pr�c�dent
Elle me fit asseoir, et me mit du beurre, de la confiture et du lait frais sous le nez, puis s'assit en face de moi et me dit sur un air blagueur:
- Tu as bien mauvaise mine, ma fille!
- J'ai eue du mal � dormir...
- �a...la musique de la nature, on s'y fait au bout de quelques jours!me rassura le plus jeune tante
Il �tait dix heures du matin. Je fus � la fois �tonn�e de l'heure � laquelle j'avais r�ussi � me r�veiller et un peu d��ue du peu de temps que j'avais mis pour r�ussir � m'immerger, la veille, dans mon sommeil.
J'observais Lily-Rose prendre la main, amoureusement d'Antoine, embrasser ses paumes et dire du bout des l�vres sans qu'aucun son ne sorte : "je t'aime".
Je prenais plaisir � voir ces deux l� s'aimer.

Lorsque je connus Lily-Rose, quelques mois auparavant, elle n'�tait pas dutout comme �a.
C'�tait la rentr�e, et nous nous �tions retrouv�es sur le m�me banc dans l'amphith��tre. je venais alors encore de me disputer avec Jean, et elle avait �cout� attentivement notre sc�ne tout en restant en retrait, attendant � l'arr�t du bus avec nous. D�s le premier cours, elle n'avait pas ses affaires et me demanda si je pouvais lui pr�ter une feuille, puis me dit doucement:
- Dis donc, entre toi et ton mec, �a a pas l'air d'�tre rose...
- C'est pas mon mec.avais-je r�pondu s�chement
- Ah...ben c'est tant mieux, parce que moi j'aurais pas pu tenir des propos aussi ma�tris�s avec lui...vu comme il te r�pondait.
- Oui...c'est vraiment un gamin.
- Totalement! Je lui aurais foutu des baffes, moi.
- Mais t'est une violente toi!avais-je
- Bah! C'est la Lily-Rose r�action!
- Moi c'est Elise, enchant�e!
Tout le long du cours, elle ne parut pas tr�s pr�occup�e, griffonnant dans la marge de la feuille que je lui avais donn�, un pr�nom que je n'arrivais pas � lire. Lorsqu'elle vit que je la regardais �crire pour la dixi�me fois le pr�nom dans un calligraphie diff�rente, elle sursauta l�g�rement et rit.
Le professeur demanda le silence, et elle couvrit soudain sa bouche des deux mains comme un enfant, puis me chuchotta tout en pointant du doigt:
- Si je pouvais l'engeuler comme toi tu engeules le "sale type", je crois que j'en serais quitte depuis longtemps...il s'appelle comment au fait, le "sale type"?
- Jean.
- Moi, Marc...il �tait un peu comme ton jean...
- C'est pas MON Jean. avais-je r�pondu froidement
Elle sourit un peu mal � l'aise de la familiarit� qu'elle s'�tait permise de cr�er entre elle et moi et s'excusa, puis s'enferma dans un silence que je brisais quelques secondes plus tard avec un sourire.
- ...comment il �tait Marc?m'enquis-je
Elle se tourna vers moi, avec ce sourire d'enfant qui la rendait joyeuse.
- Il se permettait beaucoup de choses aussi, et se prenait pour le nombril du monde ...Il s'habillait toujours avec des marques, c'est pour �a que quand je l'ai quitt� j'ai tout br�l�!
Elle prit un air espi�gle et sortit sa langue en r�ponse � mon air �tonn�.
- ...mais malgr� �a...il s'occupait de moi comme personne...c'�tait mon rayon de soleil...tiens, regarde �a, c'est mon journal, j'aincoll� des photos de lui.
J'�tais � la fois �tonn�e et curieuse de cette exhibition soudaine de son cahier intime � celle que j'�tais: une parfaite inconnue.
- �a ne t'ennuie pas qu'on lire ton journal?
Elle me sourit et me r�pondit:
- Je sais pas...j'ai un bon feeling avec toi...je te trouve sympathique...alors...peut-�tre que ce serait un bon moyen de trouver ma premi�re amie ici � Bruxelles.
Apr�s que le professeur nous ait demand� le silence une deuxi�me fois, nous continu�mes notre conversation en dehors du cours.
Tout en feuilletant son journal, je me rendis compte de l'attachement, proche de la folie qu'elle avait pour chacun de ses petits copains, ainsi que son �norme don de cr�ation autour des jours qu'elle th�matisait. Elle entourait certaines photos de bouts de ficelles transform�s en coeur, il y'avait Jos�, Byron, Julian, Pascal, Hassan, Dieudonn�, Michel, Louis, William, Terrance...
Il y'avait quelque chose en elle qui m'�chappait totalement. Une lueure magique et sympa dans les yeux qui la rendait rayonnante, une aura de bonheur qui �tait contagieuse.
certains jours, lorsqu'elle arrivait en retard et que j'avais l'occasion de l'bserver, je la voyais souvent affair�e � autre chose, bien que les notes de cours que l'on s'�changeaient fussent toujours impeccables et compl�tes. Sans doute aussi parce qu'elle avait beaucoup d'admirateur, qui n'h�sitaient pas � l'aborder un peu partout. Elle �tait pourtant � la fois d�faitiste et tr�s positive, comme si elle prenait tous les bons c�t�s de la vie, avec un entrain typiquement enfantin. Il lui arrivait rarement de montrer son c�t� "chagrin" comme je le surnommais...ce c�t� chez elle me laissait toujours un frisson dans le dos, parce que dans ces moments l�, elle �tait capable de dire des choses tr�s vraies, bien que tr�s d�primantes. Il y'avait un vrai contraste avec son c�t� presque pu�ril et mature.
Je sus par la suite qu'elle avait pass� un mois intensif � se d�faire de son accent du sud, et celui attrap� � Paris o� elle passa deux ans. Son c�t� obsessionnel �tait quelques fois effrayant et � la fois touchant.
Elle kottait pr�s de l'ULB, et passait r�guli�rement chez sa tante. Elle s'�tait astreinte � visionner des films fran�ais tout en essayant de prononcer le "parfait fran�ais" comme elle disait.
Malgr� cela, une fois sur les terres de Provence, elle r�-adoptait cet accent chantant qui faisaient qu'Antoine et moi nous attendrissions toujours sur ce charme inn�.
Le propri�taire comptait une piscine dans laquelle Lily-Rose et moi profitions un maximum, quitte � u prendre des bains de minuits tous les soirs. La cuisine de ses tantes �tait savoureuse, et la chaleur ambiante n'�tait que cure de bienfaisance.
Lily-Rose me montra le ruisseau au bord duquel elle avait pass� de longs moments lorsqu'enfant elle venait l� pour les vacances.
Elle trempa ses pieds dans l'eau, puis m'�claboussa en lan�ant des gicl�s d'eau du bout de ses orteils.
Quelqu'un passa en v�lo sur le pont qui enjambeait le ruisseau et s'arr�ta.
- Lily-Rose! s'exclama une voix � travers les branchages qui cachaient le visage de celui qui l'appela.
Elle remonta la berge, et sauta de joie.
- Monsieur le cur�!
Je l'attendis, assise sur un bout de bois, la regardant grimper sur le pont comme un petit singe.
- Oh, Lily-Rose, cela fait si longtemps qu'on ne t'as pas vu dans la r�gion! Tu est ici pour combien de temps?
- Une petite semaine...
- Seulement?
- Mais je reviendrais sans doute!
Le cur� dit alors plus bas quelques mots que j'entendis � peine. Il �tait question de drame et d'accident.

suite
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