieux vaut d'ailleurs le tester bien avant pour en constater les effets. À cette faible dose, ses effets indésirables,telle la parésthésie, (picotements aux extrémités et au visage) sont limitéa ou absents. Le Diamox, par l'excrétion rénale des carbonates, améliore l'oxygénation sanguine, ce qui a pour effet de régulariser la respiration durant le sommeil. Il prévient ainsi l'apnée du sommeil pour le plus grand confort non pas tant de celui qui en est atteint mais du pauvre qui partage sa tente et qui redoute à tout moment à ce que sa nuit soit irrémédiablement compromise par une apnée définitive de son voisin. Le Diamox agit donc comme un somnifère efficace. Son effet sur la respiration permet de surcroît la prise de somnifères à action brève (benzodiazépine). Le bonheur d'un bon sommeil à 6000m! Pour ma part, chaque soir j'ai pris mon demi comprimé de Diamox (125mg), et un soir sur deux un somnifère. Excellent résultat: aucune migraine, ni nausée, rien! Je n'ai pris en tout que deux aspirines par sympathie à l'égard des malheureux, qui, la tête dans un étau, se bourraient d'analgésiques. Et pourtant, cette ballade constituait ma toute première expérince de la haute montagne (hormis une petite rando de trois jours l'année précédente). Ce protocole passe cependant sous silence les tests précités et les effets de l'altitude sur la tension artérielle. Selon le médecin argentin de permanence à Plaza Argentina, à l'altitude de ce camp de base (4250m), pour un sujet donné, la pression artérielle est de 20mm supérieure à celle mesurée au niveau de la mer. Ce phénomène, mal expliqué, ne constitue nullement une contre-indication à l'escalade pour un hypertendu dont la pression serait bien maîtrisée. Toutefois, étant donné la particularité hygrométrique de l'Aconcagua où règne une sécheresse extrême (ce qui explique l'absence totale de végétation au delà de 4000m), le recours aux diurétiques (indapamide) est vivement déconseillé. À la déshydratation causée par l'altitude (polyurie) et la sécheresse s'ajouteraient les effets de l'indapamide et du Diamox, ce dernier agissant aussi comme diurétique. Il est donc impératif de substituer à l'indapamide un antihypertenseur d'une autre classe: il y a plus agréable en montagne que de pisser quatre fois par nuit dans une bouteille en prenant bien soin de ne pas arroser son sac de couchage. Quoi qu'il en soit, pour combattre la déshydratation, il faut ingurgiter pas moins de six litres de liquide par jour, en veillant évidemment à l'équilibre des électrolytes, c'est à dire en ajoutant à l'eau des sels minéraux remplaçant ceux excrétés en abondance (sodium, potassium). Aux poudres tel le Tang, qui ne contiennent que du sucre et du colorant, ou le Gatorade, bien minéralisé mais aux arômes si délicats (telle la fameuse saveur de framboise sauvage autant qu'artificielle réhaussée de fumet de graillon de rôti de porc, délice absolu au sud du 45e) qu'ils redoublent la nausée déjè fréquente en altitude, bref, à ces cochonneries, on préférera des produits organoleptiquement neutres. En tous cas, avant de partir, un bon examen médical assorti d'un ECG à l'effort n'est pas un luxe. Pour en savoir plus : http://www.chu-rouen.fr/ssf/pathol/malaltitude.html |
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